I Hate This Place c’est un comics (malheureusement inédit en VF), mais qui a su trouver le chemin de l’adaptation en jeu vidéo… sous la forme d’un pseudo survival horror… pseudo ? Prenez votre fusil à canon scié, on vous raconte notre séjour au ranch Rutherford…
Je déteste cet endroit !
Comme nous l’indiquions en introduction, I Hate This Place est à l’origine un comics indépendant, édité par Image Comics. Il est scénarisé par Kyle Starks et dessiné par Artyom Topilin. La série met en scène Gabby et Trudy, un couple de jeunes femmes qui part vivre dans le ranch dont a hérité Gabby. À l’origine celui-ci appartenait à sa grande tante Marylin et son oncle Spencer… Mais ces derniers n’ont jamais pu quitter les lieux et bien que Gabby (Gabrielle) ait conservé quelques souvenirs de jeunesse un peu étranges, elle était loin de se douter de quoi elle avait véritablement hérité. En effet, le Ranch Rutherford est hanté, mais pas que. En fait, pour y (sur)vivre il faut respecter 3 règles : ne pas laisser les fantômes vous toucher, ne pas aller dans les bois et si vous voyez un homme cornu, fuyez aussi vite que vous pouvez… Sympa l’héritage, pas vrai ? Même si la série n’est pas disponible en VF, nous vous recommandons la lecture de la VO (si vous avez quelques notions d’anglais), l’histoire se révèle assez prenante et va piocher dans différents genres du fantastique et parvient à lier l’ensemble (sous couvert d’une certaine absurdité selon les situations), mais parvient à fournir un tout assez cohérent, qui a d’ailleurs le bon goût de proposer une fin au bout de 10 numéros (soit l’équivalent de deux recueils en VO).
Bon, il est vrai qu’ici, nous sommes plutôt censés parler de jeu vidéo, revenons donc à nos zombies et autres créatures surnaturelles… L’adaptation de I Hate This Place a été confiée au tout jeune studio Broken Mirror Games dont c’est la première réalisation. Toutefois derrière ce nom se cache un studio un peu plus connu (en tout cas dans le domaine du survival horror), Bloober Team ! (Cronos: The New Dawn, le remake de Silent Hill 2, Layers of Fear… vous situez ?). Broken Mirror Games est une sous-division de la Bloober Team, animée toutefois de la même passion pour les jeux vidéo… et le fantastique/horreur. I Hate This Place s’avère finalement la bonne histoire à adapter par le studio, habitué au genre. Cependant, le titre se pose en tant que préquelle du comics. Se déroulant avant les aventures de Gabrielle et Trudy, il nous permet de rencontrer Marylin et Spencer encore en vie, en vivant cette fois l’aventure à travers une des autres nièces du couple, Elena. Pour ne pas trop changer cependant, Elena est également en couple avec une femme (Lou), mais tout dérape lors d’une soirée camping dans la forêt du ranch, quand Lou décide de réciter une invocation à même de réveiller l’homme cornu… Forcément tout ne se passe pas comme prévu et Lou va mystérieusement disparaitre, laissant Elena seule et avec une seule idée en tête… la retrouver ! Et c’est là que le bizarre va entrer en scène…
I hate cette maniabilité !
I Hate This Place est donc un jeu de survival horror avec la possibilité de faire du « craft » en se fabriquant des bâtiments pour produire des ressources (un peu comme dans des jeux de stratégie à la Warcraft ou encore certains jeux mobiles). Bon ça fait beaucoup écrit comme ça, mais pas d’inquiétude, nous allons clarifier cela ! I Hate This Place propose donc une vue en 3D isométrique, il est possible de diriger notre personnage dans des environnements en 3 dimensions avec une caméra qui a un angle en vue de dessus en ¾. On dirige notre personnage avec le stick gauche, le stick droit quant à lui est destiné à orienter la direction de nos armes à feu (avec une précision toute relative). Il est également possible de recharger les armes avec un boutons (heureusement), mais aussi de s’accroupir (afin de se déplacer sans faire de bruit). Elena est également capable de courir et d’utiliser des armes de jet comme des grenades ou des conserves explosives avec des clous… ou encore des boîtes de conserve vides pour détourner l’attention de certaines créatures aveugles. Les boutons bas et droit permettent de changer l’arme équipée, alors que les touches haut et gauche permettent de faire défiler les objets liés à la récupération d’énergie ou à la satiété.
