Resident Evil 3 débarque enfin en version native sur Nintendo Switch 2. Ce remake de 2020, centré sur la fuite de Jill Valentine à travers une Raccoon City ravagée, offre une expérience intense de survie et d’action. Sur Switch 2, il s’affranchit des contraintes de la version cloud de la Switch originale pour proposer une aventure fluide et accessible partout.
Une histoire parallèle au deuxième épisode
Le récit place le joueur aux côtés de Jill Valentine au moment où Raccoon City sombre dans le chaos. Une catastrophe biologique transforme les habitants en morts-vivants affamés. Jill doit fuir la ville en ruines tout en échappant à un poursuivant impitoyable nommé Nemesis.
Cette créature, conçue par Umbrella, a pour mission unique d’éliminer les membres restants des S.T.A.R.S. Après avoir survécu au manoir Spencer, Jill a été écartée de l’unité d’élite par une municipalité corrompue. Elle vit désormais isolée, convaincue que la société pharmaceutique cache de sombres secrets.
Les événements se déroulent en parallèle des aventures de Leon et Claire dans Resident Evil 2. Jill commence sa fuite quelques heures avant leur arrivée en ville. Cette proximité chronologique permet des connexions intéressantes entre les deux jeux. Certains lieux sont revisités à un autre moment de la catastrophe, et quelques détails éclairent ce qui s’est produit juste avant le passage des deux autres protagonistes.
Le parcours croise également Carlos Oliveira, mercenaire d’une unité de secours envoyée par Umbrella. Ensemble, ils tentent de survivre et de trouver un moyen d’évacuation. Carlos possède ses propres séquences jouables et apporte une variété bienvenue avec un arsenal plus généreux.
Un gameplay orienté action
Côté mécaniques, les fondations restent proches de Resident Evil 2. On retrouve la caméra à l’épaule, l’inventaire limité, les poudres permettant de fabriquer des munitions et les coffres de stockage. Toutefois, le rythme change radicalement.
Resident Evil 3 distribue davantage de munitions, place plus d’ennemis sur le chemin et réduit considérablement le nombre d’énigmes. Les quelques puzzles encore présents restent simples. L’exploration devient moins labyrinthique, avec des zones plus petites et moins tortueuses que dans le commissariat du deuxième épisode.
Cette évolution aurait pu transformer l’ensemble en simple jeu de tir. Capcom conserve heureusement suffisamment de contraintes pour l’éviter. Les zombies restent coriaces, les munitions ne sont pas illimitées et certains affrontements vident rapidement les réserves si les tirs manquent leur cible.
Jill dispose d’un avantage majeur : l’esquive. Une pression au bon moment permet d’éviter une attaque et, en cas d’exécution parfaite, de profiter d’un bref ralentissement pour viser immédiatement l’adversaire. La mécanique demande un peu d’entraînement mais transforme complètement les affrontements une fois maîtrisée. Elle devient indispensable face à certains boss.
Le couteau ne possède plus de jauge de durabilité, contrairement à celui de RE2. Il ne peut en revanche plus servir à se libérer lorsqu’un zombie attrape le personnage. Des générateurs électriques et différents éléments explosifs disposés dans les décors permettent de neutraliser plusieurs ennemis à la fois.
Nemesis, une menace impressionnante mais scriptée
L’attraction principale du jeu reste Nemesis, qui reprend le rôle de poursuivant tenu par Mr. X dans RE2. La comparaison s’arrête cependant assez vite. Le Tyran du commissariat avançait lentement, apparaissait de manière assez organique et obligeait surtout à modifier ses itinéraires.
Nemesis se montre beaucoup plus violent. Il court, bondit, utilise ses tentacules et peut réduire en quelques secondes la distance qui le sépare de Jill. Lui tourner le dos ne suffit pas toujours à régler le problème. L’esquive, les grenades et les éléments du décor deviennent rapidement les meilleurs moyens de gagner quelques secondes.
