Plonger dans Badland: Game of the Year Edition sur Nintendo Switch, c’est un peu renouer avec un fantôme du jeu vidéo mobile des années 2010. Débarquant fièrement sur la console hybride après un passage remarqué sur Wii U, cette édition « ultime » prétend offrir l’expérience définitive d’un titre qui a marqué son époque. Mais entre les attentes élevées d’aujourd’hui et le charme parfois daté d’un gameplay auto-scrollant, le voyage dans cette forêt mécanique et mortelle suscite un mélange de fascination et de frustration. On embarque pour un test complet de cette aventure physique à la fois sublime et répétitive.
La beauté sombre d’un classique mobile a-t-elle trouvé sa place sur Switch ?
Badland: Game of the Year Edition est l’œuvre du studio finlandais Frogmind, connu pour son approche artistique et son gameplay intuitif, avant de se diversifier avec des titres comme Badland Brawl ou Rumble Hockey. Sur Switch, le jeu est publié par QubicGames. Il s’agit de la version « définitive » du titre original sorti sur iOS et Android en 2013, enrichie pour cette itération console. L’ambition est claire : transposer une expérience mobile tactile dans un écosystème de manettes et de jeu sur grand écran.
L’histoire, minimaliste, sert avant tout de prétexte à l’action. On incarne une créature duveteuse et vaguement inquiétante – un « clone » – évoluant dans une forêt dystopique et mécanisée. Le but ? Survivre. Chaque niveau, réparti sur une journée (aube, midi, crépuscule, nuit), consiste à avancer inexorablement vers la droite, poussé par un défilement automatique, pour échapper à une obscurité destructrice et atteindre un conduit de sortie. La narration est presque inexistante, laissant l’atmosphère visuelle et sonore porter l’immersion. On est ici pour l’épreuve, pas pour l’intrigue.
Entre génie physique et frustration archaïque
Le cœur de Badland réside dans son gameplay de plates-formes physiques en auto-scroll. D’une simplicité trompeuse, le principe se résume à une action : maintenir un bouton (A) pour faire battre des ailes et s’élever, la gravité faisant le reste. La maniabilité au joystick est précise et réactive, mais on regrette amèrement l’absence de support tactile sur Switch, une fonctionnalité pourtant naturelle sur mobile et qui aurait été un atout majeur en mode portable.
La richesse – et la difficulté – provient des power-ups qui modifient les propriétés de votre créature. Certains vous agrandissent pour briser des obstacles, d’autres vous rétrécissent pour passer des interstices. D’autres encore multiplient vos clones, ralentissent le temps ou inversent la gravité. Ces mécaniques injectent une dose de variété et de réflexion dans des niveaux qui sont, pour l’essentiel, une succession d’obstacles mortels (scies, lasers, explosions, pics) à éviter avec timing.
Le jeu est impitoyable mais généreux en checkpoints. La mort, fréquente, ne vous renvoie jamais bien loin, encourageant la persévérance par essais-erreurs. C’est à la fois stimulant et, parfois, légèrement agaçant, car on a souvent l’impression de progresser plus par mémorisation que par pure adresse. Le mode multijoueur (coopératif et versus) local ajoute un vrai chaos joyeux et prolonge considérablement l’intérêt, offrant des rires et des tensions que le jeu en solo, parfois répétitif, ne procure pas toujours.
Une direction artistique réussie
C’est indéniablement le point fort absolu. Le style visuel de Badland est superbe et intemporel. Inspiré des jeux UbiArt (Rayman Origins, Child of Light), il propose des silhouettes noires détaillées se détachant sur des arrière-plans forestiers riches, colorés et pleins de vie. Le passage sur grand écran, notamment sur l’OLED de la Switch, est une réussite : l’esthétique « paper-cut » gagne en profondeur, et les animations sont fluides, sans aucun ralentissement. Le jeu prouve qu’un art direction forte dépasse les limites techniques de ses origines mobiles.
L’univers sonore est plus mitigé. Les effets sonores sont excellents, puissants et immersifs – le broiement des chairs par une scie est presque palpable. Le HD Rumble est bien implémenté et ajustable, ajoutant une couche tactile à l’expérience. En revanche, la bande-son, bien que de qualité, est trop rare. On aurait souhaité une présence musicale plus marquée pour accompagner la tension et la beauté des niveaux. Le silence, parfois, pèse.
Pour son prix modique (environ 5,99€/£5.39), l’offre est très généreuse. La Game of the Year Edition inclut 100 niveaux en solo/coop, ce qui représente facilement une vingtaine d’heures de jeu, voire plus si on bute sur certains puzzles exigeants. S’y ajoutent 78 succès en jeu clairement définis, qui donnent des objectifs de collection (clones sauvés, missions spécifiques), ainsi que des statistiques détaillées. Le mode versus et la quête du score parfait pour chaque niveau offrent une rejouabilité solide, même si le cœur du gameplay peut finir par lasser avant d’avoir tout épuisé
Conclusion
Badland: Game of the Year Edition sur Switch est une expérience bipolarisante. D’un côté, sa beauté artistique reste frappante, son gameplay physique est toujours aussi challengeant et son rapport quantité/prix est indéniable. Le multijoueur local est un véritable atout. De l’autre, le jeu porte les marques de son âge. Le gameplay auto-scrollant, basé sur la répétition et la mémorisation, peut sembler daté et moins immédiatement accrocheur qu’en 2013. L’absence de mode tactile sur Switch est une occasion manquée criante, et le manque de narration ou de variété mélodique peut laisser une impression de vide. Si vous ne l’avez jamais connu et êtes friands de défis esthétiques en coop local, c’est un excellent investissement. Les amateurs de plates-formes difficiles et d’art direction soignée y trouveront leur compte. En revanche, si vous possédez déjà la version mobile, le saut n’est pas forcément justifié, à part pour le confort du jeu sur TV et le multijoueur. Badland reste un classique, mais sur Switch, il peine parfois à faire oublier qu’il est, avant tout, né pour être touché du doigt.
LES PLUS
- Esthétique visuelle superbe et intemporelle, avec un style "paper-cut" très soigné
- Gameplay physique simple à prendre en main mais challengeant
- Durée de vie très généreuse
- Multijoueur local efficace
- Système de checkpoints généreux
- De nombreux power-ups qui ajoutent de la variété
- Performance technique irréprochable
- HD Rumble bien implémenté et ajustable
LES MOINS
- Gameplay auto-scrollant qui peut sembler répétitif et daté
- Absence de support tactile sur Switch
- Bande-son trop discrète et parfois absente
- Certains concepts de niveau manquent d'originalité
- Le personnage principal et son design peuvent déplaire
- Expérience solo parfois moins captivante





