Ici vous ne pouvez pas vous tromper car tout est dans le titre, adieu l’urgence, la compétition et la violence, et faites place à un jeu dans le genre « Cozy », véritable refuge vidéoludique. Cependant, après l’explosion de multiples clones de Stardew Valley, Harvest Moon, Story of Seasons ou Animal Crossing, il devenait difficile de surprendre. C’est ici qu’intervient Cozy Caravan, développé par les Australiens de 5 Lives Studios, le titre délaisse la sédentarité du jardinage pour embrasser la liberté de la route. Porté sur Nintendo Switch après un accès anticipé réussi sur PC via Steam, le jeu nous invite à un périple où la destination importe bien moins que les rencontres faites en chemin.
La vie c’est d’abord des rencontres…
L’aventure commence avec une lettre, votre tante Madeline vous demande de prêter main forte à la communauté pour la préparation du “Carnaval déjanté annuel”. En effet, même si les explications sont brèves, vous allez rapidement devoir prendre la route à bord d’une caravane avec votre acolyte Bubba, la grenouille.
Avant de partir en Road-Trip dans les contrées de Harvestvale, en tant que jeune recrue de la Communauté, vous allez prendre l’apparence d’un animal anthropomorphe, que vous pouvez personnaliser. Dans Cozy Caravan, impossible de ne pas trouver une petite bébête qui fasse chavirer votre cœur. Chien, chat, koala, chauve-souris, cochon, panda, tortue, capybara, piaf, lapin, et bien d’autres mammifères duveteux sont de la partie.
Le plus dur sera de faire votre choix entre tous, tant ils sont plus mignons les uns que les autres. Vous pouvez également modifier la couleur du pelage, ce qui vient parfois changer du tout au tout l’apparence de votre personnage. Puis un type de vêtement et son coloris et enfin la voix de votre bestiole.
Votre mission n’est jamais de sauver le monde d’une menace ancestrale ou d’occire un dragon, mais vraiment de devenir un pilier de la communauté itinérante. L’intrigue se tisse au fil des lettres reçues chaque matin et des cartes postales qui font office de journal de quêtes. C’est une narration douce, faite de micro-récits et d’entraide, qui place la bienveillance au cœur de chaque interaction.
Le titre est intégralement en français, par contre durant votre périple vous pourrez constater que certaines boîtes de dialogues contiennent de petites coquilles. De très rares oublis de traduction sur deux ou trois mots, ou plus fréquemment, des oublis d’espaces entre les mots clés et le reste du dialogue, ou des inversions comme, par exemple : “tu dois ramasser pommes3” à la place de “tu dois ramasser 3 pommes”.
On the road again
Le gameplay de Cozy Caravan repose sur une boucle hebdomadaire relaxante, divisée entre les jours de voyage et le marché du week-end. Tout passe par votre votre caravane, et contrairement à beaucoup de jeux d’aventure, il n’existe aucun voyage rapide. Vous devez tenir les rênes de votre roulotte en dirigeant Rigby, un bourdon géant, qui tire votre véhicule sur les routes sinueuses.
La conduite se prend en main instantanément et ne représente aucune difficulté, même lors des manœuvres en marche arrière dans des sentiers étroits ou dans la planification de vos itinéraires sur la carte. Chaque déplacement est une petite expédition, les chemins reliant de petites zones à explorer où l’on s’arrête pour ramasser des ressources ou prendre des auto-stoppeurs qui animeront le trajet de leurs anecdotes.
Les journées passent au rythme des activités et des trajets que vous faites, mais ici pas de compteur ou d’horloge. Vous avez un simple indicateur qui vous donne la courbe du soleil, et vous permet ainsi de prévoir vos déplacements. Chaque chemin que vous prendrez, ou activité que vous mènerez, “consommeront” des unités de temps et feront avancer le soleil dans sa course. Arrivé à la nuit il vous faudra dresser le camp avec Bubba, et aller dormir pour démarrer une nouvelle journée.
