Sorti initialement en 2008 sur PC, Wizard101 est un véritable survivant parmi les MMORPG. Après une incursion réussie sur PlayStation et Xbox fin 2025, le titre de KingsIsle Entertainment débarque sur Nintendo Switch en ce début 2026. Mais le pari se révèle être de taille, car proposer un MMO de quasiment 20 ans d’existence peut être un peu compliqué. Il faut arriver à convaincre les vieux briscards, fans de la première heure, autant que les nouveaux venus, et le tout sur une console en fin de vie avec des limitations matérielles. Entre nostalgie et contraintes techniques, que vaut réellement cette version hybride ?
Un classique qui refuse de vieillir
L’aventure commence à l’école des arts magiques de Ravenwood. En tant que nouvel étudiant, vous êtes accueilli par le proviseur Ambrose et son fidèle hibou, Gamma. Il y a quelques relents d’Harry Potter, c’est normal, tout va bien.
Le scénario de base va à la simplicité mais reste efficace : un ancien professeur, Malistaire Drake, a sombré dans la magie noire et menace l’équilibre de la Spirale, des îles suspendues en plein air dans des atmosphères sphéroïdes.
Ce qui frappe en 2026 avec Wizard101, c’est la richesse de son univers. Le jeu est découpé en plusieurs arcs, qui vous invitent à explorer différents mondes. Chacun d’eux possède sa propre thématique, comme l’époque victorienne de Londres, le Japon féodal ou l’Egypte antique, pour ne citer que ceux-là.
Mais il faut crever immédiatement un ou deux abcès, car n’espérez pas pouvoir vous investir dans un MMO au long cours sans devoir passer à la caisse. La version Switch inclut uniquement le premier arc, ce qui offre une durée de vie solide, mais loin de ce que peut proposer le jeu dans sa totalité, avec ses 5 arcs à l’heure où est écrit le test.
Wizard101 n’est pas un MMO comme les autres. Là où ses concurrents misent sur l’action effrénée, il a bâti son succès sur un système de combat tactique, type deck-building, utilisant des cartes pour combattre et un univers teinté d’humour.
Niveau texte, le jeu est intégralement en français alors que le doublage, lui, est en anglais. Il vous faudra vous attendre cependant à quelques coquilles ça et là, avec des mots parfois non traduits, ou en franglais.
Il arrive également qu’au moment où vous rechargez votre partie, les textes repassent automatiquement en anglais, ce qui vous oblige à revenir dans le menu d’options pour basculer à nouveau vers la langue de Molière et gagner au passage un chargement supplémentaire. Rien de très grave, peut-être que cela se stabilisera avec le temps et des mises à jour.
Des choix contestables
Le titre est en téléchargement gratuit sur PC, Playstation et Xbox, mais le contenu devient rapidement payant. Sur Nintendo Switch, il vous faudra débourser 19.99 euros pour acquérir Wizard101, incluant un accès aux zones nécessaires à la complétion de l’histoire principale du premier arc. Vous pourrez ainsi voyager à travers les mondes de Sorcelleville, Crocotopia, Morlezos, MeuhShu et du Roc du Dragon, mais…vous n’aurez pas la possibilité de tout explorer.
Le pass d’accès du premier arc n’inclut pas certaines zones et donjons, nécessaires à la poursuite de quêtes secondaires qui étaient dans le jeu de base sur PC. Ainsi, l’allée du crabe, Pronfondédale, les cavernes gémissantes, les catacombes, Sélénopolis, les donjons des châteaux de Mornelande, de Kembêêlung, de Barkingham et des halls de la Balance ne sont pas accessibles. De même, les mondes secondaires d’Aquila (hormis le jardin des Hespérides), Grizzelheim et Wystéria ne sont pas inclus.
Les néophytes n’y verront que du feu, mais pour les inconditionnels du titre ou tout du moins ceux qui l’ont parcouru auparavant, c’est un manque notable. Le modèle économique de Wizard101 reste un point de discussion ouvert au débat. Malgré tout, bien que l’acquisition sur Switch soit payante (contrairement à celle sur PC qui est « free-to-play » pour les deux premières zones), elle offre un meilleur rapport qualité-prix immédiat.
