Mickey, détective privé ? Ah oui, vous l’avez déjà vu (et c’est même une de ses activités)… Mais alors que pourrait bien apporter les aventures de Jack Pepper ? Va-t-il réussir à conquérir le cœur de Minnie… ? Découvrons tout cela avec une bonne fondue…
Détective à louer
MOUSE: P.I. For Hire est la première réalisation de Fumi Games, un petit studio polonais (composé d’une trentaine de personnes) basé à Varsovie. Ils signent ici leur première réalisation sous la forme d’un Doom / Duke Nukem Like mais avec une direction artistique empruntant à l’animation dite « Rubber hose » (animation tuyaux en caoutchouc en français), et pour être encore plus parlant, il s’agit de l’animation que l’on retrouve dans les tout premiers dessins animés, par exemple Steamboat Willie, mettant en scène une souris bien connue… Le principe de ce style d’animation est d’avoir des personnages aux articulations ultra flexibles pouvant se plier de façon un peu courbée. Un style que l’on retrouve également dans les dessins animés de Popeye le marin… Vous voyez l’idée ?
Fort de cette direction artistique atypique et renvoyant à l’âge d’or de l’animation, à l’image de ce que propose un titre comme Cuphead, le studio polonais propose ici une expérience entièrement en noir et blanc histoire de nous faire revenir à l’époque de nos grands-parents (ou arrière-grands-parents) pour certaines et certains d’entre nous.
L’histoire se déroule dans un monde alternatif où les humains sont remplacés par des souris et donc l’action se situe juste après « la grande embrouille » (un évènement que l’on peut directement rattacher à la Première Guerre mondiale). Le héros que l’on incarne, Jack Pepper, est un détective privé qui a fait la guerre et dont il ne garde pas forcément des très bons souvenirs. Il a su néanmoins retrouver une vie civile, tout comme ses deux acolytes de missions, Cornélius (le bègue) qui s’est lancé dans une carrière politique et Steve Bandel, le savant légèrement fou, qui s’est reconverti en magicien reconnu à Sourisville et dans le monde… C’est d’ailleurs suite à la disparition mystérieuse de ce dernier, que Jack va mener son enquête qui de fil en aiguille le conduira à en résoudre d’autres le faisant aller de découvertes en découvertes, avec en toile de fond un mystérieux régime fasciste qui semble en avoir après les musaraignes et autres rongeurs qui ne feraient pas partie directement de la famille des souris…
Gare aux Comtébandiers !
MOUSE: P.I. For Hire est un doom-like, avec un fort relent de fromage… enfin de Duke Nukem. En effet, de par ses références et la voix off du personnage (interprété en VO par l’impeccable Troy Baker – on en reparle plus bas), ça nous donne parfois l’impression d’interpréter le Duke au pays des cartoons. Mais revenons à la maniabilité qui est somme toute assez classique pour le genre, on avance, on recule, on fait des pas sur le côté, mais on peut également faire des sauts et des doubles sauts, moyennant l’obtention d’une paire de chaussures à ressorts (cartoon oblige). Il est possible de filer des coups de pieds (comme un certain Duke) et on peut même utiliser sa queue pour faire de l’héliqueuptère (ça ne s’invente pas), ou l’utiliser comme un lasso (ou un fouet), à la façon d’un célèbre archéologue. Enfin, l’appendice de notre souris détective lui servira également à ouvrir des coffres cachés ici et là dans les niveaux. Certains ne seront pas spécialement compliqués, alors que d’autres demanderont un nombre limité de mouvements, en un temps limité… Ces derniers se montreront un peu plus retors, dans le sens où en cas d’échec il sera impossible de retenter notre chance.
Dans le même ordre d’idées, notre personnage bénéficiera au fil de sa progression dans le jeu, d’une paire de chaussures avec des ventouses, lui permettant de courir le long de certains murs (facilement identifiables). De façon générale, ces phases de plateformes sont plutôt bien maitrisées et les contrôles répondent toujours parfaitement bien. Néanmoins ces passages donnent parfois l’impression d’être là pour être là et s’avèrent inévitables. L’ensemble reste assez linéaire et la progression imposera forcément de passer par un point A pour aller vers un point B… Là où on pourrait imaginer que ces capacités très « metroidvaniesque » offrent un sentiment de liberté, c’est souvent l’inverse. Doom-like oblige, on se contente d’avancer et de défourailler à tout va dans certaines zones facilement identifiables. Généralement on commence par un couloir, on arrive dans une zone avec pas mal de munitions et d’armures sans oublier des portes avec des têtes de mort juste au-dessus, d’où sortiront des grosses vagues d’ennemis qu’il conviendra donc d’éliminer, sans autre forme de procès. Fort heureusement, pour arriver à ses fins, ce bon vieux Jack dispose d’un bel arsenal !
