Créé sous le coup de crayon de l’auteur britannique Dan Martin, le webcomic Deathbulge s’est taillé une solide réputation sur Internet grâce à ses planches absurdes, ses punchlines décalées et ses personnages hauts en couleur. Après une campagne de financement participatif réussie sur Kickstarter et un parcours de développement tumultueux, marqué par des retards, le projet a finalement concrétisé son passage de la planche à dessin au jeu vidéo. Développé par Deathbulge et Five Houses LLC, Deathbulge: Battle of the Bands se présente comme une bouffée d’air frais, marchant dans les pas de titres cultes comme Costume Quest, South Park: Le Bâton de la Vérité, Undertale ou Brütal Legend. Mais adapter une bande dessinée en RPG, avec une aventure de plus de quinze heures, est un défi périlleux. Voyons si le titre a su garder son rythme, en particulier pour les amateurs de rock, de blagues absurdes et de RPG au tour par tour, tout en évitant les fausses notes techniques.
Attention, le jeu ne propose aucune traduction française. Un bon niveau en anglais est nécessaire pour jouer à Deathbulge: Battle of the Bands.
Tenacious Deathbulge
L’aventure de Deathbulge: Battle of the Bands prend place à Bopstead, une petite ville où la musique ne s’écoute pas seulement, elle se vit, s’affirme et résonne à chaque coin de rue. On y suit les pérégrinations de Deathbulge, un groupe de rock local composé de trois personnalités diamétralement opposées : Faye, la guitariste dynamique et survoltée ; Ian, le bassiste squelettique, stoïque et adepte du culturisme ; et Briff, le batteur naïf et imperturbable.
Alors que le groupe est en léthargie depuis un bon moment, Faye se laisse convaincre par ses rivales du duo Platinum Scrumptious de réinscrire Deathbulge à la 100e du célèbre tremplin de musique local, le “Battle of the Bands”. Remporter la compétition permettrait au groupe d’accéder à la célébrité et de partir en tournée avec Pokalyps, le plus grand groupe démoniaque de métal de tous les temps.
Cependant, il y a un piège majeur que personne n’a pris le temps de lire dans les petites lignes du contrat : la compétition est sous le coup d’une malédiction. Il s’agit d’un tournoi dont seul le groupe possédant la plus grande puissance musicale pourra sortir vivant. Tous les groupes inscrits voient leurs instruments transformés en véritables armes et chaque concert se transforme en une lutte à mort où jouer un solo de batterie ou un riff d’enfer devient une question de survie.
Piégé par cette clause, le trio n’a d’autre choix que de se frayer un chemin à travers le tournoi, affrontant fantômes, démons et groupes rivaux, tout en cherchant une faille juridique pour annuler le contrat avant de finir six pieds sous terre.
L’écriture de Deathbulge: Battle of the Bands est résolument britannique, et mise tout sur l’absurde, les métaphores visuelles tout en brisant régulièrement le quatrième mur. Que ce soit un poisson chantant, une forêt surréaliste entièrement constituée de bras musclés ou un chauffeur de bus vous emmenant chasser des fantômes, le jeu enchaîne les gags et les calembours à un rythme effréné.
Il n’est pas nécessaire d’avoir lu la BD originale pour apprécier l’aventure, mais cet humour omniprésent et parfois piquant ne fera pas mouche chez tous les joueurs ; cela dit, il confère au titre une personnalité unique. Comme précisé en introduction, il faudra néanmoins un bon niveau d’anglais pour profiter convenablement de l’aventure, car aucune traduction française n’est présente.
The Pick of Destiny, un jeu sur mesure
Avec un scénario décomplexé et une apparente légèreté, Deathbulge: Battle of the Bands propose une prise en main avec une réelle richesse tactique qui renouvelle intelligemment le RPG au tour par tour classique.
Avant de parler des combats, le jeu s’articule comme un RPG traditionnel en vue du dessus. Les cartes et les donjons sont conçus comme de véritables labyrinthes truffés de secrets, de coffres et de quêtes secondaires extrêmement gratifiantes.
