Arc System Works est mondialement connu pour avoir redéfini le jeu de combat moderne avec des licences comme Guilty Gear, Blazblue et Dragon Ball FighterZ. Pourtant, récemment le studio japonais s’est aventuré sur des terrains inattendus, tout d’abord avec son visual novel Dear me, I was, et maintenant avec DAMON and BABY, un twin-stick shooter teinté d’action-RPG et de plateforme. Annoncé durant les Game Awards 2025, dans le tumulte des sorties, le titre a su piquer la curiosité des joueurs par son concept et le côté inattendu de la proposition. Entre protection d’un nourrisson mystique et massacres de démons à la chaîne, le titre nous promet une épopée déjantée, portée par la direction artistique légendaire de Daisuke Ishiwatari (directeur général de la licence Guilty Gear). Quand le maître de la baston change de berceau, il prend un risque, voyons si le pacte avec le DAMON sera prolifique !
Hellboy le baby-sitter de l’enfer
L’histoire de Damon and Baby nous place dans les bottes de Damon, un Roi Démon déchu avec un faux air de Hellboy, colossal et cynique, dont la prestance n’a d’égale que son amertume. Suite au décès de son meilleur ami, Damon se retrouve avec un héritage pour le moins encombrant, un bébé humain très mystérieux.
La rumeur court dans les abysses, ce bébé serait l’étincelle divine capable de consumer le monde… ou de le sauver. Après quelques brefs échanges piquants mais pleins d’humour avec votre hiérarchie, le colosse se retrouve donc lié à un nourrisson mystique, mais ce n’est pas tout, Damon se voit également perdre ses pouvoirs et être lié au nourrisson par une malédiction. Les bases sont rapidement posées, si les deux protagonistes s’éloignent trop, c’est la fin.
Le duo doit entreprendre un pèlerinage vers le Paradis, poursuivi par toutes sortes de créatures de l’Enfer tout entier. Ce qui commence comme une corvée de baby-sitting forcée se transforme en un road-trip vers le Royaume Céleste.
Le ton du jeu est un savoureux mélange de brutalité et d’humour pinçant. Il vous faudra malheureusement apprécier et maîtriser un minimum la langue de Shakespeare pour en savourer les moindres lignes, car oui le titre est intégralement en anglais.
Ce qui frappe dès les premières heures, c’est la qualité de l’écriture du titre. Nous ne nous attendions pas à une telle profondeur émotionnelle dans l’écriture des protagonistes. La relation entre ce guerrier brutal et égoïste et ce bambin silencieux évolue au fil des feux de camp, transformant un simple jeu d’action en une quête de rédemption poignante.
De plus, Damon est flanqué de compagnons improbables, comme Tinatana, une ange du ministère de la Santé du Paradis. Affectée comme sous-traitante pour l’Assurance de l’Enfer, elle s’occupe des repas du groupe ainsi que de leurs évaluations de performance. Hannemann, un vampire mafieux qui soutient Damon en prenant la forme d’une chauve-souris pour combattre à ses côtés lors des batailles. Et surtout Manjumaru, un légendaire chasseur de démons, autrefois craint par le monde souterrain. Une « bénédiction » divine ayant mal tourné l’a transformé par erreur en… oie domestique.
La révolution du Baby Jump
Avec DAMON and BABY, le studio Arc System Works fait une promesse, celle d’un gameplay totalement novateur et dynamique pour le genre. Le cœur du titre repose sur un mélange hybride, on y retrouve l’exploration isométrique vue de dessus d’un Diablo, la précision d’un twin-stick shooter (jeu de tir reposant sur l’utilisation des deux sticks en même temps) et la verticalité d’un jeu de plateforme.
C’est simple, dès les premiers instants, nous avons l’impression que les développeurs ont passé un peu de temps sur Enter the Gungeon et Darksiders Genesis. Ce n’est pas un mal, au contraire, mais lorsqu’un studio propose du novateur, nous sommes impatient de savoir sur quoi cela repose, et pas forcément avoir le sentiment de revoir d’autres titres.
La mécanique phare est donc celle du “Baby Jump”. Damon peut projeter l’enfant vers l’avant, puis se téléporter instantanément sur lui. Ce système vise à transformer autant l’exploration que les combats. En plein affrontement, vous pouvez lancer le bébé derrière un ennemi pour le prendre à revers. En exploration, cela permet de franchir des précipices, de passer à travers des lasers de sécurité ou d’atteindre des corniches secrètes.
