Verho – Curse of Faces est un action-RPG de dark fantasy développé par Kasur Games et édité par CobraTekku Games. Sorti le 30 juillet 2026 sur l’eShop à 24,99€, le titre se présente sous la forme d’une aventure sombre et exigeante rappelant la philosophie d’un King’s Field, à travers un récit cryptique centré sur l’isolation, la malédiction des visages et la quête de la vérité.
Le développement est assuré par Kasur Games, studio créé en janvier 2021 par Tomasz Rusak (précédemment Kasur Dev Studio fondé en 2012 pour des jeux mobiles). Leur premier jeu PC et consoles était BattleTanks – Animal Wars, totalement différent de ce qu’ils proposent aujourd’hui.
De son côté, l’édition est prise en charge depuis 2022 par CobraTekku Games. Basé à Munich en Allemagne, cet éditeur indépendant est axé sur l’accompagnement de projets originaux à forte identité. Il privilégie les jeux qui proposent une expérience unique afin de toucher un public de niche.
Un mode désolé, à vous de découvrir pourquoi
L’Ère de la Solitude
Il y a 600 ans, dans un monde ravagé par des guerres incessantes, une malédiction étrange fit son apparition : la proximité entre deux humains entraînait leur mort instantanée. Ainsi débuta l’Ère de la Solitude, une période sombre de trois siècles durant laquelle toute interaction humaine devint fatale et où la survie de l’espèce relevait du miracle.
L’Ère des Masques
L’espoir réapparut avec l’arrivée d’un être énigmatique : le Créateur. Il identifia la cause exacte du fléau — qu’il nomma la Malédiction des Visages — et offrit le salut à l’humanité en distribuant des masques forgés pour empêcher tout contact visuel direct afin d’éviter la mort. Le Créateur devint un sauveur puis une véritable divinité, inspirant malgré lui des religions qu’il n’avait pourtant jamais souhaitées, selon ses propres dires.
Le Périple vers la Vérité
Au fil des siècles, ce salut est devenu un fardeau et une question s’est imposée à tous : quelle est l’origine de cette malédiction ? Personne n’en connaissait la cause ultime, à contrario du point d’origine : Yariv. C’est à ce moment-là que, pour une raison que vous seul connaissez, vous vous lancez vers ces terres d’où nul n’est jamais revenu, prêt à braver les ombres du passé pour percer le secret du fléau.
Après un bref tutoriel, vous devez choisir un masque. Chacun d’entre eux incarne un personnage disposant de son propre passé, ses statistiques et d’une arme secondaire : Voleur, Chevalier, Sorcier, Érudit, Inquisiteur, Guerrier ou Oublié. Seul ce dernier commence au niveau 1, démuni de tout objet pour ses débuts.
Dès que le chemin emprunté se referme derrière vous, vous rencontrez un premier PNJ. Il vous remet alors une arme brisée mais bien utile pour vous défendre.
L’histoire est racontée de manière environnementale, à travers les dialogues avec les PNJ, les documents à dénicher et les indices visuels disséminés par-ci par-là. Chaque élément révèle une pièce du puzzle pour vous faire comprendre la situation globale. Libre à vous, évidemment, d’ignorer le récit pour simplement éliminer tout ce qui se dresse sur votre route et traquer la source du problème.
La narration rappelle le style de FromSoftware — lorgnant davantage du côté de King’s Field que de Dark Souls. Le jeu vous laisse entièrement libre de vous plonger dans son univers ou de l’ignorer mais tendre l’oreille reste vivement recommandé : certains dialogues distillent des indices précieux pour démêler des situations en apparence illogiques. Avancer à l’aveugle reste envisageable mais au prix de longs tâtonnements.
La trame principale n’impose que de rares échanges obligatoires brièvement illustrés par des cinématiques. Pour le reste, ce sont vos actes qui façonnent l’aventure : accomplir une quête secondaire ou croiser la route d’un PNJ dans un lieu précis modifiera vos relations avec lui. Même si le jeu n’explicite pas toujours l’impact direct de vos décisions, vos choix pèsent discrètement sur le destin des personnages.
Un gameplay qui reprend des jeux PS1 modernisés avec un peu de Skyrim
Vous contrôlez un héros sans nom en vue à la première personne. Vous pouvez charger votre coup, vous protéger, changer d’arme, sauter, lancer un sort, utiliser un objet et interagir avec le décor ou les personnages. Un coup rapide n’inflige que des dégâts minimaux, alors qu’un coup maintenu remplit la jauge située sous vos PV, celle qui détermine la puissance de vos coups.
