Mullet MadJack est un titre d’action frénétique et un « FPS roguelite » qui débarque sur l’eShop de la Nintendo Switch au prix de 19,95€. Le jeu est développé par HAMMER95, un studio indépendant passionné basé au Brésil, et édité par Epopeia Games. Mullet MadJack constitue leur premier projet commercial d’envergure, après avoir mûri une vision artistique singulière puisée dans l’âge d’or de l’animation japonaise. Avec ce titre, le studio fait une entrée fracassante sur Steam, ils ont décidé de porter leur titre sur Nintendo Switch vu qu’il est déjà sorti sur Steam en début 2024 et le Game Pass en mars 2025.
HAMMER95 a été fondé durant la pandémie de Covid-19 par son réalisateur, Alessandro Martinello, qui crée des jeux indépendants depuis 16 ans. La philosophie du studio repose sur un gameplay nerveux qui invite à une agressivité constante, sans aucun temps mort. Cette approche s’explique par le fait que l’équipe réunit des développeurs passionnés par des séries cultes comme Doom, Half-Life et Duke Nukem.Fondé en 2010 par deux étudiants passionnés, le studio Epopeia Games est basé à Porto Alegre, au Brésil. Fort de plus de 15 ans d’expérience, il a commencé son ascension en réalisant des jeux publicitaires (« advergames ») et des projets de commande pour des clients internationaux avant de se forger une identité propre.
Si Epopeia a d’abord été connu pour ses propres créations comme le puzzle-game IIN ou le jeu d’aventure coop Goroons, c’est en 2023 qu’il a franchi une étape majeure en devenant éditeur. Leur mission ? Servir de tremplin pour les talents d’Amérique latine qui manquent souvent de visibilité sur la scène mondiale.
Histoire / Présentation
L’intrigue de Mullet MadJack brille par sa simplicité efficace : vous y incarnez un « Modérateur » au service de la Peace Corp, une organisation dont la mission est de propager la violence à l’encontre de robots multimillionnaires. En 2090, ces machines dominent l’humanité et jouissent de tous les droits. Votre mission ? Sauver « l’Influenceuse », une star suivie par deux milliards de followers. Sous la pression constante du direct, vous êtes connecté à une plateforme de streaming où la violence est reine : si votre audience s’ennuie plus de dix secondes, votre cœur s’arrêtera de battre.
L’univers, sorte de vision futuriste farfelue, évoque immédiatement des classiques comme Cyber City Oedo 808 ou Blade Runner fusionné à Duke Nukem 64. Pourtant, si le jeu traite de robots dotés d’une âme, il le fait avec une ironie mordante ce qui laisse douter du sérieux du propos. Le récit emprunte les codes du « Shōnen » avec ses rebondissements spectaculaires, délaissant une réflexion profonde sur la condition humaine au profit du style pur. Entre une princesse aux attributs généreux et un antagoniste narcissique aux complexes divins, le jeu multiplie les bris du quatrième mur et les clins d’œil appuyés à des œuvres cultes telles que Resident Evil 4.
Un avertissement s’impose toutefois : l’expérience est extrêmement riche en effets visuels « flashy », ce qui peut représenter un risque pour les personnes sujettes à l’épilepsie. Heureusement ils mettent énormément de rappels pour ceux qui ne feraient pas attention.
L’adrénaline au bout des doigts
Le jeu se présente en FPS tel un Doom ou un Duke Nukem à l’ancienne, vous pouvez tirer, recharger et foncer dans tous les sens. Le coup de pied est omniprésent dès que vous foncez : que ce soit contre un ennemi, une porte ou une machine à boissons, il est le meilleur allié de votre flingue. Si vous récupérez une arme de corps à corps, vous éliminerez vos adversaires d’un seul coup en leur fonçant dessus. Ces mécaniques de base, bien qu’évoluant selon vos capacités débloquées, constituent l’essentiel de votre arsenal.
Le mode histoire vous lance à travers 82 niveaux où la vitesse est reine. Votre compteur de 10 secondes est vital : il sert à la fois de temps restant à vivre et de barre de vie. Chaque coup reçu le fait baisser drastiquement, tandis que chaque élimination vous offre un précieux sursis. Selon votre façon d’éliminer un ennemi (tir à la tête, explosion, etc.), vous regagnerez plus ou moins de temps, ce qui est crucial dans les difficultés élevées comme le mode « Mort permanente ». Plus vous montez en difficulté, moins les ennemis rapportent de secondes et plus ils feront de dégâts. Ça propose réellement un défi de taille ; même avec la difficulté en mode « normal », ce n’est pas si évident.
