Alors que le catalogue de la Nintendo Switch regorge d’action-RPG et hack’n’slash mémorables, de Diablo à Torchlight en passant par Titan Quest et bien d’autres, certains titres tentent de se démarquer par un univers singulier et mélodieux. Développé par Triangle Studios et édité par SOEDESCO, AereA se présente avec une aventure entièrement construite autour de la musique. Des armes aux monstres, en passant par le système d’expérience, tout sur le papier promet une odyssée rythmée et originale. Malheureusement, entre l’ambition d’un concept séduisant et la réalité, une fois en main, le gouffre est béant. Ce titre parvient-il à accorder ses violons ou offre-t-il une prestation cacophonique ?
AereA est disponible depuis le 3 septembre 2026 sur l’eShop au prix de 14,99 euros, en français.
Une histoire sans portée
Dans le monde d’Aezir, la musique n’est pas un simple divertissement, elle constitue le ciment même de la réalité. Autrefois unifié, ce monde s’est retrouvé fragmenté en plusieurs îles flottantes à la suite d’un affrontement dévastateur entre le grand Maestro Guido et son rival Demetrio. La stabilité de l’archipel ne repose désormais plus que sur la puissance de neuf instruments primordiaux.
Vous incarnez un jeune élève de la Grande Académie de Musique et disciple du grand Maestro Guido. Alors que ce dernier est bien occupé à ses affaires, votre ami Clef, un perroquet parlant, vous envoie enquêter dans les souterrains de l’école en raison de bruits suspects.
Comme beaucoup de A-RPG, l’aventure n’a pas d’odeur et vous allez donc commencer votre aventure par fouiller les égouts ! Vous y découvrez avec stupeur que des créatures sauvages ont envahi les lieux et que les instruments primordiaux ont été dérobés. Il vous incombe alors d’explorer Aezir pour les retrouver et éviter l’effondrement de votre monde.
Si les premiers pas semblent sympathiques et très orientés vers un jeune public, l’écriture souffre d’un manque criant de dynamisme. Le scénario avance par bribes très décousues, sans la moindre cinématique pour rythmer l’action. L’essentiel du lore et des explications est confié au concierge de l’établissement, un personnage certes plus bavard et captivant que les autres, mais bien seul pour porter la narration.
Les échanges entre les héros sont quasi inexistants, ce qui empêche de créer le moindre attachement envers notre petit groupe de musiciens. L’antagoniste principal, quant à lui, reste figé dans l’ombre jusqu’au dénouement final, lequel survient de façon expéditive au détour d’un court dialogue sans éclat.
Un gameplay en fausse note
Sur le plan mécanique, AereA adopte une vue de dessus isométrique, très classique. Le jeu vous laisse choisir parmi quatre classes d’apprentis, le Chevalier au violoncelle (le seul combattant au corps-à-corps qui assume le rôle de tank), l’archer à la harpe, le mage et son luth et le tireur aux trompettes (équivalent d’un voleur/rôdeur).
Ce déséquilibre initial, trois classes à distance pour une seule de mêlée, crée d’emblée une asymétrie gênante, d’autant que le personnage au corps-à-corps ramasse bien plus facilement la monnaie du jeu, représentée par des notes de musique, en plus d’être légèrement plus résistant.
Le système de combat s’avère d’une pauvreté confondante. Chaque héros dispose d’une attaque de base, d’un coup secondaire, d’une capacité spéciale consommant de la magie rythmique et d’un accès aux objets de soin ou de soutien.
Hélas, la subtilité s’arrête là. Les tirs à distance traversent l’intégralité des ennemis en ligne droite sans compétence spécifique, permettant de raser des vagues entières sans effort. Pire encore : il est impossible de tirer en reculant. Votre personnage ne peut attaquer que dans la direction vers laquelle il s’oriente en marchant, une rigidité particulièrement crispante dans un hack’n’slash, même casual !
Mais au-delà de ce vide abyssal de gameplay, le problème majeur d’AereA réside dans l’absence totale de défi. Une fois le tutoriel passé, l’équilibrage du jeu semble totalement oublié, la quasi-totalité du bestiaire succombe en un seul coup d’attaque de base, tandis que les ripostes ennemies n’infligent que des dégâts infinitésimaux à votre barre de vie. Même les boss, censés représenter des sommets de tension, s’effondrent en quelques dizaines de secondes, parfois terrassés avant même la fin de leur animation d’introduction.
