Spirit Valor, dernier né du studio Exe-Create sous la bannière Kemco, se présente comme une tentative de réinvention pour un développeur souvent critiqué pour son approche « usine à clones » de JRPG mobiles. Entre recyclage d’assets et mécaniques répétitives, Kemco a longtemps surfé sur la nostalgie des années SNES avec des titres corrects, mais sans âme. Avec Spirit Valor, Exe-Create promet un souffle nouveau : un système de combat tactique, une histoire à rebondissements, et des donjons variés. Mais ce titre parvient-il à s’extraire de l’ombre de ses prédécesseurs ? Plongée dans un JRPG qui oscille entre progrès palpable et vieux démons.
Exe-Create, un phénix (toujours) en cendres ?
Exe-Create, fidèle bras droit de Kemco, s’est forgé une réputation avec des productions rapides et économiques, souvent critiquées pour leur manque d’ambition. Des titres comme Asdivine Saga et Dragon Sinker illustrent cette approche, avec des JRPG courts d’environ 15 à 20 heures, des sprites réutilisés et des scénarios très linéaires. Toutefois, avec Spirit Valor, sorti fin 2023, le studio ralentit son rythme et amorce une transformation.
Le bestiaire gagne en diversité, avec environ 30 % de nouveaux ennemis et des boss uniques, dont un démon tentaculaire à trois phases. Les donjons bénéficient d’un travail plus poussé, troquant les simples couloirs clonés contre des zones thématisées intégrant des mécaniques plus variées, comme des téléporteurs et des plates-formes mobiles. Le système de combat évolue également, introduisant un système d’invocations aléatoires et une grille tactique en 3×3, ajoutant une couche stratégique inédite.
Si ces avancées marquent un réel effort de renouvellement, certains défauts persistent, notamment des dialogues redondants et une réutilisation d’assets qui trahit encore les habitudes du studio.
Un scénario étonnamment ambitieux (mais mal raconté)
Lors d’un rituel de summoning qui tourne mal, le guerrier Richard fusionne avec un esprit pour empêcher ce dernier de sombrer dans la corruption démoniaque. Désormais liés, ils se lancent à la poursuite de l’Overlord, un démon autrefois disparu. Pendant ce temps, Alvin, ancien compagnon de Richard, cherche à réveiller cette entité pour s’approprier son pouvoir.
L’intrigue se distingue par ses nombreux rebondissements, notamment avec la succession de trois antagonistes et un twist final inattendu. Les thèmes abordés, comme la corruption, le sacrifice et la quête d’identité, donnent une profondeur supplémentaire au récit, notamment à travers la lutte de l’esprit pour préserver son humanité. Le Empty Spellstone, artefact capable d’absorber les pouvoirs démoniaques, enrichit le lore tout en apportant un enjeu stratégique.
Cependant, les personnages souffrent d’un manque de relief. Richard incarne le guerrier stoïque sans grande nuance, tandis que Lina se cantonne au rôle classique de la mage bienveillante. Les dialogues, souvent répétitifs, martèlent des phrases creuses comme « Nous devons croire en notre force ! » plus de vingt fois. De plus, le texte aurait mérité un sérieux allègement, une bonne moitié pouvant être coupée sans nuire à la narration.
Un système de combat tactique réussi (mais gâché par la RNG)
Le système de combat repose sur une approche tactique efficace, mais la part d’aléatoire des invocations peut parfois gâcher l’expérience.
Les affrontements se déroulent sur une grille 3×3 où les ennemis occupent différentes positions. Chaque attaque, qu’elle soit physique ou magique, cible une zone précise (croix, ligne, carré), obligeant le joueur à bien positionner ses coups pour maximiser les dégâts de zone.
Les esprits jouent un rôle central dans les combats. À chaque tour, un esprit est invoqué de manière aléatoire, apportant des effets variés comme des dégâts, des soins ou des améliorations temporaires. Il existe une probabilité de 15 % de recruter un esprit après l’avoir invoqué, permettant ensuite à chaque personnage d’en équiper jusqu’à quatre. Ces esprits gagnent de l’expérience et évoluent au fil du jeu, comme un simple esprit de feu qui peut se transformer en Salamandre.
