Rip Them Off (Nintendo Town) – Le test

Il y a des fois où la meilleure des questions peut avoir une réponse des plus étonnantes. Prenons par exemple le dernier titre du studio français Lozange Lab : Rip Them Off. Celui-ci nous offre une critique acerbe du capitalisme à outrance, mais pour en profiter, il faudra passer à la caisse… Curieux non ? Du coup, il serait logique de penser que ce portage sur nos Nintendo Switch après un passage sur toutes les plateformes de jeux disponibles n’est qu’un moyen de profiter du parc énorme de machines disponibles grâce au sus-mentionné système. Alors Lozange Lab cherche-t-il à faire de l’argent sans vergogne en nous proposant sur notre console cette version de leur jeu ? La réponse en fin de test…

Je détrônerai Dieu et j’abattrai le capitalisme – Karl Marx

Dans Rip Them Off, nous incarnons un jeune loup de la finance qui doit mettre en place un système capitaliste dans un quartier de la ville dans le seul but de vider les poches de ses habitants, gentiment nommés les dupes. Autant être clair d’entrée, les développeurs de Lozange Lab n’y vont pas avec le dos de la cuillère et les clichés s’enchaînent à une vitesse proche de celle nécessaire à une intox pour faire le tour des réseaux complotistes.

Bien sûr nous ne sommes que des numéros, nos managers ne sont intéressés que par le profit que nous pouvons leur apporter et tous les bons mots visant à nous motiver seront bons pour nous faire comprendre le cynisme de nos dirigeants. Mais baste, il est toujours possible de faire les choses par passion et ça tombe bien, car la rénovation urbaine et la mise en place d’échoppes est un hobby comme un autre.

Tout est bon pour nous faire sentir le déshumanisation du système, nos commerces ne sont signalés que par un pictogramme géométrique et seuls les détails concernant sa rentabilité nous sont donnés. Nous aurons donc connaissances du nombre de clients que peut contenir nos échoppes, de la dépense qu’ils y effectueront et du temps nécessaire pour effectuer cette transaction. L’objet de cette vente est complètement inutile, l’important c’est la marge de bénéfices !

Nos dupes déambulent tel des Lemmings, en ligne droite dans les rues de notre quartier. À nous de placer correctement nos commerces. Le dupe ne regarde pas là où il met les pieds, tant que c’est nouveau et que de la place reste vacante, il entre et fait péter le PEL, nous permettant ainsi de nous frotter vigoureusement les mains avec un rire machiavélique tandis qu’un chat miteux se frotte sur nos mollets.

Rip Them Off nous demande donc de mettre en place, le plus logiquement possible, ces endroits de débauches nous permettant de récolter un magot dont le montant nécessaire à une promotion a été fixé par avance par un comité directeur tout puissant. Se présentant comme un jeu de puzzle, tower defense, gestion, il n’est en fait qu’un jeu de logique. Une fois nos commerces correctement placés, nous avons la possibilité de faire avancer le temps pour voir nos pigeons clients dépenser leurs économies.

La partie puzzle possède une aide, là aussi sous forme symbolique. Celle-ci prend la forme d’un petit anneau de couleur au pied de l’artère emprunté par les dupes. Cet anneau est de taille ridicule en mode portable et le pauvre daltonien qu’est le rédacteur de ce test a dû s’en passer tant sa lisibilité était quasi nulle. Toutefois, son entourage a pu lui certifier que cette aide était bien pratique pour débuter le niveau dans les meilleures conditions.

Les niveaux prennent place sur plusieurs jours et il est possible de revenir à un jour précis en cas d’échec de la mission. Chaque jour accorde un bonus en cas d’objectif atteint, c’est là aussi d’une grande aide pour mettre en place nos échoppes correctement. Ne pas atteindre ces objectifs journaliers signifie simplement que le point de départ est faux et qu’il ne sert à rien de poursuivre dans cette voie.

Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme ; et le marxisme, c’est le contraire – Henri Jeanson

Le titre de Lozange Lab est donc relativement répétitif. Nous tentons une combinaison, nous avançons le temps pour voir comment réagissent nos dupes, si l’objectif est atteint, nous poursuivons dans cette voie, sinon retour à la case départ. Si trop de dupes ne peuvent entrer, retour à la case départ, s’ils sortent de la rue avec trop d’argent dans les poches, retour à la case départ, et bien sûr, si l’argent ne coule pas à flot, retour à la case départ.

Si les premiers niveaux sont assez simples (à part pour les daltoniens bien sûr… quoi j’en fais une montagne, je fais c’que j’veux, c’est mon test !), les suivants se compliquent très vite. Chaque quartier propose différents niveaux proposant différents bâtiments qu’il faudra remplir. Si certains n’acceptent que les passants se promenant sur leur trottoir, d’autres accueillent les riverains, peu importe la chaussée qu’ils fréquentent. C’est une couche de gameplay supplémentaire à gérer, tout comme les effets de zones tel des soldes sauvages venant dynamiser nos parties.

Il faudra réussir l’implantation de nos succursales dans les neuf quartiers que comporte Rip Them Off pour atteindre les sommets de la compagnie. Le temps de jeu pour venir à bout de tous les niveaux sera en fonction de votre logique. L’aide fournit pour les objectifs et par les couleurs feront beaucoup de bien, mais ce sont surtout le nombre énorme de tentatives qui fera que les dupes finiront par cracher leur plus petite pièce. Et c’est là que pêche Rip Them Off, le plaisir cède vite la place à la lassitude et le gameplay est bien trop pauvre pour tenir éveillé le joueur (daltonien ou pas d’ailleurs).

Le style graphique qui nous est proposé est très minimaliste et abstrait. Nous ne voyons qu’une représentation de notre quartier. Ces représentations sont toutefois très bien faites et diversifiées, elles rappellent beaucoup les affiches des années 70. La musique est d’ailleurs dans le même thème avec des airs de jazz calmes et adaptés à la réflexion. Cette version sur Nintendo Switch propose de profiter de l’expérience en tactile en mode portable ce qui permet une prise en main très agréable et ergonomique.

Conclusion
En offrant un puzzle-game basé sur un système simple et efficace, les développeurs de Lozange Lab auraient pu proposer une expérience agréable portée par une direction artistique originale et bien pensée. Mais les mécaniques peinent à se renouveler et la réussite est bien trop basée sur la répétitivité et l’expérimentation à tout va. La narration portée sur la critique du capitalisme à outrance est rigolote même si elle se montre peu subtile. Rip Them Off est un puzzle-game sympathique adapté à des petites sessions de jeu pour ne pas lasser sur la longueur.
Points positifs
  • La direction artistique est originale
  • La musique jazzy s’adapte parfaitement aux sessions de jeu
  • Le concept de base est sympathique
  • La critique du capitalisme à outrance offre une narration rigolote
  • Un petit prix de 7€50
  • Jouer en tactile en mode portable est très ergonomique
Points négatifs
  • Le gameplay est trop répétitif
  • La difficulté augmente très vite
  • Pas du tout adapté aux daltoniens
5.6
Moyen
Graphismes - 8
Musiques - 6
Gameplay - 5
Répétitivité - 4
Narration - 5
znicoboc
Ecrit par
après 35 ans de jeux vidéos et un plaisir de jouer de plus en plus émoussé, l'arrivée de Zelda BOTW fut une révélation , le plaisir est encore plus fort qu'avant

Poster un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Mot de passe perdu

Please enter your username or email address. You will receive a link to create a new password via email.

S'inscrire