Le studio de développement italien DESTINYbit, épaulé par les éditeurs Amplifier Studios et Beep Japan, s’est lancé un défi de taille avec Nitro Gen Omega. Qualifié par ses propres géniteurs d’expérience tactique « Spaghetti Anime », ce titre ambitieux se présente comme un RPG tactique au format sandbox, fusionnant la gestion de communauté et des robots géants. Le projet puise ouvertement son inspiration dans l’âge d’or des séries de mechas du début des années 2000, à l’instar de Gurren Lagann ou de Code Geass, pour en restituer toute l’essence. Derrière son esthétique outrancière, colorée et résolument tournée vers le spectacle, se cache pourtant un titre hybride, à la fois exigeant, chaotique et d’une profondeur insoupçonnée. Reste à savoir si cette proposition originale gardera de sa superbe, sans trop souffrir de ses propres ambitions.
La dernière tournée de l’humanité
Nitro Gen Omega prend place dans un univers post-apocalyptique et de désolation absolue. L’humanité a déjà perdu la guerre contre les intelligences artificielles autonomes et rebelles. Ce qu’il reste de la population civile tente de survivre au sein de rares cités aériennes ou d’avant-postes fortifiés, bâtis au sommet de piliers géants surplombant la terre ferme.
En bas, la surface du globe n’est plus qu’un désert de métal et de ruines, balayé par des tempêtes magnétiques et arpenté par des carcasses de guerre mécanisées toujours actives et hostiles.
Dans ce contexte crépusculaire où la fin du monde semble inévitable, la vie continue pourtant de s’organiser. Le joueur incarne le commandant d’un groupe de mercenaires, à bord d’un aéronef délabré faisant office de base mobile. Cette bande de mercenaires accepte des contrats auprès de diverses factions et de colonies désespérées.
L’écriture globale du titre évite les longs monologues d’exposition pour privilégier une narration par l’exploration et la découverte d’un monde ravagé. Le ton oscille habilement entre le mélodrame exacerbé et une sincérité touchante. Rassurez-vous, Nitro Gen Omega sait capturer l’essence même des anime de l’époque où les crises existentielles des pilotes partagent la vedette avec la fureur des combats et un brin d’humour shonen.
Il faut se laisser les quelques premières heures avant que l’immersion fonctionne et que cette galerie de marginaux que l’on dirige transforme notre routine de survie en une chronique humaine attachante. La progression adopte un rythme volontairement lent qui demande de la patience, l’histoire se dessine via les missions que vous réalisez, plus que par un fil conducteur brut.
Un petit manque de personnalité
Contrairement à la majorité des RPGs tactiques traditionnels, Nitro Gen Omega ne propose pas de personnages préétablis. Tout commence, au choix, par un système de génération procédurale de votre équipe ou par un créateur de personnages.
Ce premier point est en partie responsable du fait qu’il est nécessaire de passer quelques heures sur le titre pour éventuellement s’attacher aux personnages. Malgré tout, la création d’avatar est très complète (visages, cheveux, poids, costumes, personnalité, palette de couleurs).
Finalement, vos pilotes ne sont pas de simples personnages interchangeables ; ils possèdent une psychologie propre, des humeurs, des peurs et des spécialités. Un pilote peut exceller dans les attaques de mêlée, tandis qu’un autre s’avérera être un excellent canonnier, un ingénieur ou un opérateur.
Sur le vaisseau, vous devez utiliser des jetons d’activité pour gérer le moral, la fatigue et les relations interpersonnelles de votre équipage. Les pilotes peuvent cuisiner, se disputer, s’entraîner au yoga pour réduire le stress, jouer à des jeux vidéo ou faire un karaoké pour resserrer leurs liens.
Des pilotes qui développent une amitié solide débloqueront des bonus de synergie au combat, comme la possibilité de céder leur tour à un allié. À l’inverse, des rivaux pourront interférer de manière imprévisible. Une mécanique qui fait légèrement penser à Fire Emblem, mais qui a bien toute sa place ici.
La gestion des ressources est impitoyable : il faut payer les salaires régulièrement, ravitailler l’aéronef en carburant sous peine de se retrouver bloqué sur la carte du monde, et utiliser des pièces de récupération pour réparer les mechas.
Si vous poussez un pilote blessé ou épuisé au combat, il risque la mort définitive ou la crise de démence, ce qui modifiera profondément les interactions dynamiques, voire provoquera le deuil au sein du reste du groupe.
Du tactical-mecha au parfum d’anime des années 2000
Une fois au sol, Nitro Gen Omega déploie sa composante tactique à travers trois types de mechas personnalisables : un robot lourd et orienté vers le corps à corps, un autre axé soutien et le dernier plutôt dirigé vers un système de combos de dégâts.
