Il aura fallu trente-six ans d’attente pour que les joueurs occidentaux puissent enfin poser les mains sur l’unique adaptation officielle du manga culte de Tsukasa Hojo. Sorti initialement en 1990 sur PC Engine au Japon, ce titre développé par Sunsoft était resté une exclusivité nippone, alimentant les fantasmes des fans de Ryo Saeba (ou Nicky Larson chez nous). Grâce à l’initiative de Red Art Games et Sunsoft, le titre revient sur Nintendo Switch dans une version « Remastered » (même si elle n’en porte pas cette mention), qui tente de concilier respect de l’œuvre d’époque et options de confort. “Nicky Larson ne craint personne”, mais visera-t-il encore juste en 2026 ? Ou devons-nous craindre une relique du passé bien trop onéreuse ?
Le retour du célèbre détective garde du corps
Le jeu nous place dans la peau de Nicky Larson, le détective privé le plus célèbre de Tokyo. Nous avons ici le luxe de pouvoir bénéficier des noms et traductions en français, tels que nous avons pu les connaître en France, dans cette bonne vieille adaptation AB Production diffusée au Club Dorothée.
L’intrigue se découpe en trois enquêtes distinctes. Fidèle à l’esprit du manga, chaque scénario est introduit par quelques lignes de texte posant le contexte, un complexe de recherche à infiltrer, des docks malfamés ou encore un hôpital labyrinthique.
Bien que l’on retrouve l’ambiance années 80, caractéristique de l’œuvre, le récit reste en surface. Contrairement aux adaptations modernes, ne vous attendez pas à de longues cinématiques ou à des dialogues fleuris.
Le jeu va à l’essentiel, Nicky Larson est là pour nettoyer les rues, et chaque mission n’est qu’un prétexte pour affronter des vagues de sbires jusqu’au boss final. On regrettera toutefois que sa personnalité soit un peu effacée par le format, même si quelques clins d’œil coquins viennent rappeler le tempérament du héros.
Bouger, tirer et se perdre
City Hunter est un mélange atypique pour son époque. Au premier abord, il ressemble à un jeu d’action-plateforme classique, ou à un Run & Gun. Ryo se déplace latéralement, peut sauter, se baisser et faire parler son fidèle Colt, pour dézinguer les multiples malfrats qui foncent sur vous. L’arsenal peut s’étoffer si l’on fouille bien les niveaux, permettant d’utiliser un fusil laser, un lance-grenades ou un bazooka.
Cependant, le jeu veut intégrer une dimension « aventure », qui le distingue d’un simple Contra ou Metal Slug. La progression est non linéaire, chaque niveau est un dédale de couloirs, de portes et d’escaliers. Pour avancer, il faut explorer méthodiquement chaque pièce pour trouver des objets clés (passes magnétiques, informations) ou discuter avec des PNJ.
Cette structure labyrinthique est le cœur du jeu, mais aussi son principal défaut. Les décors étant extrêmement répétitifs et les portes non marquées, la progression repose énormément sur votre mémoire visuelle. Donc soit vous êtes champion de memory, soit il vous faudra prendre des notes et faire un plan, à l’ancienne.
Le titre City Hunter se décline en trois versions : la mouture initiale, une édition améliorée et un mode difficile. Plutôt que de retravailler l’esthétique, le mode amélioré se concentre sur l’expérience de jeu en optimisant la réactivité des commandes et en corrigeant des problèmes de hitbox. Quant au mode difficile, il s’appuie sur ces ajustements techniques tout en augmentant la résistance et les dégâts des adversaires, en plus de modifier la configuration de certains éléments du jeu.
La difficulté d’origine, souvent punitive, est ici tempérée par ce mode Amélioré. De plus, l’ajout d’une fonction de rembobinage et de sauvegardes rapides transforme littéralement l’expérience. Là où l’on pouvait être frustré par un ennemi surgissant d’une porte pour nous vider notre barre de vie, on peut désormais corriger le tir instantanément.