En semaine, vous explorez les villages pour récolter des ingrédients (salade, tomate, poivron, pomme, et bien d’autres) ou aider les locaux. L’artisanat ne se résume pas à cliquer sur un menu, il implique des mini-jeux de rythme ou d’adresse pour chaque activité : couper des légumes, mélanger une préparation, tresser des couronnes, etc.
Le système de progression de Cozy Caravan est basé sur le bonheur symbolisé par des cœurs. Chaque geste compte, une quête résolue, un mini-jeu de service en café réussi, ou même un simple signe de la main à un habitant, va remplir votre jauge. Une fois pleine, elle vous octroie des Jetons de Guilde, indispensables pour améliorer votre caravane et développer vos possibilités : cuisinière, pilon, couteau, armoire, stockage, et bien d’autres.
Le week-end est le point culminant de votre semaine, puisque vous allez pouvoir installer votre étal pour vendre vos produits durement récoltés ou transformés, le samedi et le dimanche. Le jeu introduit une très légère couche stratégique, du coup certains articles sont plus demandés chaque semaine, et selon les prédictions d’une voyante.
Il faut alors gérer l’inventaire, très limité au début de l’aventure, pour satisfaire la demande durant le « rush » de midi. Curieusement, l’argent gagné semble bien secondaire face aux liens sociaux créés, renforçant l’idée que le profit n’est pas le moteur de ce petit monde doux et coloré.
Un peu trop chill ?
Le rythme du jeu est probablement l’un des points les plus déroutants, et en même temps, les développeurs ne vous mentent pas sur la marchandise, c’est “Cozy” ! Contrairement à d’autres titres du même genre, ici, tout réside dans la lenteur et la détente. Prendre son temps, sans pression ni stress, ni urgence. Habituellement les routines viennent rapidement laisser place à des objectifs personnels de rentabilité et d’optimisation.
Mais Cozy Caravan ne vous laisse pas vous faire absorber par la folie du capitalisme avant plusieurs heures de jeu. Dans les premiers pas, tout prend du temps, le personnage n’est pas spécialement vif dans ses déplacements, l’inventaire est très limité et le craft se fait élément par élément.
C’est un véritable paradoxe, dans les titres similaires, c’est après plusieurs dizaines d’heures que vos routines s’automatisent et que vous gagnez en temps pour profiter du jeu et des environnements. Alors qu’ici, vous êtes freiné dès le départ dans les activités à réaliser, puis petit à petit, vous avez pléthores d’objectifs qui se développent et se rajoutent, et vous finissez par planifier tous vos déplacements pour économiser la lumière du soleil !
Nous sommes également obligés d’évoquer deux points qui manquent clairement d’optimisation. Le premier, c’est la gestion de votre petite panière qui se balance sur le dos de votre personnage. Il s’agit de votre inventaire et les objets que vous collectez sont stockés dedans.
Cependant pour gérer les objets à garder, utiliser ou jeter au sol, vous devez utiliser la touche R et sélectionner l’objet que vous mettez au sommet de la pile, pour finalement en disposer comme vous voulez ensuite. Ce n’est pas très ergonomique…
Second point qui lui aussi manque d’ergonomie, l’utilisation de la carte du monde. Vos objectifs en cours sont visibles au dos des cartes postales, symbolisant les lieux par lesquels vous êtes passé, c’est à la fois très malin, mais aussi incroyablement pénible pour visualiser où sont les PNJ et les quêtes en attente.
Une fois sur deux lors de notre test, la carte du monde ne se mettait pas tout à fait à jour, donc les objectifs n’apparaissaient tout simplement pas, il fallait retourner plusieurs fois la carte postale pour visualiser l’objectif, ou quitter le menu et y retourner. Rien de dramatique, et c’est largement améliorable avec une petite mise à jour, mais c’est à souligner.