Le champ de bataille est découpé en quatre plans cardinaux (Nord, Sud, Est, Ouest), sur lesquels l’ennemi et vous devrez vous positionner. Et, au lieu d’un système au tour par tour classique avec des pauses, les actions de vos quatre pilotes (déplacement, tirs de missiles, attaques de mêlée, activation des boucliers ou utilisation du liquide de refroidissement par l’ingénieur) sont planifiées sur une ligne temporelle partagée.
Par défaut, les intentions de l’ennemi sont masquées ou floues, laissant deviner une catégorie d’action comme un déplacement ou une attaque. Puis, une fois vos ordres verrouillés, la phase se résout en temps réel.
Le timing devient alors une question de vie ou de mort. Les attaques au corps à corps sont rapides mais exigent d’être dans la même zone que la cible ; si l’ennemi bouge avant, votre tour est totalement gâché dans le vide. Il est alors impératif de bien se positionner dans un des plans cardinaux en gardant une part d’anticipation des mouvements de l’adversaire.
Les armes lourdes et les explosifs infligent d’immenses dégâts de zone mais sont lents à s’exécuter. De plus, chaque action génère de la chaleur. Si la jauge d’un mecha sature, les tirs rateront systématiquement leur cible, obligeant à une planification rigoureuse. La moindre erreur d’enchaînement peut provoquer des catastrophes, comme déclencher prématurément une bombe alliée et réduire son propre mecha en pièces.
L’exploration de la carte permet de découvrir de nouvelles colonies, de débloquer des pièces d’équipement aux effets immédiatement perceptibles (comme des moteurs supportant plus de poids ou des armes modifiant radicalement vos compétences disponibles) et d’utiliser un système de sonar pour dénicher du butin optionnel.
Il y a de grandes possibilités de customisation de vos mechas. Vous pouvez interchanger ou améliorer les différentes parties de votre robot, vous permettant d’ajuster des effets, des compétences ou même des placements ou timings une fois sur le terrain, en combat. Pour les fans d’optimisation, il y a de quoi faire !
Anticipation, jugeote, placement et prise de risque : ce Nitro Gen Omega nous semblait bien plus simple au premier abord qu’il ne l’est réellement. Avec une profondeur stratégique surprenante, il se montre facile à prendre en main, mais un peu plus complexe à maîtriser.
Une super D.A, une technique moyenne et une ergonomie déplorable
Visuellement, Nitro Gen Omega propose une direction artistique hautement stylisée qui assume pleinement ses imperfections. Le design des mechas privilégie la personnalité au réalisme technique, et les environnements dépeignent des ruines exagérées et théâtrales d’une grande beauté.
Les animations en combat sont un modèle du genre, puisqu’une fois que vous entrez les commandes à réaliser, le jeu vous plonge dans des séquences animées où vous pourrez voir l’équipage s’agiter frénétiquement sur les commandes à l’intérieur du cockpit, avec des visages hyper-expressifs lors des moments critiques. C’est un spectacle réjouissant et hypnotique, surtout dans les premières heures de jeu.
La sensation d’être plongé dans des scènes d’action d’un anime shonen fonctionne parfaitement. Cependant, à mesure que les heures de jeu s’accumulent, ces phases très visuelles deviennent plus plombantes pour le rythme général du titre, notamment pendant vos séances de farming d’expérience, où vous allez enquiller les combats en boucle.
Techniquement, Nitro Gen Omega est satisfaisant. Sans être une dinguerie graphique, la direction artistique colorée en cel-shading s’adapte parfaitement aux capacités de la machine et à la proposition du studio. La volonté de nous plonger dans un anime de mechas est un contrat totalement rempli. Les combats restent fluides et l’action demeure lisible, que ce soit sur l’écran de la console ou sur un téléviseur, ce qui compense les faiblesses techniques.
Cependant, le jeu souffre de lacunes ergonomiques majeures qui se font durement ressentir. L’interface globale est particulièrement chargée, bruyante et s’avère complexe à prendre en main lors des premières heures. Les menus manquent cruellement d’informations cruciales : par exemple, impossible de voir les statistiques complètes d’une recrue avant de l’embaucher, et l’écran de sélection des contrats oblige à de fastidieux allers-retours pour comparer les récompenses financières.
Plus problématique encore sur l’écran de la Switch en mode portable : la police de caractères des dialogues et des menus est minuscule, et parfois le texte se superpose avec des cadres, flèches et autres. Enfin, quelques problèmes de collisions physiques de l’aéronef contre les éléments du décor de la carte du monde viennent parfois entacher la navigation.
