Depuis ces dernières années, un genre devient prépondérant notamment sur la scène indépendante : le roguelike, qui permet de tout faire, ou presque. De nombreux titres, bons comme mauvais, débarquent sur la console hybride de Nintendo. C’est là qu’arrive Montabi, à la croisée des chemins entre Pokémon, Slay the Spire et Mega Man Battle Network, un mélange détonnant de capture de monstres, de deckbuilding et de stratégie tactique en mode roguelike. Développé par le studio Mankibo, publié par Akupara Games et disponible sur Nintendo Switch 1 & 2, le jeu fait le pari de réunir ces univers, peut-être pour le meilleur ?
Un simple prétexte en guise d’histoire
Sur le plan narratif, Montabi choisit la voie de la simplicité assumée, voire du minimalisme. Après une scène d’introduction mignonette, mais avec peu d’animations, nous arrivons sur le menu principal et lançons rapidement une première partie.
L’intrigue prend place au cœur d’une métropole où les humains coexistent en harmonie avec de mystérieuses et adorables créatures baptisées Montabi. Ce quotidien paisible est brisé par l’émergence du Gang X, une organisation criminelle qui sillonne la ville pour capturer les compagnons des habitants. Cela rappelle fortement les agissements de la Team Rocket dans Pokémon, un air de déjà-vu plane au-dessus de nous.
Vous incarnez un jeune dresseur dont le propre Montabi a été dérobé. Pour le retrouver, vous devrez traverser différents quartiers, battre des sbires et affronter les chefs du gang qui n’hésitent pas à ressusciter d’anciens Montabi fossiles géants, apparentés à des dinosaures surpuissants, pour vous barrer la route.
Si l’univers de Montabi dégage tout de suite un charme incontestable et une inclusivité rare et bienvenue dans la direction artistique de ses personnages, le récit reste toutefois secondaire.
Le scénario est très classique dans le fond comme dans la forme, ponctué de quelques répliques légères, bon enfant et d’un rebondissement final assez générique. L’interaction avec l’univers se fait principalement via des cases d’événements et des lignes de texte lors des transitions.
Ce manque de profondeur narrative et d’activités annexes hors combat empêche de créer un lien émotionnel avec la ville, les événements ou ses habitants, mais l’écriture conserve un ton optimiste et chaleureux qui colle à l’ambiance globale.
Un voyage avec une profondeur tactique jubilatoire
Vous l’aurez compris, ce n’est pas vraiment par son histoire que Montabi arrive à convaincre mais ses mécaniques de jeu révèlent toute sa richesse. Le titre réussit le tour de force de faire fonctionner trois piliers majeurs ensemble : le deckbuilding, la stratégie tactique au tour-par-tour, et la capture de monstres.
Comme tout bon roguelike, chaque tentative (ou run) constitue une aventure d’une durée moyenne de 30 à 45 minutes. Vous commencez par choisir un dresseur et un premier Montabi parmi trois propositions tirées au sort, puis vous naviguez sur une carte à embranchements à la manière d’un Slay the Spire.
Au fil des cases choisies, vous croiserez bien évidemment des combats réguliers, qui vous permettront d’obtenir des cartes et des ressources pour améliorer vos decks. Des combats d’élites vous offriront, quant à eux, de grosses récompenses mais seront extrêmement dangereux.
Durant votre périple, des magasins et distributeurs sont présents pour acheter équipements, charmes passifs ou objets consommables comme des bombes, soins, boissons d’énergie, etc… Des boutiques de stickers vous permettront de personnaliser vos cartes en leur ajoutant des effets, pioche bonus, application d’effets de statuts comme la brûlure ou le poison par exemple. Enfin, et l’endroit à ne jamais négliger, les cafés, essentiels pour faire monter de niveau vos compagnons ou soigner votre petit groupe.
Attaquons le vif du sujet ! Les affrontements se déroulent sur deux grilles opposées de 3×3 cases, une pour votre camp, une pour l’adversaire. Vous déployez votre dresseur et jusqu’à deux Montabi sur le terrain, tandis que trois autres créatures restent sur le banc de touche, prêtes à entrer en jeu.