Ses apparitions donnent lieu à plusieurs affrontements spectaculaires, notamment lorsqu’il évolue et abandonne progressivement sa silhouette humanoïde. Il représente parfaitement l’orientation prise par le jeu : moins de lenteur, moins d’attente et davantage de confrontation directe.
En revanche, il fait paradoxalement moins peur que Mr. X. La raison vient de la manière dont Capcom l’utilise. Une grande partie de ses apparitions est scriptée et ses véritables phases de poursuite libre restent finalement assez courtes. Mr. X pouvait transformer une exploration tranquille en cauchemar simplement parce que ses pas se rapprochaient. Avec Nemesis, le jeu indique beaucoup plus clairement quand il est temps de courir.
Des coupes regrettables
Resident Evil 3 prend davantage de libertés avec le jeu de 1999 que ne le faisait Resident Evil 2 avec son modèle. Certains changements fonctionnent très bien. Les personnages sont mieux intégrés au récit, plusieurs séquences gagnent en mise en scène et l’ensemble possède une continuité plus naturelle.
Capcom ne s’est toutefois pas contenté de modifier le contenu existant. Plusieurs passages ont tout simplement disparu. Le célèbre beffroi n’est plus véritablement explorable. Le système de choix en temps réel de l’épisode original a été supprimé. Le mode Mercenaires n’a pas été repris.
Plusieurs environnements et créatures ont également été abandonnés. Les araignées, les corbeaux et le Grave Digger manquent à l’appel. Ces absences se ressentent d’autant plus que le jeu est déjà très court. Certains ajouts compensent en partie ces coupes, avec notamment un hôpital beaucoup plus développé et plusieurs nouvelles séquences. Difficile pourtant de ne pas imaginer ce qu’aurait pu devenir cette aventure avec quelques heures supplémentaires.
Le centre-ville reste la partie la plus réussie. Les rues offrent suffisamment de petites zones à explorer pour conserver une sensation de liberté, tout en maintenant constamment la pression. La suite devient progressivement plus linéaire. Le passage au commissariat crée un lien sympathique avec RE2. L’hôpital possède de très bons moments. Les environnements suivants restent visuellement réussis. L’impression de découvrir une ville entière en train de sombrer s’estompe cependant peu à peu.
Une réalisation technique solide sur Switch 2
Cette version native fait immédiatement oublier la version cloud de la Switch originale. Les effets de lumière mettent en valeur les rues détruites et les intérieurs sombres avec un réalisme saisissant. La fluidité reste constante, que l’on joue en mode télévision, portable ou sur table.
Le RE Engine s’en sort remarquablement bien. Les visages conservent énormément de détails. Les matériaux sont très propres. Les nombreuses sources lumineuses de Raccoon City donnent beaucoup de relief aux environnements. Néons, flammes, véhicules en feu, fumée, étincelles et explosions participent au spectacle sans donner l’impression que la console peine à suivre.
La fluidité nous a paru irréprochable pendant toute l’aventure. Aucun ralentissement gênant n’est venu perturber les phases les plus chargées. Le résultat est extrêmement beau et fluide à l’œil. Un détail technique mérite toutefois d’être signalé : le framerate des ennemis au loin est réduit pour améliorer la fluidité globale. Rien qui abîmera l’expérience de jeu, mais de quoi sortir par moments un peu de l’immersion.
La musique utilise des thèmes récurrents pour faire monter la tension en même temps que le danger. Les coups de fusil à pompe frappent avec un bruit profond et satisfaisant. Les effets physiques, comme le déchirement des chairs ou le craquement d’un crâne de zombie, sonnent de manière troublante, humide et mordante.
La musique des salles de sauvegarde reste particulièrement apaisante et invitante. Le jeu original en proposait un des meilleurs exemples, et ce remake perpétue cette tradition.
Le doublage français déçoit en revanche. La performance de Jill Valentine en version française paraît en décalage avec le reste du casting. On passe rapidement à la version originale anglaise, sur laquelle on prend davantage de plaisir.
