Dans l’univers du roguelike, si le poker a trouvé son maître incontesté avec Balatro, le blackjack dispose désormais de son représentant attitré, avec Dungeons & Degenerate Gamblers. Le titre du développeur néo-zélandais Michael Davis (alias Purple Moss Collectors) vient d’arriver sur la Nintendo Switch, et promet de transformer chaque partie en une frénétique envie d’amasser des jetons et de battre vos adversaires avec des decks personnalisés. Entre deckbuilding, stop ou encore, blackjack et affrontement, est-ce que Balatro va enfin connaître un successeur ?
Dungeons & Degenerate Gamblers est disponible depuis le 9 octobre 2026 sur l’eShop au prix de 14,79 euros, en français.
Tout commence dans le bar du coin
On ne lance pas Dungeons & Degenerate Gamblers pour vivre une épopée narrative hollywoodienne avec une frise chronologique complexe. L’histoire sert avant tout de prétexte à cette aventure cynique, pleine d’humour et de références.
Vous incarnez un joueur anonyme, que vous allez personnaliser via une carte d’identité, et franchissez le seuil d’une taverne lugubre qui sent fort le houblon, le renfermé et le jeton de casino bon marché.
Cet établissement n’a rien d’un havre de paix, ici, les clients, les videurs et le personnel règlent le moindre différend autour d’un tapis vert, armés de jeux de cartes complètement trafiquées.
Votre objectif consiste à vous frayer un chemin étage par étage, en affrontant des flambeurs toujours plus corrompus et excentriques pour atteindre le sommet (ou explorer les profondeurs) de la bâtisse.
Même si on ne peut pas parler “d’histoire” tellement l’intrigue tient sur un ticket de caisse, l’univers est baigné d’une ambiance très réussie, versant dans le burlesque et la parodie. Les dialogues et les réparties des PNJ regorgent de clins d’œil à la pop-culture et aux jeux de rôle (cartes Pokémon officieuses, références à Hearthstone, The Witcher, Balatro, Dracula, cartes de fidélité ou mèmes crypto).
Cet amas de petits easter eggs, amène une identité forte aux affrontements et transforme ce qui aurait pu être une simple suite de parties de cartes en une véritable traversée des bas-fonds.
Le cousin déjanté du blackjack
Vous l’aurez compris, à l’instar de Balatro, Dungeons & Degenerate Gamblers repose sur une réécriture ingénieuse et hautement stratégique du blackjack traditionnel. Dans une partie classique de 21, vous choisissez de tirer une carte (Hit) ou de vous arrêter (Stand), c’est la base du genre “stop ou encore”.
L’objectif est d’atteindre ou de frôler le score de 21 sans jamais le dépasser (Bust). Dungeons & Degenerate Gamblers conserve cette mécanique, mais modifie radicalement les enjeux, avec notamment un système de points de vie. Chaque manche est un duel contre un adversaire. Lorsque les deux joueurs s’arrêtent, le score le plus élevé remporte la manche et inflige à l’adversaire des dégâts égaux à la différence entre les deux scores.
Exemple : Vous faites un score de 20/21 et vous choisissez judicieusement de vous arrêter (Stand), et votre adversaire s’arrête à 17/21. Vous allez donc infliger un montant de dégâts de 3 points, soit la différence entre les deux scores. Par contre, si votre adversaire avait décidé de continuer et avait un score de 23/21 (Bust), vous lui infligez 20 points de dégâts, soit la totalité de votre score.
La punition du Dépassement (Bust) est par contre bien plus violente. Si vous dépassez 21, votre score tombe immédiatement à zéro. Votre adversaire vous inflige alors la totalité de son score en dégât direct à vos HP. Le risque devient instantanément palpable et chaque tirage de carte supplémentaire fait monter la tension.
Exemple : Vous faites un score de 23/21 et vous avez donc dépassé la limite (Bust), votre adversaire, lui, s’arrête à 17/21. Vous allez donc recevoir un montant de dégâts de 17 points, soit la totalité de son score.
