Alien: Isolation (Nintendo Switch) – Le test

1979, une créature abominable apparaît, sans crier gare, dans un film aujourd’hui au Pantheon des films de SF, d’horreur et d’angoisse, le si joliment nommé Alien le 8e passager, de Ridley Scott. Depuis, la bête a tellement marqué les cinéphiles qu’un attachement sincère est né dans le cœur de ses fans assoiffés de sang, reconnaissant généralement au passage la créature dite “xénomorphe” comme le plus terrifiant et charismatique monstre du cinéma de tous les temps, rien que ça. Au fil des épisodes d’une saga qui a vu l’univers s’orienter vers le thriller, le film de guerre, ou d’action/fantastique, les jeux vidéo qui en sont dérivés ont oscillé entre le moyen et le médiocre, avec en point d’orgue un petit âge d’or provoqué par la fusion entre l’univers d’Alien et celui de Predator. Une idée saugrenue venue des comics qui a donné naissance à plusieurs jeux d’assez bonne facture, mais dont l’univers d’Alien se focalisait sur le deuxième épisode, Aliens, très nettement orienté action, soldats et gros flingues. Une franchise qui glissait lentement vers sa fin, jusqu’au petit miracle de l’annonce d’un jeu reprenant l’univers du premier film, du quasi jamais vu pour un film des années 70, développé de surcroît par The Creative Assembly, les développeurs de la saga PC Total War. Oui, il y avait de quoi être surpris, méfiant, mais terriblement excité.

Sorti en 2014 et édité par SEGA, Alien Isolation fut un grand succès critique et s’en sortit très bien commercialement, en réussissant à l’époque son pari de retranscrire une histoire crédible et cohérente (coucou le pitoyable Alien Colonial Marines de GearBox, qui a adapté de façon horrible le scénario du deuxième épisode), l’ambiance si particulière du film, ses couloirs embrumés, sa technologie futuriste un peu datée, et le concept d’une chasse au monstre presque sans armes. Tous les ingrédients d’un survival horror réussi étaient là, et c’est aujourd’hui avec une certaine surprise que nous voyons Alien Isolation ressortir de l’ombre sur Nintendo Switch, accompagné de tous ses DLC en cette fin d’année 2019, nous laissant avec une excitation certaine mêlée de questions : la magie fonctionne-t-elle toujours ? Avons-nous affaire à ce qu’on appelle désormais une “The Witcher 3”, à savoir jeu porté tant bien que mal sur Switch qui avait été pensé pour vous en mettre plein la vue à l’époque sur PC et consoles HD ? Pouvons-nous donner à cette ambiance de noël un petit arrière goût d’halloween? Voici notre enquête.

Ceux qui ont vu la version longue du deuxième épisode d’Alien savent qu’Ellen Ripley, fameuse héroïne de la saga, avait une fille, déjà morte de vieillesse au moment où on apprend son existence (si ça vous semble bizarre, foncez voir cette saga incroyable, et en version longue si possible). The Creative Assembly a donc exhumé ce pan de l’histoire pour nous faire revivre une séquence inconnue, à savoir le destin d’Amanda Ripley qui, 15 ans après la disparition mystérieuse de sa mère, part à sa recherche après qu’on ait retrouvé la boîte noire du Nostromo, le vaisseau du film, détruit par maman Ripley, et qui est conservée dans un vaisseau quasi-identique, la station Sebastopol. Afin de comprendre ce que sa mère est devenue et peut être pour tourner la page, Amanda, que vous incarnez, part en compagnie d’une équipe vers la station dans laquelle les protagonistes se retrouvent vite séparés, laissant Amanda seule. Problème, la station Sebastopol est sans dessus-dessous et semble avoir vécu un grand choc : des messages d’alerte couvrent les murs, des cadavres jonchent le sol et des pillages semblent avoir eu lieu sans raison apparente.Il faudra avancer à tâtons dans les couloirs hantés du gigantesque vaisseau dont la plupart des issues sont condamnées, et découvrir via les premiers messages ce qui a pu se passer. Nous arrêterons le pitch ici pour ne rien dévoiler de la suite.

