Cela devient une habitude chez Milestone. Chaque année, on attend la fournée annuelle de MotoGP avec un mélange d’excitation pour les nouveaux pilotes et d’une forme de résignation technique. L’an passé, on avait grincé des dents en découvrant un MotoGP 25 sur Switch qui peinait à justifier son passage sous Unreal Engine 5, affichant un aliasing agressif et une végétation qui semblait tout droit sortie d’un jeu PlayStation 2. Avec l’arrivée de la Switch 2 et sa puissance décuplée, l’espoir était permis. On attendait un virage, une sortie de l’anonymat graphique. Alors, cette cuvée 2026 est-elle celle qui remet les pendules à l’heure pour les pilotes Nintendo ?
L’ascension dans un paddock qui vit (enfin)
Pour ceux qui ne suivent pas le paddock du jeu vidéo, Milestone S.r.l. est une vieille connaissance. Basé à Milan, ce studio italien est le maître incontesté de la simulation deux-roues depuis plus de deux décennies (SBK, Ride, MXGP). Ils connaissent la moto sur le bout des gommes. Mais leur relation avec le hardware Nintendo a souvent été orageuse. Sur l’ancienne Switch, on avait trop souvent droit à un service minimum en matière de technique. Avec MotoGP 26, le studio semble enfin avoir pris la mesure de la Switch 2. On ne peut pas encore parler de parité parfaite avec la version PS5, mais on est sorti de la zone de relégation. La base est là, et on se surprend à rêver à ce que pourrait être MotoGP 27 l’an prochain si cette dynamique de progression se poursuit.
Le but du jeu est inchangé : devenir une légende. Mais cette année, le « comment » a pris une dimension plus humaine. Le mode Carrière, toujours le cœur battant du titre, ne se contente plus de vous balancer de course en course. On démarre en Moto3 avec l’ambition de gravir les échelons, mais cette fois, on le fait dans un Paddock entièrement modélisé en 3D. Ce n’est pas juste un menu glorifié, c’est un vrai hub. On y vit les à-côtés de la course : les conférences de presse du jeudi où l’on peut défier publiquement un rival ou mettre la pression sur nos ingénieurs pour un développement moteur plus rapide.
L’ajout le plus malin concerne la gestion de carrière avec un manager dédié. Finies les signatures de contrat incompréhensibles entre deux portes. Ici, notre agent gère les négociations, les réunions avec les constructeurs et affine la stratégie. Et pour la première fois, on peut incarner un « vrai » héros et tenter de réécrire son destin, une petite touche scénaristique qui donne plus de saveur à la progression classique Moto3 -> Moto2 -> MotoGP.
Entre Arcade et Pro, l’équilibre parfait
Milestone continue de tendre la main aux novices. On ne le répétera jamais assez : piloter une MotoGP en simulation, c’est une boucherie si on n’a pas les bons réflexes. Le mode Arcade, amélioré cette année, est une bénédiction. Il lisse les aides au freinage (ABS) et sauve la mise quand on part brouter l’herbe ou les graviers. C’est le mode « plaisir immédiat » pour essorer la poignée sans se retrouver dans le bac à sable tous les trois virages.
Pour les puristes, le mode Pro est un Graal exigeant. La grande nouveauté physique réside dans la gestion du poids du pilote. Ce n’est plus seulement la moto qui tourne, c’est le bonhomme dessus. On sent un transfert de masse plus réaliste, une connexion plus organique avec l’asphalte. Cela permet des corrections plus fines en milieu de courbe et un freinage plus progressif. On est vraiment aux commandes d’un engin de 300 chevaux qui se cabre si on maltraite la gâchette.
On ne saluera jamais assez le travail de Milestone sur l’IA. Dans MotoGP 26, les adversaires ne roulent pas sur des rails. Ils varient leurs trajectoires, ils commettent des fautes, tombent même parfois tout seuls sous la pression. Le système Dynamic Rider Ratings est une excellente idée : il synchronise les forces et faiblesses des pilotes IA avec leurs performances réelles en championnat. Toprak Razgatlıoğlu ne pilote pas comme un rookie. De plus, l’option de difficulté Adaptative est une merveille. Elle ajuste le niveau des rivaux en temps réel en fonction de votre rythme. On passe du temps à rouler, pas à trifouiller les curseurs dans les options.
Le virage Switch 2 est-il assez serré ?
C’est LA question qui brûlait les lèvres. La réponse est : oui, l’effort est palpable et c’est un soulagement. Oubliez le crénelage grossier des arbres et les rochers cubiques de l’opus précédent sur la Switch première du nom. Sur Switch 2, le rendu est propre. L’aliasing est maîtrisé, y compris dans les séquences où il était particulièrement visible comme sur la grille de départ ou au stand. Les décors, bien que toujours un peu statiques dans les tribunes (on ne verra jamais de véritable vie bouillonner dans les gradins), ne piquent plus les yeux.