Le jeu intègre d’ailleurs beaucoup de mécaniques de roguelike :
Votre progression dans Mullet MadJack s’articule autour de segments de dix étages. Si le premier palier introduit les mécaniques des neufs prochains étages, les suivants vous propulsent dans une course effrénée où chaque seconde est comptée. Entre chaque étage, vous devrez choisir une amélioration parmi trois ou quatre bonus cruciaux (armes ou capacités). Certains facilitent la gestion du temps ou vous immunisent contre les pièges environnementaux, comme l’acide ou le feu, tandis que d’autres renforcent la létalité de Jack. Plus vous progressez, plus l’éventail de mécaniques s’élargit, vous permettant de traverser les niveaux à une vitesse fulgurante. Bien que la prise en main semble accessible, le jeu exige une réactivité extrême pour déchiffrer l’action saturée à l’écran. La répétition de certains tracés n’est pas forcément un défaut : elle favorise une mémorisation musculaire indispensable pour optimiser votre temps. Notez toutefois que le mode facile supprime la contrainte des dix secondes, ce qui, bien que reposant, dénature l’essence même du titre dont le scénario n’est qu’un savoureux prétexte.
Une fois les dix étages gravis et le boss vaincu, vous débloquez de nouvelles mécaniques : des pièges inédits, des éléments interactifs comme des verrous ou des sécurités à briser, ainsi que de nouveaux bonus disponibles en magasin. De plus, chaque chapitre terminé en mode histoire vous octroie des améliorations permanentes. Ces dernières faciliteront vos parties dans les niveaux de difficulté supérieure — en vous permettant par exemple d’obtenir des armes de niveau 2 — tandis que nous vous laissons le plaisir de découvrir les autres surprises que le jeu vous réserve.
Bien que le bestiaire ne soit pas extrêmement varié, chaque type d’ennemi possède un comportement distinct qu’il vous faudra impérativement mémoriser pour rester efficace. Si les adversaires de base ne représentent qu’une menace mineure, leur accumulation peut vite devenir fatale. Les boss, quant à eux, offrent un changement de rythme bienvenu : le compte à rebours de dix secondes disparaît au profit d’une barre de vie traditionnelle. Leurs schémas d’attaque (patterns) sont lisibles, mais les erreurs sont douloureuses, surtout dans les niveaux de difficulté élevés où les dégâts sont doublés. Une fois le boss vaincu, une séquence d’exécution brutale vous permet de récupérer ses restes pour passer à la section suivante, marquant ainsi la perte de vos bonus accumulés pour repartir sur un nouveau cycle de dix étages.
Le titre propose également des modes complémentaires qui prolongent l’expérience. Le mode Endless (Sans Fin) vous met au défi de grimper les étages jusqu’à l’épuisement, avec un système de classement en ligne pour stimuler la compétition, mais qui n’est pas présent dans cette version Nintendo Switch ou en tout cas pas au moment où nous écrivons ce test. En plus de cela, des défis spécifiques viennent varier les plaisirs : le mode « Sniper » vous demande d’éliminer vos cibles à distance avec précision tant qu’il vous reste un point de vie, tandis que le mode « Pied en feu » vous force à n’utiliser que vos attaques au corps à corps pour progresser. Enfin, la « Roulette des armes » apporte une dimension aléatoire supplémentaire en renouvelant votre arsenal à chaque début d’étage, vous obligeant à vous adapter constamment à l’équipement imposé.
La plupart des modes sans fin vous feront perdre une seconde de vos dix secondes totales tous les dix étages, ce qui rend le temps pour parcourir un niveau compliqué voire impossible.
Le plus gros défaut du jeu serait son côté assez répétitif et son action qui est tellement flashy que, si vous n’y adhérez pas, ça peut être compliqué de vous le conseiller. En revanche si vous aimez ça, vous devriez ne pas voir le temps passer.