La progression conserve malgré tout un aspect RPG via deux barres d’expérience, l’une pour le personnage, l’autre pour son instrument. À chaque niveau gagné, vous pouvez attribuer des points de caractéristiques (force, précision, etc.). Toutefois, les statistiques de base étant déjà démesurées par rapport au bestiaire, dépenser ces points équivaut purement et simplement à activer un mode d’invincibilité permanent.
La paresse en bémol
Visuellement, AereA alterne entre de jolies idées et une pauvreté technique évidente. Le style s’appuie sur une esthétique cartoon mignonne où les personnages arborent une mèche de cheveux masquant leurs yeux, pratique ! Leur design est globalement sans intérêt ni saveur, au-delà de l’utilisation intelligente des instruments de musique en armes.
Le moteur graphique Unity propose des éclairages corrects et une bonne visibilité de l’action, permettant notamment aux murs de devenir transparents lorsque votre héros s’engage dans des couloirs masqués. Cependant, les environnements manquent cruellement de variété et de relief.
Les textures sont souvent baveuses et l’univers prétendument “musical” s’avère décevant. En dehors de quelques éléments en forme de métronome ou d’instrument, les donjons restent très classiques : des marais, des ruines ou des cavernes de lave, des monts enneigés et des forêts aux teintes automnales.
Dans AereA, la structure des donjons constitue l’un des aspects les plus rébarbatifs de l’expérience. Les cartes souffrent d’un level design affligeant de répétitivité. La progression repose quasi exclusivement sur des leviers à actionner pour ouvrir des portes situées à l’autre bout du niveau. À chaque interrupteur activé, le jeu impose une transition caméra pour vous montrer la porte qui s’ouvre, brisant sans cesse le rythme.
Pour couronner le tout, le titre ne propose aucune carte globale en grand écran. La mini-carte présente sur l’interface n’affiche aucun point de passage ni repère stratégique, ce qui vous condamne à déambuler sans but dans des couloirs labyrinthiques à la recherche de la prochaine zone.
Côté sonore, le bilan est tout aussi mitigé. La bande originale propose de superbes morceaux symphoniques qui auraient toute leur place dans des productions de grande envergure. Malheureusement, ce travail remarquable est gâché par le sound design des attaques.
À chaque coup porté, votre arme émet un bruit d’instrument (un bruit de cuivre, de corde pincée ou de frottement). Si l’idée de base est très bonne, il s’avère qu’en partie solo, le vacarme devient vite irritant ; en multijoueur à quatre, cela transforme chaque affrontement en une véritable agression auditive qui couvre totalement la musique de fond.
Comptez entre 6 et 8 heures pour boucler la campagne principale d’AereA. Il est possible de participer à des quêtes secondaires données par un élève de l’école, mais celles-ci consistent exclusivement à tuer un nombre donné de rats ou de scorpions contre des récompenses insignifiantes.
Un mode multijoueur en coopération locale jusqu’à quatre joueurs est disponible sur la même console. Si la possibilité d’arpenter l’aventure entre amis sur Switch reste une attention louable, l’absence absolue de difficulté détruit tout intérêt stratégique ou complémentarité d’équipe.
Conclusion
AereA est un titre pétri de bonnes intentions mais plombé par une réalisation bancale et un manque cruel de finition. Malgré un univers visuel coloré et plein de charme, le jeu échoue sur ce qui fait le cœur d'un Action-RPG, à savoir le plaisir du combat et le sentiment de progression. En raison d'une difficulté inexistante, d'un level design d'une paresse abyssale et d'une absence de véritable carte des donjons, l'aventure devient vite une corvée répétitive. Nous regrettons amèrement que cette somptueuse bande-son ait servi à un titre aussi médiocre. Le jeu pourra éventuellement servir de toute première initiation pour de très jeunes enfants découvrant le jeu vidéo sur Switch, mais les joueurs habitués au genre n'y trouveront strictement aucun intérêt.
LES PLUS
- Une bande originale symphonique de très grande qualité qui vaudrait un 9/10 à elle seule...
- L'intégration des instruments de musique en armes pour les personnages
- Présence d'un mode coopératif en local jusqu'à 4 joueurs
- En français
LES MOINS
- ... Mais qui est entachée par des effets sonores d'attaques extrêmement agaçants qui couvrent tout
- Une histoire basique sans attrait particulier et expédiée dans son dénouement final
- Une difficulté totalement inexistante
- Navigation chaotique due à l'absence de carte détaillée
- Level design répétitif et artificiellement rallongé par des allers-retours
- Un gameplay rigide
- Impossibilité d'attaquer en reculant
- Déséquilibre flagrant entre les classes







