Pour beaucoup de monde, cinéphile ou non, il y a eu un avant et un après Jurassic Park. Le film de Steven Spielberg en 1993 a marqué toute une génération. Qui, devant les films, ne s’est jamais dit qu’il ferait mieux que John Hammond ou les grandes corporations qui répètent inlassablement les mêmes erreurs ? Après un premier essai réussi en 2018, Frontier Developments remet le couvert et offre aujourd’hui à la Nintendo Switch 2 une édition ultime de Jurassic World Evolution 2. Oublié le premier épisode, qui n’est même pas compatible avec la nouvelle console ; c’est directement sa suite, enrichie de tous ses contenus additionnels, qui débarque sur l’hybride de Nintendo. Une sortie inattendue, tant on attendait plutôt le troisième volet, mais qui a le mérite d’exister et d’apporter une expérience complète dans la paume de nos mains.
Bien plus que des enclos
Frontier Developments, c’est un nom qui parle aux amateurs de simulations de gestion. Les Anglais de Cambridge se sont fait une réputation solide avec Planet Coaster et Planet Zoo, des jeux reconnus pour leur profondeur, leur souci du détail et leur accessibilité. Avec la série Jurassic World Evolution, le studio applique ce savoir-faire à la plus dangereuse des ménageries. On sent immédiatement cette patte : un mélange de rigueur scientifique et de spectacle permanent, le tout enrobé dans une licence adorée.
Le jeu se découpe en quatre modes principaux. La campagne débute juste après les événements de Jurassic World : Fallen Kingdom. Intégré au Département de la Pêche et de la Faune (DFW), on seconde Owen Grady et Claire Dearing pour capturer et protéger les dinosaures lâchés dans la nature américaine. Si l’idée de départ est séduisante, cette campagne fait surtout office de tutoriel déguisé. Les zones se succèdent trop vite pour qu’on s’attache à ce qu’on construit, et l’histoire peine à passionner.
Les deux campagnes additionnelles incluses, tirées de Jurassic World : Dominion, relèvent le niveau. Le volet Biosyn retrace l’ascension de Lewis Dodgson, et le simple fait d’entendre Laura Dern et le regretté Sam Neill reprendre leurs rôles d’Ellie Sattler et Alan Grant procure une émotion sincère. La campagne maltaise, elle, introduit un savoureux mélange de conservation et de marché noir, entre légalité et profits douteux. Ces récits ont le bon goût de proposer des mécaniques légèrement différentes, évitant la monotonie.
Mais le véritable cœur du jeu, c’est le mode Théorie du Chaos. Là, Frontier nous offre des scénarios alternatifs directement inspirés des six premiers films. On peut, par exemple, préparer l’ouverture du Jurassic World original ou organiser l’arrivée des dinosaures à San Diego dans Le Monde perdu. Pour un fan de la saga, c’est un plaisir inouï de se glisser dans ces moments cultes et d’en réécrire le destin. La difficulté est mieux dosée, et la satisfaction de voir son parc fonctionner (ou de tout perdre à cause d’un ouragan et de dinosaures vieillissants, comme lors de notre partie) donne envie de recommencer encore et encore. L’absence de ce mode dans le troisième épisode justifierait presque à elle seule ce portage.
Restent le mode Défi, pour les gestionnaires aguerris, et le mode Bac à sable, où l’on peut « ne pas regarder la dépense », comme dirait Hammond. Avec l’intégralité des contenus additionnels, ce sont plus de 120 espèces, terrestres, marines et volantes, qui attendent d’être découvertes, élevées et parfois génétiquement modifiées. Le nombre d’heures qu’on peut engloutir ici dépasse allègrement la centaine.
L’ombre d’une souris
Pour un jeu de gestion, la prise en main est cruciale. Bonne nouvelle : l’adaptation à la manette est intuitive. Les menus sont clairs, les raccourcis bien pensés et on pilote hélicoptères et jeeps sans souffrir. On arrive vite à faire abstraction de l’absence de clavier.
Mais il y a un « mais ». Et il est de taille. La Switch 2 propose un mode souris via ses Joy-Con, une fonctionnalité qui semble taillée pour les jeux de construction. Ne pas l’avoir implémentée ici est un rendez-vous manqué difficile à comprendre. Sur PC, la souris est reine pour ce genre d’expérience. Pouvoir jouer en mode portable avec la précision d’une souris aurait été un argument de poids. Frontier a choisi la simplicité, et on le regrette amèrement. Cela n’empêche pas de jouer, mais prive cette édition « complète » d’un atout qui l’aurait rendue véritablement définitive.