L’exploration est continuellement encouragée : au lieu d’ouvrir gentiment les portes, votre personnage les défonce systématiquement d’un grand coup de pied de rockstar, projetant la porte dans la pièce suivante avec des effets visuels hilarants sur le décor ou les PNJ. Les rencontres ennemies ne sont pas aléatoires, tous les monstres sont visibles sur le terrain, vous permettant de les esquiver ou de les prendre par surprise.
Les affrontements reprennent les bases du système d’ “Active Time Battle” (ATB) à la Final Fantasy, mais avec une petite variante thématique : la Mesure. Chaque tour est représenté par une barre de Mesure, découpée en quatre temps. Les icônes de vos personnages et des ennemis glissent le long de cette barre ; lorsqu’un portrait atteint le bout de la jauge, et donc de la mesure, le personnage peut exécuter son action.
Toute la subtilité réside dans la capacité d’altérer cette jauge en y déposant des bonus (buffs) ou des malus (debuffs). Sur la piste alliée, vous pouvez placer des altérations positives comme la “Hâte” pour accélérer le déplacement de vos personnages sur la Mesure et rejouer plus vite, ou des soins sur la durée, par exemple.
Sur la Mesure ennemie, vous pouvez appliquer des altérations négatives de poison, brûlure ou des bombes à retardement qui infligent des dégâts à l’adversaire à chaque fois que son icône franchira les temps de cette mesure.
Une autre spécificité majeure est que vous ne contrôlez pas vos trois héros simultanément sur le terrain. Un seul membre est placé en première ligne (lead) pour attaquer et encaisser les dégâts directs en tant que tank. Les deux autres restent en réserve.
Vous pouvez permuter vos personnages à la volée pendant le combat pour protéger un allié affaibli ou adapter votre offensive, en fonction de vos compétences et de votre rapidité. De plus, les membres en réserve régénèrent leur Hype (l’équivalent des points de magie), la ressource indispensable pour déclencher les compétences spéciales.
L’équipe est strictement limitée au trio Faye, Ian et Briff. Pour compenser l’absence de nouveaux compagnons, les développeurs ont intégré un système de personnalisation très poussé et une flexibilité dans le développement des héros, représentant un atout majeur du jeu.
Changer de Mod de classe modifie les statistiques de base, et réduit de moitié le coût en Hype des capacités associées, mais aussi son apparence physique en jeu ; ça, c’est vraiment cool et cela renouvelle visuellement l’équipe durant l’aventure. Il est tout à fait possible d’équiper des Mods d’autres classes dans les emplacements secondaires, permettant de créer des builds hybrides (par exemple, faire de Faye une soigneuse).
De plus, vous avez un système de patch équipable, qui correspond à l’armure, et de nouvelles attaques de base s’obtiendront en battant des ennemis spécifiques, tandis que les quêtes secondaires permettent également de débloquer de nouvelles compétences. En évitant de tomber dans une complexité inutile, le jeu reste abordable et offre suffisamment d’options pour construire une équipe qui correspondra à votre façon de jouer.
Deathbulge: Battle of the Bands impose un niveau maximum bloqué à 20, et la montée en niveau se fait de manière globale pour votre équipe, ce qui évite le farming individuel, mais n’apporte que de très faibles augmentations de statistiques. Votre réelle montée en puissance dépend quasi exclusivement de la qualité des Mods équipés.
Seule ombre au tableau dans son gameplay, l’équilibrage de la progression. La seconde moitié du jeu souffre de pics de difficulté brutaux, notamment avec l’apparition de malus ennemis siphonnant votre Hype ou lors des matchs officiels du tournoi où les règles de dégâts de zone sont altérées, rallongeant inutilement certains combats.
Dessin à la main et bande-son à l’honneur
Visuellement, Deathbulge: Battle of the Bands est une transposition fidèle et réussie de la bande dessinée. Adoptant une 2D entièrement dessinée à la main, le titre séduit par son trait simple, expressif, ses lignes appuyées et sa palette de couleurs pétillantes. La direction artistique ne plaira probablement pas à tout le monde, c’est certain, mais on ne peut ignorer une vraie personnalité.
