Le city-builder est un genre aussi intéressant que difficile à porter sur Nintendo Switch. Même si les peu de jeux qui se sont aventurés sur la console nippone l’ont fait avec un certain succès (Urbek City Builder, The Wandering Village, Fabledom, etc.), la problématique de la jouabilité ainsi que celle de la puissance de la console sont des freins pour de nombreux éditeurs. Nous avons reçu en test Laysara: Summit Kingdom, qui nous emmène dans les hauteurs himalayennes. Que nous donne ce titre, disponible sur l’eShop depuis le 27 février 2026 au prix de vingt-cinq euros ?
Un city-builder autour d’un concept intelligent
Laysara: Summit Kingdom est un « puzzle » city-builder inspiré des peuples vivant dans l’Himalaya. Dans ce jeu, nous allons devoir créer des villes… dans la montagne ! Le jeu nous propose un concept à mi-chemin entre le city-builder classique à la Pharaoh et le city-builder puzzle axé sur la gestion de l’espace à la Islanders: New Shores.
Dans le mode campagne, qui est idéal pour se former, nous incarnons une petite équipe chargée par l’État de fonder des colonies dans ces montagnes inhospitalières. Le gameplay, même s’il est accessible, nécessite un peu de temps pour être dompté.
Dans Laysara: Summit Kingdom, nous devons jongler entre la population, les revenus et la place disponible pour réussir à créer une ville viable. Il y a trois types d’habitants : les habitants de la plaine, les artisans et les moines.
Chaque tranche de population a sa propre utilité et ses propres besoins. Les habitants de la plaine apportent de la main-d’œuvre agricole et sont capables de travailler dans les étables de yaks ou les élevages de poulets. Les moines apportent de l’illumination, en d’autres termes, de la religion, alors que les artisans peuvent travailler dans la fabrication de cristaux ou de tissus.
Les maisons que nous construisons peuvent être améliorées si nous répondons aux besoins de leurs résidents. Chaque tranche de population y va de sa propre demande, et les habitants de la plaine préfèreront de la nourriture variée là où les moines cherchent différentes sources d’illumination.
Pour satisfaire les besoins de tous ces habitants, nous devrons leur placer des bâtiments qui pourront livrer les ressources nécessaires. Pour la nourriture, par exemple, un marché est indispensable alors que l’auberge permet d’offrir de la bière.
Il y a trois biomes différents qui sont délimités par leur hauteur par rapport au sommet et vont impacter la production de nombreuses ressources (et le placement de nos bâtiments). Les champs d’orge produisent bien plus de nourriture quand ils sont placés au pied de la montagne alors que les abeilles produisent plus de miel au milieu.
Comme chaque bâtiment est limité en termes de portée, nous comprenons très rapidement que la logistique joue un rôle-clé dans l’élaboration de notre colonie. Il existe plusieurs solutions pour amener une ressource d’un point A à un point B, et c’est là où la réflexion en termes d’espace et de coût entre en jeu.
Des mécaniques qui s’agencent bien
Nous pouvons amener une ressource de son lieu de production à son lieu de transformation de « mano a mano » si les bâtiments sont assez proches. Cette solution est peu coûteuse mais aussi peu précise : imaginons qu’une étable de yaks produise huit laits et que la fromagerie n’en demande que six… nous perdons donc deux unités de lait avec cette méthode !
Pour éviter cette problématique, nous pouvons construire un comptoir de porteurs qui fonctionne sur une petite distance. Pour les grandes distances en revanche, il faudra un comptoir routier. Chaque ressource déplacée sur de longs trajets coûte de l’argent, de la main-d’œuvre et des yaks, et la bonne gestion de la logistique est indispensable pour notre survie.
Il faut savoir que dans Laysara: Summit Kingdom, un bâtiment qui manque de main-d’œuvre ou d’animaux reste parfaitement opérationnel. Le jeu va automatiquement recruter des travailleurs (et des yaks) extérieurs pour que nos moyens de production tournent à plein régime.
Cependant, ces aides de l’étranger coûtent une somme folle et nous comprenons très rapidement que pour garder des finances saines, nous devons compter sur nos propres moyens de production. Il faut donc soit améliorer les habitations, soit en construire de nouvelles.
Et là encore, nous arrivons face à une nouvelle problématique, certainement l’une des plus ardues du jeu : le problème d’espace ! Les habitants réclament maintes et maintes choses, à la fois des bâtiments qui prennent parfois une place folle (comme l’académie ou les champs pour les yaks) mais aussi des ressources qui nécessitent de longues chaînes de production (et donc de la main-d’œuvre) ! Il faut réussir à gérer nos finances, l’espace disponible sur la montagne, la production ainsi que la main-d’œuvre.
