Les amateurs de Patapon se souviennent certainement de ces petites créatures qui avançaient au rythme de nos tambours, affrontant des ennemis toujours plus imposants au son de leurs chants aussi entêtants qu’hystériques. Avec la sortie de Patapon 1+2 Replay sur Switch l’année dernière, le timing semble idéal pour retrouver cette formule si particulière. Ratatan marque ainsi le retour des créateurs de ce concept atypique, avec un successeur spirituel qui conserve les fondements de la série tout en prenant une direction différente. Fini la progression traditionnelle de Patapon, place à un mélange de jeu de rythme, d’action et de roguelike, dans lequel il faudra mener nos petites troupes à travers différentes régions au son de musiques entraînantes. Mais cette nouvelle formule parvient-elle à retrouver le charme de ses prédécesseurs tout en apportant suffisamment de nouveautés pour se démarquer ? C’est ce que nous allons voir avec cette version Nintendo Switch 2 (disponible ici).
En route, mauvaise troupe !
Nous voici à Rataport, une petite île perdue au milieu d’une vaste étendue d’eau, où vivent paisiblement les Ratatans, d’étranges petites créatures aux apparences et aux personnalités bien différentes. Malgré leurs différences, tous partagent un même rêve, celui d’atteindre l’Au-Delà pour rencontrer la mystérieuse Déesse qui, selon les légendes, y résiderait. Vous incarnez alors l’un de ces petits compagnons pour vous lancer dans un long voyage à travers différentes régions, avec l’espoir de parvenir un jour jusqu’à elle. Évidemment, le chemin ne sera pas de tout repos et de nombreux adversaires viendront vous barrer la route, mais qu’importe le nombre d’échecs, un Ratatan ne compte pas abandonner son objectif aussi facilement.
Le jeu vous propose d’incarner un Ratatan parmi huit, chacun disposant de ses propres particularités et d’un passif qui influera sur votre manière de jouer. Ces petits personnages ne partent cependant pas seuls au combat puisqu’ils sont accompagnés de combattants appelés les cobuns, qui constituent le cœur de votre petite armée. Chaque Ratatan peut contrôler deux types de combattants parmi les archers, guerriers, ninjas ou encore lanciers, pour ne citer que ceux-ci, ce qui permet déjà de varier les approches selon les personnages choisis. Parmi ceux que nous avons essayés, notre préférence s’est portée sur la chouette Mimizukyun, qui permet à ses cobuns d’infliger 10 % de dégâts supplémentaires et qui est accompagnée dès le départ d’archers et de guerriers équipés de marteaux. En progressant dans le jeu, vous pourrez débloquer de nouvelles combinaisons afin de jouer le Ratatan de votre choix avec les types de cobuns qui vous correspondent le mieux, sans rester limité aux compositions proposées au départ. Entre les particularités de votre Ratatan et les différentes classes de combattants qui l’accompagnent, vous avez de quoi trouver la combinaison qui correspond le mieux à votre façon de jouer.
En trois temps, quatre mouvements
Le cœur du gameplay reprend les mêmes codes que Patapon. Le fond est le même mais la forme est différente, si bien qu’il est difficile de présenter le jeu sans faire de comparaisons. Par rapport à Patapon, la partie rythmique a grandement été simplifiée, avec les enchaînements de quatre notes qui ont été réduits à trois notes. Le rythme reste central mais Ratatan rend l’exécution de chaque ordre un peu moins exigeante. Une autre simplification bienvenue, un élément de l’interface nous indique désormais clairement quand appuyer sur les boutons, là où Patapon demandait de se fier uniquement à son oreille pour respecter le rythme. C’est ensuite au joueur de choisir les notes à jouer pour donner l’ordre souhaité à ses combattants. Fini également les déplacements qui nécessitaient de donner constamment des ordres pour avancer ou reculer. Le jeu nous propose désormais un ordre de rassemblement permettant de ramener tous les cobuns autour de votre Ratatan, rendant les déplacements bien plus efficaces et agréables, notamment face aux boss.
Parmi les éléments repris de Patapon, la mécanique de Fever a été conservée. Réussir vos enchaînements au bon timing permet de remplir cette jauge en haut de l’écran, qui progresse plus rapidement lorsque vous jouez vos notes avec un timing parfait. Une fois remplie, elle octroie un bonus de dégâts à vos combattants, mais permet également de déclencher le pouvoir actif de votre Ratatan en jouant la partition correspondante. Néanmoins, utiliser ce pouvoir vide complètement la jauge, vous faisant ainsi perdre votre bonus de dégâts. À vous alors de choisir entre conserver cet avantage pour maximiser les dégâts ou utiliser votre pouvoir au moment le plus opportun. Un fonctionnement qui rappelle les miracles de Patapon, mais sans devoir reproduire une partition spécifique à l’oreille, sur un rythme différent de celui du niveau. Cela avait son charme mais aussi ses défauts.
