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Another Eden Begins (Nintendo Switch 2) – Le test

fire_akuma par fire_akuma
27 septembre 2026
dans Tests Nintendo Switch 2
Temps de lecture: 14 mins
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Another Eden Begins
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Another Eden, lancé sur mobile en 2017, fait partie des jeux qui semblent condamnés à rester dans l’ombre de leur propre format d’origine. Malgré un pedigree exceptionnel et une écriture signée Masato Kato, le jeu traînait le boulet de sa nature gacha, de ses mécaniques de monétisation et d’une interface pensée pour écrans tactiles. Dix ans plus tard, Wright Flyer Studios et le tout nouveau Studio Prisma nous offrent une seconde chance de découvrir cette œuvre sous une forme entièrement repensée. Another Eden Begins n’est pas un simple portage : c’est une réinvention complète du premier arc narratif, transformée en JRPG traditionnel et taillée pour la Nintendo Switch 2. On a passé de longues heures dans les méandres temporels de ce monde fascinant, et le verdict est plus nuancé qu’on ne l’aurait souhaité.

Un développeur avec un pedigree

Another Eden Begins

Pour comprendre l’ambition d’Another Eden Begins, il faut s’attarder sur ceux qui se cachent derrière. Le projet est porté par Wright Flyer Studios, épaulé par le nouveau Studio Prisma, formé par des vétérans ayant quitté le navire original pour donner une seconde vie à cette licence. Mais le nom qui fait vibrer tous les amateurs de JRPG, c’est celui de Masato Kato. Le scénariste de Chrono Trigger, Chrono Cross et Xenogears signe ici une œuvre qui s’inscrit directement dans la lignée de ses précédentes créations. On retrouve d’ailleurs cette patte si particulière : un récit de voyage temporel, des personnages hauts en couleur, et cette capacité à tisser des intrigues personnelles dans une trame cosmique plus vaste.

À la composition, on retrouve Yasunori Mitsuda et son studio Procyon, accompagnés de Shunsuke Tsuchiya et Mariam Abounnasr. Autant dire que l’équipe technique possède des références qui parlent d’elles-mêmes.

Another Eden Begins nous plonge dans la peau d’Aldo, un jeune homme vivant paisiblement dans le village de Baruoki aux côtés de sa sœur Feinne. Leur vie bascule lorsque le Beast King enlève cette dernière. En poursuivant le ravisseur, Aldo traverse un portail temporel qui le propulse 800 ans dans le futur, dans la cité d’Elzion. Commence alors un périple à travers le passé, le présent et le futur, où l’on découvre qu’une force mystérieuse réécrit l’histoire elle-même.

Le scénario, fidèle adaptation du premier arc de la version mobile, nous entraîne dans une quête de sauvetage qui prend rapidement des proportions bien plus vastes. On voyage entre époques, on recrute des compagnons aux origines variées, et on découvre progressivement les liens qui unissent des événements en apparence éloignés. C’est du Masato Kato pur jus, avec cette élégance narrative qui caractérisait ses travaux chez Square.

Cependant, force est de constater que le rythme pose problème. Si la trame principale autour d’Aldo et Feinne bénéficie d’un développement soigné et progressif, il n’en va pas de même pour les personnages secondaires. Le jeu a tendance à précipiter leurs arcs narratifs : on rencontre un personnage, on découvre ses traumatismes en quelques dialogues, et on affronte déjà son antagoniste personnel dans la foulée. Cette accélération empêche l’attachement émotionnel de s’installer pleinement. C’est d’autant plus frustrant que certains de ces compagnons possèdent un design et une écriture prometteurs.

Un système de combat profond et satisfaisant

C’est sans doute là qu’Another Eden Begins brille le plus. Le système de combat au tour par tour, classique dans sa structure, révèle une profondeur insoupçonnée une fois qu’on maîtrise ses subtilités.

On compose une équipe de quatre personnages, chacun disposant de compétences spéciales et d’attaques standard. L’exploitation des faiblesses élémentaires est cruciale, mais c’est le système de compétences en chaîne qui change la donne. Chaque personnage possède une compétence de chaîne qui se déclenche automatiquement lorsqu’il accumule suffisamment de points. Ces points s’obtiennent en remplissant des conditions variées : utiliser une attaque d’un élément spécifique, soigner un allié, infliger un statut particulier. Le génie du système réside dans l’interconnexion : les compétences de chaîne peuvent elles-mêmes alimenter les points d’autres personnages, créant des boucles de combos dévastatrices.

La jauge Another Force, héritée de la version mobile, permet quant à elle de déclencher une séquence d’attaques frénétiques sans consommer d’énergie, le temps étant suspendu. Plus la jauge est remplie, plus la séquence dure longtemps. Utiliser cette mécanique au bon moment peut renverser un combat mal engagé.

Le système de progression mérite également qu’on s’y attarde. Les points de compétence gagnés en montant de niveau se répartissent dans deux arbres de talents par personnage, permettant de spécialiser chacun selon nos préférences. On peut également équiper jusqu’à deux badges ou preuves obtenus en vainquant des ennemis d’élite et des boss. Ces accessoires offrent des bonus statistiques, des compétences passives ou même de nouvelles capacités actives, ouvrant la voie à des synergies toujours plus créatives.