Pour gagner de l’argent, il y a globalement deux méthodes : d’un côté, nous pourrons vendre des ressources à des prix avantageux dans les comptoirs commerciaux, et de l’autre, nous pouvons aussi placer des boîtes à dons à côté des habitations pour inviter gracieusement nos résidents à aider la communauté. Sauf que là encore, les boîtes à dons prennent de la place et possèdent une portée limitée, donc pour avoir de l’argent, il faut utiliser ses méninges !
Il y a énormément de spécificités que nous pourrions aborder comme les ponts, les rampes, le sommet de la montagne, les bâtiments qui nécessitent un accès à la rivière ou les avalanches (!), cependant, pour éviter de faire un long inventaire ennuyeux et vous laisser du mystère, nous allons terminer en parlant du niveau de recherche. Certains bâtiments, comme l’académie, en plus de fournir de l’illumination, apportent de l’éducation. Les niveaux de recherche permettent de débloquer de nouveaux bâtiments mais l’entretien de ces bâtiments est très coûteux.
Un jeu extrêmement chronophage
Laysara: Summit Kingdom est un très bon city-builder qui réussit à reprendre parfaitement les codes des « grands classiques » tout en apportant des mécaniques originales et bien pensées. Sa plus grande qualité est aussi son plus grand défaut : le jeu est chronophage, très chronophage !
Il est difficile de se lancer dans une partie… mais une fois celle-ci démarrée, il est quasiment impossible de s’arrêter. À cause de ses longues phases de planification, c’est un jeu qui se consomme uniquement sur de longues sessions. Il est parfois difficile de revenir sur une partie, même vingt-quatre heures après, car nous oublions les défis que nous voulions relever.
Le gameplay est intelligent, et le jeu arrive finalement à être assez simple tout en proposant une difficulté relevée qui amène à résoudre de nombreux casse-têtes logistiques. Il y a plusieurs niveaux de difficulté pour plaire à tous les joueurs, que ce soit ceux qui aiment les défis ou ceux qui préfèrent une expérience plus simple.
Nous avons apprécié toutes les mécaniques, et même si nous avons ressenti de la frustration par moments, il s’agit de la « bonne frustration », celle qui nous oblige à retrousser nos manches afin de surmonter les difficultés qui se dressent face à nous. Nous avons cependant conscience que certains joueurs n’aiment pas être frustrés quand ils jouent à un jeu vidéo.
L’inspiration des peuples de l’Himalaya apporte son lot de challenges, et même s’il n’y a pas le plaisir que peuvent produire certains city-builders à voir la vie prendre forme sur terrain vierge, nous nous sommes amusés à réfléchir et à agrandir nos différentes colonies. Nous avons aussi un grand sentiment de satisfaction lorsque nous surmontons les difficultés.
Plus généralement, même si Laysara: Summit Kingdom n’est pas le jeu le plus original à arriver sur Nintendo Switch, il arrive à proposer un gameplay complet, profond et maîtrisé pour tous les amoureux de construction.
Laysara: Summit Kingdom, pour vingt-cinq euros, apporte aussi un contenu conséquent qui, en fonction de vos goûts, pourrait vous apporter plusieurs dizaines d’heures de jeu. Outre le mode campagne, le jeu propose différents scénarios, un mode bac à sable, un mode défi ainsi qu’un mode construction libre.
Chaque montagne possède ses propres caractéristiques et ses propres ressources, ce qui fait que même si finalement les parties se ressemblent, elles ne sont pas totalement identiques ! Certaines montagnes ont par exemple des avalanches puissantes, d’autres n’ont que quelques ressources compliquées à produire disponibles à l’exportation, alors que nous pouvons aussi avoir des montagnes avec peu de zones végétales. Toutes ces petites différences apportent la variété nécessaire pour continuer à s’amuser sur le jeu.
Un contenu conséquent
Laysara: Summit Kingdom a aussi quelques défauts qui, même s’ils ne sont pas rédhibitoires, peuvent tout de même réfréner certaines ardeurs. Le jeu, malgré des idées bien exécutées, reste très classique, et peut manquer de profondeur par rapport à d’autres titres du même genre.