Chaque tour, vous disposez de points d’action (PA) à dépenser pour jouer les cartes tirées du deck propre à chaque membre de l’équipe. La grande originalité se situe dans le positionnement puisque les attaques ont des portées précises, des effets de zone ou des mécaniques de repoussement des adversaires.
Le gameplay rappelle immédiatement Mega Man Battle Network, voire même une partie d’échecs. Déplacer un allié pour le sortir d’une zone de danger, pousser un ennemi dans un piège ou échanger un Montabi affaibli avec un autre en réserve devient crucial et nécessite un sens du timing aigu.
Contrairement aux jeux de monstres classiques type Pokémon, votre dresseur participe activement à la bataille avec ses propres cartes et compétences (soutien, posture offensive, altération de cartes). Mais attention, si vos Montabi tombent K.O., vous disposez de 3 tours pour les réanimer avec des objets. Passé ce délai, la créature revient avec très peu de PV et écope d’une carte blessure injouable qui pollue votre main et vous inflige des malus à chaque tour. Plus grave encore, si votre dresseur est éliminé, la partie s’arrête immédiatement…Game over.
Cette condition vous contraint à jouer de façon hautement stratégique. L’anticipation est cela dit facilitée par des indications claires des intentions ennemies, affichées au-dessus des cibles et sur le terrain, ce qui élimine toute frustration liée à l’injustice.
Un jeu qui évolue ?
Nous l’avons dit, Montabi s’inspire de la licence Pokémon (entre autres) avec ses petites créatures, mais alors qu’en est-il des évolutions et de la capture ? Rassurez-vous, aucun acte manqué de ce côté là !
La capture fonctionne avec des objets. Lorsque vous battez un Montabi en combat, à la fin il vous sera possible de le rallier à votre cause et donc de le récupérer dans votre équipe si vous dépensez un biscuit pour l’appâter. Attention toutefois ! Les biscuits ne courent pas les rues, vous en avez donc un stock limité et devrez dépenser votre argent collecté en combat pour espérer en obtenir plus.
Au fur et à mesure des combats ou lors de vos passage dans les cafés, profitant d’un repos bien mérité entre deux batailles, vos Montabi pourront être amenés à évoluer. Les évolutions arrivent au niveau 5 puis au niveau 10, impliquant bien entendu un changement visuel qui va avec, comme dans la licence de GameFreak.
Chaque passage de niveau permet à votre Montabi de gagner en statistiques (points de vie, attaque et défense), et des cartes à ajouter à votre deck. Comme indiqué dans la partie sur le gameplay du jeu, chaque Montabi aura son propre deck et ce sont les combinaisons entre votre personnage et les différents Montabi de votre équipe qui rendent le titre si grisant et profond !
Un style cartoon réussi mais une finition à peaufiner
Sur le plan visuel, Montabi séduit par sa direction artistique très cartoon et colorée. Le design des créatures est d’une grande inventivité : on y croise aussi bien un singe sur un skateboard, une carpe koï-chat, un tigre boxeur, un cône de chantier ou un cactus avec un bouclier à piques. Lors des combats, les animations ne sont pas très développées mais font l’affaire. Le tout reste à l’image de la première saynète d’intro, assez statique.
Certaines créatures ne seront pas du goût de tous mais elles s’intègrent très bien dans cet univers avec un choix très orienté sur les objets du quotidien transformés en monstres. Pourquoi pas ? En tout cas, c’est plus de 60 petites bestioles qui seront à attraper, collectionner et faire combattre (évolutions comprises) pour pas moins de 500 cartes pour fabriquer et consolider vos decks.
Par contre, nous avons beaucoup moins de chance du côté des environnements de jeu car en dehors des quelques magasins présents, le titre reste campé sur ses acquis. L’histoire étant un peu faible, elle ne vous emmènera pas dans un voyage à travers des décors diversifiés et vous resterez dans la ville.