Cette mécanique demande une précision chirurgicale, car rater son lancer signifie souvent une chute mortelle ou un placement désastreux face à une horde. Vous pouvez également utiliser cette mécanique pour effectuer des esquives en pleine bataille. C’est peut-être le moment où vous, lecteurs, allez tomber de votre chaise. Parce que de là à parler de mécanique novatrice et révolutionnaire pour le genre, le studio aurait peut-être gagné à être un peu plus mesuré.
Attention, cela reste un rouage bien huilé et qui est parfaitement fonctionnel ! Jouissif même lorsque vous apparaissez dans le dos de vos adversaires pour déclencher une attaque dévastatrice. Mais dans le cœur même de cette proposition, nous n’avons pas de quoi faire des bonds, ni scander au génie !
Du reste, du classique pour le système de jeu. Damon dispose d’un arsenal évolutif allant du simple pistolet aux poings américains, en passant par des fusils à pompe à large dispersion, des mitrailleuses et des lance-roquettes.
Le jeu encourage grandement au combo en venant frapper un ennemi au corps à corps avant de l’achever à distance, pour multiplier les dégâts. La visée à 360 degrés avec le stick droit demande un certain temps d’adaptation, surtout lors des phases contre les boss, lorsque l’écran se rempli de tirs ennemis, rappelant des phases de shoot’em up endiablées.
L’adaptation qui demande le plus de temps est indéniablement le cumul du déplacement au stick gauche, la visée au stick droit et l’utilisation des différentes touches pour frapper vos adversaires, ou tirer avec les gâchettes, et surtout utiliser le fameux Baby Jump. Vous aurez certainement quelques crampes aux mains au début, mais avec un peu de persévérance, vous allez vous apercevoir que le système, une fois maîtrisé, offre une fluidité exemplaire.
Le jeu alterne les phases et son rythme, on passe de l’exploration d’environnements à du nettoyage de donjons frénétiques et de boss, à des sections de puzzle où l’on doit fouiller des manoirs, trouver des clés cachées et résoudre des énigmes environnementales (parfois un peu corsées).
Mais même le plus grand des démons à besoin de repos. Le hub central, la Base de Damon, permet de souffler un peu, et surtout de gérer son arbre de compétences, d’optimiser vos tenues et équipements et de préparer des repas pour gagner des bonus.
L’explosion pop art
Visuellement, la patte de Daisuke Ishiwatari fait des merveilles dans sa direction artistique. Le jeu utilise un rendu 3D qui semble sortir tout droit d’un manga interactif. Les couleurs sont saturées, les effets de particules lors des téléportations sont éclatants, et le design du bestiaire est un tour de force. Avec plus de 80 types d’ennemis uniques (et non de simples changements de couleurs), le renouvellement visuel est donc constant.
Toutefois, sur Nintendo Switch, la technique pêche légèrement. Si l’ensemble reste fluide, on note quelques baisses de régime lors des affrontements contre les boss de fin de zone, particulièrement riches en projectiles. Aussi, le personnage passe au travers de certains éléments de décors, et l’effet pixélisé est plus ou moins présent selon les objets ou textures, ce qui ne rend pas toujours honneur à la direction artistique de base du titre. En nomade sur la Nintendo Switch, le jeu n’est pas aussi agréable à l’œil dans ses détails, que nous pourrions l’espérer.
Pour les aficionados inconditionnels du studio Arc System Works, vous aurez plaisir à chercher les références à d’autres jeux de la firme. Et autant vous le dire tout de suite, vous allez être récompensés et prendrez plaisir à croiser le chemin de I-No ou Faust, pour ne citer qu’eux et vous laisser la joie de la découverte des autres personnages.
La durée de vie est généreuse pour un titre de ce genre. Comptez une vingtaine d’heures pour aller au bout de ce voyage, et bien plus pour les complétistes. Car vous avez pléthores d’items à collectionner. La Démopédia, un index exhaustif sur le lore, ravira les collectionneurs.
Sur votre chemin vous aurez aussi beaucoup de frigos à piller pour cuisiner des hamburgers et autres plats offrant des buffs permanents ou temporaires, et compléter votre livre de recettes. Et vous avez également un arbre de compétences pour spécialiser votre personnage en fonction de la façon de jouer que vous préférez, et de nombreuses tenues et cosmétiques à collecter, pour rallonger et rendre la progression plus agréable.
