On ne compte plus les « Survivors-like » qui déferlent sur nos consoles depuis le raz-de-marée Vampire Survivors. Pourtant, certains titres parviennent encore à tirer leur épingle du jeu, et Jotunnslayer : Hordes of Hel fait indéniablement partie de ceux-là. Déjà remarqué sur PC et autres machines, le voici qui débarque sur Nintendo Switch 2 avec l’intégralité du contenu sorti à ce jour, DLC payants mis à part. Développé par Games Farm et ARTillery, édité par Grindstone, ce rogue-lite à l’ambiance ouvertement nordique promet de longues heures de baston frénétique. On en a passé des dizaines à arpenter les Neuf Royaumes, et si la formule reste incroyablement addictive, cette version portable accuse quelques sérieuses fêlures techniques qui ternissent le tableau.
Quand les dieux réclament un champion
On incarne un guerrier déchu, condamné à errer dans les domaines de Hel. Pour laver son honneur et obtenir les faveurs divines, il devra survivre à des vagues d’ennemis toujours plus nombreux, accomplir des rites imposés par les dieux et terrasser des Jötunn, ces créatures colossales qui patientent en fin de niveau. Pas de longs dialogues ni de quêtes filandreuses : le récit est entièrement au service de l’action. L’univers, lui, puise avec une vraie fidélité dans la mythologie scandinave, entre décors gelés, flammes éternelles et marais putrides. On sent une réelle affection des développeurs pour cette imagerie, et l’atmosphère qui s’en dégage donne une identité forte au jeu, bien plus sombre et brutale que la plupart de ses concurrents.
Comme tout bon représentant du genre, Jotunnslayer repose sur un personnage qui attaque automatiquement les ennemis à portée, tandis que le joueur se concentre sur le déplacement et l’esquive. Là où le titre se distingue, c’est par sa structure en « missions ». Chaque partie vous enferme dans une arène pour une durée fixe – généralement une quinzaine de minutes – durant laquelle il ne suffit pas de survivre. Il faut allumer des braseros, défendre des pylônes sacrificiels, résoudre de petites énigmes runiques ou éliminer des cibles précises. Autant d’objectifs qui vous obligent à bouger constamment, à repousser votre zone de confort et à prendre des risques. Une fois les tâches accomplies, le boss final se réveille et le chronomètre s’arrête, offrant un affrontement épique sans pression temporelle. Cette approche insuffle une tension bienvenue et évite la routine du « tourner en rond en ramassant de l’XP ».
On a également aimé la profondeur des builds. Sept héros sont disponibles de base (huit avec le DLC Conan le Barbare), chacun doté d’une attaque de départ, d’une compétence spéciale et d’un style distinct. La Berserker régénère sa vie en frappant, le Revenant tire à l’arc épaulé par un loup spectral, la Sœur des Flammes mise sur la mobilité et les dégâts de zone, tandis que la Valkyrie bannie allonge sa lance avec une allonge redoutable. Mais le véritable atout repose sur les bénédictions divines. Neuf dieux (dix avec le DLC) proposent des pouvoirs en cours de partie, à choisir parmi trois élus par run. Impossible de piocher au-delà de ce trio une fois le troisième dieu sélectionné. Construire des synergies devient alors un casse-tête passionnant : geler les hordes avec Skadi avant de les foudroyer avec Thor, ou encore les empoisonner avec les illusions de Loki tout en se renforçant via les passifs d’Odin. Quand tout s’aligne, on se sent véritablement invincible, porté par une avalanche d’effets visuels qui nettoient l’écran avec une rare satisfaction.
La progression permanente, elle, ne fait qu’accentuer ce cercle vertueux. Entre chaque tentative, l’or récolté est sacrifié en points de compétence pour améliorer durablement les héros, mais aussi les dieux eux-mêmes. Mieux : on peut redistribuer ces points gratuitement à tout moment, une souplesse qui encourage l’expérimentation sans jamais punir la curiosité. S’ajoutent à cela plusieurs niveaux de difficulté, un mode Infini et des modificateurs qui renouvellent constamment l’expérience.
