La franchise River City (ou Kunio-kun au Japon) roule sa bosse depuis 1986. Connue pour ses affrontements de rue impitoyables, ses voyous au grand cœur et son pixel art indémodable, la série s’est récemment offert une seconde jeunesse en Occident grâce aux épisodes River City Girls. Toujours prêt à bousculer ses propres codes, Arc System Works propose une formule pour le moins inattendue avec ce River City Saga: Journey to the West. Ce spin-off fait le pari audacieux de transposer les loubards de banlieue dans l’un des grands monuments de la littérature chinoise “La Pérégrination vers l’Ouest”. Plus surprenant encore, le titre délaisse la structure linéaire du beat’em all traditionnel pour embrasser pleinement les mécaniques du roguelite. Ce mélange des genres s’avère-t-il être un coup de maître ou un titre trop à l’Ouest ?
On troque le blouson pour le folklore chinois
Pour quiconque a déjà feuilleté le roman classique chinois ou s’est frotté à l’une de ses innombrables adaptations (comme Dragon Ball par exemple), la trame de fond paraîtra familière dans River City Saga: Journey to the West.
Nous suivons le périple du sage Tang Sanzang, en route vers le temple de Tianzhu pour récupérer les textes sacrés (les sutras). Pour traverser des contrées infestées de malandrins et de démons, le moine s’entoure de trois gardes du corps mythiques, le facétieux Roi Singe Sun Wukong, le glouton Zhu Bajie et le discret Sha Wujing.
Là où le titre tire son épingle du jeu, c’est qu’il applique à ce récit solennel un filtre purement absurde et humoristique à la sauce Kunio. Les figures légendaires de la littérature chinoise revêtent les traits des racailles iconiques de la saga River City. Pour vous aider à vous y retrouver, le jeu affiche d’ailleurs le nom des personnages originaux de la franchise entre parenthèses lors des dialogues.
Le scénario ne cherche jamais à se prendre au sérieux. L’écriture privilégie la comédie pure, les chamailleries incessantes et l’énergie joyeusement bordélique propre à la licence. On y croise des antagonistes célèbres du folklore tels que l’Enfant Rouge, Heifeng Guai ou les démons d’or et d’argent, tous réinterprétés avec une bonne dose d’autodérision.
Les saynètes textuelles sont malheureusement un peu trop nombreuses, et cassent parfois la dynamique. Elles sont illustrées par des dessins des personnages aux expressions faciales fortement exagérées pour accentuer le côté comique. Toutefois le jeu fait l’impasse sur une traduction française et sur les doublages. Il faudra donc impérativement maîtriser l’anglais pour saisir la totalité des gags et des références croisées.
Un beat’em up roguelite 2D simple…
River City Saga: Journey to the West abandonne la progression narrative continue des précédents opus pour adopter la formule du roguelite, en allant chercher du côté de l’excellent Absolum.
Vous allez vous élancer dans des tentatives, ou runs, structurées autour de quatre grands chapitres. Chaque chapitre est découpé en une dizaine d’arènes fermées en 2D à défilement horizontal, avec une gestion de la profondeur de champ.
Comme tous les roguelites, le principe est simple mais diablement accrocheur : vous entrez dans une salle, vous nettoyez les vagues d’ennemis successives de plus en plus agressives, vous évitez les pièges dans l’environnement (pics sortant du sol, barils explosifs) et vous choisissez votre récompense avant de passer à l’écran suivant.
À la fin de chaque chapitre, un affrontement de boss vous attend. En cas de mort, vous perdez vos bonus temporaires et êtes renvoyé au camp de base, où vous pouvez dépenser vos deniers durement gagnés dans un arbre d’améliorations permanentes.
River City Saga: Journey to the West vous propose un trio de héros pour venir à bout des vagues d’ennemis, qui sont assez différents dans leurs gameplays. Au début de chaque chapitre, vous choisissez avec lequel vous souhaitez partir à l’aventure.
Sun Wukong (le Roi Singe), c’est le personnage principal et un combattant idéal pour son équilibrage. Rapide, nerveux et maniant son bâton magique avec une agilité déconcertante, il offre une excellente mobilité et s’avère immédiatement plaisant à contrôler pour gérer les premiers groupes d’ennemis.