Nous nous sentons parfois pieds et poings liés vis-à-vis du contenu, et la plupart des parties nous amènent à essayer de faire mieux que la précédente (plutôt que de tenter de nouvelles choses), ce qui peut créer de la lassitude à terme. Avec plus de contenu, nous aurions pu avoir une référence du city-builder sous nos yeux.
Le jeu le précise en amont sur l’eShop, mais Laysara: Summit Kingdom ne propose aucune gestion militaire. Ce n’est pas vraiment un « défaut » à proprement parler, car le jeu vit très bien sans cette donnée, mais nous préférons avertir les joueurs habitués à des licences comme Caesar.
Nous avons regretté le manque de synergie entre les bâtiments, que ce soit dans le gameplay ou visuellement. Nous aurions adoré voir plus généralement plus de surprises avec ce concept aussi étonnant que le milieu himalayen.
Mais quelques petits couacs malgré tout
L’histoire, en tout cas les personnages que nous rencontrons dans le mode campagne, est vraiment là pour combler le vide. C’est dommage, car tous ces dialogues sont inintéressants et nous aurions presque préféré ne pas avoir d’histoire plutôt qu’avoir ce récit ennuyeux. Malgré tout, l’histoire n’est pas très intrusive et ce n’est pas ce qui nous intéresse le plus dans ce genre de jeux.
Finalement, la gestion des menus est assez étonnante de prime abord et peut surprendre les habitués des city-builders. Les bâtiments sont rangés par chaîne de production, ce qui est pratique à bien des égards mais nécessite un temps d’adaptation. Il nous a fallu (à titre personnel) du temps pour comprendre pourquoi il y avait plusieurs fois le même bâtiment dans plusieurs menus différents, et si cette idée est intrinsèquement intelligente, elle est aussi un peu encombrante.
Niveau portage, Laysara: Summit Kingdom se débrouille (presque bien). Le jeu a visiblement des problèmes au niveau tactile sur Nintendo Switch 2… mais nous ne les avons pas rencontrés ! La navigation dans les menus est agréable et les temps de chargement très courts.
En revanche (peut-être est-ce juste nous), nous avons rencontré de nombreux problèmes avec la caméra. Cette dernière s’est souvent bloquée dans un versant de la montagne sans aucune possibilité de mouvement. Nous avons dû plusieurs fois revenir dans les menus pour relancer la partie pour retrouver une maniabilité adéquate.
Pour les graphismes, Laysara: Summit Kingdom fait un bon travail même s’ils ne sont pas non plus exceptionnels. Les bâtiments sont jolis, et il y a un peu de vie sur les routes. Cependant, comme susmentionné, nous aurions voulu voir plus de « synergie », avec des bâtiments qui, côte à côte, prennent une nouvelle forme. Malgré tout, le style asiatique qui nous plonge dans des inspirations très « bouddhistes » est agréable à l’œil.
La bande-son est relaxante à souhait et colle parfaitement avec l’ambiance du jeu. Nous apprécions le côté calme et à la fois un peu épique. Nos oreilles ont pris beaucoup de plaisir à vivre cette aventure.
Nous vous joignons une vidéo de quarante minutes lors de notre presque début d’aventure sur le jeu.
Conclusion
Laysara: Summit Kingdom est un très bon city-builder en milieu himalayen. Nous avons un jeu chronophage, qui nous amène à de longues heures de réflexion pour réussir à bâtir sa colonie en haute altitude. Même si le jeu est très classique, qu’il aurait pu avoir un contenu plus conséquent, qu’il est parfois frustrant et qu’il n’exploite pas entièrement le potentiel de son concept, nous avons pris beaucoup de plaisir sur ce titre qui nous amène à réfléchir longuement pour créer une colonie viable dans des conditions loin d’être évidentes.
LES PLUS
- Créer une colonie à la montagne
- Un jeu chronophage qui se fait sur de longues sessions
- Un jeu qui amène à réfléchir énormément pour affronter toutes les difficultés possibles
- Accessible mais loin d’être simple
- Des graphismes mignons
- Une durée de vie immense si le jeu vous plaît
- Une bande-son relaxante de qualité
- Des temps de chargement très courts
- Des menus intelligents…
LES MOINS
- Pas fait pour ceux qui recherchent un city-builder à la Caesar
- Un concept qui aurait pu être poussé encore plus loin
- Un jeu qui se fait uniquement sur de longues sessions
- Une histoire prétexte en mode campagne
- Un contenu conséquent… mais qui peut manquer de variété
- Quelques petits couacs à la manette
- … Mais des menus qui peuvent perturber de prime abord