À noter que le soin passe par des rencontres impromptues avec des infirmières ou des femmes plus ou moins dévêtues, cachées derrière certaines portes, un fan-service d’époque qui prête aujourd’hui à sourire.
Plus rapide qu’une balle
Visuellement, Red Art Games a fait le choix de la fidélité absolue pour City Hunter. Ne vous attendez vraiment pas à un remake mais bien à un remaster. Les graphismes respectent les limites de la PC Engine de 1990, avec une palette de couleurs parfois un peu terne et de gros pixels. Pourtant, le charme opère, notamment grâce aux sprites des personnages qui capturent bien le style des animés des années 80.
Le portage propose plusieurs filtres pour personnaliser l’expérience, du “Pixel Perfect” à l’affichage 4/3 ou étiré 16/9, et un filtre CRT simulant les écrans cathodiques. Si tout ça est un peu simpliste, ça fait néanmoins le boulot. Sur Switch, le jeu reste très fluide et agréable en mode docké comme portable.
City Hunter se compose de peu de niveaux, et pour un joueur utilisant le rembobinage, le titre peut se boucler en moins de deux heures. Même en prenant son temps pour explorer chaque recoin, on dépasse rarement les trois heures.
Pour compenser cette brièveté, le Red Art Games mise tout sur la nostalgie et ses bonus. La galerie est une véritable pépite pour les fans, regroupant plus d’une cinquantaine d’illustrations originales du manga, de l’animé, des scans du manuel japonais et même une modélisation 3D de la HuCard (la cartouche d’origine). Le jukebox permet d’écouter les thèmes du jeu, mais aussi le mythique Get Wild et Nicky Larson.
L’atout majeur de cette version reste sa localisation. Red Art Games propose non pas une, mais deux versions françaises. La première est fidèle à la traduction originale du manga. La seconde, baptisée « Version Nicky Larson », reprend les noms et les dialogues adaptés par AB Production (les fameux Nicky, Laura, Mammouth, bobos et pan-pans). C’est une attention géniale qui transforme radicalement l’ambiance du jeu pour les nostalgiques du Club Dorothée.
Tout cela sera-t-il suffisant pour débourser 25 euros à l’acquisition du jeu ? Nous vous laissons seuls juges, cependant pour nous, la note est assez salée pour la proposition. Certes, surfer sur la nostalgie du joueur avec des illustrations à gogo, un jukebox et une traduction aux petits oignons, c’est très bien.
Mais le jeu de base, même avec le mode amélioré, ne vaut pas aujourd’hui une telle somme. Il serait plus judicieux pour un fan d’investir cet argent dans un artbook de City Hunter en se passant l’OST sur une plateforme quelconque, car le jeu en lui-même ne vaut pas tant le détour, si ce n’est pour son aspect pièce de musée.
City Hunter est disponible depuis le 25 février 2026 sur l’eShop au prix de 24,99 euros, en français.
Conclusion
City Hunter est un objet de collection, un peu poussiéreux, ce n'est pas le meilleur jeu d'action de sa génération (Sunsoft a déjà fait mieux avec Batman, Blaster Master ou Gremlins 2), mais c'est une pièce de musée destinée aux amoureux inconditionnels de Ryo Saeba / Nicky Larson. Le prix est clairement trop élevé pour une expérience aussi courte et un travail de refonte minimal, mais pour y trouver une compensation il faut s’attarder sur le soin apporté aux bonus et à la double traduction française. Plus intéressant à contempler, écouter, qu’à jouer, ce titre est moins un jeu vidéo aujourd’hui, qu’un petit artbook sympathique avec jukebox intégré.
LES PLUS
- La double traduction française
- L’humour de la licence est toujours présent
- Très fluide
- La bande-son culte
- Les fonctions modernes (rembobinage et sauvegarde)
- La galerie de bonus (illustrations et jukebox)
LES MOINS
- Une narration sans profondeur
- La durée de vie très courte
- Le level design labyrinthique et répétitif
- Le prix de 25 € est excessif
- Pas de mode avec des graphismes améliorés
- Est-ce qu’on achète un jeu du coup ?