Une durée de vie limitée
Resident Evil 3 reste une aventure particulièrement courte. Il faut généralement compter autour de six à sept heures pour terminer une première partie en prenant le temps de fouiller correctement les environnements. Les joueurs connaissant déjà le parcours descendent bien plus bas.
Contrairement à RE2, aucune seconde campagne équivalente à celles de Leon et Claire n’attend le joueur. Jill et Carlos sont contrôlés au cours de la même histoire et l’aventure suit un parcours unique. La rejouabilité repose principalement sur les difficultés supplémentaires, les défis et la boutique débloquée après avoir terminé le jeu.
Les difficultés Cauchemar et Enfer constituent un bon moyen de prolonger le plaisir. Le placement de certains ennemis et objets peut changer. Les adversaires deviennent évidemment beaucoup plus dangereux. Pour ceux qui aiment apprendre un jeu par cœur, optimiser leurs trajets et tenter d’améliorer leur classement, Resident Evil 3 peut facilement dépasser la durée de sa seule campagne.
Cette édition Switch 2 arrive sans Resident Evil Resistance, le mode multijoueur asymétrique qui accompagnait gratuitement le jeu lors de sa sortie en 2020. Les serveurs ont fermé l’année même de sa sortie. Son absence rend le contenu de cette nouvelle version plus léger encore. À 29,99 €, le problème est moins difficile à accepter qu’au tarif d’un jeu neuf vendu plein pot en 2020. Il est cependant impossible de ne pas le signaler.
Conclusion
Resident Evil 3 reste un remake imparfait. Plus court, plus linéaire et moins riche en énigmes que Resident Evil 2, il sacrifie une partie de l'exploration au profit d'un rythme beaucoup plus soutenu et d'une mise en scène spectaculaire. Les nombreuses coupes opérées par rapport au jeu de 1999 restent regrettables. Certaines zones emblématiques et plusieurs mécaniques auraient mérité d'être réinventées plutôt que supprimées.Nemesis lui-même impressionne davantage par la violence de ses apparitions que par la peur qu'il provoque réellement. Ses interventions sont souvent beaucoup plus scriptées que celles de Mr. X. Pourtant, une fois ces réserves acceptées, l'aventure de Jill et Carlos reste particulièrement plaisante à parcourir.L'esquive apporte beaucoup au gameplay. Les affrontements fonctionnent toujours aussi bien. Le rythme ne retombe pratiquement jamais. Sur Nintendo Switch 2, le résultat est en plus remarquable. Le jeu est superbe, extrêmement fluide et généreux en effets. Il fait incontestablement partie des adaptations les plus impressionnantes de la machine.L'absence de Resident Evil Resistance réduit encore un contenu déjà peu généreux à la base. Avec son tarif plus raisonnable et une campagne aussi intense qu'efficace, ce Resident Evil 3 conserve largement tout ce qu'il faut pour convaincre.
LES PLUS
- Une adaptation Switch 2 visuellement impressionnante
- Une fluidité excellente pendant toute l'aventure
- Un rythme exceptionnel
- Une mise en scène très spectaculaire
- Jill beaucoup plus mobile grâce à l'esquive
- Des affrontements nerveux et efficaces
- Raccoon City particulièrement réussie
- Nemesis impressionnant lors de ses apparitions
- Une bonne complémentarité entre Jill et Carlos
- Plusieurs liens intéressants avec Resident Evil 2
- Un très bon travail sur les effets, éclairages et explosions
- Une excellente rejouabilité pour les amateurs de scoring et de difficultés élevées
- Un tarif plus raisonnable qu'à la sortie originale
LES MOINS
- Une campagne vraiment courte
- Beaucoup de contenu supprimé par rapport au jeu de 1999
- Très peu d'énigmes
- Un level design plus linéaire que celui de Resident Evil 2
- Nemesis beaucoup plus scripté que Mr. X
- Une seconde moitié un peu moins inspirée
- Un bestiaire qui aurait mérité davantage de variété
- Un doublage français moyen