Le véritable défi du Iron-man
La durée de vie de Nitro Gen Omega est généreuse, oscillant facilement entre 20 et 30 heures pour mener à bien la campagne principale et développer son équipage. Néanmoins, cette longévité est artificielle par moments en raison des cinématiques en combat et d’une économie de ressources très rude.
Le jeu souffre d’un sérieux problème d’équilibrage avec des pics de difficulté : la puissance des ennemis grimpe drastiquement par moment, vous obligeant à traverser de longues sessions de grind à enchaîner les contrats générés aléatoirement pour amasser de l’argent et des objets de collection.
Cette répétitivité dans la boucle de gameplay viendra amener une monotonie, voire une lassitude, en particulier pour ceux qui seront en quête d’une expérience narrative pure. Le titre est lent, très lent ; il se raconte via son univers et ses missions, mais même si cela peut-être une bonne idée de départ, sur une vingtaine d’heures, le risque de perdre le joueur est bien trop présent.
Pour les vétérans en quête de sensations fortes, le jeu intègre un mode optionnel intitulé “Iron-man”. Ce mode désactive les sauvegardes manuelles et enregistre automatiquement après chaque action, appliquant de manière définitive les conséquences de vos erreurs stratégiques.
Côté accessibilité, bonus et options, Nitro Gen Omega se montre quelque peu avare et ne propose vraiment pas grand-chose. Avec les anicroches dont nous avons parlé concernant la taille des textes sur le petit écran de la Nintendo Switch, la difficulté, ou même les scénettes en combat, il y avait de quoi proposer quelques réglages évidents pour favoriser l’accès du titre au plus grand nombre, mais il n’en est rien.
Pour ce qui est des musiques, le travail est réalisé par Alex Moukala, qui avait déjà officié sur des titres comme Rift of the Necrodancer ou Marvel VS. Capcom: Infinite & Beyond, pour ne citer qu’eux. Les compositions oscillent entre métal, blues, funk, hip-hop, jazz, électro et desert rock, et il faut le reconnaître, ça fonctionne parfaitement.
Ce mélange de styles apporte de la fraîcheur et la variété dont le titre a cruellement besoin. Autant en termes de gameplay, Nitro Gen Omega reste un peu trop enfermé dans une boucle similaire, autant la bande-son sait sortir des sentiers battus et vient chatouiller les oreilles par des mélodies qui rappellent les grandes heures des anime shonen. On pourra éventuellement regretter le manque de chant dans certains thèmes mais ce n’est que du pinaillage.
Nitro Gen Omega est disponible depuis le 12 mai 2026 sur l’eShop au prix de 29,99 euros, en français.
Conclusion
Nitro Gen Omega ne s'adresse pas aux amateurs d'expériences tactiques épurées, simples et calibrées. C'est un titre imparfait, qui veut en mettre plein la vue, structurellement complexe, parfois lourd dans ses menus et volontairement lent, mais profondément attachant. En dépit d'une interface surchargée, d'un apprentissage abrupt et d'une répétitivité indéniable liée au besoin de farmer, la production de DESTINYbit parvient à capturer l’essence des anime shonen de mechas. Le lien qui se tisse entre la gestion psychologique de votre équipage et la résolution stratégique des combats rend chaque victoire plus gratifiante et vient compenser une dilution narrative trop prononcée. Portée par des musiques d’une homogénéité rare et une direction artistique plus réussie que sa partie technique, Nitro Gen Omega s'impose comme une proposition intéressante sur Nintendo Switch. Nous sommes convaincus qu’en soignant ses points faibles, un second opus pourrait avoir les atouts d’un titre mémorable.
LES PLUS
- La personnalisation des personnages…
- Une direction artistique qui capture l’essence des anime de mechas...
- Des animations incroyablement stylées et vivantes Le système de combat basé sur une ligne temporelle est original, tendu et très gratifiant.
- La gestion de la psychologie et des relations de l'équipage
- Une grande profondeur dans la personnalisation des mechas
- Le mode Iron-man qui offre un défi corsé
- Les musiques sont réussies
LES MOINS
- … Mais aucun personnage vraiment mémorable
- … Mais techniquement pas à la hauteur de sa D.A
- Une histoire trop diluée au travers de l’univers proposé
- Une boucle de progression qui impose de longues sessions de farm
- Une interface surchargée, confuse et parfois fastidieuse à parcourir
- Un manque d'informations cruciales dans certains menus au début
- Des textes et dialogues minuscules
- Un manque d’options de réglages et d’accessibilité
- Des pics de difficulté abrupts et des soucis d'équilibrage







