Entre hommage appuyé à Resident Evil 4 et suite directe du très réussi Resident Evil 7, Village arrive donc dans sa version Gold, c’est-à-dire avec l’intégralité de son contenu additionnel, dont le fameux DLC Shadows of Rose qui vient conclure l’histoire de la famille Winters. Alors, ce village, on y pose ses valises ou on fuit en courant ? Réponse dans ce test aussi complet que possible.
Contenu de la Gold Edition : elle comprend le jeu principal Resident Evil Village, l’extension Winters incluant le DLC Shadows of Rose ainsi que le mode Mercenaries additionnel, le Trauma Pack (avec le filtre Found Footage inspiré de RE7, le magnétophone de sauvegarde, la musique Go Tell Aunt Rhody, l’accessoire Mr. Everywhere et le déblocage immédiat du mode Village des Ombres), la tenue Street Wolf, l’accessoire Mr. Raccoon ainsi que le Kit de survie.
Ethan Winters ne méritait pas ça
Avant de plonger dans le vif du sujet, rappelons rapidement le contexte. Capcom, le géant japonais derrière des dizaines de franchises cultes, a opéré ces dernières années ce qu’on appelle communément une « renaissance ». Après des années 2000-2010 en dents de scie (on ne vous fera pas l’affront de reparler de Resident Evil 6 en détail), le studio a retrouvé la formule magique avec Resident Evil 7 en 2017, en osant le passage à la première personne et un retour aux sources de l’horreur pure.
Resident Evil Village, sorti initialement en 2021, poursuit cette veine tout en opérant un virage thématique important. Là où son prédécesseur jouait la carte du slasher rural façon Texas Chainsaw Massacre, Village puise son inspiration dans les classiques de l’horreur gothique européenne, avec une bonne dose de folklore des Carpates et un soupçon de science-fiction bien senti. Le tout porté par le RE Engine, le moteur maison de Capcom qui a déjà fait des merveilles sur Devil May Cry 5 et les remakes des épisodes 2 et 3.
Resident Evil Village prend place quelques années après les événements traumatisants du bayou louisianais. Ethan Winters, notre héros au visage toujours aussi anonyme (du moins en vue subjective), coule enfin des jours paisibles avec sa femme Mia et leur fille Rose, fraîchement arrivée dans le foyer. Loin des horreurs passées, loin des Moldus et de la famille Baker. Enfin, c’est ce qu’ils croient.
Parce que vous vous doutez bien qu’un Resident Evil qui commence tranquillement, ça n’existe pas. Un soir, c’est le drame : Chris Redfield en personne, le héros légendaire de la franchise, débarque chez les Winters, abat froidement Mia sous les yeux d’Ethan, emporte le bébé Rose et assomme notre héros d’un bon coup de crosse. Réveil brutal dans un hélicoptère qui s’écrase peu après, et Ethan se retrouve seul, en plein hiver, devant un village isolé qui sent mauvais, très mauvais.
La suite ? C’est la plongée dans l’enfer. Le village est infesté de Lycans (des sortes de loups-garous affamés), dirigé par une mystérieuse Mother Miranda, et gardé par quatre seigneurs aussi charismatiques que dangereux : la monumentale Lady Dimitrescu et ses filles, le marionnettiste Don Salvatore Moreau, la terrifiante Donna Beneviento (et sa poupée Angie) et l’industriel fou Karl Heisenberg.
Sans rentrer dans les détails pour préserver les surprises (et Dieu sait qu’il y en a), Village est une quête de rédemption et de parentalité poussée dans ses retranchements les plus horrifiques. Ethan traverse littéralement l’enfer pour sauver sa fille, et le scénario, bien que moins intimiste et maîtrisé que celui de RE7, parvient à livrer des moments d’une puissance émotionnelle rare pour la série. On pleure presque à la fin, et on n’est pas peu fier de l’admettre.
