Si les séries B des années 80 vous ont un jour fait rêver d’enquêtes au soleil, de poursuites en voiture rouillée et de répliques culte entre deux explosions, Donuts’n’Justice vous tend les clés de la voiture de patrouille. Développé par FobTi Interactive et édité par Ratalaika Games, ce shoot ’em up en 2D pixelisé se veut un hommage sans complexe à l’ère du « buddy cop movie ». On enfile donc le blouson de cuir (ou la chemise hawaiienne) pour rendre la justice, un donut dans une main, un Uzi dans l’autre. Mais cette flambée d’action rétro tient-elle toutes ses promesses ? C’est l’enquête.
Un duo et un scénario signés « made in 80s »
On incarne l’un des deux flics aux méthodes expéditives, Mike Riggs et Nick Gordon, dont les noms sont un clin d’œil transparent aux héros de Miami Vice. Le pitch est simple et efficace : la ville est envahie par une criminalité débridée allant des gangs de motards à la Yakuza, en passant par des menaces… bien plus étranges. L’histoire, volontairement clichée et portée par un humour qui ne se prend pas au sérieux, sert de prétexte idéal à l’action pure. Le fil narratif est ténu, mais suffisant pour donner un peu de contexte aux fusillades et justifier l’apparition d’adversaires toujours plus excentriques.
Le cœur du jeu est un shoot ’em up horizontal où l’on avance automatiquement de gauche à droite. La maniabilité est d’une simplicité archaïque et efficace : on se déplace avec le stick ou la croix, on tire à gauche (L/B) ou à droite (R/A), et on lance une grenade avec Y. L’astuce réside dans l’impossibilité de viser en diagonale, ce qui ajoute une couche de tactique et de positionnement pur.
L’arsenal est varié et plaisant. En ramassant des badges de police, on débloque progressivement des armes aléatoires : du pistolet de base au lance-flammes, en passant par le fusil d’assaut ou le bazooka. Cette randomisation pimente les parties, même si elle peut parfois frustrer. Les power-ups sont légion : donuts roses pour regagner de la vie, donuts verts toxiques qui ralentissent le temps (un effet bienvenu dans le chaos), et gilets pare-balles.
Mais Donuts’n’Justice se distingue par une difficulté exigeante, surtout en mode Normal. La vraie menace ne vient pas seulement des hordes d’ennemis aux patterns prévisibles, mais des civils qui traversent l’écran de façon erratique. Les toucher fait s’enrayer votre arme, vous laissant vulnérable. C’est une idée originale, mais son exécution frise parfois l’injustice, pouvant transformer certains passages en exercices de frustration pure. La progression est impitoyable, sans checkpoint, et la courbe de difficulté est abrupte dès le second niveau.
Court, mais rejouable ?
C’est le point faible le plus évident. La campagne principale se compose de cinq niveaux seulement, entrecoupés de combats de boss. Un joueur aguerri ou utilisant le mode facile « Suceur de Pouce » viendra à bout de l’aventure en une petite heure. Pour compenser, le jeu mise sur la rejouabilité via trois modes de difficulté (avec un « Nuck Chorris » digne de son nom), un mode coop local en écran partagé (très fun et légèrement plus indulgent), et un mode Boss Rush déblocable. Un magasin permet aussi d’acheter, avec l’argent gagné en jeu, divers couvre-chefs (casquettes, masques…) qui octroient des capacités passives spéciales, à la manière de Hotline Miami. C’est un bon moyen de personnaliser son expérience et de se faciliter la tâche.
Les graphismes en pixel art lo-fi sont une vraie réussite. Les couleurs sont vibrantes, les décors (marina, métro, quartier asiatique…) fourmillent de petits détails animés (chats, oiseaux, trains) et capturent parfaitement l’ambiance années 80/90. L’animation est fluide, même dans le carnage le plus total. L’effet CRT optionnel ajoute une touche rétro authentique.
Côté son, l’immersion est totale. La bande-son, un mélange de synthwave et de rock électro, colle parfaitement à l’action. Les bruitages sont satisfaisants (détonations, explosions), et le jeu pousse le cliché jusqu’à ajouter des voix off à l’ancienne qui commentent vos combos ou vos erreurs, ainsi que des cris d’ennemis outranciers. C’est bruyant, kitsch, et assumé.
Donuts’n’Justice est un jeu qui assume pleinement son identité : un shoot ’em up court, dur et stylisé. Il ne révolutionne pas le genre, et ses défauts sont tangibles : une durée de vie très courte, une difficulté parfois mal équilibrée, et des mécaniques qui peuvent agacer. Pourtant, il possède un charme indéniable. Lorsqu’on se laisse prendre au jeu, seul ou surtout à deux en coop, le plaisir de dégommer des vagues d’ennemis dans un festival de couleurs et de références pop culture des années 80 est bien présent.
Donuts’n’Justice est disponible sur l’eShop au prix de cinq euros.
Conclusion
Donuts'n'Justice est comme un donut : c’est sucré, ça fond vite, et ce n’est pas très nutritif, mais on le savoure avec le sourire. Recommandé aux amateurs de run and gun rétro en quête d’une dose d’adrénaline pure et simple, et à tous ceux qui ont toujours rêvé d’être Riggs et Murtaugh… en moins subtils.
LES PLUS
- Direction artistique et bande-son qui capturent parfaitement l'esprit années 80
- Gameplay immédiat et chaotique, très fun en coop
- Système de chapeaux/masques avec bonus
- Pixel art soigné et animé
LES MOINS
- Durée de vie très (trop) courte
- Courbe de difficulté brutale et mécanique des civils parfois frustrante
- Manque de variété dans les types d'ennemis
- Peu de profondeur à long terme