Enfin, pour terminer sur les mécaniques de combat, votre Ratatan dispose d’une jauge de mana. Ce dernier occupe une place importante dans les affrontements car il vous servira à déclencher vos techniques spéciales. Elles ne servent pas nécessairement à infliger des dégâts et leurs effets dépendent des types de combattants qui vous accompagnent. Si vous n’avez plus assez de mana, vos cobuns sauront vous le faire comprendre, mais pas de panique. Il vous suffit de jouer correctement les partitions qui n’en consomment pas afin d’en restaurer une petite quantité. Au global, cette simplification des mécaniques rythmiques, couplée à cette nouvelle gestion du personnage, permet de déplacer la difficulté ailleurs, notamment dans la gestion des combats, et c’est plutôt réussi.
Même avec une certaine expérience sur les jeux de rythme, nous avons parfois eu du mal à suivre ce qui se passait à l’écran tant Ratatan peut être visuellement brouillon. Ce qui est attendu de nous est clair et compréhensible mais l’exécution est parfois compliquée. Entre le positionnement de votre Ratatan, l’endroit où se trouvent vos cobuns pour qu’ils soient à portée de vos adversaires mais aussi loin de leurs attaques, le rythme à respecter, vos points de vie à surveiller ainsi que votre jauge de mana, les partitions à jouer en réponse à ce qui se trouve à l’écran… Beaucoup d’informations sont à digérer. Nous avons l’impression d’être au volant d’une voiture où tous les voyants clignotent, avec autant d’informations qu’il vous faudra apprendre à maîtriser. Être bon sur les jeux de rythme sera un avantage non négligeable pour être en mesure d’apprécier pleinement le jeu. Pour vous mener à cette maîtrise, un bref tutoriel vous permet d’acquérir les bases, mais il est facile de passer à côté des textes si vous vous concentrez sur la réussite de vos enchaînements et sur votre placement. Surtout que le jeu propose un humour un peu spécial, à la japonaise, avec des traductions très approximatives qui n’ont parfois aucun sens et qui vous feront vous demander si vous avez loupé ou non une information importante.
Il fallait être là aux répétitions
Contrairement à Patapon, plus de notion de tribu ni de niveaux à traverser, nous avançons désormais de zone en zone jusqu’à atteindre un boss qui vient clore la région. Votre objectif est de terrasser les ennemis qui vous font face afin d’atteindre la dernière région. En affrontant les ennemis, le jeu nous fait gagner des ressources variées : bonbons, beignets, chocolat, coquillages et autres butins de monstres, qui serviront de monnaies ou de matériaux pour votre progression. Certains ennemis laissent également derrière eux des équipements qui serviront à l’amélioration de vos cobuns.
Dans Ratatan, le virage a clairement été pris vers une direction roguelike où chaque région nous octroie des ressources qui servent à avancer dans le jeu. Avant chaque zone, un choix vous est donné entre au moins deux récompenses, que vous obtiendrez dès que vous aurez nettoyé la zone suivante. Que ce soit des points de vie supplémentaires, des sucreries ou des pouvoirs élémentaires, libre à vous de vous concentrer sur la méta-progression ou sur la survie de votre run. Parmi les pouvoirs, six éléments se proposent à vous, chacun faisant évoluer un aspect de votre run, comme les dégâts, la régénération de santé ou encore la gestion de votre mana. Ces éléments influent aussi bien évidemment sur vos attaques avec des brûlures, du gel, du poison ou encore de l’étourdissement. Lorsque vous récupérez une amélioration élémentaire, trois propositions vous sont présentées, avec différents rangs de rareté (Commun, Rare, Épique, Légendaire) influant sur la puissance des bonus octroyés. Après avoir accumulé des améliorations sur votre run, vous pourrez parfois choisir une amélioration de rang Duo qui combine les effets de deux éléments, avec une puissance bien souvent dévastatrice.
Toutefois, la suite de la progression dans l’histoire devient étrange lorsqu’elle atteint un certain cap de « difficulté factice ». Il n’est pas anormal dans les jeux de type roguelike de parcourir à nouveau les régions déjà terminées pour farmer les composants de base ou pour récupérer des objets clés indispensables à la poursuite de l’aventure. Cependant, dans Ratatan, le choix qui a été pris par l’équipe de développement nous a laissé perplexes. À l’instar d’Hades avec les niveaux de chaleur, une statue vous permettra d’augmenter la difficulté en ajustant des paramètres selon vos choix, sauf qu’ici, cette mécanique n’est pas facultative. Ne pas faire ces ajustements vous empêche de continuer votre progression dans l’histoire, ce qui est un peu frustrant.
