Legrand Legacy : Tale of the Fatebound (Nintendo Switch) – Le test

On évoque souvent les années 90 comme l’âge d’or des RPG. Deux séries emblématiques, aujourd’hui toujours présentes, n’ont pas évolué de la manière, l’une conservant les combats au tour par tour, l’autre s’efforçant de faire évoluer ce système avec plus ou moins de réussite. Pour les nouveaux venus, il est toujours difficile de se démarquer de ces grands noms et de trouver un gameplay innovant couplé à une histoire suffisamment originale pour retenir l’attention. C’est ce qu’a essayé le studio indonésien Semisoft avec Legrand Legacy, fruit d’une campagne Kickstarter et sorti en 2018 sur PC. La Nintendo Switch a inauguré la sortie sur consoles en janvier 2019, quelque peu dans l’indifférence générale… Était-ce à tord ou à raison ?

Legrand, le petit nom du RPG

Ne vous méprenez pas, Legrand Legacy : Tale of the Fatebound n’a rien à voir avec, comme son sous-titre pourrait le faire croire, la série des Tales of. Ici, on est dans un traditionnel RPG au tour par tour mais pas si classique puisque l’efficacité de chaque action choisie sera déterminée par un QTE dans lequel vous devrez appuyer sur l’un des quatre boutons A, B,Y ou X afin de stopper une aiguille dans une zone déterminée au sein d’un cercle, que ce soit en attaque (dans le sens des aiguilles d’une montre) ou en défense (dans le sens contraire). Selon votre adresse, vous obtiendrez alors un « poor » qui verra vos actions perdre en efficacité ou rater, un « good », qui assurera quasiment la bonne tenue de vos actions, et le « perfect », qui procurera un effet critique offensif, une interruption du tour ennemi et une annulation des dégâts en défense. Une système que l’on pourrait croire rébarbatif à la longue mais qui s’avère finalement prenant, qui ajoute et une tension et qui demande une implication permanente lors des combats. Outre la fierté de caler un parfait au bon moment, cela pourra avoir de réelles influences sur l’issue d’un combat lors duquel vous n’aurez pas à vous soucier des sempiternels MP, votre attention sera nécessaire ailleurs.

En effet, une autre particularité des batailles viendra du positionnement de vos 3 combattants sur un damier avec 3 cases de front destinées au combat rapproché et 3 cases en soutien, idéales pour les sorts, les attaques à distance et les soins. Une seule unité en première ligne suffira à protéger les secondes lignes des attaques au corps à corps. Il en sera de même pour vous ennemis et vous disposerez d’action à cible unique, en ligne ou en colonne. Chaque personnage de votre équipe pourra se déplacer une fois avant d’effectuer son tour d’action, et vous pourrez également le switcher avec un membre en réserve. Lorsque vous rajoutez ces possibilités aux principes de forces et faiblesses des armes et des éléments présents dans le jeu, vous obtenez des combats dynamiques et stratégiques des plus plaisants qu’il vous faudra pleinement exploiter pour sortir d’un jeu au challenge assez relevé. A chaque tour et selon leurs actions, vos personnages accumuleront plus ou moins de points d’aptitude pour remplir une barre qui, une fois remplie, permettra de déclencher une un spécial (une furie ou une limite si vous préférez) que vous devrez aussi valider avec un QTE. La difficulté (modifiable à tout moment) est assez élevée, en particulier au début de l’aventure lorsque vous ne maîtriserez pas encore les différentes composantes du jeu, expliquées via des pages de tutoriel, en anglais (japonais, chinois et coréen) uniquement.

Les gars, si c’est votre destin, prenez-le en main

Malgré un système de combat plutôt original, le jeu ne nous épargne pas du bon vieux héros amnésique, toujours pratique mais surexploité dans les RPG. Vous incarnez Flinn, esclave malgré lui, devant combattre torse et pieds nus dans dans une arène. Bien mal engagé dans cette affaire, vous triomphez grâce à un étrange pouvoir, ce qui ne plaît que moyennement aux organisateurs qui sont alors bien décidés à vous le faire payer. C’est alors qu’un vieil homme ayant assisté à vos exploits vous sauve la vie en achetant votre liberté, voyant en vous le moyen de l’escorter pour aller sauver sa fille. Commencera alors votre périple durant lequel vous rencontrerez différents protagonistes et qui se transformera en quête pour sauver le monde déjà en guerre d’une menace imminente. Le scénario sera découpé en 8 chapitres (c’est indiqué lors des sauvegardes sans plus de précisions) et même s’il n’est pas des plus originaux ni des plus surprenants, il a le mérite d’accompagner  le joueur pendant des dizaines d’heures et d’être bien raconté au travers des relations de personnages plutôt attachants, bien que déjà vus, 20 ans de RPG obligent. Les nombreux dialogues, parfois un peu longs, apporteront beaucoup d’éléments scénaristiques parfois accompagnés de cinématiques et étofferont les liens entre les membres de votre équipe mais nécessiteront un certain niveau d’anglais. C’est une fois aux côtés de vos 5 compagnons, unis par le destin, que les choses sérieuses commenceront.