L’introduction du jeu s’inspire de celle du film, et vous plonge immédiatement dans l’univers et le rythme pesant du thriller horrifique. L’histoire prend d’ailleurs le temps d’introduire les personnages en limitant les scènes cinématiques, en vous laissant au maximum libre de vos déplacements et en indiquant simplement sur la carte les zones où vous devrez vous diriger. On retrouve cette lenteur jusque dans le script du jeu où la mise en place des personnages et des dangers est très progressive. Dès le premier instant du jeu, on se sent mal à l’aise, on sait qu’on devra tôt ou tard faire face au xénomorphe mais on ne sait pas quand, ce qui vous assure de traverser les premiers niveaux du jeu, découpés en missions, avec la lenteur et la discrétion d’un paresseux (l’animal). Chaque porte qui s’ouvre amène son moment d’angoisse, son pic de stress, et les premières rencontres se font dans la méfiance. SPOILER : Comprenez avec tout ceci que le jeu prend le temps d’introduire l’alien et fait clairement comprendre qu’il ne sera pas la seule menace du jeu. Les premières rencontres humaines sont déjà un obstacle, mais les androïdes dont la dangerosité vous est exposée dans une scène brutale en référence aux agissements du cyborg du premier film ne seront pas en reste. END OF SPOILER

Alien Isolation est un FPS qui offre quelques combats mais dont la rapidité des déplacements n’a rien à voir avec un FPS classique, on est plus près d’un Deus Ex que d’un Call of Duty pour ne citer qu’eux. Le personnage est pataud et vous ne jouerez de toutes façons pas le jeu avec un flingue à la main puisque votre meilleur ami sera le détecteur de mouvement, un outil extrêmement précieux, affichable avec le bouton R et dont le design provient du deuxième film : il affiche un point sur une grille quand un être vivant se déplace dans les parages, avec des bips sonores des plus glaçants. Ce gameplay plutôt lent ancre un peu plus le jeu dans le réalisme, et on se fait très vite à cette relative lourdeur, malheureusement un peu accentuée par un léger lag dans les inputs (comprenez qu’il y a un léger décalage entre le moment où vous appuyez sur votre stick et le déplacement de votre personnage). Hormis les boutons d’action très classiques, et la carte accessible sur le bouton +, on notera l’accès à l’inventaire via une roue, qui mène elle-même vers un écran de crafting où chaque objet peut être fabriqué à partir des nombreuses pièces à collecter dans tout le jeu. Pas très clair de prime abord vue que les écrans d’options reprennent les graphismes rétros des ordinateurs de la station Sebastopol, ils sont tout à fait fonctionnels dans la pratique, même quand on doit y accéder dans l’urgence tout en étant poursuivi par quelque bête affamée.

Élément central du gameplay du jeu, la partie infiltration vous offre toutes les clés pour échapper aux adversaires. Vous pouvez vous accroupir et vous cacher sous les bureaux, vous glissez dans des trappes qui communiquent souvent en réseau sous le sol, ce qui peut se révéler très utile, et bien sûr, dans les placards qui vous laisseront quelques souvenirs de terreur. Lorsque vous rentrez dans un placard, vous pouvez regarder à l’extérieur à travers une grille, attendant le passage de l’alien. S’il ne vient pas, vous serez tenté de jeter un œil à votre détecteur de mouvement, au risque que la lumière attire son attention. Et là, c’est le drame… D’autres outils servant l’infiltration sont disposés sur le murs, comme des boîtiers activant ou désactivant des alarmes ou des systèmes de purification d’air qui attireront l’ennemi dans une autre direction. C’est également dans ces boîtiers de “reroutage” que vous pouvez débloquer des portes, quand certaines sont condamnables via des boutons. Il y aura donc tout un ensemble d’options qui attireront votre œil avec un code couleur bien précis : tous les appareils avec une lumière verte sont activables, avec des effets différents selon les cas, et les éléments à manipuler clignotent en orange, tels que les objets à récupérer, et les cachette à ouvrir. Parfois, pour ouvrir des pièces ou des caches optionnelles, il vous faudra récupérer des mots de passe qu’on peut trouver sur les très nombreux ordinateurs, de marque Sevastolink, l’équivalent du minitel dans les années 80. D’autres portes sont piratables via un boîtier de décryptage, avec un mini jeu à faire dans un temps imparti mais aussi d’autres également très présents dans les innombrables systèmes à activer ou désactiver dans le vaisseau tout entier pour devenir un véritable moteur de l’exploration et de l’intrigue.Enfin, les conduits d’aération peuvent également faire une bonne cachette, même s’ils peuvent évidemment vous mettre face à une mort certaine à l’instant où vous entendez le monstre se glisser dans le conduit à quelques mètres de vous.