Cependant, une fois le premier arc terminé, vous devrez rapidement acheter des zones additionnelles avec des couronnes – monnaie virtuelle payante – pour continuer à vous amuser. Bien entendu, les objets cosmétiques et autres sont également monétisés. Peut-être qu’un modèle de season pass aurait eu sa place pour éviter de tomber dans le piège du paiement en continu ?
MMO et deckbuilding, ça donne quoi ?
Le cœur de Wizard101, c’est son système de combat. Oubliez les clics frénétiques ; ici, tout se joue avec un deck de cartes magiques et votre manette. Dès la création de votre personnage, et non loin de l’esprit du choixpeau d’Harry Potter, vous passez un petit test pour vous orienter vers une école de magie. Si votre orientation ne vous convient pas, vous pouvez vous-même choisir parmi sept écoles (Feu, Glace, Tempête, Mythe, Vie, Mort et Harmonie).
Ce choix dicte radicalement votre façon de jouer. Par exemple, l’école de la Tempête frappe fort mais manque de précision, tandis que la Glace mise tout sur la défense. Sur Switch, la navigation dans les menus de création et d’équipement a été repensée pour la manette, et même si elle reste fonctionnelle, il faut bien avouer que c’est peu intuitif et vraiment pas ergonomique.
Vous devez naviguer dans les menus en appuyant sur les touches directionnelles et dans les onglets via les touches de la tranche. Tous les menus sont ultra chargés d’informations peu claires. Vous pouvez fort heureusement déclencher un pointeur en cliquant sur votre stick et naviguer plus facilement par ce biais, mais c’est assez peu transparent dans les premières heures.
Pour ce qui est des déplacements, là encore, cela demande un petit temps d’adaptation car si sur PC il est facile d’appréhender les mouvements via Z, Q, S, D, et la souris pour la caméra, le passage sur console peut être déroutant. Le stick gauche gère à la fois les déplacements de votre personnage et la caméra tandis que le stick droit s’occupe d’une seconde partie de la caméra. Pas génial ! Il y avait plus simple à faire pour adapter le titre à la manette.
Lorsqu’un combat s’engage, vous entrez dans un cercle de duel. Chaque tour, vous piochez des cartes de votre deck et utilisez des points d’énergie pour lancer des sorts. La dimension stratégique est réelle, et vous aurez souvent des dilemmes du type : faut-il placer un bouclier ce tour-ci ou accumuler de l’énergie pour un sort dévastateur au tour suivant ?
Wizard101 est un MMO, donc l’aspect multijoueur apporte son lot de synergies entre écoles de magie. Voir un joueur de l’école de la Vie soigner l’équipe pendant qu’un mage de Feu prépare un sort de zone est toujours aussi gratifiant.
Vous pouvez vous déplacer librement et entrer dans une zone de combat d’un autre joueur à tout moment pour lui prêter main forte, et vice-versa. Par contre, nous vous conseillons de bien longer les murs si vous ne souhaitez pas combattre car passer à proximité d’un ennemi ou d’un autre joueur en combat vous fera entrer dans le cercle de combat.
Le style tour-par-tour est bien géré, et plus apaisant en termes de stress lorsque vous devez choisir vos actions. Par contre, le revers de la médaille est incontestablement le sentiment de lenteur dans les animations, car chaque sort lancé – s’il est réussi – donnera lieu à une invocation ou animation, plutôt sympathique, mais qui souffre des affres du temps, et donne ce sentiment de lenteur en 2026.
La communication avec les autres joueurs devra être essentielle puisqu’il s’agit d’un MMO. Pour autant, le menu de chat, lourd dans sa navigation, n’est pas non plus ergonomique et manque surtout de la liberté et la rapidité d’un clavier.
Au fur et à mesure du test, il apparaît que le jeu se prête bizarrement plus au solo qu’au multijoueur. Nous nous sommes surpris à chercher des serveurs un peu plus “vides” pour croiser moins de joueurs et avancer plus rapidement dans les quêtes. C’est très étrange d’en arriver là pour ce type de jeu mais il faut en faire le constat. De plus, le titre vous permet d’avancer en solo et de vous en sortir sur la quasi totalité des affrontements avec un brin de stratégie.
Another One Bites the Dust
Wizard101 utilise un style cartoon qui rappelle un peu l’époque du démarrage de World of Warcraft sous certains aspects, et qui a l’avantage de ne jamais paraître totalement moche. C’est un style qui vieillit bien, les couleurs sont vives, les animations de sorts les plus récentes sont impressionnantes et l’identité visuelle de chaque monde est forte.