Attention toutefois : si Village peut techniquement se découvrir sans connaître le reste de la saga, on recommande chaudement d’avoir fait Resident Evil 7 avant. Les liens sont nombreux et certains rebonds perdent de leur saveur sans le contexte du précédent opus. De même, une petite connaissance du lore général (notamment le rôle de Chris Redfield et de la BSAA) est un plus non négligeable.
Le DLC Shadows of Rose : l’adieu à la famille Winters
Parlons maintenant du contenu additionnel majeur de cette Gold Edition de Resident Evil Village : Shadows of Rose. Ce DLC scénarisé se déroule seize ans après les événements du jeu principal. Rose, désormais adolescente, est devenue une paria à cause de ses pouvoirs surnaturels hérités du mélamycelium. Elle accepte de plonger dans le « royaume de la conscience » pour tenter de s’en débarrasser définitivement.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il faut compter environ trois à quatre heures pour une première partie, une durée tout à fait correcte pour un DLC narratif. Le passage à une caméra exclusivement en troisième personne change complètement la perception du jeu, d’autant que Rose dispose de pouvoirs spécifiques — ralentir les ennemis, interagir avec certaines zones — qui apportent une vraie fraîcheur à la formule habituelle.
L’ambiance renoue clairement avec un survival horror plus classique : ressources limitées, adversaires redoutables, atmosphère lourde… et certaines séquences, notamment dans la version revisitée du manoir Beneviento, comptent parmi les plus effrayantes de tout le jeu. Sur le plan émotionnel, le contenu offre une conclusion touchante et parfaitement à la hauteur pour clore l’histoire d’Ethan et de Rose. On referme le chapitre Winters avec une pointe de nostalgie.
Le seul véritable regret, c’est que l’aventure aurait mérité de durer un peu plus longtemps. Mais pour les fans, c’est un vrai régal.
Un gameplay entre tradition et modernité, une base solide héritée de RE7
Resident Evil Village conserve la vue subjective qui a fait le sel de son prédécesseur, mais l’enrichit considérablement. On retrouve les mécaniques de base : exploration minutieuse, gestion des ressources, combats tendus, énigmes (même si elles sont plus simples que dans les épisodes d’antan) et bien sûr, l’incontournable marchand, le Duke.
Ce bon gros Duke, d’ailleurs, est l’une des meilleures additions du jeu. Véritable sanctuaire au milieu du chaos, sa caravane itinérante permet d’acheter des armes, des munitions, des objets de soin, mais surtout d’améliorer son arsenal. Les Lei (la monnaie locale) s’obtiennent en revendant des trésors cachés un peu partout, et on passe un temps fou à comparer les stats, hésiter entre telle et telle amélioration. Un régal pour les amateurs de préparation minutieuse.
La grande force de Resident Evil Village, c’est son pacing. Le jeu est structuré autour du village central, qui fait office de hub, et de quatre grandes zones (château, réservoir, maison de poupée, usine) correspondant chacune à un seigneur. Chaque zone a sa propre identité visuelle, son propre type d’horreur, son propre rythme.
On passe ainsi du gothique grandiose du château de Dimitrescu à l’horreur psychologique pure de la maison Beneviento (sans doute le moment le plus flippant de tout le jeu, voire de toute la série récente), puis au body horror glauque du réservoir de Moreau, avant de finir dans l’ambiance industrielle malsaine de l’usine Heisenberg. C’est un véritable manège d’émotions, et ça fonctionne à merveille.
En mode Normal, Village est accessible sans être une promenade de santé. Les ressources sont suffisantes pour ne jamais être totalement bloqué, mais chaque combat reste tendu. Le système de parade/contre (bloquer au bon moment pour ouvrir la garde ennemie) ajoute une dimension tactique bienvenue.