Les morts sont rapides, brutales, stressantes, et offrent toujours un finish move typique de la franchise, en mettant en valeur les attributs de la bête, que ce soit sa queue qui vous traverse le ventre, ou sa gueule qui s’ouvre lentement devant vous avant que la seconde ne vous dévore. Sans trop vous spoiler, sachez que la fin du jeu s’enfonce un peu plus dans l’horreur et la tension, en introduisant quelques bébêtes bien connues et affreusement dangereuses et imprévisibles. L’intrigue vous emmène dans une succession de quêtes généralement axées sur des systèmes à activer à des endroits du vaisseau, semblables aux dernières séquences du film où Ripley s’active à enclencher différentes procédures dont je ne dirai rien de plus, agrandissant petit à petit l’espace disponible pour se promener librement dans la station. Le début du jeu a une structure très linéaire, même si on perçoit beaucoup d’embranchements encore fermés. À la manière d’un métroïdvania, l’intégralité du vaisseau est visitable au terme de l’aventure, mais c’est le jeu qui vous donnera les différentes clés qui ouvriront des portes déjà croisées. L’exploration,essentielle pour survivre, se fera toujours dans l’angoisse de tomber nez à nez avec le xénomorphe. La gestion de la sauvegarde se fait via des terminaux d’appels d’urgence, de couleur jaune et émettant un bip régulier. Une fois que vous demandez une sauvegarde, quelques secondes se passent durant lesquelles l’action continue de se dérouler (et qu’un ennemi peut débouler dessus brutalement). Il est possible donc de charger une partie où le monstre vous tue à l’instant où vous êtes en jeu… Mais rassure-vous, les développeurs ont fait en sorte que vous puissiez charger la sauvegarde précédente, voire même recommencer depuis le début d’une mission.

Si vous êtes sensible au genre rétro-futuriste, à une science-fiction qui pullule de diodes électro-luminescentes et d’écrans de minitel, ce jeu est fait pour vous ! Les décors sont directement issus du film. On y retrouve d’ailleurs tout un tas de bibelots en guise de clins d’œil, parfois insistants, comme le “jouet oiseau, qui boit dans un verre d’eau par intermittence” (si vous avez le nom exact de cette chose, je suis preneur) mais aussi des effets propres au cinéma de Ridley Scott, comme les lens flare, les effets de brume, parfaitement retranscrits et magnifiés par des effets d’aberration chromatique. Notons que le jeu sait proposer les détails qui font mouche, comme par exemple les quelques photos et post-it collés à l’intérieur des casiers, mais n’en fait jamais trop, l’esthétique restant la plupart du temps aussi dépouillée que le film. Le moteur 3D, sans vouloir inutilement faire dans le photo-réalisme, se veut crédible et vous immerge dans le film, en 30 fps, avec de petites baisses de framerate au moment de charger des effets de fumée. La modélisation des humains, des androïdes bien flippants, et bien sûr de l’ ”étranger” est extrêmement réussie, mention spéciale à ce dernier, grand et imposant, à la texture parfaite pour se tapir dans l’ombre et vous terrifier quand il surgit de la brume. Au rayon des petites trouvailles visuelles, The Creative Assembly a ajouté quelques détails visuels améliorant encore l’immersion, tels que l’effet de focale quand notre regard se pose sur le détecteur de mouvement au premier plan, avec l’arrière plan flou.