En ajoutant à celà, un mode coopération en local, où un deuxième joueur peut incarner l’adorable petit chien de Damon. Cela semble être un peu idiot de prime abord, mais loin d’être un simple accessoire, ce compagnon canin possède ses propres compétences, peut ramasser automatiquement les objets au sol et réaliser des attaques combinées dévastatrices avec Damon.
Une nouvelle référence du genre ?

Vous l’aurez compris, il y a de quoi faire avec ce DAMON and BABY, alors pourquoi ne pas clôturer ici ce test ? Tout simplement parce que tout n’est pas au beau fixe ! Nous avons déjà abordé l’absence de traduction française et les graphismes qui peuvent laisser à désirer par moment, notamment en mode portable.
Le titre propose une exploration de mondes variés, mais pas toujours très originaux. Mais surtout, nous avons parfois l’impression que les niveaux se veulent vastes sans véritable raison. Certes il est agréable de fouiner ça et là des coffres, paquets cadeaux, frigos et salles en tout genre, mais parcourir des plaines ou corridors un peu vides pour dénicher quelques victuailles, ce n’est forcément le plus intéressant ou plaisant pour le joueur.
De plus, la carte des niveaux n’est pas des plus évidentes à lire, puisqu’elle marque les points essentiels mais sans vous indiquer réellement où vous en êtes et où vous devez vous rendre, et elle est assez petite au final dans votre menu. Et dans certains donjons remplis de couloirs ou lieux avec des bâtiments à visiter, vous pouvez rapidement vous perdre dans le dédales de pièces.
Aussi, le titre est finalement assez mal équilibré. Même après plusieurs heures, avec une prise en main du gameplay bien établie, vous devrez faire face à des pics de difficulté hasardeux face aux adversaires que vous affronterez. Vous roulerez parfois littéralement sur vos assaillants, et la seconde d’après, vous en viendrez à ne plus cligner des paupières pour éviter une maladresse conduisant à la mort, et à devoir parcourir à nouveau une bonne partie du chemin et des collectibles que vous aviez accumulés.
Et le dernier point de discorde concerne les bruitages du titre. Très franchement nous n’avons pas été convaincus par la plupart des bruitages en jeu. L’ambiance sonore passe encore, même si certaines musiques manquent clairement d’inspiration et sont plus là pour meubler qu’autre chose. Mais les bruitages, que ce soit les armes, les coups, ou autres, ils ont tous un aspect générique, et auraient mérité plus de soin. Quel dommage…
DAMON and BABY sort le 26 mars 2026 sur l’eShop de la Nintendo Switch au prix de 19,99 euros, en anglais.
Conclusion
DAMON and BABY est une anomalie rafraîchissante dans le catalogue d'Arc System Works. C'est un jeu qui a du style, une excellente écriture et surtout une identité propre. Si l’accessibilité pourra rebuter les joueurs occasionnels, avec des pics de difficulté et des énigmes qui sont parfois sans pitié, la satisfaction de maîtriser le gameplay et de voir évoluer ce duo improbable est immense. C'est un titre pour le moins audacieux, complet et avec une vraie identité visuelle qui prouve que le studio n'a pas besoin d'un ring pour mettre tout le monde K.O. Il y a un fort potentiel dans ce titre, mais qui ne semble pas totalement maîtrisé dans certaines de ses composantes. Toutefois, il pourra aisément trouver une place de choix pour les joueurs qui cherchent une expérience variée et les non anglophobes.
LES PLUS
- La mécanique du Baby Jump…
- Un gameplay grisant…
- La direction artistique est sublime
- Un titre avec une identité propre
- Humour absurde et au cynisme piquant
- Un casting de personnages mémorables
- Mode coop local avec le chien très utile
- Grande variété du bestiaire
- La diversité du titre dans ses phases de jeu…
- De la personnalisation et des collectibles à foison
- Des références aux autres productions d’Arc System Works
LES MOINS
- … Mais qui est loin de la révolution promise
- … Mais la prise en main des contrôles est exigeante
- Des pics de difficulté parfois brutaux
- Quelques baisses de framerate lorsque l’écran est surchargé
- Énigmes d'exploration parfois peu intuitives
- La carte n’est pas très aidante
- … Mais l’exploration est mal maîtrisée
- Pas de traduction française
- Les bruitages sont vraiment génériques
- La bande-son en demi-teinte





