Il y a des suites qui se contentent de reproduire une formule gagnante, et puis il y a celles qui osent grandir. Planet of Lana II: Children of the Leaf appartient résolument à la seconde catégorie. Cinq ans après un premier opus aussi charmant que discret, le studio Wishfully revient sur la planète Novo avec une ambition décuplée et une maîtrise artistique qui nous a coupé le souffle à plus d’une reprise.
On l’avoue volontiers : le premier Planet of Lana nous avait séduits par sa direction artistique somptueuse et sa relation muette entre Lana et sa créature féline Mui. Mais on lui reprochait parfois une linéarité trop appuyée et un gameplay qui manquait de profondeur. Avec ce second chapitre sous-titré Children of the Leaf, le studio suédois semble avoir écouté toutes les critiques pour livrer une expérience plus riche, plus ambitieuse, sans jamais trahir l’essence de ce qui faisait son identité.
Une symphonie visuelle qui mérite qu’on s’y attarde
Pour celles et ceux qui découvriraient la licence, Wishfully est un studio basé à Göteborg, en Suède, fondé par d’anciens développeurs ayant œuvré sur des projets aussi variés que Starbreeze ou Mojang. Leur premier bébé, Planet of Lana, sorti en 2023, avait immédiatement attiré l’attention pour sa patte graphique picturale et sa narration exclusivement visuelle. Avec cette suite, l’équipe prouve que le succès n’était pas un feu de paille : ils ont peaufiné leur savoir-faire, élargi leur scope et livrent une œuvre autrement plus consistante.
L’histoire reprend deux ans après les événements du premier jeu. La planète Novo a considérablement changé : les robots autrefois ennemis cohabitent désormais avec les humains, devenus leurs maîtres. Les différentes tribus se sont fractionnées, et la technologie s’est immiscée jusqu’au paisible village de pêcheurs où Lana a grandi. Un équilibre précaire s’est installé, mais on sent dès les premières minutes que cette paix ne durera pas.
L’introduction nous place dans la peau de Lana alors qu’elle explore les ruines d’un vaisseau spatial avec sa petite sœur adoptive. Cette séquence d’ouverture, beaucoup plus sombre que celle du premier opus, pose immédiatement le ton : on n’est plus dans la découverte naïve d’un monde qui s’effondre, mais dans une exploration plus mature des conséquences du passé. C’est d’ailleurs l’un des grands axes narratifs de ce Planet of Lana II : les réponses aux mystères laissés en suspens commencent enfin à émerger.
Le drame survient rapidement. Une tribu venue du nord, les Dijinghala, pratique une exploitation minière dévastatrice. Lorsqu’un cristal contenant un gaz toxique se brise près du village, la petite sœur de Lana est empoisonnée. Pour la sauver, notre héroïne doit partir en quête de trois ingrédients médicinaux à travers les biomes les plus reculés de Novo. Ce qui pourrait ressembler à une simple quête FedEx se révèle bien vite n’être que le prétexte à une aventure bien plus vaste et mystérieuse.
Une narration sans mots mais pleine de sens
L’une des signatures de la série perdure : l’intégralité des dialogues se déroule dans une langue construite, inventée par Wishfully. Aucun mot n’est compréhensible — à l’exception d’un prologue récapitulatif sous-titré pour remettre en contexte les joueurs n’ayant pas fait le premier jeu. Le reste du temps, on interprète les émotions, les intentions et les enjeux uniquement à travers les expressions faciales, le langage corporel, la mise en scène et la musique.
On a adoré cette approche, qui nous a rappelé ces moments d’enfance où l’on regardait des dessins animés en version originale sans rien comprendre, mais où l’on suivait pourtant parfaitement l’histoire. Cette liberté d’interprétation laisse une place surprenante à l’imaginaire personnel, et on s’est surpris à discuter avec d’autres joueurs pour comparer nos lectures respectives des mêmes scènes. Le procédé n’est pas nouveau dans le genre — Inside ou Little Nightmares l’utilisent déjà — mais Wishfully le maîtrise avec une élégance rare.