Contrairement aux armes de corps à corps, l’arc et les sorts exigent d’être chargés au maximum pour être réellement efficaces — une attaque décochée prématurément sert tout au plus à achever un ennemi mal en point. Plus la jauge est remplie, plus les dégâts grimpent, vous incitant à toujours frapper à pleine puissance.
Se protéger consomme votre jauge d’endurance (la barre jaune) : si elle tombe à zéro, vous vous effondrez au sol, laissant le champ libre à l’adversaire pour vous frapper sans vergogne. Pour utiliser un objet, vous devez d’abord l’assigner à votre menu rapide (jusqu’à 5 emplacements). Vous pouvez ensuite les faire défiler, sachant que sélectionner une potion donne accès à l’ensemble du stock dont vous disposez.
Étonnamment, le jeu met l’accent sur le côté plateforme, ce qui s’avère utile en combat pour distancer un ennemi. La prise en main est fluide et simple, les phases de saut ne sont pas trop difficiles tout en restant gratifiantes. La prise de risque y est bien récompensée : certains lieux abritent des armes et objets rares où la moindre chute entraîne la mort ou de lourds dégâts.
Vous avez accès à un vaste arsenal (épées, lances, arbalètes…) mais chaque arme nécessite des prérequis spécifiques pour être maniée. Votre progression repose sur six statistiques :
- Force : augmente les dégâts, facilite le maniement des armes lourdes et accorde un léger bonus de santé.
- Dextérité : permet d’utiliser les armes de finesse, augmente la vitesse d’attaque et offre un léger bonus de santé.
- Intelligence : débloque des sorts plus puissants et augmente légèrement votre réserve de mana.
- Constitution : augmente grandement votre maximum de santé.
- Pouvoir : augmente grandement votre maximum de mana.
- Résistance : améliore votre défense contre les altérations d’état et réduit la consommation d’endurance quand vous bloquez.
Seules la Force, la Dextérité et l’Intelligence détermineront votre capacité à utiliser une arme ; le reste dépend surtout de votre façon de jouer. Les anneaux constituent la seule forme d’armure disponible : ils vous accorderont des bonus de PV, d’expérience ou d’autres attributs. Il faudra toutefois bien chercher pour les dénicher vu leur petite taille, même si une aura lumineuse les rend repérables.
Le jeu intègre une large panoplie d’affinités élémentaires et d’altérations d’état : saignement, foudre, poison, ténèbres, lumière, vent, feu et glace. Exploiter la vulnérabilité d’un ennemi ou contourner ses résistances simplifie grandement les affrontements, bien qu’il reste tout à fait possible de l’emporter à la seule force brute.
La diversité des armes, sorts, équipements à distance et anneaux permet de façonner un build sur mesure en fonction de vos statistiques. La vitesse d’attaque, les dégâts élémentaires et le système d’amélioration — qui prolonge la viabilité de votre équipement — offrent une grande liberté sur votre façon de jouer. Que vous optiez pour un profil hybride, un spécialiste du corps-à-corps, un combattant à distance ou un pur mage optimisant ses coûts en mana et ses temps d’incantation, les options de personnalisation s’avèrent d’une grande richesse pour chaque classe.
Le bestiaire fait la part belle au recolor (color swap) : certains ennemis partagent le même visuel mais disposent d’attaques supplémentaires, d’un autre pattern ou d’une portée accrue. Le début de jeu s’avère exigeant, surtout si vous choisissez le Masque de l’Oublié. Heureusement, la plupart des adversaires ont des patterns très lisibles permettant de s’adapter rapidement même si vous resterez à la merci d’attaques surprises ou d’altérations d’état (brûlure, poison, ralentissement, étourdissement…). À la manière d’un Dark Souls, ces malus ne s’appliquent pas en un seul coup : ils nécessitent une accumulation d’attaques ou un contact direct avec la source du malus (lac de poison ou de la lave par exemple).