Si le jeu excelle sur sa partie graphique et sert merveilleusement l’immersion et la tension du jeu, la partie sonore d’Alien Isolation ne démérite pas et participe à l’ambiance de terreur ambiante. Les effets sonores sont de grande qualité, la respiration du monstre, si caractéristique, est bien sûr de la partie, sans oublier les bruits de pas, la tôle qui se tord quand la bête remonte dans les conduits d’aération. Tous les éléments sont là pour garantir une immersion complète dans l’univers du film Alien, notamment grâce à un doublage français d’excellente qualité. La musique sert également la tension du jeu, des violons annonçant très subtilement l’arrivée prochaine du xénomorphe. Retrouverez toutes les musiques du film est un vrai bonheur.

Dans les quelques 17go d’espace à prévoir sur votre mémoire, Alien Isolation embarque tous les dlc sortis et ça devrait faire le bonheur de tout fan d’Alien le 8e Passager. Le jeu accueille un mode survie mais surtout deux missions reprenant le cadre du film, pour revivre la chasse vaine et désespérée. Ces 2 missions vous mettront dans la peau d’Ellen Ripley pour l’une, et le choix d’incarner parmi quatre des survivants dans une autre mission apocalyptique à bord du Nostromo, ressemblant à quelques détails près à la station Sebastopol mais adaptée davantage au film, à l’instar du détecteur de mouvement, dont le design a été revu pour plus de cohérence. C’est par ailleurs un excellent moyen de faire une démo du jeu, rapide et efficace pour convaincre vos convives…

Conclusion
Soyons directs : Alien Isolation est à la fois un des plus beaux jeux de la Switch, l’un des meilleurs survival horror jamais sorti, et de loin la meilleure adaptation d’un jeu estampillé Alien. Rien que ça ! The Creative Assembly a signé un chef d’œuvre et le portage est admirable, en dépit de quelques petits soucis techniques convenus qui n’entachent jamais l’expérience de jeu. La meilleure partie de cache-cache de votre vie de joueur, à n’en point douter.
Points positifs
  • la direction artistique d’Alien Le 8e Passager
  • l’ambiance incroyable
  • le rendu global
  • le feu, boudiou qu’il est beau
  • une histoire cohérente avec la saga
  • une aventure rythmée avec une bonne montée en puissance
  • très bien optimisé
  • des surprises dans le scénario
  • un jeu d’horreur sans jumpscares, Alleluia !
Points négatifs
  • l’input lag dans les mouvements
  • quelques rares chutes de framerate, surtout en mode tv
9.1
Excellent
Graphismes - 10
DIRECTION ARTISTIQUE - 10
Technique - 8
Bande-son - 10
Gameplay - 7
Durée de vie - 9
Contenu - 10
Difficulté - 8
TAUX DE FLIPPE - 10
YnkRibbon
Ecrit par
Nintendovore insatiable ayant prêté allégeance aux Métroïdvania, aux Soulsborne, aux Action-RPG japonais et aux jeux indés à tendance rétro. Mon twitch : twitch.tv/ynkribbon

7 commentaires

  1. JulieSailing

    Il me donnait vraiment envie celui-là, et le test est vraiment génial !! Merci 🙂

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    • YnkRibbon

      Voilà qui me fait plaisir ! Si le test a donné envie d’acheter ce chef d’oeuvre, mission accomplie pour moi :p

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  2. J’attends la fin de l’année pour voir si il n’y a pas une petite baisse de prix mais il est dans ma wish-list. 🙂

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    • YnkRibbon

      C’est possible que le jeu soit bradé dans quelques temps, en tout cas je peux assurer qu’il vaut ses 35 euros 😉

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  3. Orchidia01

    Un test d’amoureux ça ^^ très bon stream comme le test 🙂

    J’attendrais aussi sa promo 🙂

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