On commence toujours par se méfier des sorties surprises. Sans le moindre battage médiatique, Haste est tombé sur le Nintendo eShop de la Switch 2, étiquette « Switch 2 Edition » fièrement affichée. Aucune bande-annonce sur la boutique, aucune communication préalable. Dans ce contexte de silence radio, on a décidé de plonger tête la première, porté par ce que l’on avait vu du jeu sur d’autres machines. Et force est de constater que cette petite pépite de course effrénée mérite qu’on prenne le temps de la disséquer, surtout sur la nouvelle console de Nintendo.
La course contre l’apocalypse
Le jeu est développé et édité par Landfall, un studio que l’on ne présente plus chez les amateurs de jeux décalés et chaotiques. On leur doit l’hilarant Totally Accurate Battle Simulator et plus récemment Content Warning, cette surprise du 1er avril devenue un phénomène de coopération horrifique. Landfall a une tradition : sortir des projets expérimentaux le 1er avril, souvent sans prévenir, et Haste n’échappe pas à la règle. Après une sortie PC le 1er avril 2025, le titre débarque exactement un an plus tard, le 1er avril 2026, sur PS5, Xbox Series, Xbox One et donc la Nintendo Switch 2. Chez Landfall, on aime le concept fort, le gameplay immédiat et l’idée que l’on peut créer de l’addiction sans avoir besoin d’un budget hollywoodien.
L’histoire, avouons-le, on l’a presque entièrement survolée. Et ce n’est pas un mal. On incarne Zoe, une jeune femme dont le destin est de traverser des univers en pleine désintégration. Des dimensions entières s’effondrent pendant que l’on court, littéralement. Le récit parle de mondes brisés, de personnages excentriques à rencontrer entre deux courses, et d’un mystère sur ce qui a fracturé la réalité. Mais franchement, ce n’est pas pour cela que l’on est venu. L’histoire sert juste de prétexte élégant à l’essentiel : la course contre la montre et contre l’apocalypse qui nous talonne.
L’objectif est d’une simplicité désarmante. On doit traverser des niveaux générés procéduralement, regroupés dans dix grands « Fragments », avant qu’un mur de miasme ne nous engloutisse. Pour réussir, il faut enchaîner sprints, sauts, wall-runs et surtout des atterrissages parfaits. Chaque réception au sol bien exécutée remplit un compteur de vélocité et permet de maintenir l’élan. Une mauvaise réception, un obstacle mal négocié, et c’est le ralentissement assuré, synonyme de mort imminente. On collecte des étincelles en chemin, que l’on dépense entre les zones pour acheter des objets améliorant nos statistiques — vitesse, santé, chance, dégâts. C’est un roguelite dans l’âme : on recommence de zéro après chaque run, mais on débloque progressivement de nouveaux Fragments.
Quand Sonic rencontre le roguelite
Si l’on devait résumer Haste en une phrase, on dirait que c’est le jeu Sonic 3D que l’on a toujours voulu, mais pensé comme un roguelite nerveux. On court, on slide, on saute, on s’accroche aux murs, et tout cela dans un flux continu où la moindre hésitation est punie. La sensation de vitesse est grisante. Les niveaux sont générés aléatoirement, ce qui garantit qu’aucune course ne ressemble à la précédente. Parfois, l’enchaînement des plateformes est parfait, un véritable ballet aérien où l’on enchaîne les réceptions idéales. Parfois, la génération procédurale crée des ruptures de rythme, des enchaînements maladroits qui cassent la dynamique. C’est le prix à payer pour l’imprévisibilité.
On dénombre plus de 90 objets différents qui influencent la progression. Certains offrent des boosts de vitesse temporaires, d’autres permettent de rattraper une erreur. L’important, c’est que ces objets ne remplacent jamais le skill : ils le subliment. Un bon joueur n’a pas besoin d’objets pour briller, mais les bons objets transforment une bonne course en course mémorable.
Quatre capacités sont à maîtriser, quatre biomes spectaculaires avec leurs variations, et quatre boss à affronter au terme de chaque grand Fragment. Ces combats de boss, à l’image du reste, sont démesurés et jouissifs. On ne combat pas au sens traditionnel — on esquive, on court, on utilise l’environnement qui s’effondre autour de nous.
La précision au service du flow
Un mode infini est également déblocable pour les plus acharnés, et une coopération en ligne permet de traverser l’aventure à plusieurs, avec classement individuel des temps pour pimenter les choses. Les skins déblocables aident à se différencier entre coureurs.