La place centrale vous permet de dépenser les différentes monnaies récupérées au cours de vos aventures pour améliorer votre progression. Les bonbons vous aideront à renforcer l’ensemble de vos cobuns, toutes classes confondues, sans avoir besoin de les améliorer individuellement comme c’était le cas dans Patapon. Les beignets et le chocolat vous serviront à débloquer de nouveaux bâtiments, des plans d’armes pour la forge et des aides pour traverser les régions plus facilement. La forge vous permettra également de démanteler vos armes inutilisées pour renforcer les autres et les rendre plus puissantes. Un tableau des quêtes sera là pour vous aiguiller sur quelques-uns de vos objectifs, afin de récupérer davantage de bonbons, de beignets et de chocolat. En complément, chaque Ratatan dispose d’un lot de quêtes qui lui sont propres, ce qui encourage à jouer avec tous les personnages pour récupérer les récompenses, mais aussi contribuer à faciliter la progression et le déblocage de tous les contenus.
Des couacs dans la partition
Sur le plan graphique, la version Switch 2 de Ratatan est globalement correcte mais nous avons constaté à de multiples reprises quelques ralentissements lors des grosses attaques ou lors des changements de zone, ainsi qu’un aspect visuel qui nous a semblé un peu en deçà de la version PC. Les couleurs nous paraissent un peu plus ternes que sur les vidéos de la version PC et les différentes entités à l’écran se confondent un peu dans le capharnaüm. Nous nous sommes plusieurs fois demandé où étaient nos unités tant celles-ci peuvent être propulsées d’un bout à l’autre de l’écran sans que nous ayons vu ni compris ce qui avait déclenché cela. Les ralentissements constatés concernaient principalement les effets visuels des attaques et ne semblent pas affecter le gameplay rythmique, mais restent tout de même perturbants.
Qui dit jeu de rythme dit musique. Sur cet aspect, Ratatan n’a pas à rougir et propose une bande-son de bonne facture. Les hymnes chantés par vos cobuns après la réussite de chacune de vos partitions créent cette même ambiance de transe que sur Patapon, ce qui est très amusant à l’oreille et qui, malgré sa répétitivité, n’est pas si lassant que cela. En revanche, nous reprochons au jeu de parfois laisser trop de place aux cobuns, au détriment de la musique. Certains boss avec une bande-son incroyable auraient mérité une égalisation un peu plus franche pour mettre en avant la musique plutôt que les cris de furie et d’excitation des cobuns, parés à toute épreuve.
Cependant, un point pèche beaucoup et c’est vis-à-vis de la traduction : c’est un travail bâclé. Le mot « back » traduit par « dos » dans quelques menus mais bien traduit par « Retour » dans d’autres, ainsi que certains éléments qui restent en anglais voire carrément en japonais sur certaines interfaces, ce qui laisse un peu à désirer. Cela sent un peu fort le Google Traduction, surtout dans les dialogues qui n’ont parfois aucun sens en français ou qui expriment une idée évasive sans approfondir ni donner de contexte, au point où nous avons fini par abandonner l’idée de comprendre où l’histoire voulait nous emmener, pour nous concentrer sur les batailles.
Concrètement, nous n’avons pas passé un mauvais moment sur Ratatan. Ayant beaucoup apprécié Patapon et Patapon 2, qui n’étaient pas non plus des jeux triviaux, nous avons retrouvé ici ce qui faisait le charme de la série : les musiques, bien entendu, mais surtout les chants frénétiques des combattants survoltés qui vous acclament. C’est un genre assez niche mais particulièrement amusant, et Ratatan a le mérite de rendre la formule plus accessible tout en proposant davantage de variété. Le virage roguelike est vraiment intéressant, même s’il expose inévitablement le jeu à la comparaison avec les mastodontes du genre, notamment Hades, dont nous retrouvons certains codes et une probable inspiration. Seulement, tous ces petits défauts mis bout à bout finissent par rendre l’expérience globale un peu frustrante.
Conclusion
Ratatan reprend avec succès ce qui faisait le charme de Patapon, avec ses musiques entraînantes, ses chants hystériques et son gameplay rythmique atypique, tout en proposant une formule plus accessible et variée grâce à son orientation roguelike. Malgré une traduction française bâclée, quelques ralentissements sur Switch 2 et certains choix de progression frustrants, l'expérience reste amusante et originale. Les amateurs de Patapon devraient y trouver leur compte, tout comme les habitués des roguelikes en quête de nouveauté. Attention toutefois, le rythme reste au cœur du gameplay et pourrait rebuter les joueurs moins à l'aise avec ce genre de mécanique.
LES PLUS
- L'esprit de Patapon préservé
- Un gameplay rythmique plus accessible
- Une belle variété de personnages et de combattants
- Des possibilités de personnalisation intéressantes
- Une formule roguelike efficace
- Une bande-son entraînante
- Une bonne rejouabilité
LES MOINS
- Une traduction française bâclée
- Des combats visuellement brouillons
- Quelques ralentissements sur Switch 2
- Un mixage sonore perfectible
- Une progression scénaristique artificiellement freinée