Techniquement, le portage fait bonne figure. Les dinosaures sont magnifiques, superbement animés, et leurs comportements variés (jeux, combats de dominance, chasse) forcent le respect. Les environnements, bien que moins détaillés que sur d’autres supports, restent agréables et les différents biomes (désert, forêt, neige) apportent de la diversité. En revanche, on constate une résolution en baisse et des apparitions tardives d’éléments du décor (pop-in) dès qu’on prend un peu de hauteur. La fluidité, elle, est globalement calée à 30 images par seconde, mais elle trébuche dans les grands parcs ou lors de gros plans mouvementés. Quand un T-Rex poursuit notre jeep et que l’image tombe sous les 20 fps, l’immersion en prend un coup. Ce n’est pas rédhibitoire, mais c’est suffisamment présent pour qu’on espère un correctif.
Côté son, c’est un sans-faute. La bande-son puise dans les thèmes iconiques de la saga et les bruitages donnent vie au parc. Mais le vrai régal, c’est la narration. Entendre Jeff Goldblum commenter nos actions de sa voix inimitable est un plaisir constant. Bryce Dallas Howard et les autres acteurs des films sont là aussi, mais quand Goldblum est au micro, on ne veut plus entendre personne d’autre. L’accessibilité n’a pas été oubliée, avec une multitude d’options pour personnaliser les commandes, les couleurs ou l’affichage.
Cette Complete Edition contient l’intégralité des DLC, ce qui représente, à elle seule, une somme de contenu que d’autres plateformes font encore payer à part. Campagnes, Théories du Chaos, défis, mode bac à sable, des centaines d’espèces, des mécaniques de bio-ingénierie, et des heures de personnalisation poussée jusqu’à la décoration des boutiques. On peut passer des jours à peaufiner un seul parc. Pour un nouvel arrivant, c’est un achat qui occupe tout l’été.
Conclusion
Jurassic World Evolution 2: Complete Edition sur Nintendo Switch 2 est un jeu d’une richesse folle. Il propose une simulation de gestion de parc à dinosaures qui, malgré une campagne principale poussive, brille de mille feux dans son mode Théorie du Chaos et son contenu pléthorique. Frontier délivre un portage solide, visuellement agréable et étrangement addictif, même sans souris. Car le vrai regret est là : l’absence de prise en charge du mode souris des Joy-Con empêche cette version d’atteindre l’excellence absolue. Pour autant, les amoureux de la licence et les mordus de gestion y trouveront une aventure exceptionnelle, capable de faire ressurgir cette étincelle d’émerveillement qu’on ressent à chaque fois qu’un dinosaure sort de son enclos pour la première fois. Frontier nous rappelle qu’avec un peu de soin, même les créatures disparues depuis 65 millions d’années peuvent revivre dans notre salon.
LES PLUS
- On profite d’un contenu absolument colossal grâce à l’intégration de tous les DLC, pour des centaines d’heures de jeu
- Le mode Théorie du Chaos est une véritable pépite qui permet de réécrire l’histoire des films, et c’est le point fort de cette édition
- Les dinosaures sont magnifiquement modélisés et animés ; leurs comportements naturels et leurs interactions rendent chaque enclos vivant
- La prise en main à la manette est intuitive, avec des menus clairs et un pilotage des véhicules agréable
- On est porté par une ambiance sonore irréprochable, entre musique iconique et narration envoûtante de Jeff Goldblum
- La richesse des options d’accessibilité, qui rendent l’expérience ouverte à un très large public
- La dimension portable de la Switch 2 apporte un vrai confort de jeu pour un titre de gestion aussi prenant
LES MOINS
- On déplore l’absence incompréhensible du mode souris des Joy-Con 2, une opportunité manquée énorme pour un jeu de gestion
- La campagne principale n’est qu’un tutoriel déguisé, mou et vite oubliable
- Des compromis visuels sont visibles : résolution en baisse et apparitions tardives d’éléments du décor quand on prend du recul
- La fluidité trébuche dans les grands parcs ou lors de scènes chargées, avec des chutes de framerate parfois gênantes.
- Merci, mais on veut plus de Jurassic World Evolution 3...









