Directement issu d’une campagne Kickstarter qui a bien fonctionné, ZPF (alias Zi-Pi-Fantasy) est conçu comme une démonstration technique pour la Mega Drive, et se veut disponible sur quasiment toutes les consoles actuelles, mais aussi en cartouche Mega Drive, pour les nostalgiques et les heureux possesseurs de la console de Sega. Développé par et pour des passionnés, le titre est réalisé par la talentueuse équipe de la ZPF Team (Perry Sessions, Mikael Tillander et Jamie Vance) et édité par Mega Cat Studios. Est-ce que l’esprit du SHMUP (shoot’em up) 16 bits peut encore frapper fort en 2026 ?
Un chaos énigmatique
Le titre s’inscrit dans ce que les développeurs appellent la « Future Metal Fantasy ». Loin des récits spatiaux aseptisés, ZPF nous plonge dans un maelström de styles. L’histoire, s’il y en a une, se raconte par ses décors. On y incarne des pilotes, dont une armure volante au style médiéval — pourquoi pas —, traversant des mondes où la technologie cyberpunk se heurte à des châteaux de gobelins et des forêts enchantées.
Ce mélange, qui peut paraître complètement décousu au premier abord, confère au jeu une identité visuelle tout à fait unique. Nous ne sommes pas ici pour sauver la galaxie avec un scénario à tiroirs, mais pour survivre à une explosion visuelle et sonore totale que nous propose le jeu. Pour être sincère, nous n’apporterons aucune notation à l’histoire, car ZPF se concentre avant tout sur son gameplay, son visuel et ses musiques, plus qu’autre chose.
Précision chirurgicale et prise de risque
Le cœur de ZPF bat au rythme d’une exigence toute particulière. Contrairement à beaucoup de titres modernes, le jeu mise sur une structure rigide, à l’ancienne, mais gratifiante. Ne l’oublions pas, le titre est construit comme un nouveau jeu de Mega Drive ; même s’il sort en 2026, il veut garder cet esprit et cette difficulté de l’époque.
Le jeu propose trois vaisseaux (ou personnages) qui modifient radicalement l’approche tactique. Le Gladius, choix de prédilection pour les débutants avec ses tirs en éventail très offensifs, offre une couverture d’écran intéressante pour une première prise en main.
Le Gold conviendra aux puristes de la précision ; ses tirs sont concentrés et dévastateurs, mais demandent un placement impeccable pour ne pas se laisser déborder par les vagues latérales. Parfait pour les joueurs expérimentés en quête de challenge.
Et enfin, le Knight, la véritable originalité du titre, cette armure de chevalier volante qui privilégie ses dégâts via des tirs d’épées. Une expérience équilibrée qui pourra convaincre les joueurs débutants et moyens.
L’absence de power-ups classiques à ramasser en plein vol est compensée par un système de boutique extrêmement malin. Chaque ennemi détruit rapporte des crédits. Entre les niveaux, le joueur doit faire des choix cornéliens : augmenter la puissance de son tir, acheter une vie supplémentaire ou investir dans un multiplicateur de score, le fameux « Medal X2 ».
Le jeu introduit également une gestion de la difficulté « active », puisqu’il est possible d’acheter un bonus pour réduire de moitié le nombre de boulettes à l’écran, ou au contraire de tout convertir en points de score pour les joueurs les plus chevronnés. Cette économie rend chaque partie unique et oblige à une planification méticuleuse. Des choix plutôt malins pour pousser à l’expérimentation et relancer une partie.
Une orgie de pixels et de parallaxes
Visuellement, ZPF relève à la fois de la prouesse et de l’indigestion colorimétrique. Pour un jeu dont le moteur a été conçu pour les limitations de la Mega Drive, le résultat est époustouflant de détails, car il vient pousser au maximum les possibilités que peut offrir la console de Sega. On y retrouve des défilements parallaxes profonds sur plusieurs plans, donnant une illusion de relief saisissante aux environnements.
Les boss sont massifs, détaillés et animés avec une excellente fluidité. On passe d’un coucher de soleil néon à un complexe industriel sombre avec une aisance décomplexée et déconcertante sur des thèmes rythmés qui collent parfaitement à l’ambiance frénétique.
Cependant, cette générosité visuelle a un prix : celui de la lisibilité. Dans le feu de l’action, les projectiles ennemis — parfois de très petite taille — ont tendance à se fondre dans les décors ultra-détaillés. C’est un point qui demande un temps d’adaptation certain, surtout sur l’écran de la Switch en mode portable.