Zhu Bajie, véritable colosse de l’équipe, il incarne la force brute. Plus lourd et beaucoup moins mobile, il demande un temps d’adaptation certain pour ne pas se faire piéger par les obstacles au sol. En contrepartie, ses attaques lourdes infligent des dégâts dévastateurs et sa capacité de blocage compense sa lenteur, si vous arrivez à la maîtriser, bien entendu.
Sha Wujing, orienté sur les attaques à distance, il permet de nettoyer les arènes tout en restant à l’abri. C’est un profil stratégique fort utile lorsque l’écran devient saturé de menaces, mais aussi moins résistant.
… Mais aussi un peu fouillis
Une fois passé le tutoriel, insipide et inintéressant, vous entrez enfin au cœur de l’action. Au fil des salles traversées, River City Saga: Journey to the West vous propose de choisir entre trois récompenses différentes. Deux d’entre elles correspondent généralement à de la monnaie d’échange pour le hub central, tandis que la troisième prend la forme de bénédictions accordées par des divinités.
Avec plus de 80 bénédictions et artefacts disponibles, les combinaisons deviennent rapidement gargantuesques. Vous pouvez augmenter vos chances de coups critiques, vos dégâts de base, ou ajouter des propriétés élémentaires à vos assauts (comme de la foudre).
Le jeu s’autorise des fantaisies mémorables, vous pourrez ainsi débloquer un coup de pied sauté enflammé dirigeable dans les airs, diablement efficace, ou opter pour un redoutable pet de l’ouest, un nuage de gaz qui va asphyxier vos opposants dans une zone.
Il est même possible, après avoir vaincu un boss, de s’équiper de son attaque ultime. Le seul véritable point noir de ce système, c’est qu’il n’est pas très limpide. Au début de l’aventure, les icônes de récompenses et les faveurs des divinités manquent de clarté visuelle. Il faudra plusieurs tentatives pour assimiler l’iconographie et savoir instantanément quels bonus privilégier.
De plus, vous n’avez pas accès au descriptif des compétences et bénédictions avant de les choisir, ce qui veut dire que si vous faites un mauvais choix stratégique, ou que vous vous trompez, eh bien…tant pis. Pas de possibilité d’annuler votre choix. C’est d’autant plus dommage et frustrant que certaines “bénédictions” vous octroient des malus non négligeables ou des contreparties désagréables…
Manette en main, l’action est frénétique. Les combats se basent sur deux boutons principaux (attaques rapides et lourdes), complétés par des compétences magiques spéciales, une jauge d’ultime et un bouton d’esquive. Ce dernier est capital, l’écran étant constamment inondé d’indicateurs lumineux prévenant les attaques ennemies ou un lancer de bombe, le joueur passe autant de temps à esquiver qu’à frapper.
Heureusement, la maniabilité est assez bonne pour répondre au doigt et à l’œil, et les commandes sont entièrement personnalisables. Par contre, impossible d’annuler votre enchaînement par une esquive, une fois lancé, malheureusement.
Arc System Works a intégré une option d’assistance dans les menus. Il est possible de modifier à la volée le pourcentage de dégâts infligés et encaissés. Un excellent moyen pour les néophytes de profiter de la baston sans subir la frustration de morts à répétition face à certains boss particulièrement ardus. Nous regretterons amèrement que cette expérience soit exclusivement jouable en solo, un comble pour une saga historiquement réputée pour son mode coopération en local.
Des graphismes au sentiment doux-amer
Techniquement, River City Saga: Journey to the West souffle le chaud et le froid. Arc System Works fait le choix d’un rendu hybride en incrustant des sprites de personnages en pixel art 2D au sein d’environnements modélisés en 3D.
Les nostalgiques de l’ère NES retrouveront immédiatement le design historique des personnages (rappelant la silhouette trapue des joueurs de Nintendo World Cup), mais agrémenté d’animations modernes beaucoup plus fluides et d’effets visuels tape-à-l’œil lors du déclenchement des capacités ultimes.
Les arènes de combat bénéficient de décors colorés et soignés en 3D, tentant de mettre en valeur l’architecture et les paysages de la Chine ancienne (temples, chemins montagneux). Les jeux d’ombres, les éléments placés en premier plan et la profondeur des arrière-plans, essayent tant bien que mal de briser la monotonie des décors au fil de l’aventure, mais y arrivent difficilement.