Il existe une option qui vous permet de faire basculer le jeu en mode “classique” pour les graphismes et redécouvrir le titre dans son écrin d’origine, mais nous vous le déconseillons vivement, si ce n’est pour voir le gap graphique entre les deux modes.
Les musiques du titre fonctionnent très bien, et sont tout à fait dans le thème, nous rappelant une nouvelle fois l’univers d’Harry Potter. Elles contribuent à vous accompagner tout au long de votre aventure en vous sentant pleinement immergé dans l’univers du jeu, et ce même en 2026.
Cependant, le moteur de 2008 montre ses limites. Sur l’écran de la Switch, on remarque pas mal d’aliasing et des textures baveuses dans les zones les plus anciennes. Le framerate est globalement stable, mais nous avons noté des chutes lors de l’arrivée dans les hubs très peuplés. Les temps de chargement parfois un peu longs brisent légèrement le rythme entre les passages de zones.
Pour les heureux possesseurs de la Nintendo Switch 2, rassurez-vous, le jeu bénéficie d’une meilleure résolution, les couleurs sont bien plus vives, les textures légèrement lissées et les chargements quasi instantanés.
Une spirale infinie
Lorsqu’on envisage un MMO, une question cruciale vient forcément à l’esprit : la durée de vie est-elle au rendez-vous ?
Dans Wizard101, si vous vous contentez du contenu de l’achat initial, vous en aurez pour environ 20 heures de jeu uniquement pour la quête principale. Mais vous le savez sûrement très bien, ce genre de jeu vous attrape rapidement avec de multiples quêtes secondaires. Certaines seront oubliables, d’autres très utiles pour gagner en expérience ou pour le plaisir du lore et de l’humour.
Ce n’est pas tellement la finalité qui compte, mais plutôt le chemin, et c’est pour cela que le titre vous propose en plus de ces quêtes, des systèmes de jardinage, de pêche, de dressage de familiers, des montures et des châteaux personnalisables. Du coup, le contenu est virtuellement infini et vous passerez rapidement 100, 200 voire 500 heures sur le jeu en fonction de vos objectifs personnels.
Wizard101 propose désormais du cross-play entre consoles (Switch, PS4/PS5, Xbox), ce qui garantit des serveurs peuplés, et nous vous le confirmons, au moment de la rédaction de ce test, que ces derniers regorgent de joueurs. En revanche, le cross-save avec la version PC est inexistant : si vous avez un compte vieux de plus de 10 ans sur ordinateur, vous devrez tout recommencer sur Switch.
Wizard101 est sorti en français le 13 janvier 2026 sur l’eShop au prix de 19,99 euros.
Conclusion
Wizard101 sur Nintendo Switch est une proposition solide. Malgré une technique datée, une ergonomie qui pose question, un contenu tronqué et une monétisation qui demande un investissement financier sur le long terme, le plaisir de jeu est au rendez-vous. Le système de deck-building est parfaitement adapté à la console et aux sessions courtes en mode portable, faisant de la Switch la plateforme idéale pour "farmer" ses quêtes tranquillement dans son canapé. C'est un jeu qui a une âme et une profondeur stratégique qui surprendra ceux qui s'arrêtent à son apparence enfantine. Il vous faudra passer la barrière de l’apprentissage de toutes les subtilités du jeu et affronter les menus surchargés, mais si vous cherchez un MMO relaxant avec une profondeur, la porte de Ravenwood vous est grande ouverte.
LES PLUS
- Le mélange deck-building et tour par tour est toujours aussi addictif
- Un lore riche et cohérent, porté par un humour irrésistible
- Des musiques thématiques excellentes et un bon doublage
- Parfait en mode portable
- Des centaines d'heures de jeu pour ceux qui s'investissent
- Très sûr pour les enfants, mais assez profond pour les adultes
- Jouable et stable…
LES MOINS
- Un moteur daté
- Certaines zones accusent sérieusement leur âge
- Pas de cross-save avec le PC
- Système économique contestable
- Un season pass aurait pu être plus adapté
- Peut devenir très cher pour accéder à l'intégralité du contenu
- Menus très lourds
- La navigation à la manette manque de fluidité
- Des coquilles dans la traduction
- Des temps de chargement parfois longs





