Il y a des licences qui semblent condamnées à errer dans le désert des adaptations vidéoludiques, et Starship Troopers fait partie de celles-ci. Entre tentatives multijoueurs oubliables et expériences à petit budget, l’univers de Verhoeven n’avait jamais vraiment trouvé son écran d’élection. C’est désormais chose faite avec Starship Troopers: Ultimate Bug War!, développé par Auroch Digital, un studio qui n’en est pas à son premier essai dans le rétro-FPS après les excellents Warhammer 40,000: Boltgun et sa suite. Arrivé sur Nintendo Switch 2 le 16 mars dernier, le jeu nous propose de reprendre du service, que l’on soit un simple soldat de la Fédération ou une créature à carapace.
Pour la Fédération, mais aussi pour le Hive
Dès l’écran-titre, le ton est donné. On n’est pas simplement en train de lancer une partie, on s’engage. Le jeu se présente comme un module de propagande interactif, une simulation destinée à former les nouvelles recrues. On y incarne Samantha « Sammy » Dietz, dont on revisite les faits d’armes sous l’œil avisé d’un Juan « Johnny » Rico (toujours interprété par Casper Van Dien, bandeau sur l’œil et sourire ravageur) devenu général. Cette mise en scène est l’un des plus grands atouts du titre. Entre les séquences en prises de vue réelles où les acteurs brisent joyeusement le quatrième mur et les spots de propagande grotesques, Auroch Digital prouve qu’il a non seulement regardé le film, mais qu’il en a parfaitement compris le second degré et la satire militariste.
Le but du jeu est simple : remplir son devoir citoyen. La campagne se divise en treize missions, réparties entre les opérations humaines et les missions « bugs ». Du côté des soldats de la Fédération, on nous envoie sur de grandes cartes semi-ouvertes, rappelant la structure des vieux Medal of Honor ou des Call of Duty de l’âge d’or. L’objectif principal est éparpillé en plusieurs sous-objectifs : poser des charges, défendre une position, activer un terminal ou éliminer une reine arachnide. On apprécie cette liberté d’approche qui nous permet de choisir l’ordre de nos priorités, même si la boucle de gameplay (tirer, avancer, interagir, répéter) montre rapidement ses limites.
Un volte-face pas prévu
Côté maniabilité, le jeu remplit son contrat. Les armes ont un feeling agréable, avec un bon retour de tir et des effets secondaires qui changent la donne. On alterne entre le fusil d’assaut classique et des pièces d’artillerie lourde comme le lance-flammes ou les tirs orbitaux. Le petit plus sur Nintendo Switch 2 réside dans une rareté absolue : la prise en charge des contrôles par souris, aussi bien en mode portable (via les nouveaux Joy-Con) que sur le dock, qui offre une précision redoutable pour les tireurs aguerris. On regrette cependant l’intelligence artificielle de nos alliés, des PNJ qui ont tendance à se placer systématiquement dans notre ligne de mire pour servir de chair à canon involontaire.
L’originalité du titre repose sur sa campagne asymétrique. En incarnant l’assassin, un nouvel insecte capable de se métamorphoser, on passe de chasseur à prédateur. Ces cinq missions proposent un gameplay hybride entre l’infiltration (sous forme de criquet), le massacre en masse (sous forme de guerrier) et la survie (sous forme de cuirassé). L’idée est séduisante sur le papier, offrant un contraste bienvenu avec la lourdeur du soldat. En pratique, la réalisation est moins convaincante. Les contrôles de l’assassin manquent de fluidité et les objectifs se résument trop souvent à « tout détruire » sur des cartes déjà visitées lors de la campagne humaine. Une bonne idée, exécutée de manière trop brouillonne pour vraiment marquer les esprits.
Un univers en pixels et en propagande
Visuellement, Ultimate Bug War assume pleinement son statut de « boomer shooter ». Les sprites des ennemis et des alliés sont volontairement en 2D pixelisée, rappelant l’esthétique des années 90, tandis que les environnements bénéficient d’effets d’éclairage plus modernes. Le résultat est cohérent et parfaitement optimisé sur la Switch 2, que l’on joue sur l’écran de la console ou sur un téléviseur. On aurait cependant aimé que le jeu exploite davantage la promesse d’une invasion massive : malgré des écrans parfois chargés, on ressent souvent un vide étrange dans ces grandes cartes, avec des vagues d’ennemis plus timides que déferlantes.
La partie sonore est un mix de bons et de moins bons. Si les musiques n’atteignent jamais la puissance martiale de la bande originale du film, elles remplissent leur rôle. Les doublages, en revanche, sont un régal pour les fans, avec des répliques cultes et un ton parfaitement calibré. Dommage que quelques bugs audio viennent parfois gâcher la fête, notamment des bruits de tirs saturés ou des dialogues qui se chevauchent lors des moments les plus intenses.
C’est sur le terrain de la longévité que le bât blesse. Comptez entre quatre et cinq heures pour boucler la campagne en difficulté normale, une durée bien légère qui s’explique par une répétitivité mal dissimulée des objectifs. On peut heureusement augmenter la difficulté (quatre niveaux sont proposés, avec un mode Dieu pour les plus pressés) et tenter de battre ses scores pour ajouter un peu de sel. Le vrai point noir, et il est de taille, est l’absence totale de multijoueur. Pas de coopération, pas de mode PvP, pas de « Trooper Vs. Bug » à l’horizon. Pour un jeu reposant sur une guerre interstellaire, cette absence se fait cruellement sentir et plombe considérablement la durée de vie potentielle.
Conclusion
Starship Troopers: Ultimate Bug War! est une adaptation sincère et respectueuse, qui comprend parfaitement ce qui a fait le charme du film original. On prend un plaisir certain à écraser des arachnides dans une ambiance satirique bien maîtrisée, et la technique tient la route sur Switch 2, notamment grâce à ce support inattendu pour la souris. Pourtant, malgré ses qualités évidentes de défouloir, le jeu souffre d’une répétitivité qui s’installe trop vite et d’une absence de contenu multijoueur qui le condamne à une durée de vie famélique. Pour les fans de la première heure et les amateurs de rétro-FPS en quête d’un petit shoot nerveux, le service citoyen mérite d’être accompli. Pour les autres, attendez peut-être une solde ou une mise à jour qui comblerait ces tranchées vides.
LES PLUS
- Respect absolu de la licence et de l’esprit satirique du film (interludes en prises de vue réelles, retour de Casper Van Dien, humour décalé)
- Gameplay nerveux et feeling des armes réussis, typique du boomer shooter
- Grandes cartes semi-ouvertes offrant une liberté d’approche des objectifs
- Optimisation solide sur Nintendo Switch 2, avec un mode souris fonctionnel (rare) et des performances stables
- Campagne asymétrique originale permettant d’incarner les bugs, même si perfectible
LES MOINS
- Répétitivité des missions qui s’installe très vite
- Durée de vie courte (4 à 5 heures) et absence totale de multijoueur (coop ou PvP)
- Missions en tant qu’insecte peu convaincantes
- Variété ennemie limitée, absence de vagues massives à l’écran malgré le potentiel
- Intelligence artificielle des alliés catastrophique (ils se placent en ligne de mire)