Le principe du « Bien Gagner », va donc rapidement entrer en jeu. Si votre adversaire dépasse la limite alors que vous stagnez à un faible score (14 par exemple), vous avez tout intérêt à prendre le risque de tirer une carte de plus. Augmenter votre score vous permettra d’infliger des dégâts dévastateurs pour éliminer l’adversaire plus rapidement.
Tordre le 21 sans jamais Bust
Au début de votre aventure dans Dungeons & Degenerate Gamblers, votre deck comporte 13 cartes classiques d’une seule couleur (Coeur ou Carreau ou Pique ou Trèfle), chacune déclenchant un effet bonus si vous obtenez un blackjack parfait (21 pile-poil).
Le Cœur soigne vos points de vie, le Trèfle augmente les dégâts infligés, le Carreau génère des jetons supplémentaires et le Pique octroie des points de bouclier pour absorber les futures attaques.
Au fil des victoires et des rencontres dans les événements de la taverne (boutiques, hôtels, roulettes, faussaires, etc.), vous enrichissez votre paquet avec des cartes sortant totalement des normes du casino. Le jeu propose plus de 300 cartes uniques et à collectionner.
Cartes à valeurs décimales ou négatives, cartes de donneur de sang, cartes mémoire PS1, bons de sortie de prison façon Monopoly ou cartes altérant la limite de score de l’adversaire à 20 pour le forcer au Bust, tout est bon pour forcer le destin et tenter de remporter la partie en même temps qu’un maximum de jetons.
S’ajoute à cela le système “d’Atout” (des points de ressource accumulés sous certaines conditions), symbolisé par des jetons oranges en haut de l’écran, qui permet de déclencher des effets dévastateurs à partir de cartes spéciales gardées directement dans votre main plutôt que sur la table. Et un système de « Porte-bonheur”, des reliques passives permanentes que vous pouvez équiper en plus de votre deck de blackjack.
Le jeu complet en compte plus de 50 différents, ils procurent des bonus capables de briser les règles classiques du blackjack ou de transformer des mains médiocres en véritables avantages stratégiques pour contrer les adversaires. Ils influencent grandement la manière dont vous allez construire votre paquet de cartes au fil de l’exploration.
En jeu, la navigation aux joysticks et aux boutons s’avère fluide et intuitive pour enchaîner rapidement les choix Hit ou Stand. L’effet de surbrillance, lorsque vous sélectionnez un des éléments, pourrait être un peu plus prononcé pour être un peu plus visible, mais c’est un petit chipotage.
L’ergonomie en mode portable est particulièrement agréable, transformant le titre en un compagnon de jeu idéal pour les courtes sessions. On regrettera simplement que la lecture de certaines cartes très chargées en texte demande un léger temps d’adaptation sur le petit écran de la Switch. D’autant que certains effets demandent parfois plusieurs lectures par leur complexité.
Le strict minimum visuel et sonore
Visuellement, Dungeons & Degenerate Gamblers fait le choix du minimalisme avec un style pixel art très 16-bit évoquant l’ambiance des jeux rétro et des casinos miteux. Les éléments sont bien modélisés et les portraits des adversaires sont grotesques et amusants.
Nous aurions apprécié un peu plus de détails sur les visages des PNJ avec des portraits qui se dégradent au fur et à mesure qu’on les bat, un peu comme le héros de Doom, lorsqu’il prend des coups. Cela aurait apporté une référence supplémentaire et surtout un peu de dynamisme aux affrontements.
Justement, ce dynamisme, la direction artistique en manque parfois durant le jeu. Contrairement à d’autres références du genre qui multiplient les effets visuels clinquants à chaque décompte de point, Dungeons & Degenerate Gamblers reste très sobre.
La table de jeu évolue peu selon les étages et l’absence d’animations lors de la manipulation des cartes se fait sentir, provoquant un côté très statique. Heureusement, le titre tourne comme une horloge, sans aucun ralentissement, que ce soit sur TV en mode docké ou en mode portable, avec une compatibilité pour l’écran tactile.