Une patte visuelle
Visuellement, Cozy Caravan est un enchantement total, ou presque, le studio a opté pour une direction artistique qui imite le stop-motion. Les personnages ont une animation légèrement saccadée qui rappelle les vieux films d’animation en pâte à modeler ou les marionnettes, tandis que les animations du décor, comme les cascades ou les moulins, par exemple, sont animés de manière fluide.
Le monde de Harvestvale est baigné de couleurs pastels et de textures qui évoquent le fait main, et sent presque le carton, la pâte à modeler et la gouache. Chaque village a sa propre identité, des bourgs agricoles chaleureux, des champs, des mares, des petites villes, des réserves de miel, chaque zone est un régal visuel.
Sur Switch, malgré quelques chutes de framerate très ponctuelles lors des transitions de zone, le titre reste fluide et très lisible. La caméra fixe, bien que limitant parfois la visibilité derrière certains bâtiments, participe à ce sentiment de regarder une magnifique maquette vivante.
Il y a quelques petites broutilles visuelles, ça et là, des imperfections qui auraient pu être améliorées, comme les ombres ou certains détails qui disparaissent et réapparaissent dans les textures des décors. C’est très dommage, mais cela ne vient pas impacter votre voyage de manière significative non plus.
Il faut environ 15 à 20 heures pour voir le bout de l’aventure principale, mais le jeu est conçu pour être savouré par petites sessions. Le contenu est assez riche, avec une multitude de recettes à débloquer, de collections de photos à compléter, d’ autocollants cachés à collectionner, de petites grenouilles à attraper et reconduire dans leur mare et des dizaines de personnages aux dialogues uniques, bien que parfois répétitifs.
Le plus grand défi pour le joueur sera d’accepter le rythme. Cozy Caravan est lent. La progression des améliorations demande de la patience et les trajets peuvent paraître longs si vous êtes habitué à l’optimisation et que vous cherchez l’efficacité pure. C’est un jeu qui demande de poser son cerveau et d’accepter de prendre son temps à regarder les paysages, ou à jouer à la marelle, pêcher, ou faire des ricochets avec un galet au bord d’une rivière. Il faut accepter de retomber en enfance, et de profiter de chaque journée, comme une petite récréation.
Cozy Caravan est sorti le 15 janvier 2026 sur l’eShop de la Nintendo Switch au prix de 19,50 euros, en français.
Conclusion
Cozy Caravan est plus qu'un simple jeu, c'est une parenthèse récréative, un sas de décompression et de relaxation. En se concentrant sur le voyage plutôt que sur la destination, 5 Lives Studios livre une œuvre qui comprend parfaitement l'essence du mot "Cozy". S'il pourra diviser par sa lenteur extrême et l’absence de boucle d’optimisation/rentabilité, traditionnelle du genre pour les plus aguerris, il saura toutefois combler les joueurs en quête de détente. Sur Switch, il s'impose comme un indispensable pour ceux qui veulent emporter un petit morceau de bonheur bucolique avec eux ou tout simplement sous la couette. C'est une expérience dont on ressort apaisé, autant visuellement qu’auditivement, et qui conviendra également à merveille à un public jeune, en découverte de jeux vidéo dans ce genre là. Même si le titre pêche sur quelques aspects graphiques ou d’ergonomie, ces défauts peuvent rapidement être oubliés devant le charme incontesté de son univers.
LES PLUS
- La direction artistique du monde et des personnages
- Le style stop-motion des personnages
- Le jeu transpire la bienveillance
- Les mini-jeux d’artisanat basés sur le rythme
- Une ambiance sonore Lo-Fi qui se prête à la relaxation
- On a envie de se balader partout
LES MOINS
- Le rythme très lent du titre peut frustrer certains joueurs
- La carte manque d’ergonomie pour visualiser les objectifs
- La gestion de l’inventaire manque également d’ergonomie
- Certains dialogues sont répétitifs
- Des bugs mineurs d’interface et de textures
- Certains dialogues ne sont pas correctement implémentés





