Nommé aux Game Awards du meilleur jeu indépendant aux côtés des mastodontes Clair Obscur: Expedition 33, Hades II, Hollow Knight: Silksong, recommandé par les non moins illustres Daniel Mullins (Inscryption) et LocalThunk (Balatro), Blue Prince a su attirer le regard des joueurs comme de ses pairs. C’est donc avec un regard curieux que nous avons reçu sur Nintendo Switch 2 le puzzle game roguelike des Américains de Dogubomb Studios. Est-ce que le jeu, sorti sur l’eShop le 3 mars 2025 au prix de trente euros, mérite sa réputation flatteuse ?
Avant de commencer le test, nous tenons à préciser que le jeu ne propose aucune traduction française. Un niveau courant en anglais (être capable de réfléchir en anglais !) est nécessaire pour jouer à Blue Prince.
Un incroyable mélange entre le roguelike et le jeu de réflexion
Blue Prince propose un concept étonnant et novateur : le jeu est un mélange entre le puzzle game, le point-and-click et le roguelike (en réalité roguelite). Notre oncle vient de décéder, et ce dernier nous lègue sa maison à la condition sine qua non que nous visitions la quarante-sixième pièce.
Le gameplay est très accessible : dans un jeu à la vue à la première personne, nous allons explorer un manoir… que nous construisons chaque jour ! Nous arrivons dans une habitation avec une simple entrée et nous allons tirer plusieurs tuiles à placer dans celle-ci afin d’atteindre l’intrigante antichambre au fond du décor.
Le problème, c’est que chaque pièce a sa propre forme et son nombre de portes. Si la chapelle permet d’aller dans les quatre directions possibles, la chambre d’invité n’a qu’une seule porte et nous ferme donc de nombreux passages.
Nous allons donc devoir jongler, un peu à la manière du jeu de société Labyrinthe, face aux nombreuses tuiles que nous propose Blue Prince… tout en sachant que chaque pièce a sa particularité… et ses ressources !
Nous pouvons récupérer des diamants, des pièces d’or, des dés ainsi que des clés dans le manoir. Les diamants nous permettent de poser certaines tuiles rares, comme l’observatoire. Les pièces vont nous permettre d’acheter divers objets dans divers lieux (comme une pelle, par exemple). Les dés vont nous permettre de relancer la sélection des tuiles alors que les clés ouvrent à la fois les quelques coffres que nous trouvons mais permettent aussi, une fois proches de l’antichambre, d’ouvrir les portes verrouillées.
Il faut donc réussir à avancer de plus en plus loin en prenant en compte que nous ne pouvons poser qu’un seul exemplaire de chaque pièce par jour. Faut-il prendre le débarras, qui nous amène à une impasse mais offre plusieurs ressources intéressantes, ou faut-il jouer la sécurité avec un couloir avec ses quatre portes de sortie (que nous ne pourrons plus tirer par la suite !) ?
Ce n’est pas tout : dans Blue Prince, nos mouvements sont limités. Nous commençons chaque journée avec cinquante pas. Dès que nous entrons dans une pièce, nous consommons un pas. Même si certaines pièces permettent de recharger (un peu) nos mouvements, il faut toujours veiller à créer un manoir qui évite les trop grands allers-retours, tout en prenant en compte que certaines salles nous font perdre des pas.
Un jeu qui occupe les esprits jour et nuit
Blue Prince fonctionne avec un système de journée : si nous perdons, à cause d’un mauvais tirage (ce qui arrive très régulièrement) ou parce que nous n’avons plus aucun pas, une nouvelle journée débute, réinitialisant à la fois nos ressources et le manoir.
Jusque-là, rien de très « complexe ». Cependant, là où Blue Prince se démarque du reste des roguelikes, c’est qu’au milieu de ce concept intelligent et accrocheur très proche d’un jeu de société se cache un pur jeu de mystère à la Myst.
Dans ce manoir à la création procédurale se cachent une histoire sombre et des énigmes entêtantes qui risquent bien, partie après partie, de vous rendre fous. Nous ne divulgâcherons rien pour le plaisir de la découverte, mais chaque pièce, chaque décor, même parfois les plus insignifiants, recèlent des trésors à découvrir.
Les énigmes sont diverses et variées, et nous aurons aussi bien des calculs mathématiques à réaliser que des indices à récupérer dans plusieurs pièces qui nous permettent à la fois de débloquer de nouvelles pièces, d’en apprendre un peu plus sur l’univers ou même de gagner des bonus applicables à chaque partie !
Et comme chaque décor, chaque photographie, chaque lettre laissée nonchalamment sur une table de chevet peut être un indice à utiliser pour une run ultérieure, Blue Prince nous amène (et nous recommande) de tout noter et de tout photographier.
Blue Prince est un jeu addictif, au concept génial mais au game design inégal qui peut autant séduire que décourager le joueur. Le mélange de roguelike/roguelite avec le puzzle game est novateur, bien pensé et nous nous sommes très rapidement pris au jeu de ce manoir aux pièces truffées de secrets.
Nous avons été impressionnés par le contenu colossal qui propose un nombre de pièces, d’énigmes et de mystères qui ne cessent de nous émerveiller. Il faut plusieurs dizaines d’heures de jeu, voire une centaine d’heures pour voir le bout du tunnel.
Nous avons aussi apprécié le côté « à l’ancienne » de l’aventure, avec un jeu à la difficulté relevée qui nous amène à noter le moindre détail dans un petit carnet. Blue Prince est une expérience qui assume ses intentions, qui assume son côté « Myst » et nous amène à réfléchir à ces énigmes jour et nuit, qui nous amène à relancer une partie en espérant comprendre l’image laissée dans le boudoir ou comprendre la signification de ce triste conte dans la librairie… (là encore, nous n’allons volontairement pas dans les détails).