Le récit souffre cependant d’un problème de rythme dans sa première moitié. Pendant environ trois heures, on suit cette quête du remède qui, bien que nous emmenant dans des lieux magnifiques, manque de poids émotionnel. On ne passe finalement que très peu de temps avec la petite sœur malade, et cet objectif initial peine à créer une véritable urgence dramatique. On a eu l’impression que le jeu tournait un peu en rond, attendant patiemment d’en arriver à l’intrigue véritablement passionnante.
Et quelle attente ! Car lorsque Planet of Lana II bascule dans sa seconde partie, le rythme s’emballe. Les révélations s’enchaînent, les mystères autour des Dijinghala, de leur gourou masqué et des origines spatiales de l’humanité se dévoilent enfin. Le final est une véritable claque narrative, conclu sur un cliffhanger frustrant — mais diablement efficace — qui nous a laissé impatients de découvrir la suite. On espère simplement ne pas attendre cinq ans pour y goûter.
Mui au cœur d’un gameplay plus riche
C’est sur le plan mécanique que Planet of Lana II fait le bond le plus significatif. Le premier opus proposait une progression en ligne droite mêlant phases de plateformes et énigmes simples. Ici, Wishfully a considérablement étoffé son arsenal ludique.
Mui, l’inséparable compagnon félin, n’est plus seulement un allié qui se contente d’activer des interrupteurs. Ses capacités se sont étendues : il peut désormais émettre une impulsion énergétique capable de désactiver certaines technologies et, surtout, de contrôler les créatures locales. Cette mécanique de possession est au cœur de l’aventure. Selon la zone explorée, Mui pourra prendre le contrôle d’un poulpe cracheur d’encre pour aveugler des prédateurs, d’une créature grimpant aux parois, ou d’autres animaux aux propriétés uniques.
Chaque nouvelle région introduit ainsi une mécanique inédite, ce qui maintient une fraîcheur constante tout au long des six à sept heures que dure l’aventure. On alterne entre phases de furtivité, de plateformes minutées et de résolution d’énigmes impliquant désormais une gestion à deux niveaux : Lana peut également pirater certains robots neutres, ajoutant une couche supplémentaire de complexité.
Les puzzles, bien plus élaborés que dans le premier jeu, nous ont régulièrement demandé de poser le cerveau quelques minutes pour trouver la bonne synergie entre les compétences des deux protagonistes. La courbe de difficulté est parfaitement dosée : progressive, jamais frustrante, mais suffisamment exigeante pour procurer une vraie satisfaction lorsqu’on débloque le chemin.
On soulignera toutefois une exception notable : les séquences sous-marines. Comme trop souvent dans ce genre de jeux, elles pèchent par une lenteur excessive et des mécaniques mal calibrées. Le chapitre 3, entièrement consacré à la plongée, a failli nous faire perdre patience. Lana nage avec une lourdeur qui rend chaque déplacement périlleux, et les morts s’enchaînent souvent pour des raisons plus liées à la maniabilité qu’à la difficulté réelle.
Des contrôles qui demandent un temps d’adaptation
Côté maniabilité, Planet of Lana II conserve la philosophie du premier épisode : on est dans un jeu de plateformes « méthodique », à l’ancienne. Lana ne répond pas avec la rapidité d’un personnage de jeu d’action pur. Ses sauts sont légèrement flottants, ses animations un brin pesantes. On aime ou on n’aime pas. Pour notre part, habitués aux jeux du genre (Limbo, Inside, la série Little Nightmares), on s’est rapidement accommodés de cette sensation qui participe à l’identité de la série. Les puristes de la réactivité à la Hollow Knight risquent en revanche d’être déconcertés.
L’ajout de nouvelles capacités de mouvement — course, glissade, saut mural — diversifie agréablement la traversée des niveaux, même si on regrette que les phases d’action pure restent trop rares. Les meilleurs moments surviennent lorsque le jeu nous demande d’enchaîner rapidement plusieurs actions tout en gérant simultanément les ordres donnés à Mui. Dommage que ces séquences soient réservées à l’ultime partie.