Sur Nintendo Switch 2, la fluidité globale apporte un réel confort lors des transitions et des animations de cartes. Cependant, le titre souffre encore de légers soucis de jeunesse. On note des pertes de fluidité lorsque l’écran est surchargé d’effets de statut ou de cartes générées en masse, ce qui n’arrivera pas forcément dans vos premières heures de jeu, mais plus fréquemment lorsque vous aurez pris en expérience au fur et à mesure des runs.
Dans l’ergonomie, quelques points noirs sont présents : la gestion du curseur de sélection à la manette manque parfois de précision et de visibilité, sautant de manière erratique entre les cartes de la main et le terrain de jeu. Aussi, nous reprochons un calibrage des textes peu satisfaisant lorsque les cartes sont fournies en effets. Il devient alors plus difficile de lire correctement les descriptifs.
Le menu d’options permet heureusement de choisir entre plusieurs tailles pour les textes, la plus large ne conviendra tout de même pas forcément pour rendre plus fluide la lecture mais il est difficile de faire mieux en l’état sans encombrer le plateau de jeu par des textes ou des fenêtres à foison.
Rien à déplorer du côté de la traduction qui est très satisfaisante. Nous n’aurons toutefois pas le même discours concernant la bande-son du jeu. Les musiques ne sont pas le point fort du titre, souvent sans intérêt et répétitives. De fait, sur un jeu tactique au tour par tour où la réflexion et la planification des actions peuvent prendre du temps, avoir des musiques courtes ou redondantes vient forcément déranger les oreilles à la longue.
Côté durée de vie, Montabi se montre exemplaire pour un titre de cette catégorie soutenue par une boucle de rejouabilité particulièrement bien pensée : vous débloquez progressivement trois dresseurs possédant des mécanismes uniques. Et chaque défaite ou victoire permet de faire grimper le niveau global de votre profil, déverrouillant de nouveaux objets et équipements, des cartes légendaires pour les boss et remplissant une encyclopédie très complète, le Montapédia.
Comptez une vingtaine d’heures pour débloquer la majorité du contenu et franchir les trois zones principales avec chaque dresseur, mais la quête des meilleures synergies de cartes et des combinaisons d’équipe idéales prolonge le plaisir bien au-delà.
Il est intéressant de noter que le titre verse dans l’accessibilité pour tous, en proposant 5 modes de difficultés, allant du plus simple, parfait pour les joueurs occasionnels qui voudraient s’essayer au genre tactique en toute quiétude, jusqu’à la difficulté réservée aux vétérans et accros du défi.
Montabi est disponible en français depuis le 6 août 2026 sur l’eShop au prix de 18.99 euros.
Conclusion
Le studio Mankibo a transformé ce qui aurait pu être un titre générique en un exemple avec ce Montabi. Il réussit l'exploit d'assembler collection de monstres, combat tactique et deckbuilding dans un roguelike cohérent, addictif et gratifiant. Les mécaniques s'imbriquent avec une fluidité remarquable, poussant constamment à expérimenter et chercher la combinaison qui fera basculer une partie. Si l'on met de côté un scénario effacé, une bande-son répétitive et quelques aléas techniques, Montabi s'impose comme une valeur sûre. C'est le genre de jeu captivant dont il est extrêmement difficile de décrocher, parfait pour la Nintendo Switch 2 et à emmener partout avec soi.
LES PLUS
- Une boucle de gameplay extrêmement addictive et gratifiante
- Le système de combat apporte une vraie dimension tactique
- Le design original des Montabi
- Un roster assez fourni et intéressant
- Beaucoup de combinaisons possibles
- Une excellente rejouabilité grâce aux synergies entre dresseurs, cartes, charmes, stickers et évolutions
- Une progression gratifiante qui récompense chaque essai, même en cas de défaite.
- Plusieurs modes de difficulté, très accessible
- Un titre qui fait le choix de l’inclusion
LES MOINS
- Une histoire et un univers qui restent au second plan
- La bande-son, un peu trop limitée, qui finit par lasser
- Un curseur à la manette parfois instable sur la grille de combat et pas assez visible
- Quelques rares ralentissements lors des phases avec une profusion d'effets
- La taille des textes parfois trop juste, surtout en portable
- Pas de renouvellement dans les environnements
- Les animations des Montabi sont très statiques








