Il y a quelque chose dans les jeux spatiaux qui attise toujours la curiosité. Peut-être est-ce l’idée de prétendre être une sorte de Han Solo, prenant de mauvaises décisions et y survivant tant bien que mal, ou peut-être est-ce simplement parce que l’espace est ridiculement vaste. Cette immensité peut aussi poser problème : un univers gigantesque semble impressionnant jusqu’à ce qu’on réalise qu’il doit contenir quelque chose qui vaut la peine d’être fait. EVERSPACE 2 gère cela d’une manière que l’on apprécie vraiment, car il n’essaie pas de se transformer en un autre Mass Effect. On reste dans son vaisseau, on combat, on explore, on pille, on améliore et on continue d’avancer. Pas de longues promenades dans des villes futuristes, pas de conversations interminables dans une cantina. Le vaisseau est essentiellement notre personnage, et une fois qu’on commence à voir le jeu sous cet angle, beaucoup de choses deviennent claires. Alors, on décolle ?
Bienvenue dans l’espace
Développé par Rockfish Games, EVERSPACE 2 s’appuie sur les fondations établies par son prédécesseur pour devenir quelque chose de considérablement plus ambitieux. Ce qui avait commencé comme un shooter spatial orienté arcade s’est transformé en un véritable RPG d’action, combinant combat spatial avec exploration, loot, progression, artisanat et une campagne narrative complète. On incarne Adam, un clone et ancien pilote militaire dont la vie se complique rapidement. Ce qui débute comme une simple mission l’entraîne progressivement dans un conflit beaucoup plus vaste, l’amenant à traverser différents systèmes stellaires et à rencontrer toute une galerie de factions et de personnages qui révèlent peu à peu l’ampleur de ce qui se joue réellement.
On reste volontairement vague sur les détails, car l’histoire est à son meilleur quand elle parvient à surprendre. L’identité de clone d’Adam offre au récit une base intéressante, permettant d’explorer des questions sur l’identité, l’individualité et ce que signifie réellement être une personne. L’histoire est racontée à travers des cinématiques peintes magnifiques qui donnent aux moments plus calmes une identité visuelle distincte. Certes, le scénario ne va pas toujours aussi profondément dans ces idées qu’il le pourrait, mais elles donnent à cette aventure spatiale par ailleurs directe une substance bienvenue. Plus important encore, l’histoire fournit une raison de continuer à avancer dans la galaxie sans constamment entraver le jeu lui-même. Puis on monte dans son vaisseau, et c’est là qu’EVERSPACE 2 commence vraiment à prendre tout son sens.
Le RPG où on ne quitte jamais le cockpit
Soyons clairs d’emblée : si vous cherchez un Mass Effect dans l’espace, ce n’est pas ce jeu. Il n’y a pas de stations géantes où l’on passe une demi-heure à marcher d’un PNJ à l’autre, et on ne quitte pas soudainement son vaisseau pour explorer une planète extraterrestre à pied. On est le pilote, et le vaisseau devient pratiquement notre personnage. Au début, on n’était pas sûr d’aimer cette approche. Quand on pense aux RPG, on imagine généralement marcher dans un monde nous-même plutôt que d’être coincé dans un véhicule. La comparaison la plus simple serait Star Fox, si quelqu’un l’avait transformé en RPG complet. Mais après un certain temps, on a cessé de regretter la marche à pied. Un signal distant peut nous détourner de notre mission, une épave peut se transformer en petite chasse au trésor, et un champ d’astéroïdes peut soudainement nous donner une raison de rester bien plus longtemps que prévu. On quittait régulièrement une station avec un objectif clair et revenait beaucoup plus tard avec un meilleur équipement, une soute pleine de ressources, et aucune idée réelle de comment on s’était retrouvé de l’autre côté du système. C’est ce genre de choses qu’on aime.
La plus grande force d’EVERSPACE 2 reste son combat spatial. Piloter le vaisseau est réactif sans devenir une simulation, ce qui est exactement la bonne décision pour ce type de jeu. Le vaisseau répond assez rapidement pour permettre de tourner, d’utiliser le boost et de manœuvrer autour des ennemis sans donner l’impression d’être dans un simulateur de vol, tandis que les systèmes d’armes et de capacités offrent suffisamment d’options pour s’adapter quand pointer ses canons sur quelque chose ne suffit pas. Les rencontres ennemies encouragent également à varier son approche : garder ses distances fonctionne contre certaines cibles, tandis que d’autres sont beaucoup plus faciles à gérer quand on devient agressif et qu’on reste dans leur sillage. Les capacités spéciales deviennent particulièrement utiles quand plusieurs ennemis commencent à nous encercler, transformant ce qui ressemble initialement à une rencontre écrasante en quelque chose qu’on peut réellement contrôler.