La satiété quésaco ? C’est peut-être une question que se posent certain(e)s de nos lecteurs, alors nous allons tâcher d’y répondre en vous présentant les différentes barres de vie et d’énergie qui permettent à Elena de progresser. En premier, on retrouve la traditionnelle barre de vie, qui permet de suivre l’énergie (vitale) restante de notre héroïne. Juste en dessous se trouve la barre d’endurance qui se vide à mesure que vous courrez ou des coups que vous portez avec votre batte de baseball. Enfin, vous retrouvez une barre de satiété qui correspond à la faim de votre personnage. En gros, tant que votre personnage est bien « nourri » et que sa barre est au vert, il est possible de courir à loisir (et de voir sa barre d’endurance se recharger). A contrario, lorsque celle-ci est vide, la barre d’endurance commence également à se figer (puis à se réduire), empêchant alors notre personnage de se déplacer aussi rapidement qu’avant. Il faudra alors se nourrir pour remplir la barre de satiété et reprendre du poil de la bête ! Amis de l’alimentation équilibrée, sachez qu’un paquet de chips permet de remplir entièrement votre barre de satiété ! Le problème, c’est que dans comme tout bon survival horror, les rations sont limitées et il arrive vite au début du jeu qu’on se retrouve à court de chips et qu’on se retrouve avec un personnage trop épuisé pour affronter des ennemis… ou encore pire, trop faible pour les fuir !
Agriculture mortelle
C’est là que l’on réalise que le twist crafting/construction apporte un intérêt (mais apporte finalement une certaine facilité, sous réserve d’avoir récupérer les bons plans !). De notre côté, nous avons réussi à construire rapidement un jardin pour faire pousser des légumes et des herbes… malheureusement il nous manquait une recette pour produire de quoi nous revigorer (alors que la recette pour les soupes et les patates avec la viande se trouvait sous notre nez, dans la pièce à droite quand on rentre dans le ranch où se trouve Marylin – c’était pour vous filer un petit conseil !). Honnêtement, de base, l’idée est plutôt bonne, le problème c’est qu’elle entraine une certaine baisse de rythme et nous oblige à passer d’un atelier à l’autre pour collecter nos précieuses récoltes. Somme toute, celles-ci sont soumises à des lois temporelles : et oui, produire des pommes de terre du jardin ne se fait pas en un appui sur un bouton, il faut patienter plusieurs heures (dans le jeu), pour récolter le fruit de notre labeur. Fort heureusement il est possible de passer la nuit dans un lit pour faire avancer le temps.
Attention toutefois, car si notre personnage est trop chargé, il finira par se déplacer comme un diplodocus asthmatique et autant vous dire que ça peut vite devenir fatiguant de supporter une telle lenteur. Il faudra donc placer les « fournisseurs de ressources » à proximité de la grange rouge qui fait office de coffre à contenance illimitée pour permettre à notre personnage de courir à nouveau comme une gazelle ! L’idée de poids à gérer dans l’inventaire qui ralentit notre personnage est plutôt bonne… le problème c’est qu’avec le temps (et la charge) elle finit par nuire au plaisir de jeu. Même s’il est vrai qu’on comprend assez vite ce que l’on peut laisser sans risque dans la grange et ce qu’il faut garder sur soi (les armes et les objets de soins). On le disait plus haut, le jeu propose un cycle de jour/nuit qui apporte une certaine originalité dans le gameplay. Ainsi, la nuit, les zombies sont de sortie (enfin il s’agit plutôt de créatures symbiotiques et d’araignées « help » mortelles !). Par cette alternance au cours de la journée, on retrouve un peu l’esprit du comics orignal où la nuit, tout dérape.
Dans le même ordre d’idée, on retrouve la spécificité des fantômes, mais encore une fois avec une grosse différence… Là où dans le comics, un fantôme qui vous touche vous fait revivre ses derniers instants (et peut provoquer votre mort dans les mêmes conditions que la sienne), le jeu vous propose de découvrir ce qui a causé la mort de ces esprits. Ainsi, nous nous retrouvons dans certaines phases de jeu, dans un monde parallèle où la vie, l’endurance et la satiété n’ont pas d’importance (ouf) et dans lequel il faudra trouver différentes notes tout en faisant disparaitre les esprits revanchards en les aveuglant avec une lampe spéciale, sous peine de recommencer le passage depuis le début (mais en conservant les indices collectés). Ce côté « Melinda Warren » permet d’approfondir certaines histoires secondaires, tout en essayant d’adapter de façon originale les pouvoirs des fantômes.
En parlant de ça, sachez qu’il est possible de parcourir assez librement le monde ouvert (mais pas forcément gigantesque) qui compose le domaine du ranch Rutherford… Forêt, champ avec un cratère étrange, marécage, encore forêt… Même si les lieux ne sont pas d’une grande variété, ils proposent une atmosphère qui leur est propre. Le site proposera même de parcourir des bunkers souterrains, où des expériences mystérieuses ont eu lieu…
Gare aux cornus !