Mais la véritable déconvenue provient de la conception graphique elle-même. Autant il n’y a pas grand-chose à reprocher aux décors, aux personnages et aux ennemis — boss inclus —, autant il est difficile d’en faire de même pour le choix de colorimétrie.
La palette de couleurs est vibrante, trop, presque criarde par moments, évoquant les productions les plus audacieuses des années 90, comme Gynoug ou Lords of Thunder, dont le titre semble trouver ses inspirations, mais poussées à l’extrême ! ZPF est tantôt agréable, tantôt génant. Les tirs de notre vaisseau comme ceux des ennemis se retrouvent parfois noyés dans ces couleurs flamboyantes, saturées et vives.
Les décors sont organiques, détaillés et c’est formidablement bien déssiné, mais les couleurs viennent perturber l’immersion et nous ne pouvons que partiellement profiter de cela tant la direction artistique se veut un peu trop explosive ! C’est tellement dommage, quelques apports de nuances seraient bénéfiques et permettraient de hisser le titre dans la catégorie des excellents jeux du genre.
Le culte de la rejouabilité
ZPF n’est pas un jeu long dans le sens traditionnel du terme. Une partie complète peut être bouclée en environ une heure. Mais là n’est pas l’intérêt. La structure du jeu, composée de sept stages, dont trois sélectionnables dans l’ordre de son choix au départ, cache de nombreux secrets.
Pour accéder à la vraie fin, vous devrez débusquer des clés cachées dans chaque niveau et affronter des boss secrets. Cette quête du 100 % rallonge considérablement la durée de vie. De plus, les trois vaisseaux offrent trois expériences de jeu tellement différentes qu’il est plaisant de relancer une partie pour tenter de finir le titre avec chacun d’eux pour en saisir toute la profondeur. Le système de score, très bien pensé, achèvera de convaincre les amateurs de classements en ligne et les nostalgiques du genre.
Toutefois, en 2026, ce ZPF passe à côté d’un large public en oubliant des fonctionnalités d’amélioration de qualité de vie. L’absence de sauvegardes rapides, par exemple, ou de fonction de rembobinage pourra paraître rude pour les nouveaux venus, habitués aux standards actuels des rééditions rétro, privant ainsi un élargissement de la communauté déjà très restreinte des amateurs de shoot’em up.
Il est malgré tout possible de régler légèrement quelques paramètres de difficulté, comme le nombre de bombes, de vies et de médailles. C’est toujours ça de pris, mais nous aurions apprécié quelques idées supplémentaires : un livret de jeu à l’ancienne ou une galerie d’illustrations bonus. Une interview de cette petite équipe sur la conception du jeu, tout est imaginable pour récompenser les joueurs et donner un “petit plus”.
Au tarif proposé, en dématérialisé sur l’eShop de Nintendo, la proposition qu’est ce ZPF est tout de même très bonne. Nous ne pouvons que vous recommander de vous essayer à ce jeu si le genre du shoot’em up fait partie de vos vices ou si vous souhaitez vous y lancer.
ZPF est disponible depuis le 16 avril 2026 sur l’eShop au prix de 9,75 euros, en anglais.
Conclusion
ZPF est une déclaration d'amour aux shoot'em up d'antan. Techniquement brillant, artistiquement audacieux et mécaniquement profond, il s'impose comme un excellent représentant du genre sur la console de Nintendo. Il est toutefois dommage que la saturation des couleurs soit poussée à l’extrême, ce qui ne sera pas du goût de tous, et que le titre soit un peu chiche en options ou bonus. Malgré ces ombres au tableau, le plaisir de jeu reste intact. ZPF est un titre exigeant qui ne donne rien gratuitement, mais qui récompense chaque effort par une explosion de satisfaction ludique.
LES PLUS
- Un mélange fantasy/SF/cyberpunk unique
- Le 16 bits poussé dans ses derniers retranchements
- Un respect pour le matériau d’origine (Mega Drive)
- Un système de boutique malin
- Trois vaisseaux distincts pour trois styles de jeu différents
- Bande-son électrique et énergique
- Un tarif abordable
- Un jeu fait avec amour par ses développeurs
LES MOINS
- Direction artistique forte mais trop saturée dans ses couleurs
- Lisibilité parfois confuse
- Les tirs ennemis se perdent dans les décors trop riches en couleurs
- Un manque de fonctionnalités de confort et donc d’accessibilité
- Un jeu très exigeant pour les non-initiés