C’est l’heure de la trempette !
Vous pourrez profiter de 10 armes différentes (en plus de vos poings) et une 11e est à obtenir en relevant un défi particulier (que nous vous laissons le soin de découvrir). Les noms des armes ont droit à des jeux de mots, ainsi le pistolet de base devient le Ratatarme et dispose d’un tir secondaire pouvant envoyer une rasade de trois balles (à l’image du Matilda de Léon), on retrouve le classique fusil à pompe et sa variante plus « Doomesque », le boum boum qui s’apparente à un fusil à canon scié permettant deux tirs avant de devoir être rechargé. Toujours dans les classiques, on retrouvera un pistolet mitrailleur Thompson ; celui avec le gros camembert en guise de chargeur et vulgairement appelé « Tommy Gun »… eh bien toujours dans ce délire d’adaptation, il est renommé « James Gun » – référence à peine dissimulée au réalisateur bien connu de Superman… Mais aussi des Gardiens de la Galaxie où il est directement fait référence, l’arme étant décrite comme particulièrement appréciée par les ratons laveurs…
Au niveau des moins courantes, on trouvera un pisto-gel, qui ne sera pas sans rappeler celui de Duke Nukem, un pisto-cerveau, aux animations assez drôles et capable de faire exploser la tête de vos ennemis et enfin une arme dont le nom est à même de faire trembler tous les toons… Au nom qui veut tout dire… L’exterminateur ! Celui-ci, chargé à la térébenthine, aura pour effet de faire fondre les ennemis… un peu comme le ferait… la trempette (pour ceux qui ont la référence). Sachant que la térébenthine est également connue pour être un dissolvant particulièrement redoutable, quoi de mieux pour lutter contre des toons ? Vous pourrez également compter sur des ressources plus explosives comme un Canon Canon (ils aiment bien doubler les mots quand les armes sont puissantes), sans oublier des bâtons de dynamite comme on les aime ! Et après un passage aux enfers (celui des toons), vous reviendrez même avec une tronçonneuse (référence plus qu’évidente à l’un des titres dont le jeu tire son inspiration… Doom pour celles et ceux qui se poseraient la question !). Chacune des armes peut être améliorée en échange de plans que vous confierez à la jeune Tammy (c’est elle la Gadget de l’équipe), vous permettant ainsi d’améliorer les capacités de base comme la quantité de balles dans le chargeur ou encore la puissance de feu. Cerise sur le pudding, chaque modification est accompagnée d’une petite animation et d’une modification graphique pour l’arme, histoire de montrer qu’elle a gagné en puissance.
Pour arriver à bout des ennemis, on trouve également des bouts de fromages à utiliser à la demande pour se recharger en énergie ou des bouteilles de gueri-Z-on, produites par la société Lacto-Z, qui vous redonneront des points de vie. Enquête oblige, vous pourrez profiter de « la brosse du détective », qui vous indiquera la direction à suivre si vous ne savez plus trop où aller. Une aide qui simplifie peut-être un peu trop le jeu, mais qui en même temps évite de nous faire tourner en rond pendant trop longtemps. Chacun est libre de l’utiliser ou non. Dans le même ordre d’idées et dans cette optique d’accessibilité, le jeu propose trois modes de difficulté qu’il est possible d’ajuster durant la partie.