Au fil de notre quête pour retrouver Lou, on en apprendra un peu plus sur la disparition de la mère du personnage principal (Elena). Le jeu propose une relative liberté dans son déroulement et il est possible de parcourir la mini-zone ouverte à notre convenance, en déclenchant les quêtes secondaires plus ou moins comme on le souhaite… Néanmoins, l’accès à certains passages est tributaire à la réalisation de certains passages, missions et/ou dialogues. Ces derniers, traduits en français souffrent parfois d’un décalage d’affichage.
Niveau performance d’ailleurs, le jeu n’est pas toujours au top… il a malheureusement tendance à ralentir pour des raisons inconnues, dans le sens où graphiquement le jeu n’est pas un monstre de détail (nous avons réalisé le test sur Nintendo Switch 2 – une fois que la version a été validée pour la console). Dans le même ordre d’idée, il nous est arrivé de bloquer le personnage dans le décor… obligeant alors à relancer une sauvegarde. Survival Horror oblige, les sauvegardes ne sont pas automatiques et il faudra compter sur les magnétoscopes que vous retrouverez dans les zones sûres pour enregistrer votre progression. Fort heureusement les enregistrements sont illimités ! Mais il faudra penser à sauvegarder fréquemment, surtout au début car les affrontements contre les monstres sont assez déséquilibrés… mais rassurez-vous, cela change au fil de votre avancée dans le jeu et des nouvelles armes obtenues (il y en a d’ailleurs un beau paquet, allant de la batte de baseball, à la version cloutée façon « Lucille », sans oublier le classique pistolet et bien évidemment le fusil à canon scié et l’inévitable fusil à pompe ! Mais cela rejoint le reste, il y a beaucoup à récupérer et à fabriquer, même si au final cela tend à nous perdre un peu.
Graphiquement le jeu n’est pas fou, même s’il reste assez propre (un peu plus en docké) et arbore un léger effet cel-shading pour le contour des personnages, qui rappelle que le jeu est sorti d’un comics. On notera d’ailleurs l’utilisation d’onomatopées visibles lors des déplacements et de l’utilisation des armes. Ces onomatopées permettront également de voir si nos déplacements sont bruyants ou non… Cela a un intérêt surtout au début du jeu, car certaines créatures (dont certaines semblent tirés de Silent Hill), sont aveugles et se basent sur le son pour vous repérer… Votre personnage n’étant pas forcément armé pour commencer, il faudra donc jouer des déplacements accroupis et des boîtes de conserves vides pour distraire les ennemis et passer à côté sans se faire prendre… Malheureusement si un ennemi vous repère, il vous suivra sans espoir de lui échapper… à moins de changer de pièce. Le problème étant qu’en retournant dans la pièce précédente, le monstre vous attendra systématiquement au même endroit… ce qui, il faut l’avouer, n’est pas génial, surtout quand on se fait choper directement derrière la porte. Il y avait pourtant un côté grisant à se déplacer et à utiliser le bruit pour éloigner les ennemis et les enfermer dans une pièce vide pour être tranquille dans notre progression… mais encore une fois, cette (bonne) idée perd de l’intérêt au fil du jeu.
Outre l’aspect graphique dans la moyenne, le jeu propose une partition sonore oscillant entre le plutôt bon rétro et le complètement insignifiant à côté de la plaque… Il en est de même pour les doublages VO qui restent au demeurant assez réussis, même s’ils virent parfois dans le trop exagéré, mais ça colle avec l’ambiance globale du titre !
On sent que les développeurs ont plus ou moins compris l’essence du matériel d’origine tout en ajoutant une bonne grosse touche de films fantastiques des années 80. Ils proposent de surcroît une histoire originale, même si elle n’est pas aussi bonne que celle du comics original, elle permet néanmoins de vivre l’histoire à travers un prisme différent en essayant de proposer des notions de gameplay (la gestion du poids, la fabrication, la satiété) qui ont toute leur place dans un jeu de survival horror, malheureusement le tout n’est pas parfaitement bien maitrisé.
Conclusion
I Hate This Place aurait pu être un jeu sympa, le problème c'est qu'il mélange trop de genres et finit par se perdre dans l'ensemble des possibilités offertes... à cela s'ajoutent les bugs qui font planter le jeu et oblige à recommencer depuis une sauvegarde (sous réserve d'avoir pensé à la faire au bon endroit). En l'état, nous ne pouvons que vous recommander de vous orienter vers le comics (disponible uniquement en VO)... Les idées sont là et nous espérons qu’elles seront mieux exploitées pour une éventuelle suite ou un futur titre !
LES PLUS
- Les onomatopées qui rappellent le côté BD
- L'envie de relire le comics
- Textes en français !
LES MOINS
- Pas évident à prendre en main
- Beaucoup (trop) de possibilités
- Les bugs qui font planter le jeu !





