Sokobond (Nintendo Switch) – Le test

L’un des meilleurs souvenirs du collège ? Ce moment magique où l’on s’amuse à équilibrer une équation chimique. Cet instant incroyable où tout devient possible et réalisable, où ces molécules chimériques, dans notre imagination fertile, se font et se défont au gré de nos ajouts, nos additions. Les développeurs australiens Alan Hazelden et Lee Shang Lun, conscients de la fascination qu’exerce cet acte de pure création, proposent à travers Sokobond, de revivre ces expériences mentales sous la forme d’un jeu de réflexion. Alors, tous à vos classeurs garnis de feuilles à petits carreaux, pour tenter de retrouver ces sensations !

La molécule du désir

De même qu’à l’époque de ces manipulations collégiennes, le jeu ne requiert aucune connaissance préalable en chimie. Dans chacun des niveaux proposés, nous incarnons un atome qui, parce qu’il se sent bien seul dans son éprouvette, va chercher à former une molécule avec ses congénères à proximité. Ceux-ci peuvent être semblables, et c’est ainsi que deux atomes d’hydrogène formeront après fusion une molécule de dihydrogène. Mais d’autres molécules plus complexes émergeront en cas de dissemblance. Une petite anecdote sur la molécule générée accompagne enfin la résolution du puzzle.

Jamais lourdement pédagogiques, ces discrètes touches de savoir, toujours très légères, non plus ne se substituent  au gameplay. Sokobond reste d’abord et avant tout un jeu de réflexion, auquel nous nous adonnons avec plaisir. Si les premiers niveaux, assez accessibles, se  dénouent sans coup férir et permettent de se familiariser avec les principales molécules à reconstituer, ils offrent surtout de vérifier que dans la troublante simplicité de ces énigmes, réside toute leur beauté.

Chaque atome possède un nombre de liaisons possibles, symbolisées par des cercles orbitant autour de lui : une seule pour l’hydrogène, par exemple, mais deux pour l’oxygène. À l’inverse des premières molécules, telle H2O, dont la conception ne pose aucun souci majeur, les niveaux supérieurs demanderont de l’observation pour compléter chaque liaison, sans  laisser d’orphelin(s) au passage. Ainsi générer du méthoxyéthane, plus communément appelé éther – de formule C3H8O -, nécessitera un petit temps de réflexion avant de s’essayer aux connexions et rapprochements.

Le level design des niveaux démontrera aussi toute son importance lorsqu’il nous faudra déplacer nos pseudo-molécules au cœur de tableaux, pourvus de coins et recoins, qui ne se laissent pas parcourir par n’importe qui. À nous de mettre sur pied une stratégie afin d’élaborer pas à pas notre molécule, tout en préservant nos déplacements. Très vite, nous devrons également gérer les capacités spéciales déployées dans chacune des onze zones du jeu. Par l’intermédiaire du sécateur à liaison, du multiplicateur de liaison, du retourneur de molécule ou encore de l’atome neutre d’Hélium, les différents secteurs renouvellent agréablement le gameplay, exigeant même pour certains – les derniers d’entre eux – de combiner plusieurs de ces effets.

Les atomes crochus

D’un point de vue technique, difficile de reprocher quoi que ce soit à cette adaptation sur notre Switch : les graphismes, certes dépouillés, s’avèrent parfaitement adaptés à l’expérience proposée. S’il fallait chipoter, nous aurions aimé une adéquation visuelle plus évidente entre les niveaux et leurs molécules respectives. Mais assister à la reconstitution, sous nos yeux ébahis, du tableau périodique des éléments de Mendeleïev, compense largement cette micro-déception.

Les contrôles ne souffrent, eux non plus, d’aucune zone d’ombre. Déplacer notre atome s’effectue au stick, avec possibilité de revenir en arrière d’un pas à la fois, en actionnant la touche « B », ou de rembobiner l’action jusqu’aux positions initiales en appuyant sur « X ». Rien de bien extraordinaire, rien non plus qu’il n’ait besoin d’ajouter pour profiter de ces casse-têtes.

La bande-son, composée par Allison Walker, fait la part belle à une musique atmosphérique, jamais stressante, toujours seyante au style du jeu. Quant aux petites indications sonores qui ponctuent la progression, elles savent se montrer suffisamment discrètes pour ne jamais nuire à la réflexion du joueur, ni l’envahir inutilement.

Contre seulement 8 €, la découverte des plus de 130 niveaux demandera une quantité non négligeable d’heures de jeu, qu’encore rallongent vingt niveaux bonus à déverrouiller qui viennent parachever l’expérience. Sans frustration, chaque zone du titre australien se laisse parcourir de différentes façons ; aussi ne nous retrouvons-nous jamais bloqués dans un coin de niveau, privés d’alternative. Mieux, l’on peut basculer d’une zone débloquée à une autre si l’envie de varier le gameplay se manifeste.

Conclusion
Astucieux dans ses mécaniques et prenant à arpenter, Sokobond est un puzzle-game rafraîchissant qui, jouant avec les codes de la chimie, fournit une expérience de jeu intéressante et relaxante. Sa réalisation ne souffre d’aucun défaut, en sus de nous gratifier à chaque énigme résolue, de petites parenthèses scientifiques élargissant notre culture générale. Entièrement traduit en français et s'adressant aussi bien aux dilettantes qu'aux mordus de chimie, Sokobond nous en apprend davantage sur les molécules qui font notre quotidien, sans qu’à aucun moment ne se dissipe l’impression de s'amuser. Apte à renouveler son gameplay et présenter un challenge à la courbe de difficulté parfaitement dosée, un must-have pour les amateurs du genre !
Points positifs
  • Des graphismes minimalistes qui n'entravent jamais la réflexion…
  • Une bande-son adaptée à l’expérience de jeu
  • Un gameplay intelligent qui joue avec les codes de la chimie
  • Les ajouts de gameplay dans chaque zone rehaussent régulièrement l’intérêt du jeu
  • Les contrôles sont simples, mais parfaitement fonctionnels
  • Très bonne durée de vie, avec plus de 150 niveaux
  • Le prix de 8 €, vraiment modique
  • De plaisantes petites anecdotes sur les molécules
Points négatifs
  • ...mais qui finissent par lasser.
8.3
Génial
Graphismes - 6
Bande-son - 8
Gameplay - 10
Contrôles - 8
Durée de vie - 9
Originalité - 9
Ecrit par
après 35 ans de jeux vidéos et un plaisir de jouer de plus en plus émoussé, l'arrivée de Zelda BOTW et l'émergence de la scène indé fut une révélation, le plaisir est encore plus fort qu'avant

1 commentaire

  1. Le principe du Sokoban revisité/agrémenté (désolé pour la référence un peu vieillotte).
    Austère mais sympa!

    Merci pour la découverte (et en plus à -30% actuellement; donc sur 8€, quasiment rien).

    Répondre

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