Une cacophonie harmonieuse avec une musique récompensante
L’immersion sonore est tout aussi remarquable : la musique est une véritable décharge d’énergie. À mesure que vous enchaînez les exécutions pour grappiller de précieuses secondes, la bande-son gagne en profondeur et en intensité, récompensant ainsi votre frénésie.
À l’inverse, si vos actions restent trop conventionnelles, la musique, bien que dynamique, perd de sa superbe, ce qui altère sensiblement l’expérience de jeu. C’est un vécu instinctif qui vous invite, entre deux étages sanglants, à vibrer au rythme des basses pour mieux savourer la violence du chemin parcouru.
L’environnement sonore de Mullet MadJack est particulièrement riche. Vos oreilles sont constamment bombardées par le fracas des détonations, les répliques cinglantes (et souvent vulgaires) de Jack, ainsi que le vacarme jouissif des explosions qui ponctuent chaque salle.
Chaque impact, qu’il s’agisse d’un coup de katana bien placé ou d’un tir de fusil à pompe à bout portant, possède un punch incroyable. Ce chaos auditif vient sublimer une ambiance déjà complètement déjantée, renforçant la sensation d’urgence permanente imposée par vos précieuses secondes.
Avec autant d’éléments à gérer simultanément — entre le décompte des 10 secondes, les ennemis qui apparaissent et les pièges environnementaux — vous pourriez craindre que le tout devienne illisible. Pourtant, cette cacophonie est si bien orchestrée qu’elle permet de distinguer chaque bruitage. Comme ils sont suffisamment différents, ils aident réellement le joueur à se repérer et à anticiper ses prochaines actions dans le feu de l’action.
C’est beau et rapide, mais vous allez devoir vous greffer des yeux de ninja
Dès les premières secondes, vous serez projeté dans un « futur du passé » saisissant. Mullet MadJack puise sa force dans une esthétique héritée des animes des années 80 et 90, mais tire surtout son originalité du NEC PC-98, un ordinateur japonais connu pour cette caractéristique. Le style, ultra-stylisé et saturé, magnifie des environnements où le métal rencontre le néon. Le contraste entre la violence brute de vos exécutions et la propreté clinique des gratte-ciel est saisissant, soutenu par des interfaces « Lo-Fi » aux couleurs criardes.
Toutefois, il faut reconnaître qu’en dépit de menus percutants, l’aventure s’articule autour de couloirs que vous traverserez des dizaines de fois. Si cette répétitivité sert le dessein du speedrun et l’urgence du gameplay, elle pourra néanmoins rebuter les joueurs en quête de variété. Le bestiaire, quant à lui, arbore un look « rétro-néon » aux teintes Cyberpunk très réussies. Un avertissement reste de mise : l’intensité visuelle est telle qu’elle peut provoquer une fatigue oculaire rapide. Entre satisfaction intense et agression chromatique, vos yeux seront mis à rude épreuve ; n’hésitez pas à multiplier les pauses pour éviter la fatigue. Fort heureusement, les développeurs ont pensé à tout : le jeu propose des paramètres d’accessibilité complets. Vous avez ainsi la liberté de désactiver les flashs lumineux, de réduire les secousses de la caméra ou encore d’ajuster la saturation des couleurs. Si l’esthétique de base vous semble trop agressive, ces options vous permettent de personnaliser l’expérience pour la rendre plus confortable, ce qui sacrifie un peu l’adrénaline du gameplay.
Super court, mais très rejouable
Si vous vous contentez de l’intrigue principale en difficulté normale, comptez moins de quatre heures pour voir le bout de l’aventure. En effet, Mullet MadJack mise sur une nervosité extrême où chaque étage se traverse en moins d’une minute, même pour les joueurs peu familiers avec les FPS. Toutefois, le titre révèle sa véritable nature dans ses modes de difficulté supérieurs et son mode « Sans Fin ». Le jeu adopte un positionnement de niche : à près de 19,95€, l’investissement peut paraître coûteux pour une seule partie, car l’expérience repose sur la mémorisation et l’amélioration constante de vos réflexes pour faire le meilleur score ou juste réussir des défis titanesques. C’est un titre qui s’adresse avant tout à ceux qui aiment poncer un gameplay jusqu’à la perfection. Notez d’ailleurs que des classements en ligne sont présents pour voir votre progression face au reste du monde. Malheureusement, la version testée ici fait l’impasse sur cette fonctionnalité, ce qui ampute grandement l’intérêt de se mesurer à autrui. Bien qu’il soit toujours possible d’enregistrer vos sessions via votre console pour compenser manuellement, l’absence d’une option aussi fondamentale — qu’elle ait été retirée ou qu’elle soit simplement absente de cette version Nintendo Switch — constitue un défaut assez conséquent pour un titre basé sur la compétition.