Toom Nukem
Mais il faut bien admettre que ce qui fait vraiment le sel du jeu, c’est sa direction artistique ! Celle-ci ne laissera assurément pas les amateurs d’animation à l’ancienne indifférents. Il y a eu un énorme travail sur l’histoire, l’univers et les personnages et ça se ressent dans le jeu… Et il faut avouer que par moments, ce sont ces petits clins d’œil et détails qui font la différence, alors que le gameplay reste très « bourrin ». Chacun des personnages est représenté et animé en 2 dimensions, chacun avec sa petite animation et sa mort spécifique. Cartoon oblige, on pourra profiter de certains pianos suspendus au plafond, à faire tomber sur les adversaires pour les transformer en crêpes (littéralement) ou encore à les réduire en tas de cendre avec juste les yeux qui clignent si on fait exploser un baril de TNT juste à côté d’eux… Il faut avouer que c’est plutôt rigolo, tout comme les animations des balles (avec le nombre de balles restantes), qui ne sont pas sans rappeler celles dans le film « Qui veut la peau de Roger Rabbit ? ». Le jeu est d’ailleurs bourré de références et transpire de l’amour des développeurs pour la culture « geek », que ce soient les jeux vidéo avec des références évidentes à Resident Evil (coucou la machine à écrire pour sauvegarder ou le MPD), sans oublier Indiana Jones (pour une revisite d’une scène des aventuriers de l’arche perdue) ou encore à Mickey Mouse et à son Steamboat Willie, sans oublier certaines séquences renvoyant directement à Popeye le marin (épinards à la clé)… On se plait vraiment à suivre les aventures de Jack à Sourisville, même si certaines phases à enchainer, comme le bourrinage d’ennemis au flingue (on vous recommande de booster à mort la James Gun qui reste l’arme la plus efficace du jeu) font qu’on arrive parfois à se lasser un peu face à des rencontres prévisibles… Pire, l’IA des ennemis ne semble parfois pas plus évoluée que celle d’un certain coyote et certains ennemis auront pour simple mouvement de vous foncer dessus dès que vous êtes repéré (difficile dans ces conditions d’utiliser les éléments du décor pour vous en défaire). Il en est de même pour le côté enquête qui s’avère au final assez dirigiste. Lorsque l’on retourne au bureau de Jack pour punaiser les photos et/ou indices, les actions sont automatiques, il n’y a pas à réfléchir, juste à se laisser porter par l’histoire. Il faut admettre que celle-ci est plutôt bien écrite, avec des rebondissements intéressants, chemin faisant on sera amené à suivre différentes enquêtes qui finiront toutes par se recouper… Cela permettra par moments de choisir entre plusieurs destinations en se déplaçant sur une carte pseudo interactive de la ville, mais qui est plus là pour la déco… Fort heureusement le jeu arrive à se démarquer par les zones plutôt variées qu’il est possible de traverser : le manoir du savant fou, un asile psychiatrique, des marais, des studios de cinéma, etc. Cette diversité bienvenue s’accompagne d’affrontements plutôt sympathiques et originaux, contre des boss aux patterns spécifiques. Certaines zones vous permettront même de vous balader plus ou moins librement (moyennant quelques murs invisibles), au milieu d’une foule et de décors mettant toujours en parallèle notre monde et celui où les souris tiennent notre place. Pour nous comté- euh… conter cette histoire, on pourra compter sur un doublage VO de qualité. Outre les dialogues – savoureux – toujours en lien avec le fromage, on s’amusera des répliques de Jack (doublé par Troy Baker – également la voix de Joel dans The Last of U) dont le timbre et l’humour rappellent un peu celui de Jon St. John pour Duke Nukem. Tout le casting est d’ailleurs de qualité et la traduction française est plutôt réussie, ce qui ne gâche rien !
L’ambiance sonore n’est d’ailleurs pas en reste, l’ensemble du jeu est accompagné d’une bande son « jazzy » d’excellente facture ! Celle-ci colle correctement avec l’univers rétro du jeu et s’adapte toujours parfaitement à l’action… La reprise de la symphonie de Dante lors du passage dans un endroit bien spécifique en est un bon exemple… Les développeurs ont vraiment fait du très très bon travail sur l’ensemble de l’univers proposé par le jeu. Cela nous fait même regretter ce côté trop couloir et linéaire, alors qu’on aurait vraiment apprécié profiter d’un monde plus ouvert. Cela se ressent parfois pour certaines quêtes annexes où il faut fureter partout et faire attention à ne pas aller trop loin, sous peine de ne pas pouvoir revenir en arrière dans le niveau et pouvoir l’achever… sachant qu’il n’est pas possible de retourner dans un niveau terminé. C’est dommage, surtout que certains lieux sont fournis en PNJ et donnent vraiment de la vie aux zones que l’on parcourt.