Les motos et les combinaisons sont parfaitement modélisées, les animations des pilotes sont fluides et naturelles. Le framerate, et c’est primordial pour un jeu de vitesse, tient la route. Que l’on joue en mode portable ou sur la télé, on ne subit pas de chute d’image intempestive en pleine bagarre dans le peloton. Le seul vestige du passé qui persiste, ce sont les temps de chargement toujours longuets. On attend, mais au moins, ce qu’on voit après le chargement vaut désormais le coup d’œil.
La bande-son et les commentaires sont le parent pauvre de la série depuis des années. Les musiques sont d’un banal affligeant, juste bonnes à meubler le silence du paddock. Les commentaires français sont clairs, précis, mais totalement dénués de passion. C’est une litanie d’informations débitée sans saveur. On sent que le budget doublage n’est pas la priorité, et c’est bien dommage car une bonne voix qui s’enflamme dans le dernier tour change tout.
Riche, mais bridé en ligne
Il y a de quoi faire. Le calendrier officiel 2026 est complet avec le retour du Grand Prix du Brésil. Le mode Race Off revient avec le circuit inédit de Canterbury Park et l’arrivée des Production Bikes (1000 cm3), parfait pour des sessions plus détendues entre potes ou pour s’entraîner sans la pression du championnat. Les collectionneurs apprécieront les cartes à débloquer illustrées par l’artiste Ranka Fujiwara, qui ajoutent une couche de progression annexe sympathique.
Mais venons en à l’énorme Hic, celui qui fâche et qui entache ce test : L’exclusion du multijoueur cross-plateforme et les grilles réduites.
Sur Switch et Switch 2, c’est une hérésie qui perdure. Alors que le jeu propose de puissants outils d’édition pour créer des casques et des combinaisons de toute beauté, il est impossible de partager ses créations avec la communauté sur consoles Nintendo. Le partage de données est désactivé. C’était déjà le cas sur l’ancienne Switch, et ce n’est pas le sursaut de puissance de la Switch 2 qui a changé la politique de Milestone/Nintendo sur ce point. C’est frustrant, d’autant que la contrainte technique est théoriquement levée.
Pire encore : les grilles de départ sont limitées à 12 pilotes en ligne contre 22 ailleurs. Le crossplay est tout bonnement inexistant. On se retrouve dans un couloir de nage fermé, alors que le reste du monde s’amuse dans le grand bain. C’est un défaut rédhibitoire pour qui veut jouer en ligne sur la durée.
Conclusion
Un pas de géant dans le garage, un pas de fourmi sur la piste en ligne. MotoGP 26 sur Switch 2 est une très bonne surprise technique. On tient enfin une version Nintendo qui ne fait pas honte quand on la compare aux autres supports. La modélisation est propre, la physique est excellente et le contenu solo est monstrueux grâce à un mode Carrière profond et des ajouts de gameplay bien sentis comme le manager ou les conférences de presse. La Switch 2 prouve qu’elle a les épaules pour le moteur Unreal Engine 5 quand les développeurs s’en donnent la peine. Cependant, Milestone continue de traiter les joueurs Nintendo comme des citoyens de seconde zone concernant les fonctionnalités en ligne. L’absence de crossplay et de partage de créations sur une console qui dispose enfin de la puissance nécessaire est injustifiable. Si vous êtes un pilote solitaire, fan de carrière et de contre-la-montre, foncez, c’est la meilleure version portable de MotoGP jamais conçue. Mais si vous rêviez de défier le monde entier ou de montrer votre nouveau casque customisé à vos amis Xbox, il faudra encore prendre votre mal en patience… et espérer que pour MotoGP 27, le drapeau à damier de l’égalité technique soit enfin agité.
LES PLUS
- Modélisation graphique nettement améliorée par rapport à MotoGP 25
- Fluidité constante du framerate, aucune baisse de régime quel que soit le nombre d'éléments à l'écran
- Mode Carrière enrichi avec un paddock 3D complet
- Ajout des conférences de presse du jeudi influençant la carrière
- Présence d'un manager dédié pour les négociations et le marché des transferts
- Mode Arcade optimisé pour les débutants
- Physique de pilotage repensée axée sur la gestion du poids du pilote
- Intelligence Artificielle de très haut niveau
- Système "Dynamic Rider Ratings" lié aux performances réelles des pilotes
- Contenu officiel complet saison 2026 : circuits, 38 équipes, plus de 70 pilotes
- Retour du Grand Prix du Brésil au calendrier
- Modélisation des motos et animations des pilotes de qualité équivalente aux autres versions
LES MOINS
- Le format code-in-a-box sur Switch 2
- Crossplay non disponible sur Nintendo Switch 2
- Grille de départ limitée à 12 pilotes en ligne (contre 22 sur les autres plateformes)
- Partage de données (créations de casques, numéros, combinaisons) non disponible sur Nintendo Switch 2
- Sensibilité des gâchettes des Joy-Con problématique pour le dosage précis freinage/accélération sans aides
- Temps de chargement toujours un poil longuets
- Tribunes et environnements de bord de piste manquant encore de vie
- Bandes-son et musiques inchangées, dispensables