Les systèmes RPG donnent ensuite à ces affrontements une raison d’exister. Les armes et équipements peuvent être remplacés et améliorés au fil de la progression, transformant graduellement notre vaisseau d’un appareil de départ capable en quelque chose qui nous ressemble vraiment. Le flux constant de loot aurait facilement pu devenir une inflation de chiffres sans signification, mais comme notre équipement affecte directement notre approche du combat, trouver quelque chose de meilleur semble généralement valoir la peine. Ce qui compte, c’est qu’EVERSPACE 2 comprend la relation entre ses systèmes d’action et de RPG : piloter le vaisseau est suffisamment amusant pour porter l’expérience immédiate, tandis que l’améliorer nous donne une raison de continuer à s’enfoncer dans la galaxie.
La liberté a un prix
Une des choses qu’on a le plus appréciée dans EVERSPACE 2 est la façon dont il nous met peu de pression pour suivre un chemin unique. L’histoire donne une direction, mais la galaxie laisse suffisamment de place à la curiosité. Quand quelque chose attire notre attention, on peut généralement l’examiner plutôt que de simplement le noter mentalement pour plus tard. Ressources, épaves, zones cachées et rencontres optionnelles transforment progressivement les trajets entre les missions en parties de l’aventure plutôt qu’en temps morts entre les objectifs. Cette liberté est là où EVERSPACE 2 se rapproche le plus de capturer le fantasme d’être un pilote spatial : on ne suit pas simplement une route, on choisit quelle route prendre.
Malheureusement, l’espace a un problème plutôt évident : il y en a beaucoup. L’échelle qui rend EVERSPACE 2 impressionnant peut occasionnellement jouer contre lui. Il y a des moments où l’on voyage vers son prochain objectif et où il ne se passe presque rien. Le paysage reste attrayant, mais on finit par reconnaître que le même type de champ d’astéroïdes ou de décor planétaire lointain défile depuis un bon moment. Ce n’est pas nécessairement un problème technique, mais plutôt une conséquence du design du jeu : une galaxie doit sembler énorme, et une galaxie énorme ne devrait pas nécessairement avoir quelque chose qui explose toutes les trente secondes. Mais d’un point de vue ludique, ces moments plus calmes peuvent donner l’impression que le trajet ressemble davantage à un déplacement domicile-travail qu’à de l’exploration. Le jeu offre généralement assez de distractions pour éviter que cela ne devienne un problème constant, mais cela signifie que le sentiment de liberté n’est pas toujours accompagné d’un sentiment de découverte. Parfois, la galaxie semble vaste parce qu’il y a quelque chose qui attend au coin, mais parfois elle semble vaste parce que le coin est simplement très loin.
La même chose se produit avec la structure des missions. Il y a suffisamment de variété pour maintenir la campagne en mouvement, mais après avoir passé un temps considérable avec EVERSPACE 2, des schémas familiers commencent à émerger. Le jeu demande d’enquêter, de récupérer, de protéger ou de détruire quelque chose, puis nous envoie vers un autre endroit où le processus recommence. Ce n’est pas inhabituel pour un RPG d’action, puisque la plupart des jeux du genre finissent par révéler la machinerie sous leurs aventures. La différence est qu’EVERSPACE 2 a une boucle de gameplay si satisfaisante que la répétition devient frustrante précisément parce qu’on sait à quel point le jeu peut être bon quand il s’en éloigne. Les missions principales plus fortes sont plus mémorables parce qu’elles offrent quelque chose au-delà d’une autre rencontre de combat. Des environnements créatifs et des situations inhabituelles démontrent que Rockfish peut faire plus avec son univers quand il ne s’appuie pas sur la structure de mission la plus sûre. On aurait simplement aimé qu’il y ait plus de ces moments. La répétition ne nous a jamais donné envie d’arrêter de jouer, mais elle nous a parfois donné l’impression de travailler à travers le jeu plutôt que de le découvrir.
Construire un RPG autour d’un vaisseau
C’est là qu’EVERSPACE 2 devient le plus intéressant. Le jeu n’a pas besoin d’une structure RPG traditionnelle parce que le vaisseau remplit effectivement ce rôle. Notre équipement détermine comment on combat, les améliorations étendent nos capacités, et ce qu’on découvre à travers la galaxie influence directement notre approche du prochain défi. Cela rend la progression tangible : on ne regarde pas simplement des chiffres augmenter sur un écran de personnage ; on pilote un vaisseau qui est progressivement devenu plus capable grâce aux décisions qu’on a prises. Cela explique aussi pourquoi l’absence d’exploration à pied n’est pas aussi restrictive qu’elle le paraît initialement. Mass Effect construit son expérience RPG autour des personnes qui occupent sa galaxie, tandis qu’EVERSPACE 2 construit son expérience RPG autour de la personne qui la traverse en volant. La différence peut sembler minime, mais elle change fondamentalement l’expérience. Mass Effect demande ce que ce serait de vivre dans un univers de science-fiction ; EVERSPACE 2 demande ce que ce serait de piloter son propre vaisseau à travers celui-ci. On pense que Rockfish mérite du crédit pour s’être engagé dans cette distinction au lieu d’essayer de transformer son jeu en quelque chose qu’il n’est pas.