Micey Spicey
D’un point de vue technique, cette version Nintendo Switch 2 est globalement réussie. Elle propose un mode performance, très rapide mais qui a parfois tendance à saccader un peu quand il y a beaucoup d’ennemis à l’écran – chose qui arrive souvent – et un mode qualité, toujours aussi fluide, mais qui s’avère beaucoup plus stable et agréable à jouer. De manière générale le jeu reste agréable à jouer, même si nous avons constaté quelques ralentissements en mode portable (mais rien de bien méchant). Visuellement c’est toujours très propre, notamment au niveau de l’animation des personnages (façon dessin animé), par contre les décors bien qu’intéressants n’offrent pas non plus des détails de folie au niveau de la 3D. L’ensemble du jeu étant en noir et blanc (avec des niveaux de gris), les différentes textures restent assez classiques, mais dans l’esprit voulu par le jeu. Cependant, au fil de la progression, on regrette un peu qu’il n’y ait pas plus de couleurs dans l’animation (à l’image d’un Cuphead par exemple), car l’abus de noir et blanc finit sur le long terme à fatiguer un peu les yeux… Nous n’aurions rien contre un univers plus coloré, avec le même style dessin animé rétro, dans le DLC déjà annoncé…
Un gros travail a également été fait au niveau des contrôles, avec la possibilité de réassigner l’ensemble des boutons comme bon nous semble, ce qui est fort appréciable lorsque l’on a certaines habitudes (même si les configurations d’origine sont assez bien faites, sauf lorsqu’il faut se baisser et actionner un bouton en même temps). Nintendo Switch 2 oblige, le titre propose un mode souris qui fait presque office d’incontournable pour les FPS sur la console hybride de Nintendo. Malgré le bon support de la souris, nous avons majoritairement joué avec la manette, question d’habitude et de côté pratique, assis sur le canapé de la TV (et ce, même si la souris fonctionne très bien sur un pantalon).
On pourrait un peu chipoter sur la police utilisée en VF et qui ne supporte pas les accents, mais cela n’entache pas la progression dans le jeu. Celle-ci s’avèrera plutôt longue et il faudra compter plus d’une bonne dizaine d’heures de jeu pour en voir le bout, ce qui reste dans la bonne moyenne, de surcroit pour un jeu indépendant. Il n’y a pas de mode New Game + une fois la partie terminée et vous recommencerez peut-être de zéro pour terminer les éventuelles quêtes que vous auriez loupées ou pour compléter votre collection de journaux, d’extraits de comics et de cartes de baseball à collectionner !
Car oui, en guise de petit jeu bonus, vous pourrez profiter d’un jeu s’apparentant à une bataille sous forme d’un jeu de baseball, ou vous pourrez vous frotter à une adversaire dans le bar où Jack a ses habitudes. Pas forcément transcendant, ce mini-jeu a le mérite d’être là et on aurait presque voulu qu’il soit un peu plus poussé… Néanmoins on reste satisfait que le plus gros des efforts ait été pour le jeu à proprement parler et au développement de son univers, visuel, animé et sonore !
MOUSE: P.I. For Hire est disponible à 29,99 euros sur l’eShop.
Conclusion
MOUSE: P.I. For Hire n’est pas forcément le jeu de l’année, mais ça reste un bon jeu indépendant… On déplore un peu l’IA des ennemis (absente), mais il faut souligner les affrontements contre certains boss (assez inventifs) et surtout la direction artistique et les nombreuses références que propose le jeu. Assez proche d’une Duke Nukem pour les dialogues et le côté nerveux, on peut être un peu gêné par le côté entièrement en noir et blanc et la répétitivité des situations qui peut avoir tendance à fatiguer à la longue… Toutefois l’histoire (sous fond d’après-guerre et de lutte des classes) est plutôt intéressante et le côté cartoon décalé du titre font mouche ! On espère qu’un second épisode verra le jour, mais cette fois en rajoutant de la couleur et un peu plus de matière grise aux ennemis...
LES PLUS
- La direction artistique
- Les armes décalées
- La bande-son
- Le mode souris
- Les nombreuses références aux films et à d’autres jeux
- L’histoire aussi savoureuse qu’une raclette
LES MOINS
- La répétitivité des affrontements
- Les ralentissements en portable
- Le noir et blanc peut devenir fatigant pour les yeux lors des sessions longues
- Certaines armes moins utiles













