Plonger l’univers flamboyant de Fairy Tail dans un roguelike de cartes pourrait sembler être un pari risqué. Pourtant, c’est le défi que relève avec brio le développeur solo ginolabo (connu pour SOULVARS), sous la bannière de Kodansha. Loin des RPG épiques ou des jeux mobiles modestes, Fairy Tail: Dungeons propose une expérience tactique et addictive, centrée sur le deckbuilding et l’exploration procédurale. La version Nintendo Switch, enrichie par une mise à jour conséquente, est-elle la porte d’entrée idéale vers ce donjon magique ? On a mené l’enquête, cartes en main.
Un roguelike cartes qui distille la magie de la guilde
Ginolabo, un studio indépendant japonais, s’est distingué en remportant un concours organisé par l’éditeur Kodansha pour créer un jeu Fairy Tail. Le résultat est un titre au style affirmé, qui transpose l’énergie de la guilde dans un genre qu’il maîtrise déjà : le roguelike stratégique. Cette origine explique à la fois la passion palpable pour la licence et certaines limites budgétaires, notamment l’absence de doublage.
L’intrigue sert de prétexte classique mais fonctionnel. Une mystérieuse porte apparaît sous la guilde Fairy Tail, drainant les pouvoirs de quiconque s’y aventure. Avec l’aide de Labi, un Exceed original, Natsu puis les autres membres de la guilde (Gray, Lucy, Erza, Wendy) vont explorer ce labyrinthe pour retrouver un disparu et restaurer leur magie. L’histoire est volontairement minimaliste, se rapprochant plus d’un filler ou d’un OAV que d’un arc narratif majeur. Elle sert avant tout de cadre aux nombreuses rencontres (caméos de personnages iconiques) et à la progression. Pour un fan, c’est un charmant bonus ; pour un néophyte, c’est suffisant pour se lancer sans être perdu.
Le cœur du jeu repose sur un mélange maîtrisé d’exploration au tour par tour et de combats en deckbuilding. L’exploration s’effectue sur une carte isométrique procédurale, case par case. Chaque déplacement consomme la lampe, ce qui limite le nombre de salles accessibles avant l’affrontement contre le boss. Au fil du parcours, le joueur rencontre des ennemis normaux ou élites, découvre des trésors, déclenche des événements narratifs et récolte des sources de Lacrima, la monnaie dédiée aux améliorations. Si cette approche se révèle plus immersive visuellement qu’un simple chemin linéaire, elle tend toutefois à manquer de variété sur la durée.
Les combats constituent l’un des points forts du jeu. À chaque tour, le joueur dispose d’une main de quatre cartes — attaques, défenses ou soutiens — ainsi que de trois points d’action. La lisibilité des intentions ennemies, qu’il s’agisse des dégâts à venir ou des tours de charge, favorise une planification tactique efficace. La profondeur du système provient notamment des Chaînes Magiques, qui permettent de créer des combos entre cartes spécifiques, des effets persistants et de la gestion du deck entre les affrontements. Faut-il redéfausser certaines cartes, privilégier la défense ou tenter une chaîne risquée ? Les décisions sont rapides, mais leurs conséquences sont déterminantes.
La progression et la rejouabilité s’inscrivent dans une logique roguelite assumée. La défaite renvoie au début de l’aventure, mais permet d’accumuler des points servant à débloquer des amulettes permanentes offrant de légers bonus. La véritable richesse du système réside toutefois dans le Tome de Mémoire : une fois un donjon terminé, il devient possible de figer le deck et les compétences d’un personnage afin de l’intégrer à une équipe de trois pour les donjons suivants. La recherche de synergies optimales et de builds efficaces devient alors particulièrement addictive. La mise à jour Switch renforce encore cette profondeur en ajoutant 170 cartes, cinq personnages post-game et plusieurs options de difficulté, ce qui prolonge sensiblement la durée de vie.