Pour les personnes s’intéressant aux 100 %, le défi est de taille. Atteindre les « 100 % » implique de débloquer diverses chaussures aux effets variés — idéales pour transformer vos glissades et vos coups de porte en armes létales — mais aussi de triompher des différents modes sans fin tels que « Pied en feu » ou « Roulette des armes » qu’il faudra débloquer. Le point d’orgue reste sans doute le mode Boss, incluant une collaboration avec Ultrakill où vous affronterez le redoutable Punisher V2. Ce crossover avec le « Punisher V2 » n’est pas un hasard : les deux jeux partagent le même ADN fait de vitesse pure, de gore stylisé et d’une difficulté qui ne pardonne rien. Il faudra réussir les difficultés les plus absurdes, donc le défi est présent, même sans classement. Encore une fois, ceux qui sont friands seront satisfaits, mais il n’aura pas la même saveur pour les autres.
Une version qui crash au pire moment
Malgré ses indéniables qualités, notre expérience a été entachée par deux moments de frustration liés à des pertes de progression. Le premier incident est survenu après avoir vaincu le boss Robot Hunter D : alors qu’il ne restait plus qu’à l’achever au corps à corps, le jeu s’est figé sur une image fixe après son exécution tandis que la musique continuait de tourner, nous obligeant à recommencer les dix étages précédents.
Le second incident, plus regrettable encore, s’est produit au dix-septième étage du mode sans fin : un message d’erreur a brutalement interrompu la partie, effaçant toute progression. Bien que ces bugs restent rares, l’idée de perdre une session intense dans un mode « Sans Fin » s’avère décourageante. En l’absence d’un correctif rapide des développeurs, la version Nintendo Switch pourrait s’avérer difficile à recommander face aux autres plateformes, et ce, malgré l’excellence intrinsèque du titre.
Conclusion
Mullet MadJack s’affirme comme un titre d'une nervosité rare, doté d'une identité forte qui séduira sans aucun doute les amateurs de défis corsés. C'est une expérience aussi exaltante à parcourir qu'à contempler. Malheureusement, cette version se voit amputée de deux éléments cruciaux : des plantages techniques capables de réduire à néant une progression qui seront durs à encaisser, et l’absence, à l’heure où nous écrivons ces lignes, d’un classement en ligne alors que présent dans la version Steam. Si ses qualités sont indéniables, de tels défauts peuvent véritablement gâcher votre plaisir de jeu. Au-delà de ces soucis techniques, le titre s'adresse à un public de niche : il exige un haut niveau d'exécution et assume une répétitivité qui ne fera pas l'unanimité. Sa durée de vie, relativement courte pour ceux qui se limitent au mode histoire, peine à justifier son prix si l'on ne s'investit pas dans les modes annexes. L'absence de compétition mondiale finit de fragiliser cette version, privant les joueurs d'un des aspects les plus importants du jeu.
LES PLUS
- Un gameplay rapide, précis et extrêmement gratifiant
- L'excellence est récompensée, poussant le joueur à se dépasser
- Une direction artistique réussie et fun
- Une histoire qui ne se prend jamais au sérieux pour mieux servir l'action
- Un plaisir visuel constant de l'introduction au générique
- Visuellement chargé, le jeu propose toutefois des réglages pour clarifier l'affichage
LES MOINS
- Une structure cyclique qui ne plaira pas à tout le monde
- Une uniformité visuelle qui aide à la maîtrise du jeu, mais lasse à la longue
- Le classement est présent, mais il ne marche pas pour l'instant
- Quelques soucis techniques font crasher le jeu et ça peut arriver à tout moment surtout en mode sans fin
- Dure seulement 4 h max, c'est un peu cher si l'on ne s'intéresse pas à la rejouabilité
- L'absence de classement en ligne et les bugs enlèvent beaucoup à la rejouabilité