Le système de Valor Change ajoute une couche stratégique supplémentaire. En accumulant des charges au fil des tours, on peut remplacer toute son équipe par une équipe secondaire en plein combat. Jusqu’à trois équipes de réserve peuvent être constituées, et tous les personnages engagés reçoivent l’expérience complète, ce qui encourage la diversification sans pénaliser la progression.

Une maniabilité entre liberté et contraintes

Another Eden Begins

Autre changement majeur par rapport à la version mobile : les déplacements. Fini le système de couloirs rigides où l’on ne pouvait se déplacer que latéralement. Aldo évolue désormais librement à 360 degrés dans des environnements en 2D layered, à la manière d’un Valkyrie Profile. On peut donc explorer chaque zone en profondeur, avec une sensation de liberté appréciable.

Les ennemis sont visibles sur la carte et errent dans les donjons. On peut choisir de les engager ou de les éviter, ce qui fluidifie considérablement l’exploration. Cette approche permet également d’éviter le grinding forcé : en nettoyant les zones de manière méthodique, on atteint naturellement le niveau requis pour progresser.

Malheureusement, l’exploration elle-même laisse à désirer. Les donjons sont extrêmement linéaires, avec peu de secrets à découvrir et une variété de mécaniques limitée. On trouvera bien quelques interrupteurs à activer et des barrières à lever, mais l’ensemble manque cruellement d’inspiration. Les longs couloirs se ressemblent, et l’absence de carte claire pour naviguer entre les différentes zones d’une ville ou d’une région rend les allers-retours fastidieux.

Autre problème : l’impossibilité de sauter les cinématiques. On peut accélérer les dialogues en maintenant un bouton enfoncé, mais cette solution reste laborieuse. Dans un jeu aussi bavard, cela devient rapidement pénible, au point qu’on hésite à recruter de nouveaux personnages de peur de subir leurs longues séquences d’introduction.

Si un aspect du jeu mérite des éloges sans réserve, c’est bien sa bande-son. Yasunori Mitsuda et son équipe livrent un travail remarquable, avec des réarrangements des thèmes classiques de la version mobile qui conservent leur identité tout en gagnant en ampleur et en raffinement. Les compositions accompagnent à merveille les différents univers traversés, du village médiéval aux cités futuristes.

Le doublage mérite également d’être salué. Pour la première fois, l’intégralité des dialogues de l’histoire principale est vocalisée. La version anglaise s’avère solide, avec des interprétations convaincantes qui donnent vie aux personnages. On note cependant quelques problèmes d’équilibrage audio, certaines répliques étant nettement plus faibles que d’autres. Plus regrettable encore : les quêtes secondaires ne bénéficient pas de ce doublage en anglais, créant une disparité frustrante entre le contenu principal et optionnel. La version japonaise, elle, propose un doublage complet, y compris pour les quêtes annexes.

Un charme rétro assumé

L’esthétique d’Another Eden Begins divise. Le jeu assume pleinement son héritage : des sprites 2D évoluant dans des environnements en couches superposées, avec des animations qui rappellent les marionnettes des JRPG de l’ère PlayStation. Les portraits de personnages, en revanche, sont absolument magnifiques, et la direction artistique globale dégage un charme indéniable.

Les améliorations par rapport à la version mobile sont notables : l’éclairage a été retravaillé, la palette de couleurs est plus vibrante, et certains environnements comme le Spacetime Rift ou les plaines de Corinda bénéficient d’une atmosphère visuellement saisissante. Chaque époque possède sa propre identité graphique, ce qui renforce le sentiment de voyager entre des mondes distincts.

Cependant, on ne peut s’empêcher de penser qu’on aurait pu attendre davantage d’une production destinée à la Nintendo Switch 2. Le jeu supporte certes la 4K et jusqu’à 60 images par seconde, mais visuellement, on reste dans quelque chose qui ressemble davantage à une production mobile haut de gamme qu’à un véritable jeu pensé pour la nouvelle génération de consoles. Les donjons, en particulier, manquent de détails et de variété, contribuant à la sensation de monotonie évoquée plus haut.

Another Eden Begins propose une campagne principale conséquente, couvrant l’intégralité du premier arc narratif de la version mobile. Comptez facilement entre 40 et 60 heures pour en voir le bout, davantage si l’on s’attarde sur le contenu optionnel.

Les quêtes d’alliés constituent l’essentiel de ce contenu annexe. Chaque personnage recrutable dispose d’une trilogie de quêtes explorant son passé, ses motivations et ses secrets. Avec plus de 16 personnages jouables, cela représente une cinquantaine de quêtes, complétées par les Kinship Events, de petites scènes supplémentaires qui enrichissent les relations entre Aldo et ses compagnons. Si certaines de ces histoires s’avèrent touchantes, l’ensemble reste très répétitif dans sa structure : se rendre d’un point A à un point B pour déclencher une scène, avec quelques combats occasionnels.