Pour y faire face, tout ce petit monde évoluera évidemment au fur et à mesure de vos combats contre les ennemis (représentés par des ombres qu’il faudra rencontrer de face pour prendre l’initiative), ou après avoir vaincu des boss coriaces. L’expérience engrangée vous permettra de monter de niveaux et vous devrez alors attribuer des points aux statistiques de votre choix afin d’améliorer vos combattants mais surtout leur apprendre de nouvelles capacités à utiliser en combat qu’il faudra choisir avec soin (4 compétences) parmi une liste qui s’allongera suivant leur classe évoluant à des moments-clés de l’aventure. Une des statistique vous permettra notamment d’allonger le timing de la jauge de parfait pour accroître vos chances de vous sortir d’une situation difficile, mais pour vous aider, vous aurez nécessairement recours aux objets, trop souvent relégués au second rang dans beaucoup de jeux. Vous pourrez en crafter grâce aux matériaux trouvés sur vos ennemis et ils seront indispensables à un certain moment du jeu, même si sera moins le cas par la suite. D’autres éléments RPGiesques seront de la partie comme les armes à forger mais il n’y aura point d’équipements étant donné que ces dernières cumuleront des propriétés d’attaque et de défense. Les fidèles PNJ vous donneront, comme à leur mauvaise habitude, des quêtes peu passionnantes qui seront consignées dans un journal. Enfin, le titre intégre des minis-jeux plus ou moins amusants permettant de récupérer des objets rares, mais aussi des phases de RPG tactique qui ponctueront l’aventure à des moment précis. Lors de ces séquences, il faudra gérer votre escouade sur une carte en utilisant à bon escient les points d’action permettant les déplacements, les attaques et la défense, et ce afin d’accomplir un objectif précis. Sans être particulièrement réussie, elles ont le mérite de venir rompre l’alternance exploration/combats.

Quand la technique va tout va, quand la technique ne va pas…

Sur le fond, le titre de Semisoft propose jusque là des éléments qui pourraient en faire un très bon RPG, mais sur la forme, c’est une toute autre histoire. Des cinématiques viennent certes introduire les moments clés de l’aventure, mais elles datent d’un autre âge, loin des standards actuels. Lors des dialogues, les personnages sont mis en en avant dans des modèles animés convaincants, mais se retrouvent en jeu modélisés grossièrement en 3D dans des décors en 3D pré-calculés façon crayonnée plus ou moins réussie. Le contraste jure et n’aide pas à l’immersion dans un monde dont la carte au rendu flou et granuleux se limite aux uniques destinations imposées. Les développeurs n’ont pas pris la peine de modéliser les villes, vous vous y déplacerez de zone en zone représentées par des points sur une image fixe. Le reste de la technique n’arrange en rien l’expérience puisque les transitions entre l’exploration et les combats sont trop longues, les déplacements de votre personnage lourdauds et pire, de nombreux bugs vous obligeront à relancer votre partie avec au choix personnage bloqué dans le décor, freeze au début ou à la fin des combats, écran noir… Il faudra penser à sauvegarder très régulièrement !

Malheureusement, ce n’est pas au niveau sonore que cela s’améliore. Les thèmes de chaque environnement sont au mieux sympathiques mais celui des combats est très vite lassant, d’autant qu’il viendra interrompre la musique en cours pour la faire repartir du début. Il n’y a guère que les musiques des boss qui sortiront légèrement du lot. Ce n’est guère mieux côté bruitages, tantôt oubliés lors de cinématiques et actions de combat, tantôt bruyants dans certaines scènes de dialogue muet. Pour achever le tout, le titre, s’il est stable sur grand écran comme en portable (dont la plus faible résolution fait passer un peu mieux les graphismes), souffre de saccades récurrentes et de ralentissements lorsque plusieurs ennemis (2 ou 3) se déplacent à l’écran en même temps ou pendant les combats, lors d’effets successifs pourtant loin d’être extraordinaires. Le dernier donjon en souffre tellement que cela nuit à la jouabilité. Comme si ça ne suffisait pas, les animations ont un temps de retard sur les indications qui apparaissent à l’écran à chaque fois qu’un sort de soutien est lancé, beaucoup trop d’éléments difficilement acceptables…

Conclusion
Un très bon RPG gravite autour de 3 éléments fondamentaux : ses mécanismes, son histoire et son monde à explorer. Legrand Legacy s’en tire plus qu’honorablement sur ces points précis, avec un système de combats prenant et une histoire bien ficelée, et malgré un monde qu’il ne sera pas permis de vraiment parcourir pleinement. Un RPG devient excellent lorsque, aidé par la technique, il est magnifié par ses graphismes et sa bande son et de ce point de vue, les modestes moyens du studio portent sévèrement préjudice au jeu, en plus d’un manque flagrant de finition et de bugs inacceptables. Il est fort à parier que beaucoup passeront à côté de ce jeu dont la forme ne rend malheureusement pas justice au fond, et dont l’absence de traduction française pourra rebuter certains joueurs.
Points positifs
  • -Système de combat
  • -Histoire entraînante
  • -Personnages attachants
  • -Durée de vie généreuse
Points négatifs
  • -Une exploration bridée
  • -Une technique pas au niveau
  • -Beaucoup trop de bugs
  • -Pas de traduction française
6.1
Correct
Graphismes - 5
Bande-son - 5
Système de jeu - 8.5
Histoire - 7.5
Exploration - 6
Durée de vie - 7.5
Technique - 3
Burgtasty
Ecrit par
1er jeu à plus de 100h : Secret of Mana. Jeu préféré à plus de 100h : Ocarina of Time. Le dernier en date : Fire Emblem Three Houses. Autres jeux mémorables à plus de 100h : Xenoblade Chronicles 1,2 et X, Breath of the Wild, The Witcher 3, Personna 5, FF7

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