Les puristes apprécieront le mode Village des Ombres, déblocable soit en finissant le jeu, soit immédiatement grâce au Trauma Pack de cette Gold Edition. Là, c’est le grand bain : les ennemis encaissent plus, tapent plus fort, les ressources se font rares, et la moindre erreur se paie cash. Un vrai défi pour les vétérans.
On est très loin des simples Moldus de RE7 : le bestiaire est bien plus varié et impose un rythme nettement plus soutenu. Les Lycans, rapides et agressifs, attaquent en meute et changent complètement la dynamique des affrontements. Les Moroaică du château, plus lentes mais acharnées, ajoutent une tension constante. Les soldats hybrides de Heisenberg, mi‑hommes mi‑machines, sont de véritables tanks capables de mettre la pression même aux joueurs aguerris. Dans la zone de Moreau, les créatures aquatiques réservent leur lot de surprises visqueuses. Et ce n’est qu’un aperçu : chaque région introduit ses propres menaces, ce qui empêche toute lassitude et maintient la tension du début à la fin.
Et cette version Switch 2 ?
Question importante : comment ça tient la route sur la nouvelle console de Nintendo ?
En mode docké, le jeu tourne plutôt bien, avec un framerate qui vise les 60 images par seconde. Les intérieurs sont stables, les extérieurs accusent quelques variations (on oscille entre 30 et 60 selon la charge), mais rien de rédhibitoire. Le VRR (Variable Refresh Rate) de l’écran aide à lisser ces fluctuations, même si on aurait aimé une option pour verrouiller le jeu à 30 fps constants, histoire d’avoir une expérience parfaitement stable.
En mode portable, c’est un peu plus contrasté. Le village central, zone très ouverte, souffre de quelques saccades quand on tourne la caméra rapidement. Rien de catastrophique, mais suffisamment visible pour être mentionné. Les intérieurs, en revanche, tiennent très bien la route. La résolution reste propre, et le gyroscope est un vrai plus pour viser.
Le gyroscope est implémenté correctement, même si on regrette qu’il ne gère que le fait de bouger la console pour affiner la visée. Pour tourner complètement la caméra, il faut utiliser le stick. C’est un choix, mais ça fonctionne. Les joueurs qui aiment le gyro aiming y trouveront leur compte.
Visuellement, Village est magnifique… enfin, autant que peut l’être un jeu conçu pour PS4/PS5 transposé sur Switch 2. Le RE Engine est un moteur particulièrement efficace, et il montre ici sa souplesse.
Les textures sont détaillées, les éclairages sont superbes (les intérieurs du château sont une véritable claque), et le travail sur les visages, notamment, a énormément progressé depuis RE7. Les cheveux sont encore un peu « ditherisés » (effet de transparence pour simuler la matière), mais c’est bien géré.
En portable, le jeu reste lisible et propre. On perd évidemment en finesse par rapport à un écran 4K, mais l’essentiel est là. Le sentiment d’immersion demeure, et c’est le principal. Petite mention spéciale pour la direction artistique, qui est tout simplement somptueuse. Le mélange des genres (gothique, horrifique, industriel) fonctionne à merveille, et chaque zone est un régal pour les yeux, même en mode portable.
Côté son, Capcom n’a pas lésiné. Les bruitages sont impeccables : craquements de parquet, grognements lointains, bruits de pas dans la neige… Tout contribue à l’ambiance angoissante. La musique, composée par Shusaku Uchiyama et Nima Fakhara, alterne entre mélodies élégantes (le thème du château) et nappes angoissantes (la maison Beneviento). Certains morceaux restent en tête longtemps après avoir éteint la console.
Le doublage est de qualité, que ce soit en anglais ou en français. Ethan est toujours aussi… expressif dans sa banalité, mais ça colle au personnage. Les méchants, en revanche, sont savoureux : Lady Dimitrescu a une voix grave et sensuelle à souhait, Heisenberg un ton gouailleur parfait, et la poupée Angie est insupportable comme il faut.