Visuellement, EVERSPACE 2 est un jeu magnifique. Les différents environnements ont suffisamment de variation pour éviter que la galaxie ne devienne une collection géante de champs d’étoiles identiques, tandis que les vaisseaux eux-mêmes semblent suffisamment détaillés sans sacrifier la lisibilité pendant le combat. Les explosions, les effets d’armes et les détails environnementaux donnent aux batailles beaucoup de spectacle, tandis que les moments plus calmes permettent à l’échelle pure de l’univers de s’imposer. Quand EVERSPACE 2 réussit son atmosphère, il peut nous faire sentir très petit. On peut voler à travers un énorme champ d’astéroïdes, avec des planètes lointaines et des structures visibles en arrière-plan, et soudainement l’insistance du jeu à donner tout cet espace vide prend son sens. On n’est pas censé avoir l’impression de marcher dans un parc à thème ; on est censé se sentir quelque part d’énorme.
Cette échelle visuelle est aussi là où l’un des problèmes précédents du jeu revient. Certaines zones manquent de variété visuelle ou interactive suffisante pour être mémorables, et après plusieurs heures à voler à travers des environnements similaires, même une vue impressionnante peut commencer à sembler familière. C’est un compromis, et pour la plupart, qu’on est prêts à accepter. L’ambiance visuelle paraît quelquefois trop lumineuse pour un jeu qui mise autant sur la solitude, l’exploration et les dangers de l’espace. Une ambiance un peu plus sombre aurait renforcé l’immersion et aurait mieux accompagné le ton général de l’aventure.
L’expérience Nintendo Switch 2
Amener EVERSPACE 2 sur Nintendo Switch 2 aurait facilement pu mal tourner, surtout parce qu’une grande partie du jeu dépend de grands environnements et de combats rapides. Voler à travers des zones ouvertes reste impressionnant, et le combat est resté suffisamment réactif pour qu’on puisse réagir rapidement quand des ennemis apparaissaient soudainement derrière nous ou quand les choses devenaient chaotiques. Cela compte énormément dans un jeu comme celui-ci, car la dernière chose qu’on veut pendant un combat aérien est de se demander si les contrôles ont réellement fonctionné.
La version Switch 2 fonctionne avec un plafond de 45 images par seconde, plutôt que d’essayer d’atteindre les 60 fps disponibles sur du matériel plus puissant. Au début, 45 fps peut sembler un chiffre étrange, mais il convient plutôt bien au jeu. Ce n’est pas aussi fluide que les modes 60 fps disponibles sur PS5, Xbox Series X|S et les PC capables, mais c’est considérablement plus fluide qu’une expérience traditionnelle à 30 fps. Plus important encore, la performance est généralement constante, ce qui compte plus que de courir après un taux de rafraîchissement plus élevé et de finir avec des chutes constantes. Il y a évidemment des compromis visuels par rapport à la version PC fonctionnant avec des réglages élevés ou ultra : les textures ne sont pas aussi nettes, les objets distants n’ont pas le même niveau de détail, et certains effets ont été réduits. Cependant, quand on joue réellement plutôt que de comparer des captures d’écran côte à côte, ces compromis sont étonnamment faciles à oublier.
On a vraiment apprécié d’avoir EVERSPACE 2 disponible en mode portable. On pouvait passer une session plus longue à travailler sur l’histoire, ou simplement le prendre pour un moment afin de rassembler des ressources, d’améliorer notre vaisseau et de voir où l’on finissait. Pour un jeu où on se fait constamment distraire par un autre signal ou un morceau de butin, cela fonctionnait vraiment bien.
Il faut cependant souligner que cette version ne propose pas la vue « cockpit ». Pour les joueurs qui privilégient l’immersion à la première personne, il s’agit d’un manque important. Personnellement, on aime beaucoup ce type de perspective, que ce soit dans un jeu de course, un simulateur spatial ou tout autre univers où l’on incarne directement un pilote. Voir l’environnement depuis le poste de pilotage renforce naturellement le sentiment de présence, et son absence se fait donc sentir ici. Cette décision semble liée à des considérations de performance sur Switch 2. Le résultat reste compréhensible, mais frustrant, d’autant plus que certaines cinématiques laissent entrevoir ce que cette vue aurait pu apporter à l’ensemble.