Sur ce point, on est conquis. Les contrôles sont d’une réactivité exemplaire. Zoe obéit au doigt et à l’œil, le système physique autorise des ajustements rapides sans jamais donner l’impression de flotter ou d’être trop rigide. C’est cet équilibre délicat que beaucoup de jeux de course échouent à trouver. Haste réussit ce tour de force : on entre rapidement dans un état de « flow », cette zone hypnotique où les doigts enchaînent les commandes sans même que l’on ait besoin de réfléchir. Les rares échecs ne sont jamais frustrants car on sent immédiatement que c’est notre rythme qui a été brisé, pas la faute à un coup de dés aléatoire. Apprendre à restaurer ce rythme, voilà où se niche la profondeur du titre.
Switch 2 : le point qui fâche
Arrêtons-nous sur le sujet qui fera débat. Haste sur Switch 2 tourne à 30 images par seconde, pas à 60. C’est un constat, pas un jugement. La résolution cible nous est inconnue, mais à l’œil, on sent que le jeu est moins net et moins détaillé que sur PC ou sur les consoles concurrentes. Et c’est là que le bât blesse : le jeu propose un menu d’options graphiques extrêmement détaillé, une rareté sur console. On peut modifier la qualité des ombres, des textures, des effets post-traitement. Sauf qu’en passant ne serait-ce que certains réglages de « bas » à « moyen », on constate immédiatement des chutes de framerate et des latences en pleine course.
À son premier lancement, le jeu met tous les paramètres sur « bas » par défaut. Et franchement, c’est mieux ainsi. Cette configuration permet une expérience stable à 30 fps, certes moins fluide que ce que l’on espérait d’un jeu de course, mais parfaitement jouable. On aurait préféré deux modes simples — Performance (60 fps avec des sacrifices visuels) et Qualité (30 fps plus joli) — plutôt que de se voir offrir un menu de réglages qui donne l’illusion d’un contrôle total mais révèle surtout une optimisation perfectible. Ce n’est pas un drame, car à 30 fps constant, le jeu reste agréable. Mais pour un titre vendu avec le badge « Switch 2 Edition », on est en droit d’attendre une utilisation plus poussée de la nouvelle machine. Espérons que des correctifs viendront améliorer cette situation.
La bande-son est à l’image du jeu : rapide, énergique, pulsée. Des compositions électroniques qui s’emballent quand on prend de la vitesse et qui accompagnent parfaitement la montée d’adrénaline. Les effets sonores sont clairs et lisibles : on entend distinctement le bruit d’un atterrissage parfait, le crépitement des étincelles ramassées, le grondement du mur de miasme qui se rapproche. Rien de révolutionnaire, mais une direction audio parfaitement adaptée à l’expérience proposée. On notera que la musique ne cherche jamais à en faire trop, préférant soutenir l’action plutôt que de la dominer.
C’est un roguelite, donc la durée de vie dépend entièrement de notre envie de recommencer. Les dix Fragments principaux demandent une certaine maîtrise pour être tous débloqués. Chaque Fragment contient une collection de niveaux à réussir sans échec, ce qui impose d’apprendre les patterns, de perfectionner ses trajectoires. On parle facilement d’une quinzaine d’heures pour un joueur moyen avant de voir le générique. Mais le mode infini, les défis de classement, la coopération et la quête de la course parfaite peuvent étendre cette durée de vie considérablement. Le jeu est conçu pour être repris en main régulièrement, pour une petite session ou une longue nuit blanche. La génération procédurale assure qu’on ne s’ennuie pas trop vite, même si la structure de base reste répétitive par essence.
Conclusion
Haste est un petit roguelite vicieux et généreux qui parvient à se faire une place dans un genre saturé grâce à son obsession de la vitesse et du mouvement fluide. Sur Nintendo Switch 2, le constat est en demi-teinte : le jeu est parfaitement jouable, amusant, et techniquement stable à 30 images par seconde. Mais on sent que la console pourrait offrir mieux, et le manque d’optimisation se ressent dès que l’on touche aux réglages graphiques.<br /> <br /> On recommande Haste sans hésiter aux fans de jeux de course rapide, aux nostalgiques de Sonic Adventure qui cherchent une version moderne et plus maîtrisée de ces sensations, et à tous ceux qui aiment se mesurer à leur propre virtuosité. Les joueurs exigeants sur la fluidité (60 fps obligatoire) passeront leur chemin, au moins en attendant d’éventuels correctifs. Pour les autres, foncez — littéralement.
LES PLUS
- Un système de momentum grisant et précis
- Des sensations de vitesse intenses
- L’état de flow dans lequel on entre lors des bonnes courses
- Une direction artistique lisible malgré la vitesse
- La rejouabilité excellente pour les amateurs de défi et de classements
LES MOINS
- La génération procédurale parfois inégale, avec des ruptures de rythme
- Les performances sur Switch 2 limitées à 30 fps
- Une optimisation perfectible
- Un scénario et des personnages totalement oubliables
- La répétition peut lasser les joueurs moins axés « score »