Un Myst-like au contenu colossal et à la durée de vie immense
Blue Prince mérite totalement ses louanges tant le jeu respire la passion, le travail, et même quand nous pensons avoir tout découvert, il reste toujours des énigmes qui n’attendent qu’à être résolues.
Blue Prince est un incroyable jeu avec des défauts marqués : nous avons une expérience inégale, peu accessible, qui pourrait rebuter une grande partie du public. Le roguelike possède un aléatoire très frustrant qui ne récompense pas l’investissement du joueur. Oui, nous gagnons des bonus qui peuvent radicalement transformer ce roguelike en roguelite. Mais pour avoir accès à ces bonus, il faut lutter avec l’intransigeance du jeu qui peut, à cause d’un mauvais tirage, vous faire recommencer indéfiniment des runs dans l’espoir d’avoir les salles qu’il vous faut.
Il faut vraiment aimer les énigmes et se triturer le cerveau pour apprécier l’expérience. Blue Prince est un jeu de réflexion qui se dompte, et les moins talentueux (comme nous) peuvent tourner en rond pendant de longues heures sans comprendre que la solution se trouve sous notre nez depuis le début.
Le plus gros problème est que ce jeu n’est disponible qu’en anglais et qu’au vu des énigmes proposées, il ne sera certainement jamais traduit dans une autre langue. Il ne suffit pas de comprendre l’anglais pour avancer dans le jeu, il faut aussi être capable de réfléchir dans la langue de Shakespeare, ce qui, de facto, bloquera la majorité des joueurs potentiels.
Malgré tout, si vous n’avez pas peur de l’aléatoire, que les énigmes alambiquées sont votre tasse de thé, que le temps est votre ami, et que l’anglais n’est pas un frein dans votre vie (ou que vous trichez en regardant les solutions sur Internet) alors n’hésitez pas : Blue Prince fait partie de ces rares jeux qui peuvent bouleverser votre vie vidéoludique.
Trente euros est un tarif parfait pour cette expérience : certains lâcheront au bout d’une heure ou deux, d’autres au bout d’une vingtaine d’heures, mais si vous aimez le jeu, vous y passerez certainement une centaine d’heures tant le contenu est riche et foisonnant.
La direction artistique peut elle aussi rebuter ; cependant, la variété des décors, les détails, et l’atmosphère générale sont une totale réussite, permettant au joueur de se plonger sans le moindre accroc. Il y a vraiment quelque chose d’unique dans ce Blue Prince qui captive et nous embarque à chaque nouvelle pièce découverte.
Mais des défauts qui rebuteront une très grande majorité des joueurs
La bande-son, qui accentue le côté mystérieux, est assez belle. Même si (pour notre part) nous avons dû retourner sur le jeu pour nous remémorer des pistes audio, le travail est de très bonne qualité, plongeant parfaitement le joueur dans l’ambiance du jeu.
Parlons finalement de ce portage sur Nintendo Switch 2. Si l’arrivée sur la console nippone se fait sans accroc, et que nous n’avons connu aucun ralentissement ou bug, une question se pose : est-ce que la console hybride est la meilleure plateforme pour une expérience comme Blue Prince ?
Si jouer en mode portable est un vrai plaisir, la console semble peu ergonomique pour se repérer dans les nombreuses captures d’écran réalisées lors de nos (très) nombreuses sessions. Tout dépendra de ce que vous recherchez : si vous voulez embarquer Blue Prince un peu partout pour assouvir votre soif de découverte, alors il ne faut pas hésiter à se lancer sur cette version Nintendo Switch 2. En revanche, si vous souhaitez quelque chose de « pratique », alors il faudra plutôt se tourner vers la version PC.
Nous vous joignons une vidéo d’une trentaine de minutes réalisée lors de notre découverte du jeu.
Conclusion
Blue Prince est un chef-d’œuvre, une expérience vidéoludique qui peut autant vous rendre fous que vous marquer à vie. Le mélange « Myst-like » et roguelike est captivant, addictif et extrêmement bien pensé. Le contenu est colossal, l’ambiance mystérieuse à souhait, les énigmes sont intelligentes, et Dogubomb Studios réussit un vrai tour de force avec ce jeu. Malgré tout, Blue Prince est un chef-d’œuvre mais un chef-d’œuvre inégal : le jeu souffre d’un aléatoire qui ne récompense que très peu l’investissement des joueurs. Cette intransigeance pourrait rebuter une grande majorité des joueurs qui, frustrés du manque de chance dans le tirage des tuiles, pourraient abandonner sans essayer de résoudre les nombreux mystères de ce manoir. De plus, le jeu n’est pas traduit en français, et il faut impérativement comprendre l’anglais mais aussi avoir des capacités de réflexion dans la langue de Shakespeare pour résoudre certains casse-têtes, ce qui rend l’expérience encore moins accessible…
LES PLUS
- Un jeu unique, addictif au possible qui marque les esprits
- Un concept incroyable qui mélange le jeu de réflexion et le roguelike
- Un contenu colossal
- Une expérience qui ne vous quitte plus une fois lancée
- Une durée de vie exceptionnellement longue
- Tout est énigme, tout est réflexion, tout est questionnement
- Un jeu qui mélange le gameplay « à l’ancienne » et en même temps moderne
- Une direction artistique réussie
- Une très belle bande-son qui renforce le mystère
LES MOINS
- Aucune traduction française
- Il faut savoir réfléchir en anglais pour pouvoir jouer
- Un aléatoire qui découragera une grande partie des joueurs
- Un jeu difficile qui peut là encore décourager les joueurs
- La Nintendo Switch 2, pas la meilleure alliée pour les très nombreuses captures d’écran





