True Fear: Forsaken Souls – Part 1 est un titre d’aventures et d’objets cachés en point & click orienté horreur psychologique, sorti le 3 octobre 2018 sur l’eShop de la Nintendo Switch au prix de 9,99€. Le jeu est intégralement développé par le studio indépendant Goblinz et édité Digital Lounge.
Goblinz a été fondé en Grèce par une équipe de passionnés qui s’est donné pour mission de transcender le genre souvent sous-estimé de l’objet caché (« HOPA ») en y injectant une narration profonde et une réalisation technique de haute volée. Le studio s’est fait un nom grâce à la précision de ses puzzles et à son sens du rythme, faisant de la saga True Fear une référence incontournable pour les amateurs de thrillers paranormaux.
Digital Lounge est un éditeur basé en France, dirigé par Abrial Da Costa. Son but premier est d’accompagner des créations indépendantes à forte identité et de faire revivre des licences cultes. La philosophie de l’éditeur repose sur la sélection de titres possédant une signature artistique unique et une narration profonde. Le studio est notamment reconnu pour son travail sur la version 20ème anniversaire du légendaire Another World d’Éric Chahi.
Cela ferait presque peur si seulement ça allait plus loin !
L’aventure de True Fear: Forsaken Souls – Part 1 commence par un grand classique : Holly Stonehouse reçoit une lettre mystérieuse de sa sœur disparue depuis plus de dix ans. Cette missive l’entraîne vers une vieille demeure abandonnée qui semble cacher les secrets traumatisants de son enfance. La narration repose essentiellement sur des documents et des collectibles. Faire l’impasse sur ces éléments, c’est passer à côté de la richesse du scénario : si la trame principale reste compréhensible, vous manquerez de nombreux détails cruciaux et surtout de toute la dimension émotionnelle de l’héroïne.
Le chapitre bonus ajoute du contenu en vous faisant incarner Heather, la mère de Holly. Vous y parcourez le « Dark Falls Asylum », un nom sans doute un peu trop forcé pour souligner le côté sombre du jeu. Au-delà de son rôle de préquelle, ce chapitre marque le pont entre les parties 1 et 2. Un conseil : finissez l’histoire principale avant de lancer ce bonus pour ne pas vous spoiler.
La narration se distingue par son atmosphère : loin d’une banale chasse aux fantômes, le titre propose une intrigue occulte mêlant asile psychiatrique et secrets de famille. Toutefois, le récit suit une trame assez convenue. Les rebondissements sont prévisibles et les jump scares manquent d’originalité, d’autant qu’ils ne présentent aucun danger concret pour le joueur. L’ensemble se laisse suivre mais peinera à étonner les vétérans de l’horreur.
Cherche, cherche et résous des énigmes
En incarnant Holly Stonehouse, vous partirez à la recherche de votre sœur en vous rendant dans une résidence peu recommandable — seule, évidemment, sinon ce n’est pas drôle. Vous progresserez de tableau en tableau, où il sera possible d’interagir avec certains éléments du décor. Pour vous déplacer, vous pourrez soit utiliser le D-pad, qui indiquera les directions possibles via des flèches, soit passer par la carte interactive. Cette dernière permet de se téléporter vers les lieux déjà visités, évitant ainsi des allers-retours fastidieux.
Le cœur de l’expérience de True Fear: Forsaken Souls – Part 1 réside dans ses énigmes. Majoritairement constituées de casse-têtes bien conçus, elles débloquent des objets essentiels à la progression, souvent par le biais d’un léger back tracking. Le récit est rythmé par des cinématiques régulières qui viennent éclairer l’intrigue. Le jeu réussit bien ses puzzles : chacun d’entre eux est plutôt intéressant à faire, la difficulté restant gratifiante sans jamais devenir absurde. Pour progresser, vous récupérerez des objets de différentes manières : en fouillant simplement les décors, en résolvant des puzzles ou via des mini-jeux (comme la recherche de fragments pour reconstituer un outil ou faire un tic tac toe). Si vous vous retrouvez bloqué, la solution dort sans doute déjà dans votre inventaire parmi vos objets récupérés, quitte à devoir les tester un par un. Pour ceux qui craindraient de stagner, le jeu permet d’ajuster l’expérience en activant des aides visuelles, comme des étincelles sur les zones interactives, passer l’énigme ou carrément montrer la solution. Libre à vous de les désactiver ou non pour votre confort.
Holly croise régulièrement des entités paranormales lors de cinématiques qui suggèrent une menace imminente. Pourtant, l’illusion retombe vite : ces rencontres n’ont aucune conséquence sur le gameplay et ne font qu’avancer l’histoire.
Si le gameplay est simple à appréhender, il n’en demeure pas moins répétitif. Malgré la variété des puzzles, la progression s’avère monotone et le rythme manque de punch, la faute à une difficulté globale trop peu élevée.