Côté bande-son, il n’y a malheureusement pas grand chose à dire, il y a bien des musiques pour accompagner vos parties mais elles sont en réalité aussi oubliables que votre première paire de chaussettes, et les effets sonores sont très discrets. Ne vous embêtez pas à jouer au casque, mettez vous plutôt un peu de musique à côté, c’est bien plus agréable.
Combien de jetons sur la table ?
Pour un prix de lancement sous la barre des 15 euros, le contenu proposé de ce Dungeons & Degenerate Gamblers est particulièrement généreux. En fonction du chemin que vous suivrez, vous pourrez passer parmi une dizaine de salles différentes et affronter une soixantaine d’adversaires.
En ajoutant à cela les mini-jeux entre les étages comme la roulette, le bonneteau, le Pachinko, et bien d’autres… les 300 cartes et les 50 porte-bonheurs uniques à découvrir et collectionner, ainsi que les 18 decks de départ déverrouillables, il y a de quoi s’amuser.
Il faut compter environ 10 à 15 heures pour venir à bout d’une première victoire et commencer à explorer l’éventail des paquets déblocables. Pour les complétistes souhaitant découvrir l’intégralité de la collection de cartes et maîtriser les niveaux de difficulté supérieurs, la durée de vie dépasse facilement les 30 heures.
Cependant, le titre peut souffrir d’une certaine répétitivité. L’absence de méta-progression permanente (pas d’améliorations statistiques conservées d’une défaite à l’autre) et la simplicité inhérente au blackjack font que les premiers affrontements d’une session peuvent finir par se ressembler après une dizaine d’essais.
De plus, la part de hasard s’avère parfois punitive lors des derniers étages si vous n’avez pas réussi à obtenir les cartes de contre adéquates. Aussi, contrairement à un Balatro, très lisible avec ses Jokers toujours présents en haut de l’écran, Dungeons & Degenerate Gamblers propose des cartes avec des effets variés qui peuvent se combiner, mais qui sont dans le deck.
Elles en deviennent, du coup, moins accessibles et lisibles, puisque vous devez constamment aller regarder dans votre deck ce que vous avez, ou faire marcher votre mémoire. Et bien entendu, naviguer entre votre deck et vos porte-bonheurs en haut d’écran pour vérifier que vos synergies vont fonctionner.
Conclusion
Dungeons & Degenerate Gamblers réussit brillamment son pari d'adapter le blackjack aux codes du roguelike deckbuilder. En transformant un jeu de casino austère en un duel tactique d'une absurdité jubilatoire, le studio Purple Moss Collectors offre une expérience hautement addictive et rafraîchissante. Malgré une réalisation visuelle très modeste et statique, ainsi qu’une part de hasard parfois frustrante, la richesse des synergies et l'humour omniprésent en font un incontournable pour les amateurs de jeux de cartes. La lisibilité de certaines cartes, par les effets complexes ou la taille des textes, est un point de douleur par moment, mais heureusement compensée par une fluidité exemplaire. Sur Nintendo Switch, le format portable fonctionne parfaitement et en fait un titre idéal pour enchaîner les parties à tout moment.
LES PLUS
- La réinvention intelligente des règles du blackjack
- Un catalogue de plus de 300 cartes aux multiples effets
- Une excellente rejouabilité
- De nombreux decks de départ et synergies
- Un humour grinçant et une multitude de références et easter egg à découvrir
- Parfaitement adapté au jeu portable sur Nintendo Switch
- Une fluidité impeccable
- Utilisation du tactile possible et fonctionnelle
- Un excellent rapport qualité/prix
- Les mini-jeux entre les étages sont bienvenus
LES MOINS
- Réalisation visuelle un peu simpliste et statique
- La RNG peut parfois bloquer la progression de manière injuste
- Une narration en retrait
- Une partie sonore complètement oubliable
- Un début de session qui devient répétitif sur le long terme
- Certains effets sont complexes et longs à lire
- Les cartes à effets sont moins visibles une fois dans le deck pour vérifier vos synergies
- Pas de méta-progression