Nous avons souvent l’impression de rester dans les mêmes lieux au final, malgré les quatre chapitres. Et la présence de barricades, de part et d’autre de l’écran, pour délimiter visuellement les limites de la zone de combat, vient justement appuyer cette impression de redite constante dans les décors.
Sur l’écran de la Nintendo Switch en mode portable, comme sur téléviseur, le jeu s’avère d’une fluidité irréprochable et la lisibilité reste globalement sauve, même lorsque des dizaines de sprites s’entretuent au milieu d’effets magiques saturés, et sous une pluie de coups.
La partie sonore s’accorde parfaitement à cette ambiance. Sans être exceptionnelle, la bande-son propose des pistes aux sonorités traditionnelles chinoises réorchestrées avec une énergie très typée arcade, ce qui match bien avec la licence River City. Les morceaux se renouvellent fréquemment d’une zone à l’autre et insufflent une dynamique dans les affrontements.
Dans son contenu, River City Saga: Journey to the West montre ses limites. Les runs sont courtes. Comptez environ 30 minutes pour une tentative complète jusqu’au boss final. Pour voir l’authentique écran de fin, le jeu exige de compléter les quatre chapitres à deux reprises.
Pour un joueur habitué au genre, vous pouvez en faire le tour en ligne droite, avec tous les personnages, en à peine trois heures, notamment si vous investissez rapidement vos ressources dans l’augmentation définitive des points de vie, des dégâts de base et dans l’achat d’objets de réanimation.
Certes, le titre tente de gonfler sa durée de vie artificiellement via des listes d’éléments à débloquer, un système de chronomètre pour pousser au speedrun, des défis calqués sur les succès, et la possibilité d’ajouter des épreuves facultatives, comme des vagues d’ennemis supplémentaires dans les niveaux pour obtenir des coffres bonus. On peut également dénicher quelques secrets, comme des bénédictions cachées obtenues en offrant des pierres philosophales aux PNJ du camp.
Cependant, après 5 heures de jeu, le sentiment d’avoir fait le tour de la proposition est rapidement là. Les combats de boss, bien que retors grâce à leurs patterns, finissent par se répéter un peu trop. La boucle de gameplay est efficace, mais elle est fatalement sujette à une certaine lassitude si vous n’êtes pas un mordu de l’optimisation statistique de build. Le jeu manque un peu trop de profondeur pour qu’on s’y attarde plus longtemps.
River City Saga: Journey to the West est disponible depuis le 4 juin 2026 sur l’eShop au prix de 19,99 euros, en français.
Conclusion
River City Saga: Journey to the West est un spin-off rafraîchissant, solide dans sa base de gameplay et ses mécaniques. En associant la nervosité du beat'em up, l'addiction de la progression du roguelite et l'humour potache de la bande à Kunio, Arc System Works livre une copie très propre sur Nintendo Switch. Le jeu brille par son accessibilité, son rythme soutenu et sa prise en main. On regrette toutefois une fin de parcours un peu abrupte due à un manque de renouvellement des environnements, de l’aventure, et surtout à un manque de profondeur de l’ensemble. Cantonné à du solo, nous sommes privés d’une rejouabilité qui aurait pu être le véritable point d'ancrage du titre, et du fait qu’il soit en anglais uniquement, il se prive d’une partie des joueurs. Il n’en demeure pas moins un divertissement intéressant pour les amateurs de castagne et surtout de la licence River City.
LES PLUS
- La fusion thématique de River City et du folklore chinois
- Cette licence est toujours aussi hilarante
- Gameplay nerveux, rapide et immédiatement accessible
- Trois personnages jouables aux styles de combat bien distincts
- Des combats de boss gratifiants avec des patterns à mémoriser
- Options de builds très riches grâce à plus de 80 bénédictions et artefacts
- Bande-son dynamique parfaitement dans le ton arcade
- Options d'accessibilité bien pensées
LES MOINS
- Expérience exclusivement solo, aucun mode coopératif disponible
- Lisibilité confuse des icônes de récompenses
- Pas d’accès aux descriptifs des compétences avant de les choisir
- Contenu global un peu léger
- La lassitude s'installe après 5 heures
- Prise en main initiale de Zhu Bajie un peu lourde et rigide
- Uniquement en anglais