À noter que le Trauma Pack inclus dans cette Gold Edition permet de remplacer la musique de sauvegarde par l’iconique « Go Tell Aunt Rhody » de RE7. Un petit plus nostalgique qui fait plaisir.
Durée de vie : le juste milieu
Pour le jeu principal, comptez 12 à 15 heures pour une première découverte en explorant un minimum. 6 à 8 heures pour une run rapide en mode « speedrun ». 20 heures et plus pour les complétistes qui veulent tout trouver.
Le mode Mercenaries ajoute une bonne dose de rejouabilité. Il s’agit d’un mode arcade où on enchaîne les vagues d’ennemis contre la montre, avec un système d’achat d’améliorations entre les manches. C’est moins nerveux que le Mercenaries de RE6 (moins de mobilité, moins de folie), mais ça reste un défouloir sympathique, surtout quand on a envie de tester ses armes optimisées.
Le DLC Shadows of Rose ajoute environ 3-4 heures supplémentaires, pour une expérience plus tendue et plus « horreur ».
Au total, la Gold Edition propose donc une vingtaine d’heures de contenu de qualité, sans compter les multiples runs rendues possibles par le déblocage d’armes infinies et autres bonus.
Tout n’est évidemment pas parfait, et quelques points viennent ternir l’ensemble. Les performances restent irrégulières : en mode portable, certains passages en extérieur provoquent de légers ralentissements. Rien de dramatique, mais suffisamment présent pour mériter d’être signalé. Le mode Mercenaries, lui, déçoit un peu. Comparé à celui de RE6 ou même du remake de RE4, il manque de rythme et de folie, donnant l’impression d’une version allégée.
On peut aussi regretter le traitement des personnages secondaires. Lady Dimitrescu, qui avait enflammé Internet avant la sortie, apparaît finalement moins qu’on ne l’aurait imaginé. Les autres seigneurs offrent une expérience inégale : Heisenberg est excellent, Moreau fonctionne dans son registre pathétique, et Beneviento, bien que terrifiante, est expédiée trop rapidement. Le scénario, de son côté, laisse une impression mitigée. Après l’extraordinaire famille Baker de RE7, les antagonistes de Village, malgré leur charisme, semblent plus interchangeables. Le twist final fonctionne, mais l’émotion retombe assez vite.
Enfin, quelques choix techniques interrogent. L’absence d’un mode 30 fps verrouillé sur Switch 2 qui aurait été appréciable pour ceux qui privilégient la stabilité. Quant au passage en vue troisième personne, l’idée est bonne, mais il faut repasser par le menu principal pour l’activer, ce qui casse un peu le confort. Et comme le jeu n’a pas été pensé pour cette caméra, certains détails deviennent plus difficiles à percevoir.
Conclusion
Resident Evil Village est un excellent jeu. Capcom a réussi le pari de faire suite à RE7 en changeant radicalement d'ambiance, tout en conservant ce qui faisait le sel du précédent : la tension, la gestion des ressources, l'exploration minutieuse. Le résultat est un jeu au rythme exemplaire, bourré de bonnes idées, avec une direction artistique somptueuse et des moments d'anthologie. Cette version Switch 2, malgré ses quelques imperfections techniques, est une belle réussite. Le travail de portage est sérieux, le jeu reste agréable à jouer en portable (gyroscope aidant), et le fait d'avoir tout le contenu d'un coup (DLC Shadows of Rose inclus) en fait l'édition idéale pour les retardataires ou les possesseurs de la nouvelle console Nintendo.
LES PLUS
- Un rythme de jeu exemplaire
- Des environnements variés et superbes
- Un bestiaire riche et intéressant
- Le DLC Shadows of Rose, belle conclusion
- Le contenu Gold Edition très généreux
- Un moment d'horreur absolument mémorable
LES MOINS
- Des performances en dents de scie en portable
- Mode Mercenaries décevant
- Personnages secondaires un peu sacrifiés
- Changement de caméra mal implémenté