Une ambiance sonore saupoudrée
La bande-son de True Fear: Forsaken Souls – Part 1 joue la carte de la discrétion pour mieux oppresser. Le silence y est roi, seulement troublé par des craquements de parquet, des murmures lointains ou quelques notes de piano mélancoliques, renforçant l’atmosphère de maison hantée. Dès le début, le jeu vous plonge dans l’ambiance avec une musique qui n’est réellement présente que pour accentuer la tension. Dans l’ensemble, cela fonctionnerait si le titre se définissait uniquement par sa bande-son.
Des jump scares aux craquements du sol, les effets sonores sont réussis. Cette immersion auditive constitue le principal pilier de l’angoisse. Malheureusement, la réalisation technique vient ternir le tableau : les graphismes trop datés gâchent l’atmosphère et les animations manquent cruellement de soin.
C’est un jeu mobile et ça se voit
Si la direction artistique est plutôt intéressante grâce à des décors riches en détails sordides, la faiblesse technique des graphismes gâche l’immersion : le rendu n’est pas assez percutant pour réellement choquer le joueur.
Les cinématiques sont étonnamment fréquentes, leur esthétique accuse le coup, même selon les standards de 2018. Elles peinent d’ailleurs à instaurer une vraie peur : la faiblesse technique couplée à une absence totale de mise en danger réelle du joueur, brise l’immersion.
Vous pourrez saluer toutefois un travail plutôt correct sur les jeux de lumière, qui aident l’ensemble des tableaux du jeu et des séquences scriptées. En définitive, la dimension horrifique est sous-exploitée et le titre ne parvient pas à s’extraire de sa condition de jeu d’objets cachés. Visuellement, vous retrouvez la patte générique de productions comme Lost Lands: Les Erreurs du Passé ou Legendary Tales: Map of Hope, le jeu se contentant d’ajouter des modèles 3D pour les personnages humains.
C’est pas très long, mais pour le prix ça va
Sans trop connaitre les puzzles, vous devriez prendre 4 à 6 heures, selon vos capacités, à résoudre les énigmes. Une bonne partie de la narration étant expliquée à travers des notes ou des statues que vous trouverez au cours de votre périple, vous pouvez néanmoins les skipper. Vous aurez quarante accomplissements à achever et 15 figurines à trouver. Il y aura aussi un chapitre bonus qui ajoutera 1 à 2 heures à votre expérience de jeu, sans compter les mises à jour.
Côté suppléments, le titre est généreux mais inégal. On y trouve un making-of (bloqué jusqu’à la fin du jeu), une galerie de figurines collectées, la bande-son ou encore des scènes supprimées. Malheureusement, la finition laisse à désirer, comme en témoignent des fautes d’orthographe grotesques dans les menus. Un bon point cependant : la possibilité de rejouer n’importe quel puzzle ou séquence d’objets cachés en modulant la difficulté à sa guise.
Conclusion
En résumé, ce titre est un voyage en demi-teinte. S’il réussit à instaurer une ambiance "creepy", celle-ci est désamorcée par un gameplay trop posé et un sound-design simplement correct. Le contraste entre des décors décrépis relativement réussis et une technique (animations et graphismes) datée crée une dissonance et ne vous tiendra pas en haleine. C'est un jeu qui se laisse parcourir avec plaisir pour son atmosphère et ses énigmes suffisamment intéressantes, mais qui manque cruellement de danger réel pour marquer l'esprit. Il n'est cependant pas à jeter : les parties 2 et 3 permettront peut-être de rendre l'intrigue plus marquante, car pour l'instant, les faiblesses techniques étouffent le récit.
LES PLUS
- Une histoire sympathique, pour peu que l'on prenne la peine de tout lire
- Des énigmes et des puzzles suffisamment intéressants pour forcer à se creuser les méninges
- La liberté de suivre simplement l'histoire ou de corser les énigmes selon vos envies
- Une ambiance générale assez réussie, portée par une bande-son et une direction artistique efficaces
- Le seul bonus vraiment intéressant, c'est la possibilité de refaire tous les mini-jeux de votre aventure
LES MOINS
- Une intrigue un peu trop convenue et prévisible pour les habitués du genre
- Le jeu est court et l'histoire reste incomplète, ce qui oblige presque à acheter les parties 2 et 3 pour avoir le fin mot de l'histoire
- Les graphismes sont franchement laids et les animations rudimentaires finissent par gâcher l'ambiance et l'immersion
- Le jeu prétend instaurer une tension omniprésente, on peut se balader partout sans conséquence et sans limite de temps
- Les bonus du jeu ne sont, pour la plupart, pas très intéressants












