Quand Capcom a annoncé l’arrivée de Devil May Cry 5 sur Switch 2 lors du dernier Nintendo Direct, certains ont haussé un sourcil. Après tout, le jeu a déjà sept ans, et il a déjà bénéficié d’une édition Special Edition sur PS5 et Xbox Series. Pourtant, en y regardant de plus près, cette sortie fait sens. Elle répond à une demande qui couve depuis des années chez les fans de Nintendo, privés des gros titres du genre pendant près de deux décennies. Et puis, entre nous, voir Dante déchainer l’enfer sur un écran portable, ça a de la gueule.
Capcom et le RE Engine : une histoire qui fonctionne
Parlons un peu de l’éditeur derrière tout ça. Capcom, c’est une maison qui connaît son affaire, surtout depuis qu’elle a développé son moteur maison, le RE Engine. Ce bijou technique, qui a déjà fait des merveilles sur les derniers Resident Evil, est désormais parfaitement adapté à la Switch 2. Et ça se voit. L’éditeur japonais s’est imposé comme l’un des plus gros soutiens de la nouvelle console de Big N, avec des titres comme Resident Evil Requiem, Pragmata ou encore le prochain Onimusha. On sent qu’ils ont pris le temps de comprendre le matériel, et ça paye.
Pour les néophytes, un petit rappel s’impose. Devil May Cry 5 nous plonge dans les aventures de Dante, chasseur de démons mi-humain mi-démon, fils du légendaire Sparda. Aux côtés de son frère jumeau Vergil, rival de toujours, et du jeune Nero, ils doivent faire face à une invasion démoniaque menée par Urizen, une créature qui se fait appeler le « mal ultime ». L’histoire commence alors que Red Grave City est envahie par les forces des ténèbres, avec en toile de fond un arbre démoniaque, le Qlipoth, qui se nourrit de sang humain.
Ce qui est intéressant, c’est que Capcom a pris soin de rendre l’histoire accessible même pour ceux qui n’ont jamais touché à un épisode précédent. Une vidéo récapitulative est disponible dès le menu principal, histoire de remettre les pendules à l’heure. Mais ne vous y trompez pas : le scénario n’est pas là pour faire dans la dentelle. On est en plein dans du grand spectacle, avec des répliques qui claquent, des personnages hauts en couleur et des retournements de situation dignes des meilleurs films d’action. Et contre toute attente, on finit par s’attacher à ces chasseurs de démons, notamment à travers les liens familiaux qui se tissent au fil des missions.
Trois (voire quatre) styles de combat pour un plaisir décuplé
Devil May Cry 5 propose un gameplay d’une richesse rare, et cette édition Devil Hunter Edition ne déroge pas à la règle. On alterne entre trois personnages principaux, chacun avec son propre style de combat, ce qui renouvelle constamment l’expérience.
Nero est probablement le plus accessible. Avec son épée Red Queen, son pistolet Blue Rose et ses Devil Breakers (ces bras bioniques qu’il peut changer en plein combat), il offre une approche polyvalente. Chaque bras apporte une capacité unique, et certains sont franchement délirants, comme le Mega Buster qui transforme Nero en une version cosplay de Mega Man.
Dante, lui, reste la véritable star du spectacle. Avec ses multiples armes (épées, fusils, et même une moto transformée en épée, la Cavaliere R), il peut changer de style de combat à la volée. On passe du style offensif au défensif, de la frappe à la contre-attaque, avec une flexibilité qui donne le tournis. C’est un personnage qui récompense la prise de risque et la créativité.
V est le plus atypique. Plutôt que de se battre directement, il contrôle à distance un griffon, une panthère et un golem. On le dirige en lisant un recueil de poèmes de William Blake tout en laissant ses créatures faire le sale boulot. C’est une approche plus tactique, presque stratégique, qui change radicalement du rythme effréné des deux autres. Certains joueurs le trouvent un peu « cheaté », mais on apprécie la diversité qu’il apporte.
Et bien sûr, cette Devil Hunter Edition inclut Vergil, le frère jumeau de Dante, en personnage jouable. Avec son style tout en vitesse et sa puissance démoniaque, il ajoute encore une couche de profondeur à un gameplay déjà bien fourni.
Une prise en main réactive, un compromis technique maîtrisé
Sur le plan des commandes, on est sur du solide. Les 60 images par seconde promis par Capcom sont bien au rendez-vous, que l’on joue en mode TV ou en mode portable. Et c’est essentiel pour un jeu qui repose sur la rapidité d’exécution et la précision des enchaînements. On n’a ressenti aucun ralentissement notable, même lors des combats les plus chaotiques.
Les Joy-Con 2 s’en sortent étonnamment bien, malgré la complexité des commandes. Les enchaînements répondent parfaitement, et on s’habitue rapidement aux combinaisons de boutons. Cela dit, on regrette l’absence d’un remappage des touches, ce qui aurait été un plus pour les joueurs exigeants. Pour les longues sessions, on recommande tout de même une manette Pro Controller, qui offre un confort légèrement supérieur. Un petit bémol aussi : les phases de plateforme et certaines esquives peuvent parfois donner l’impression d’un mouvement un peu « bizarre », comme si la physique du jeu avait vieilli. Rien de rédhibitoire, mais ça rappelle qu’on joue à un titre de 2019.