Enfin, les boss sont particulièrement réussis. À l’image des ennemis de base, ils possèdent des attaques lisibles mais dévastatrices, généralement réparties sur deux phases. Une bonne lisibilité ne rend pas le combat facile pour autant : à la moindre erreur, la situation peut très vite tourner à votre désavantage. La difficulté dans son ensemble reste très accessible, généralement c’est plus l’inconnu, tomber dans le vide, dans l’eau ou une différence massive de niveau qui viendra à bout de vous bien bien que le jeu ait ses pics de difficulté.
Un lieu rempli de secrets à découvrir
Le monde est ouvert : de nombreux lieux sont bloqués par l’absence d’un objet clé mais tant qu’aucun avertissement clair ne vous en interdit l’accès, vous êtes libre d’explorer où bon vous semble.
Vous croiserez une multitude de passages secondaires : certains mènent simplement à un objet optionnel, d’autres sont cachés derrière une petite énigme (comme deux torches à allumer pour ouvrir un mur), et certains se dissimulent même derrière des murs invisibles. L’agencement de la carte ressemble à un grand labyrinthe dans lequel vous devriez pouvoir vous repérer assez facilement ; c’est surtout le nombre de possibilités qui est impressionnant. En bref, l’exploration s’avère toujours gratifiante, que ce soit immédiatement ou sur le long terme vu que vous trouverez armes, anneaux, runes et autres.
Très tôt, vous découvrirez le Village Sans Nom, un hub où vous pourrez acheter armes et potions ou glaner des informations. Vous y croiserez aussi des PNJ qui vous confieront des quêtes. Certaines sont obligatoires pour progresser car elles débloquent un passage vers la suite de l’histoire, quand d’autres vous donnent accès à divers services — comme ce forgeron capable de fabriquer de nouvelles armes si vous lui apportez les bons composants. Il pourra aussi améliorer vos armes acquises avec des éléments que vous trouverez si vous explorez les différents lieux du jeu. Le jeu propose bien quelques pièges mais ils restent rares et peu inspirés : la majorité se résume à des pics surgissant de nulle part ou à des ennemis explosant au contact. C’est assez peu intéressant. En réalité, ce sont les ennemis eux-mêmes qui font office de pièges, notamment en raison de leur nombre imposant. Certains ne dévoilent d’ailleurs leurs intentions que lorsque vous les touchez ou vous en approchez. Il faudra donc bien observer l’environnement : chacun laisse un signe distinctif au sol et rares sont ceux qui apparaissent sans prévenir.
Le seul point vraiment frustrant reste la quasi-impossibilité de fuir un combat. Les ennemis vous poursuivront sans relâche, à moins d’être bloqués par le décor. Pire encore, certains n’ont aucune limite : les unités volantes ou celles dotées d’attaques à portée globale vous atteindront où que vous soyez. Si vous en avez marre de combattre, la seule alternative sera d’éliminer vos adversaires au plus vite. D’autant plus que se reposer à une statue du Créateur fait réapparaître tous les monstres. Pour éviter cela, il vaut mieux quitter la statue sans se reposer, ou simplement monter de niveau si l’option est disponible, ce qui vous soigne et sauvegarde votre partie sans réinitialiser la zone. En bref, les ennemis sont aussi amusants à affronter qu’exaspérants.
Clairement un hommage PS1 et il est réussi
Si vous êtes fan du début de la 3D, vous reconnaîtrez immédiatement cet hommage aux visuels de l’époque de Playstation 1, enrichi ici de décors plus fournis. Évidemment, le rendu reste très particulier : jugé selon les standards actuels, le titre paraît daté, pixelisé et rudimentaire. Pourtant, remis dans son contexte, la direction artistique fonctionne à merveille : il renforce l’atmosphère austère d’un monde meurtri par la dévastation et envahi de monstres. On regrettera seulement que le rendu soit, par moments, un brin trop brut.
Côté animations, le constat rejoint celui des visuels : bien qu’elles s’avèrent de bien meilleure qualité que dans un jeu de l’époque — avec une belle fluidité, en particulier chez les boss —, certains ennemis ordinaires conservent des mouvements un peu robotiques. En outre, le recours massif aux déclinaisons de couleur (color swap) implique qu’énormément d’animations sont recyclées du début à la fin de l’aventure. Revoir en boucle les mêmes postures et les mêmes adversaires finit par instaurer une certaine redondance.
Réalisées directement avec le moteur du jeu, les cinématiques enrichissent le contexte en introduisant les boss et les temps forts du récit. Elles apportent un surplus de vie bienvenu à la mise en scène, contrastant avec la rigidité globale du titre.