Coopération locale, une évidence sur Switch 2
La version Switch 2 a l’élégance d’intégrer un mode coopératif à deux joueurs en local et ce, sans manette supplémentaire. Puisque les Joy-Con se séparent et que les attaques sont automatiques, un seul stick par personne suffit amplement. On a passé de longues heures à deux, l’un enflammant les monstres tandis que l’autre les paralysait dans la glace, et le plaisir décuplé est indéniable. La coordination devient cruciale face aux boss, et la cacophonie visuelle qui en résulte n’enlève rien au fun, bien au contraire. Dommage, hélas, que les performances viennent doucher l’enthousiasme.
Visuellement, Jotunnslayer est sans doute le plus beau représentant du genre. Exit les pixels cheap, place à une 3D détaillée, des textures soignées, des éclairages travaillés et des boss gigantesques qui évoquent l’esprit de Diablo IV. Chaque royaume possède sa propre ambiance, des glaces de Niflheim aux terres calcinées de Muspelheim, et les effets de sorts illuminent l’arène de manière spectaculaire. Même sur Switch 2, la claque graphique est réelle pour un tel titre, et les compromis consentis sur la résolution ou la distance d’affichage se font vite oublier lorsque l’écran se remplit de créatures.
Là où le bât blesse, c’est la tenue en performance. Contrairement aux versions Xbox Series et PlayStation 5 qui visent 60 FPS, le portage Switch 2 est plafonné à 30 images par seconde – et encore, ce cap n’est pas toujours respecté. Dès que les combats s’intensifient, surtout en coopération ou dans les derniers royaumes, les chutes de framerate deviennent perceptibles. Lors des esquives ou des attaques spéciales qui exigent un minimum de précision, ces ralentissements peuvent coûter une vie. C’est d’autant plus frustrant que le jeu est par ailleurs très accessible (visée automatique par défaut, mode twin-stick optionnel pour les puristes) et manette en main, la prise en main est immédiate. Mais quand l’action part en vrille, la technique ne suit plus.
Une bande-son martiale, mais discrète
Côté audio, Jotunnslayer livre une partition épique et martiale, avec des chœurs menaçants et des percussions tribales qui collent parfaitement à l’ambiance guerrière. Les effets sonores donnent un bon retour de puissance lors des éclairs de Thor ou des explosions de lave. Cependant, la musique se fait vite répétitive et manque de morceaux mémorables. Nous avons aussi rencontré, durant nos sessions les plus chargées, de brèves coupures du son ou des effets qui disparaissaient, signe supplémentaire que l’optimisation n’est pas irréprochable.
Sur le papier, Jotunnslayer: Hordes of Hel a de quoi vous occuper plusieurs dizaines d’heures. Débloquer les sept héros, tester toutes les combinaisons divines, monter chaque dieu au maximum, affronter les différents paliers de difficulté, se frotter au mode Infini… le contenu est dense et la boucle de gameplay si accrocheuse qu’on se surprend à enchaîner les runs sans voir le temps passer. La promesse du « juste une dernière » fonctionne à plein régime. Proposé aux alentours de 20 euros, le titre offre un rapport qualité-prix flatteur – si l’on fait abstraction de l’instabilité chronique qui plombe le portage.
Conclusion
Jotunnslayer: Hordes of Hel est un Survivors-like brillant, enrichi d’une profondeur tactique bienvenue et d’une direction artistique remarquable. Son système de bénédictions divines, ses missions dynamiques et sa progression souple en font l’un des meilleurs représentants du genre, et le mode coopératif local s’intègre idéalement à la philosophie de la Switch 2. Malheureusement, cette version portable souffre de performances irrégulières qui brisent l’élan dès les derniers royaumes. Sur Switch 2, l’expérience demeure plaisante pour des sessions courtes ou des runs tranquilles, mais les guerriers les plus acharnés risquent de trouver Hel bien trop instable.
LES PLUS
- Une boucle de gameplay extrêmement addictive
- Une grande profondeur tactique grâce aux bénédictions
- Sept héros aux styles vraiment distincts
- La progression permanente entre les runs est souple et gratifiante
- La coopération locale à deux joueurs est parfaitement adaptée à la Switch 2
- Une direction artistique sombre et soignée
- Un contenu généreux
- De nombreuses options d’accessibilité
LES MOINS
- Des performances techniques décevantes
- La bande-son s’avère répétitive
- Le level design des arènes reste assez basique
- La technique fragile trahit un portage peu optimisé