Les animations, réalisées image par image, regorgent de détails comiques, des coupes de cheveux démesurées (à l’image des cheveux en forme de guitare de Faye) aux grimaces d’agonie ou de triomphe des protagonistes.
Les arrière-plans des niveaux, tout comme les intérieurs de la trentaine de lieux visités, ne sont pas en reste et regorgent de gags visuels à observer un peu partout. De plus, malgré le foisonnement d’effets lors des combats et le déplacement continu des icônes sur les barres de mesure, l’interface utilisateur reste parfaitement lisible, permettant de suivre la stratégie sans jamais se mélanger les pinceaux.
Pour un jeu axé sur la musique, l’enjeu est colossal pour la bande-son. Et nous vous rassurons, le duo de compositeurs Leslie Wai et Patrick Henaghan signe ici une bande-son tout simplement exceptionnelle. Traversant une multitude de genres — du heavy metal déchaîné au rock funk groovy, en passant par la country —, les pistes audio apportent une énergie communicative, et restent bien dans le thème.
Les thèmes de combat sont particulièrement entraînants et dynamiques, s’accordant à merveille avec le système de rythme des mesures. Les effets sonores comme les bruits d’impacts de guitare, de basse, ou même les gifles, possèdent un véritable poids qui rend chaque attaque gratifiante. La musique n’est pas un simple accompagnement, elle est le cœur du jeu et vaut à elle seule le détour.
Comptez environ 15 heures pour venir à bout de la trame principale en ligne droite, et facilement 20 à 30 heures si vous vous plongez dans la multitude de quêtes secondaires (fortement recommandées pour débloquer les meilleurs Mods et équipements).
Une zone bonus est également disponible pour compléter l’expérience et proposer un défi pour le moins BRUTAL ! Vers la fin de l’aventure, un système de romance avec plusieurs possibilités et fins permet d’allonger la durée de vie. Et un mode de difficulté facile est présent pour lisser l’expérience, au besoin.
Un gros point noir malgré tout… Si l’expérience portable sur la console de Nintendo est idéale sur le papier, la mouture Switch souffre malheureusement de problèmes d’optimisation gênants. Le jeu est sujet à des plantages récurrents, survenant principalement lors des transitions d’écran au moment d’engager un combat sur la carte. L’écran peut aussi se bloquer sur un fond noir, obligeant à fermer l’application depuis le menu HOME de la console. Il faudra donc sauvegarder très fréquemment pour ne pas perdre votre progression.
Deathbulge: Battle of the Bands est disponible depuis le 30 juin 2026 sur l’eShop au prix de 19,49 euros, en anglais.
Conclusion
Deathbulge: Battle of the Bands est un RPG indépendant rafraîchissant, généreux et conçu avec une passion évidente. En mariant un humour absurde et omniprésent, un design webcomic et un système de combat au tour par tour, le titre parvient à dépasser son statut de simple jeu comique pour offrir une vraie aventure tactique. Malgré des ratés d'équilibrage en fin de parcours et des bugs de stabilité regrettables sur Nintendo Switch, cette escapade rock 'n' roll saura conquérir les amateurs de RPG en quête de nouveauté et de rigolade. C’est une aventure qui ne se prend pas la tête, et ça fait du bien !
LES PLUS
- Une bande-son exceptionnelle et ultra énergique
- Un système de combat simple mais avec un peu d'inventivité
- Une direction artistique style BD, haute en couleur
- Un univers déjanté, absurde et truffé de gags
- Un système de Mods et de classes très flexible
- Des quêtes secondaires gratifiantes
- Un contenu end-game intéressant
LES MOINS
- Des plantages et freezes récurrents
- Un équilibrage moyen et des pics de difficulté en fin de jeu
- Le ton absurde et très second degré ne plaira pas forcément à tous les joueurs
- Anglais uniquement