La maniabilité sur Switch se révèle correcte, mais perfectible. Le jeu est entièrement jouable à la manette, cependant l’interface souffre de quelques faiblesses ergonomiques. Les informations des cartes ne sont pas toujours lisibles immédiatement, obligeant à les consulter une par une, et l’absence d’un curseur simple se fait sentir. En mode portable, l’écran tactile n’est pas exploité, ce qui limite le confort d’utilisation. L’ensemble reste fonctionnel, mais moins intuitif qu’une prise en main à la souris.
Un pixel art charmant et fidèle
La bande-son, composée par le vétéran Hiroki Kikuta (Secret of Mana), mise sur des mélodies d’inspiration celtique. Si elles sont techniquement bonnes et collent à l’ambiance fantasy, elles peinent à capturer l’énergie épique et identifiable de l’anime Fairy Tail. L’absence de thèmes emblématiques ou de voix (même des cris d’attaque) est un manque notable pour les fans. L’ambiance sonore est agréable mais discrète, voire répétitive.
C’est un point fort. Le style pixel art est soigné, les sprites des personnages sont expressifs et fidèles à leurs modèles, avec de nombreuses variations pour les changements de tenue (Lucy, Erza). Les effets de sorts sont colorés et dynamiques. Si les environnements manquent de diversité, l’ensemble est très cohérent et réussit le pari d’adapter visuellement la licence dans un style rétro qui lui va bien.
Le chemin principal est court (environ 4 à 6 heures). Cependant, cette estimation est trompeuse. Le système de Tome de Mémoire, les nouveaux personnages, les donjons d’endgame, les multiples builds à tester et les difficultés supplémentaires offrent des dizaines d’heures de gameplay pour les joueurs qui accrochent à la boucle addictive. Ce n’est pas un jeu sans fin, mais son contenu post-campagne est substantiel et bien pensé.
Avant de vous lancer tête baissée dans le labyrinthe, gardez ces quelques principes en tête pour des runs plus sereines. Ne négligez pas les cartes de Défense : survivre est souvent plus important que frapper fort, surtout contre les boss. Pensez à « purger » votre deck : retirer des cartes de base faibles est souvent plus bénéfique que d’en ajouter de nouvelles, pour maximiser vos chances de piocher vos meilleures actions. Apprenez vos Chaînes Magiques par cœur : ces combos sont souvent la clé pour briser les attaques chargées des ennemis ou infliger des dégâts massifs. Explorez stratégiquement : la lampe qui s’épuise impose des choix ; parfois, éviter un combat d’élite pour préserver vos PV est la décision la plus sage. Enfin, pour commencer, privilégiez Natsu, le plus équilibré, ou Gray, plus défensif, pour vous familiariser avec les mécaniques avant de vous attaquer aux styles de jeu plus spécialisés de Lucy ou Wendy.
Conclusion
Fairy Tail: Dungeons sur Switch est une excellente surprise. C’est un roguelike de cartes solide, tactique et incroyablement addictif, qui réussit à capturer l’essence des pouvoirs et des personnages de la guilde dans ses mécaniques. Malgré une histoire anecdotique, une bande-son un peu effacée et une maniabilité sur console perfectible, le fond gameplay est tellement bon qu’on en vient à oublier ces défauts. La version Switch, avec son contenu additionnel, est la plus complète à ce jour. Pour qui ? Parfait pour les fans de deckbuilding (type Slay the Spire) en quête d’une proposition accessible mais profonde, et pour les admirateurs de Fairy Tail curieux de retrouver leur guilde sous un angle original. Les joueurs en quête d’un RPG narratif épique passeront leur chemin.
LES PLUS
- Gameplay de deckbuilding addictif, tactique et bien équilibré
- Pixel art soigné et fidèle à l'esprit des personnages de la licence
- Système de "Tome de Mémoire" ingénieux, boostant énormément la rejouabilité
- Version Switch très complète avec un contenu additionnel substantiel
- Courbe de difficulté accessible, idéale pour s'initier au genre
LES MOINS
- Scénario très minimaliste et anecdotique
- Design des donjons et des ennemis visuellement répétitif
- Absence totale de doublage, même pour les attaques
- Maniabilité et lisibilité de l'interface perfectibles à la manette
- Campagne principale relativement courte
- Certains boss et ennemis dans un style artistique différent