Visuellement, le RE Engine fait des miracles. Les personnages sont superbement modélisés, les effets de lumière sont convaincants, et les animations sont d’une fluidité remarquable. Les combats sont littéralement explosifs, avec des particules qui fusent de toutes parts.
Mais il y a un revers à la médaille. En mode TV, l’image peut sembler légèrement floue, voire un peu « baveuse » lors des séquences les plus chargées. On sent que Capcom a fait le choix de rogner sur la résolution pour garantir la stabilité des 60 FPS. Certaines textures perdent en précision quand on les observe de près, mais c’est un compromis acceptable vu le résultat.
C’est en mode portable que cette version brille le plus. La taille plus réduite de l’écran masque naturellement une bonne partie des concessions techniques, et l’image apparaît plus nette et agréable à l’œil. On est vraiment dans les conditions idéales pour profiter du jeu, que ce soit dans le métro ou dans son canapé.
Un dernier point sur l’interface utilisateur : elle a vieilli. Les menus, les messages et certaines polices de caractères semblent tout droit sortis d’une autre époque. C’est un détail, mais on aurait apprécié une petite mise à jour pour moderniser l’ensemble.
Généreux, mais pas complet
Impossible de parler de Devil May Cry 5 sans évoquer sa bande-son, qui est tout simplement phénoménale. Les compositions de Casey Edwards et de ses acolytes collent parfaitement à l’ambiance du jeu, avec des morceaux qui alternent entre atmosphère oppressante et montée d’adrénaline. Le thème de combat « Devil Trigger », en particulier, est devenu un classique instantané.
Cette édition Devil Hunter Edition va encore plus loin en incluant des packs musicaux issus des épisodes précédents. On peut ainsi massacrer des démons en écoutant les musiques de Devil May Cry, DMC2, DMC3 ou DMC4, ce qui ravira les vétérans de la licence. Les doublages, quant à eux, restent excellents, avec des répliques cultes qui font mouche à chaque fois. Dante, Nero et V ont chacun leur style de répliques, et on prend un plaisir coupable à les entendre lancer des piques à leurs ennemis.
Côté durée de vie, on est sur du solide. La campagne principale demande une quinzaine d’heures pour être bouclée, mais ce n’est que le début. Les modes de difficulté avancés (dont le fameux mode Dante Must Die) débloquent des défis supplémentaires, tandis que le Bloody Palace propose une tour de 101 étages à gravir, un vrai test d’endurance pour les joueurs les plus acharnés.
Cette Devil Hunter Edition regorge de contenu : costumes alternatifs, armes bonus, annonces de rang personnalisables, et bien d’autres options de personnalisation. C’est une édition particulièrement généreuse, qui inclut la quasi-totalité des DLCs sortis jusqu’à présent.
Mais attention, il y a un « presque » qui fâche. Contrairement à la Special Edition sortie sur PS5 et Xbox Series, cette version Switch 2 ne propose pas le mode Legendary Dark Knight (LDK), qui inonde les arènes d’ennemis à la manière d’un Musou. Pas de mode Turbo non plus, qui accélère le jeu de 20 %. Ce sont des absences notables, surtout pour les fans qui espéraient retrouver ces options. Capcom s’est visiblement basé sur la version PS4/Xbox One pour ce portage, et c’est un choix qui peut décevoir.
Conclusion
Devil May Cry 5 Devil Hunter Edition sur Switch 2 est une réussite. Le jeu tourne à 60 images par seconde, que ce soit en mode TV ou en mode portable, et offre une expérience de jeu d'une fluidité exemplaire. Le gameplay est toujours aussi jouissif, avec ses personnages aux styles variés et ses combos infinis. Les graphismes, bien qu'un peu moins précis que sur les versions next-gen, restent impressionnants, surtout en mode portable.On peut regretter l'absence de certains modes, l'interface un peu vieillotte, ou encore les phases de plateforme parfois maladroites. Mais ces défauts sont mineurs face à ce que le jeu propose. Et puis, à 39,99 euros (voire 29,99 euros en promotion lors du lancement), le rapport qualité-prix est clairement avantageux.Alors, est-ce que Devil May Cry 5 Devil Hunter Edition vaut le coup ? Si vous n'avez jamais joué au jeu, c'est une évidence : foncez. Si vous l'avez déjà sur d'autres plateformes, la question se pose. L'attrait principal reste le mode portable, qui offre une liberté de jeu inédite. Et pour les fans de Nintendo, c'est l'occasion de découvrir l'un des meilleurs jeux d'action de la décennie sur une console de la marque. Ce n'est pas la version définitive, mais elle est sacrément convaincante. Et on a bien hâte de voir ce que Capcom nous réserve pour un éventuel Devil May Cry 6.
LES PLUS
- Un gameplay absolument jouissif et profond
- Une fluidité exemplaire à 60 FPS
- Une édition généreuse en contenu
- Le mode portable, véritable atout de cette version
- Des personnages hauts en couleur et attachants
LES MOINS
- Absence du mode Legendary Dark Knight et du mode Turbo
- Interface utilisateur un peu datée
- Légères concessions graphiques en mode TV
- Quelques phases de plateforme maladroites











