On l’a cru enterré à jamais, relégué au statut de curiosité douloureuse dans le musée des échecs de Nintendo. Pourtant, près de trente et un ans après son lancement catastrophique, le Virtual Boy refait surface. Et de quelle manière ! Nintendo a choisi de le ressusciter non pas par un simple émulateur, mais via une expérience physique fidèle, aussi surprenante que coûteuse, intégrée au service Nintendo Switch Online. Après une session de test avec le périphérique réplique et les sept jeux du lancement, prévu le 17 février 2026, une conviction s’impose : on est face à l’un des hommages les plus fous et les plus complets jamais rendus à un échec.
Un fossile recréé avec amour
La première chose qui frappe, c’est l’objet en lui-même. La réplique du Virtual Boy, proposée à 80€, est un morceau de plastique lourd, solide et étonnamment bien fini. Une fois la Switch ou la Switch 2 insérée (sans ses Joy-Con), la console disparaît totalement dans le ventre de la bête. On retrouve le trépied, la molette de réglage de l’inclinaison et l’écran oculaire au design si caractéristique. Le sentiment est immédiat : on n’a pas affaire à un jouet, mais à une pièce de collection, un hommage méticuleux qui fera à coup sûr un élément de décoration de discussion dans un salon de fan.
L’expérience, cependant, impose ses règles, inchangées depuis 1995. Impossible de jouer en tenant l’engin : il doit être posé sur une surface stable. On se retrouve donc penché au-dessus, le front appuyé contre le coussinet oculaire, dans une position qui n’est pas sans rappeler un examen chez l’ophtalmo. La quête du confort et du bon alignement est réelle. Il faut ajuster la hauteur de sa chaise, l’inclinaison du socle, et trouver la distance parfaite pour que l’effet 3D « prenne » sans fatigue oculaire immédiate. Une fois calé, cependant, la magie opère. L’étanchéité à la lumière est excellente, même pour ceux qui portent des lunettes, et l’immersion dans ce monde en noir, rouge et gris est totale. On note avec une pointe de déception l’absence (pour le moment) d’une manette dédiée reproduisant le pavé original du Virtual Boy : on joue avec une paire de Joy-Con 2 dans leur grip, ou avec une manette Pro. Un détail qui rompt un peu l’illusion d’une expérience 100% authentique.
Redécouvrir une bibliothèque méconnue (et ses pépites)
Car au-delà de l’objet, c’est bien là l’intérêt majeur de cette opération : donner enfin un accès légal et aisé à des jeux demeurés confidentiels, voire inédits. La sélection de lancement est un habile mélange de titres cultes et de curiosités.
Sans surprise, Virtual Boy Wario Land s’impose comme le joyau incontestable. Ce n’est pas seulement « un bon jeu pour du Virtual Boy », c’est un excellent jeu de plates-formes, point final. L’utilisation de la 3D stéréoscopique y est intelligente et fonctionnelle, servant le gameplay en créant des plans de profondeur dans lesquels Wario se propulse. On pense immédiatement aux jeux qui ont réutilisé cette idée bien plus tard, comme Donkey Kong Country Returns. C’est le titre le plus immédiatement accessible et jouable, celui par lequel il faut commencer.
Teleroboxer et 3-D Tetris, quant à eux, incarnent parfaitement l’esprit « démo tech » du support. Le premier, un Punch-Out!! en vue subjective, utilise la profondeur pour esquiver et frapper avec un impact tangible. Le second, un casse-tête en volume, devient soudainement beaucoup plus lisible et stratégique grâce à la troisième dimension. Ce sont des démonstrations convaincantes du potentiel qui a séduit Nintendo à l’époque.
Premières impressions : pour qui, et pourquoi ?
Faut-il, en 2026, dépenser 80€ plus l’abonnement Expansion Pack pour cette expérience ? La réponse est catégoriquement non… pour le joueur lambda. La bibliothèque est minuscule, le confort de jeu limité dans le temps, et l’attrait novateur de la 3D a été largement dépassé.
Mais pour le passionné d’Histoire du jeu vidéo, le collectionneur ou le curieux qui a toujours voulu « tester » ce mythe douloureux, l’offre est irrésistible. Nintendo ne se contente pas de jeter des ROMs sur un service. Il reconstruit l’expérience dans son intégralité, avec ses défauts et ses qualités. C’est un acte de préservation audacieux, presque archéologique.
On ressent une forme de respect envers cet échec. En exhumant le Virtual Boy avec autant de soin, Nintendo assume enfin pleinement son passé, le présente au monde et nous permet de juger par nous-mêmes. Et contrairement à la légende, la séance de test de 30 minutes n’a provoqué aucun mal de tête – seulement une forte envie de replonger dans les méandres de Wario Land. Le plus fou n’est peut-être pas que le Virtual Boy soit revenu, mais qu’enfin, on ait vraiment envie d’y jouer. Rendez-vous le 17 février pour voir si cet attrait résiste à une pratique prolongée. L’histoire est en passe d’être réécrite, en rouge et noir.






Pour ma part, j’ai commandé la version cartonnée
Cela suffira pour tester les quelques jeux
Je n’y croyais pas, mais cette preview m’a donné envie d’y jouer x) J’ai même hâte que ça sorte pour essayer, maintenant !