L’Empty Spellstone ajoute une dimension stratégique supplémentaire. Il permet d’absorber une compétence ennemie après avoir affaibli sa résistance avec des attaques ou des altérations d’état. Cet usage est cependant limité à trois charges, mais une absorption complète peut aussi donner naissance à un nouvel esprit.
L’exploration des donjons évite la monotonie grâce à des mécaniques variées, comme des téléporteurs reliant des îles flottantes, des plates-formes mobiles activées par des leviers et des pièges à éviter, tels que des faux planchers et des pics rétractables. En revanche, les quêtes secondaires manquent d’originalité, se limitant souvent à la chasse aux esprits cachés ou à des défis chronométrés.
Si la gestion des esprits et le système de grille tactique offrent une vraie profondeur stratégique, la part de hasard dans les invocations peut être frustrante, surtout lorsqu’un esprit soigneur apparaît en plein combat de boss au lieu d’un allié offensif. De plus, l’interface, alourdie par la gestion des esprits et des compétences, nuit à l’ergonomie globale.
Simple, mais perfectible
Les contrôles sont globalement fluides, avec un déplacement au stick analogique précis, bien que certaines collisions manquent de justesse. La navigation dans les menus est exclusivement au clavier, sans support de souris virtuelle, ce qui ralentit la gestion en mode portable. Côté options, il est regrettable de ne pas pouvoir remapper les touches. Seule la vitesse du texte est ajustable, mais l’absence d’un mode de fuite automatique complique l’enchaînement des combats.
Sur le plan sonore, la bande-son, composée par Noriyuki Kamikura, peine à se démarquer dans l’univers des JRPG. Les thèmes épiques, portés par des cuivres et des chœurs, accompagnent les combats de boss, tandis que des sonorités synthétiques instaurent une atmosphère planante dans les donjons. Cependant, aucun morceau ne marque véritablement l’esprit, et la répétition excessive des pistes finit par lasser. Les bruitages, bien que corrects, restent génériques, avec des coups d’épée percutants et des explosions magiques classiques. De plus, l’absence totale de doublage, même durant les cinématiques, renforce le côté impersonnel de l’expérience.
Visuellement, le jeu oscille entre un pixel art inspiré et du recyclage manifeste. Les environnements proposent une belle diversité, des temples en ruines aux laboratoires steampunk, en passant par des forêts luminescentes. Quelques effets de lumière et de reflets apportent une touche de raffinement rarement vue chez Kemco. Toutefois, près d’un tiers des assets sont directement repris d’Asdivine Hearts 2 (2021), ce qui limite la sensation de nouveauté. Du côté des sprites, les animations restent basiques, avec seulement trois frames pour la marche, mais le design des personnages reste expressif, notamment avec des détails marquants comme les yeux rouges d’un esprit corrompu. Les boss bénéficient d’une certaine créativité, à l’image d’un golem mécanique à plusieurs phases, bien que la palette de couleurs criardes puisse dérouter. En revanche, l’interface souffre d’un affichage surchargé et de polices peu lisibles en mode portable.
La durée de vie s’étend sur 25 à 30 heures pour l’histoire principale, avec un rythme soutenu et peu de temps morts. Le contenu post-game propose deux fins alternatives, dont une qualifiée de « vraie fin », ainsi qu’un Tour de l’Épreuve de 20 étages et des quêtes liées aux esprits légendaires. Toutefois, la rejouabilité reste limitée, se résumant essentiellement à tester différentes compositions d’équipe, comme un groupe axé sur le DPS ou entièrement dédié aux soins.
Conclusion
Spirit Valor est le meilleur jeu d’Exe-Create à ce jour, mais cela en dit plus sur les lacunes passées du studio que sur ce titre. Le combat tactique et les donjons variés sauvent l’expérience, tandis que l’histoire et les personnages rappellent cruellement les limites budgétaires.
LES PLUS
- Système de combat tactique innovant (grille 3x3 + invocations)
- Donjons variés et intelligemment conçus
- Twist narratif surprenant et lore approfondis
LES MOINS
- Uniquement en anglais
- Personnages plats et dialogues redondants
- RNG frustrant dans les invocations
- Assets recyclés et OST oubliable







