Square Enix a annoncé un partenariat avec Google pour intégrer l’intelligence artificielle générative Gemini au sein de Dragon Quest X Online, le MMORPG exclusif au marché japonais lancé en 2012. Cette collaboration donnera naissance à un compagnon interactif baptisé « Oshaberi Slimey » — littéralement « Slime Bavard » —, présenté comme un assistant personnel capable de dialoguer avec les joueurs en temps réel. Un bêta-test est d’ores et déjà en cours, avec des inscriptions ouvertes jusqu’au 30 mars, réservées aux joueurs résidant au Japon.
Concrètement, Oshaberi Slimey analysera en permanence ce qui se passe à l’écran afin de générer automatiquement des réponses vocales et textuelles adaptées au contexte. Le compagnon peut intervenir de sa propre initiative lorsqu’un ennemi puissant est vaincu ou qu’un objet rare est obtenu, commenter les changements de tenue de l’avatar du joueur, et prodiguer des conseils de progression — comme indiquer où se rendre pour accomplir une quête. Le personnage est campé dans le rôle d’un « apprenti faucheur » qui consigne l’historique de jeu du joueur dans un « carnet de faucheur ». Ses interactions sont strictement limitées à l’univers de Dragon Quest X : le système ne répondra pas aux questions portant sur le monde réel, et les conversations avec son propre Slimey ne seront ni enregistrées à des fins d’apprentissage, ni rendues publiques. Des garde-fous ont été mis en place pour éviter les réponses inappropriées.
La motivation principale de Square Enix derrière cette initiative est clairement exprimée par Takashi Anzai, responsable du développement et de l’exploitation de Dragon Quest X : « Tout comme lorsque vous jouiez avec vos amis dans votre enfance, il devient votre compagnon personnel. Les nouveaux joueurs ne se sentiront pas seuls à se demander par où commencer. » Dragon Quest X, malgré treize ans d’existence et une communauté mensuelle de plusieurs centaines de milliers de joueurs, souffre d’une accessibilité limitée pour les nouveaux venus, un problème que Square Enix espère résoudre grâce à cet assistant IA.
Du côté de Google, Jack Buser, games industry lead chez Google Cloud, a profité de l’annonce pour livrer une vision bien plus large : « Je suis convaincu qu’au cours des trois à cinq prochaines années, nous allons voir tous les grands genres de jeux vidéo complètement transformés par l’IA, et nous allons voir apparaître des genres entièrement nouveaux que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd’hui. » Pour l’entreprise, cette intégration dans Dragon Quest X représente un premier pas concret vers la démocratisation de l’IA générative dans l’industrie du jeu vidéo.
Cette annonce s’inscrit dans une tendance plus large chez Square Enix, qui a affiché des ambitions prononcées en matière d’IA générative. L’éditeur a notamment déclaré vouloir automatiser 70 % de son assurance qualité grâce à cette technologie d’ici 2027. Ce n’est d’ailleurs pas la première tentative du studio dans ce domaine : une expérience similaire de dialogue avec une IA avait déjà été tentée avec le remake de The Portopia Serial Murder Case, avec des résultats mitigés.
L’annonce a néanmoins provoqué des réactions vives en Occident, où la méfiance envers l’IA générative dans le jeu vidéo reste forte, d’autant que des précédents — comme la controverse autour de l’outil Sora 2 d’OpenAI ou l’implémentation d’un personnage IA dans Fortnite — ont mis en lumière les dérives potentielles de ce type d’intégration. Dans ce contexte, la position de Capcom tranche par sa clarté : interrogé par des investisseurs, le studio a affirmé catégoriquement « ne pas implémenter d’assets générés par l’IA générative dans le contenu de ses jeux », tout en précisant explorer son usage pour améliorer l’efficacité de la production dans les départements graphique, sonore et de programmation.
Dragon Quest X reste à ce jour exclusif au Japon, où il est disponible depuis 2012 sur Wii, Wii U, 3DS et Switch, ainsi que dans une version hors ligne lancée en septembre 2022. Aucune localisation occidentale n’est prévue.