Un point technique mérite d’être signalé sur Switch 2 : on a constaté quelques rares bugs physiques, notamment lors des interactions avec Mui où la caméra peut parfois se dérégler momentanément. Rien de rédhibitoire, mais suffisamment notable pour mériter mention.
Parlons technique. Planet of Lana II sort sur Nintendo Switch et bénéficie d’une mise à jour gratuite vers la version Switch 2 dès la sortie. Et quelle différence ! Sur Switch 2, le jeu tourne à 60 images par seconde en 1080p, que l’on joue en mode portable ou sur téléviseur. Les temps de chargement sont quasi instantanés. Là où le premier opus souffrait d’un certain flou et de contours pixellisés, cette suite bénéficie d’une netteté remarquable.
Les graphismes, justement, constituent probablement le plus grand atout du jeu. La direction artistique picturale de Wishfully atteint des sommets. Chaque biome possède sa propre identité chromatique : les verts doux du village de Lana, les bleus profonds des zones sous-marines, les blancs éclatants des montagnes enneigées, les ambiances tamisées des ruines technologiques. La fusion entre le naturel organique et le métallique froid des machines crée des contrastes saisissants. On a souvent ralenti notre progression juste pour admirer un panorama ou pour observer le travail sur les lumières filtrant à travers la canopée. En mode portable sur Switch 2, l’image reste étonnamment nette et vibrante, ce qui n’était pas garanti pour un titre de ce type.
Une bande-son qui vous prend aux tripes, une durée de vie qui laisse sur sa faim
Si les yeux sont comblés, les oreilles ne sont pas en reste. Takeshi Furukawa, déjà aux commandes de la musique du premier jeu et connu pour son travail sur The Last Guardian, signe une partition qui mérite qu’on s’y arrête. L’orchestration, mêlant cordes mélancoliques et cuivres évocateurs, rappelle parfois les ambiances de Disco Elysium dans sa capacité à créer une nostalgie douce-amère.
Les thèmes varient selon les environnements : on retiendra particulièrement le motif folklorique de la forêt, qui nous a littéralement transportés. La direction sonore environnementale est tout aussi remarquable, avec des bruitages qui ancrent parfaitement chaque lieu dans sa réalité. L’ensemble participe grandement à cette sensation d’immersion que le jeu distille avec une efficacité redoutable.
Conclusion
Un voyage trop court mais inoubliable. Planet of Lana II: Children of the Leaf est une suite qui fait honneur à son aîné tout en traçant sa propre voie. Plus ambitieuse sur le plan narratif, plus riche mécaniquement, toujours aussi sublime visuellement, elle confirme le talent de Wishfully pour créer des mondes cohérents et émouvants. Le duo Lana-Mui fonctionne toujours aussi bien, et la relation gagne en profondeur.<br /> <br /> On regrette que le jeu mette autant de temps à trouver son rythme de croisière, que les séquences sous-marines viennent gâcher un plaisir par ailleurs constant, et que la durée de vie laisse cette impression désagréable d'en vouloir encore plus. Le cliffhanger final, s'il excite notre curiosité pour une suite, participe à ce sentiment d'inachevé.<br /> <br /> Mais ces défauts n'effacent pas les qualités d'une œuvre sincère, créative et magnifique. Planet of Lana II nous a offert un voyage dont on se souviendra longtemps, porté par une direction artistique somptueuse et une bande-son qui restera dans nos playlists. Si vous avez aimé le premier opus, cette suite est une évidence. Si vous découvrez la série, laissez-vous tenter : c'est le genre d'expérience qui fait du bien, même quand elle vous serre le cœur.
LES PLUS
- Une direction artistique absolument somptueuse
- Une bande-son magistrale signée Takeshi Furukawa
- Des mécaniques de gameplay enrichies et variées
- La relation entre Lana et Mui toujours aussi touchante
- Une version Switch 2 techniquement irréprochable (60fps, 1080p)
LES MOINS
- Une première moitié un peu longuette
- Des séquences sous-marines pénibles
- Durée de vie trop courte (5-7 heures)
- Aucune rejouabilité
- Cliffhanger frustrant qui appelle clairement une suite