L’ambiance sonore spatiale
L’ambiance sonore, de son côté, nous a semblé moins maîtrisée que le reste. La musique garde parfois des accents plus action ou arcade, probablement hérités des origines roguelike du jeu, et elle laisse trop peu de place aux silences et à la solitude de l’espace. Une trame sonore plus subtile aurait probablement mieux servi l’atmosphère générale du jeu. Les armes ont du punch, les explosions ont du poids, et les dialogues des personnages ainsi que les effets sonores sont clairs, mais le tout manque parfois de cette retenue qui aurait renforcé l’immersion dans les moments plus contemplatifs.
C’est là qu’EVERSPACE 2 – Galactic Edition gagne vraiment sa place sur Switch 2. Les développeurs annoncent plus de 50 heures de contenu d’histoire et de quêtes secondaires, et c’est avant de commencer à sortir des sentiers battus pour chercher tout ce qui est caché dans la galaxie. La Galactic Edition ne se contente pas du jeu de base : Titans ajoute un autre morceau substantiel de contenu, tandis que Wrath of the Ancients introduit une nouvelle histoire, quatre systèmes supplémentaires, les mondes natals Okkar, une nouvelle classe de vaisseau Wraith Okkar et de nouvelles armes et équipements.
Titans propose deux trames séparées de l’histoire principale, en ramenant certains personnages connus tout en en introduisant de nouveaux. L’extension ajoute aussi des activités supplémentaires plus orientées vers le contenu de fin de jeu, notamment des affrontements répétés contre les fameux titans. Ce n’est pas seulement du remplissage : on sent une volonté d’élargir l’univers et de donner une autre raison d’y revenir après la campagne. De son côté, Wrath of the Ancients pousse encore plus loin cette logique en agrandissant considérablement le terrain de jeu avec quatre nouveaux systèmes solaires à explorer, des missions post-game davantage centrées sur les Anciens et leur héritage extraterrestre.
Le Supporter Pack, quant à lui, accorde l’accès à plus de 50 options de personnalisation : skins de vaisseau ajustables, décalcomanies, effets de moteur et de propulseur, et options d’éclairage cybernétique. Il y a aussi différentes classes de vaisseaux à expérimenter, différentes combinaisons d’équipement, de l’artisanat, des améliorations, des quêtes secondaires, des secrets et de nombreuses raisons de revisiter des zones déjà explorées. C’est le genre de jeu où l’on peut facilement perdre une soirée parce qu’on avait initialement prévu de terminer une mission mais qu’on a fini par passer une heure à améliorer son vaisseau, à miner des ressources et à enquêter sur quelque chose d’intéressant repéré en chemin.
Conclusion
EVERSPACE 2 n'est ni Mass Effect ni No Man's Sky, et après avoir passé autant de temps avec lui, on est content qu'il n'essaie pas de l'être. On n'a jamais vraiment regretté de ne pas marcher sur des planètes ou de ne pas parler à une grande distribution de compagnons, car il y avait toujours autre chose qui nous ramenait dans l'espace. Améliorer notre vaisseau, poursuivre un autre signal, ou simplement nous faire distraire sur le chemin d'une mission était souvent suffisant pour nous garder en train de jouer.Tout ne fonctionne pas aussi bien, cependant. Certaines missions commencent à sembler un peu trop similaires après un certain temps, et il y a des moments où la galaxie paraît plus vide qu'on ne l'aurait souhaité. L'absence de vue cockpit sur Switch 2 reste également un point important pour les joueurs qui recherchent une immersion plus directe, et l'ambiance sonore manque parfois de subtilité. Malgré ces réserves, EVERSPACE 2 demeure une proposition solide, généreuse et franchement divertissante. Il remplit très bien son mandat de jeu d'action spatial avec une bonne dose de RPG, de gestion et d'exploration.La version Switch 2 donne l'impression d'une véritable version console qui se trouve être portable. Le plafond de 45 fps est un compromis sensé, les contrôles fonctionnent extrêmement bien, et le downgrade visuel par rapport aux autres plateformes est loin d'être aussi sévère qu'on l'attendait. Considérant que la Switch originale ne pouvait pas exécuter le jeu sans compromis inacceptables, obtenir l'expérience EVERSPACE 2 complète sur Switch 2 est une véritable réussite. Pour les amateurs qui aiment optimiser leur équipement, tester différentes combinaisons et fouiller chaque recoin, cette Galactic Edition trouvera largement sa place dans votre ludothèque.
LES PLUS
- Des mécaniques bien maîtrisées
- Un univers riche et vaste
- Des personnages attachants
- Beaucoup d'options de personnalisation
- Une édition complète avec tous les DLC
- Performances stables sur Switch 2
LES MOINS
- Une trame sonore parfois décalée
- Des graphismes un peu trop colorés par moments
- La vue cockpit absente sur la version Switch 2
- Certaines missions répétitives
- Des moments de vide entre les points d'intérêt