Le véritable argument de rejouabilité réside dans le New Game+. C’est là que le jeu révèle sa vraie nature. Plus de dix fins alternatives sont accessibles lors d’une seconde partie, et les nouveaux éléments scénaristiques ajoutés par Manami Okawa s’intègrent avec une élégance remarquable dans la trame de Masato Kato. Sans trop en dévoiler, on peut affirmer que cette expérience transforme considérablement la perception qu’on peut avoir du récit initial.

Un défi en berne et des choix discutables

Another Eden Begins

On ne peut malheureusement pas passer sous silence les problèmes de difficulté. Another Eden Begins est un jeu facile. Les ennemis normaux opposent une résistance dérisoire, et même les boss, pourtant plus coriaces, ne représentent une menace réelle que si l’on joue de manière particulièrement négligente. Les ennemis ne gagnent pas de niveaux lorsque l’on revisite les zones, ce qui signifie qu’on peut littéralement traverser les donjons en écrasant tout sur son passage.

Cette facilité est d’autant plus frustrante que le système de combat recèle une profondeur qui ne demande qu’à être exploitée. Les mécaniques de combos, de changement d’équipe et de gestion des badges ne trouvent leur véritable utilité que dans les combats les plus ardus, malheureusement trop rares. On se surprend à jouer en pilote automatique pendant de longues portions du jeu, ce qui est dommage.

L’absence d’objets de soin utilisables en combat constitue une autre bizarrerie. Seuls certains personnages disposent de sorts de guérison, et si un allié tombe au combat, il faudra attendre la fin de l’affrontement pour le voir revenir avec une santé minimale. Sans possibilité d’utiliser des compétences hors combat, on dépend entièrement des auberges ou des campements pour restaurer son équipe. Ces campements, disséminés çà et là, permettent également de cuisiner des repas offrant des bonus temporaires et d’offrir des cadeaux aux compagnons pour augmenter leur niveau d’affinité. Un système intéressant sur le papier, mais dont l’efficacité reste obscure et l’impact en combat difficile à percevoir.

Conclusion

5.9 /10

Another Eden Begins est une œuvre paradoxale. D'un côté, on tient là un JRPG solide, porté par un système de combat profond et addictif, une bande-son somptueuse, et une histoire qui, malgré ses défauts de rythme, possède une âme indéniable. Le travail d'adaptation réalisé par Studio Prisma est remarquable : le jeu conserve le cœur de l'expérience mobile tout en l'ouvrant à un public bien plus large, débarrassé des contraintes du gacha.De l'autre, on ne peut ignorer ses limites. La facilité déconcertante du jeu, la linéarité de ses donjons, l'absence de localisation française pour un titre aussi bavard, et le rythme parfois précipité des arcs secondaires tempèrent l'enthousiasme. C'est d'autant plus dommage que le potentiel était immense.Pour les amateurs de JRPG classiques, pour ceux qui ont grandi avec Chrono Trigger et qui cherchent une expérience similaire, Another Eden Begins reste une recommandation solide. C'est un jeu qu'on prend plaisir à parcourir, qui nous accompagne agréablement pendant des dizaines d'heures, et dont le New Game+ réserve de belles surprises. Mais on ne peut s'empêcher de penser qu'avec un peu plus d'ambition technique, un équilibrage plus exigeant et une localisation complète, on aurait pu tenir là un véritable incontournable du genre.C'est un bon jeu, parfois même un très bon jeu. Pas le chef-d'œuvre qu'on espérait, mais une expérience qui mérite qu'on s'y attarde, ne serait-ce que pour redécouvrir l'art de Masato Kato et la musique envoûtante de Yasunori Mitsuda.

LES PLUS

  • Un système de combat au tour par tour vraiment solide
  • Un large roster de personnages
  • Des boss et des ennemis d'élite intéressants
  • Une belle direction artistique
  • Une bande-son remarquable
  • Du contenu généreux

LES MOINS

  • Un rythme narratif inégal
  • Une difficulté trop basse
  • Un level design trop linéaire
  • Des allers-retours pénibles
  • Pas de localisation française
  • Un démarrage lent

Détail de la note

  • Accessibilité 0
  • Histoire 0
  • Gameplay 0
  • Graphismes 0
  • Direction Artistique 0
  • Durée de vie 0
  • Bande-son 0

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5.9
Another Eden Begins
Date de sortie : 17/09/2026

Note finale

5.9
  • Accessibilité 0
  • Histoire 0
  • Gameplay 0
  • Graphismes 0
  • Direction Artistique 0
  • Durée de vie 0
  • Bande-son 0

LES PLUS

  • Un système de combat au tour par tour vraiment solide
  • Un large roster de personnages
  • Des boss et des ennemis d'élite intéressants
  • Une belle direction artistique
  • Une bande-son remarquable
  • Du contenu généreux

LES MOINS

  • Un rythme narratif inégal
  • Une difficulté trop basse
  • Un level design trop linéaire
  • Des allers-retours pénibles
  • Pas de localisation française
  • Un démarrage lent

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