Une bande-son qui se compile bien avec son ambiance
Dans l’ensemble, la bande-son est très réussie. Souvent discrète pour laisser s’exprimer l’atmosphère des lieux, elle s’impose avec force lors des combats de boss. À la fois mélancoliques et dynamiques, ces thèmes traduisent parfaitement la tension de chaque affrontement, rarement anodin au vu du contexte narratif.
Le sound design des combats s’avère tout aussi efficace : le bruit des coups qui portent, le tintement d’une parade réussie ou le sifflement des flèches offrent un retour sonore immédiat pour évaluer l’efficacité de vos attaques. Enfin, le jeu sait tirer parti du silence et des bruits d’ambiance — le souffle du vent, le murmure de la mer et bien d’autres détails — pour appuyer viscéralement la désolation de ce monde ruiné.
Une bonne durée de vie selon votre envie
Il faut compter entre 7 et 13 heures pour venir à bout de l’aventure, une durée qui varie grandement selon votre rythme d’exploration. Trouver son chemin, accomplir des objectifs secondaires — parfois sans le savoir — ou nettoyer chaque zone influence autant le chronomètre que la difficulté ressentie.
Si le jeu de base reste plutôt accessible, la rejouabilité est renforcée par plusieurs modes additionnels :
- Le mode Normal : permet de réapparaître sans limite pour découvrir l’aventure à son rythme.
- Le mode Hardcore : rend chaque mort définitive et renforce les ennemis pour offrir un défi colossal.
- Le mode Randomizer : redistribue aléatoirement les objets et l’emplacement des monstres, vous exposant à des adversaires potentiellement redoutables dès la première zone. À noter que chaque mort ou repos réinitialise la disposition de la zone, à moins d’avoir déjà ramassé les objets et sauvegardé dans la foulée.
Viser le 100 % repose sur trois objectifs majeurs : récupérer la totalité des armes, anneaux, runes et objets secrets, mais aussi mener à bien toutes les quêtes secondaires, dont le destin de chaque PNJ dépendra directement de vos choix et de ce que vous trouverez enfoui dans le mystère de la survie de l’humanité. Entre les nombreux éléments à dénicher et les différents modes de jeu à compléter, comptez entre 15 et 20 heures, voire davantage selon votre capacité à surmonter l’adversité.
Le titre se montre particulièrement généreux en contenu : si vous avez aimé l’aventure principale, ces défis prolongeront l’expérience avec efficacité et vous y trouverez sans aucun doute votre compte.
Conclusion
Verho - Curse of Faces réussit le pari de transformer un style rétro en une expérience étonnamment moderne. L'aventure se révèle intrigante de bout en bout : entre la diversité des builds, le soin apporté aux boss et l'immersion narrative, le jeu parvient sans peine à vous impliquer dans son univers, d'autant que votre curiosité pour le lore sera toujours grandement récompensée.Certains aspects risquent toutefois de rebuter les moins avertis. En cherchant à entretenir le mystère, le titre manque parfois de clarté et les affrontements contre le bestiaire de base deviennent redondants lors des allers-retours, un sentiment renforcé par le recours massif au color swap.Néanmoins, si vous acceptez de passer outre ces quelques mécaniques datées, l'expérience globale n'en demeure pas moins captivante et gratifiante.
LES PLUS
- Gameplay solide et rapide à prendre en main
- Direction artistique intelligente tirant parti des visuels rétro pour servir le récit
- Histoire mystérieuse et très immersive pour qui prend le temps de l'écouter
- Combats de boss exigeants et parfaitement lisibles, sans jamais devenir frustrants
- Excellente rejouabilité portée par des modes de jeu variés (Hardcore, Randomizer)
- Bande-son et sound design réussis, sublimant la désolation du monde et l'intensité des boss
- Variété d'équipements et de magie permettant de renouveler l'approche des combats
LES MOINS
- Sensation de redondance due au recyclage d'ennemis (color swap) et d'animations
- Rendu technique très rudimentaire pouvant freiner les moins nostalgiques
- Impossible de fuir certains ennemis : ils attaqueront à la moindre approche et sans relâche
- Distinction parfois confuse entre trame principale et objectifs secondaires
- Le jeu manque de clarté sur l'impact réel de nos décisions sur le destin des personnages












