En février 2024, Balatro avait marqué un nouveau tournant dans l’évolution rapide du roguelike en popularisant le mélange deck-building et jeu de hasard. Après des millions de vente et des récompenses prestigieuses à la pelle (dont le Game Award du meilleur jeu indépendant), Balatro voit accoucher de nombreux enfants qui reposent sur cette même idée, de Peglin à Dungeon Clawler. Notre regard se tourne désormais du côté de l’Autriche avec les développeurs Mi’Pu’Mi Games qui, après les très intéressants The Lion’s Song et The Flower Collectors, s’essaient à ce mélange en vogue en nous proposant Black Jacket, un match-up entre le blackjack et le roguelite. Que nous donne ce titre, disponible à quinze euros sur l’eShop depuis le 12 mai 2025 ?
Un peu de Balatro, un peu d’Inscryption et du blackjack
Dans Black Jacket, nous venons de mourir et atterrissons directement aux Enfers. Bien que notre mémoire est lacunaire, le passeur nous propose, en échange de quelques pièces, de remonter à la surface. Avec l’aide du blackjack, nous allons essayer de récupérer la somme nécessaire pour retrouver notre vie d’avant.
Le concept de Black Jacket est simple à comprendre mais dur à maîtriser. Nous sommes dans un roguelite deck-building dans lequel nous allons affronter des adversaires au blackjack. Le blackjack, c’est ce jeu d’argent et de hasard dans lequel nous devons nous rapprocher le plus possible de 21 sans jamais le dépasser.
Là où Black Jacket se démarque de Balatro, c’est dans son approche du gameplay. Le jeu, contrairement à son prédécesseur, ne repose sur le hasard mais sur la stratégie. Chaque famille de cartes (cœur, trèfle, pique mais aussi des plus « originales » comme tumeur) peuvent être éveillées et obtenir des pouvoirs très pratiques pour modifier le cours de chaque manche pour remporter la partie.
Les cœurs, par exemple, reposent sur le concept de cartes brisées. Nous pouvons briser les cartes adverses pour que les cartes posées par l’adversaire deviennent leur opposé. Un 8 peut devenir un -8 ce qui éloigne notre concurrent de 21. Les piques fonctionnent à l’aide de cartes malus qui viennent s’ajouter au deck de l’adversaire et qui peuvent lui faire vivre un vrai calvaire.
La table de jeu est limitée à cinq emplacements par manche, donc en théorie cinq cartes par manche. Cependant, grâce aux cartes vides et celles qui dévorent, il est possible de jouer astucieusement pour cumuler les cartes et se rapprocher au mieux de 21 tout en lançant des effets néfastes à notre adversaire.
Nous possédons un nombre de jetons prédéfinis au début de chaque « combat ». Nous gagnons quand l’adversaire n’a plus de jeton, et a contrario, c’est nous qui perdons si nous nous retrouvons fanny. Lui comme nous sommes obligés de miser deux jetons par manche, tout en sachant que certains emplacements de carte coûtent des jetons et que certaines cartes nous forcent à en dépenser encore plus.
Si nous gagnons la manche, nous récupérons notre mise et mettons celle de l’adversaire dans le pot du gagnant. Ce pot est limité en nombre de jetons, et donc si la partie s’éternise, nous risquons de perdre de précieux jetons dans la bataille.
Un gameplay maîtrisé et parfaitement réalisé
Black Jacket repose sur une progression à la Slay the Spire où nous devons choisir entre plusieurs chemins avant d’affronter un boss à la fin de l’étage. Les jetons précédemment gagnés et placés dans le pot du vainqueur peuvent être utilisés en boutique. Dans celle-ci, nous pouvons retirer une carte de notre deck, éveiller une carte (pour activer son pouvoir) mais aussi acheter de nouvelles cartes et des reliques.
Les reliques sont des objets très chers et souvent très puissants qui, régulièrement, nous rendent surpuissants. Le trombone permet par exemple de passer de 22 à 21, ce qui change totalement notre façon de jouer. Il faut aussi prendre en compte que les cartes éveillées peuvent avoir deux nombres. Comme l’As qui peut être à la fois 1 et 11, certaines cartes possèdent plusieurs nombres qui offrent de nombreuses possibilités.
Les cartes figure ont des symbioses entre elles qui ont un lien avec les personnages (les boss) que nous allons rencontrer. Comme celles-ci sont liées au récit, nous resterons succinct à ce sujet, mais sachez que la dame, placée à côté du valet, peut par exemple devenir une carte vide.
Le jeu nous amène à affronter plusieurs fois les mêmes boss pour découvrir les liens que nous possédons entre eux. Chaque boss possède ses propres effets et ses propres cartes : l’enfant, par exemple, joue des cartes train qui déplacent les cartes sur la table. Certaines cartes surpuissantes peuvent même aller chez l’adversaire à notre grand désespoir !
À chaque partie gagnée ou perdue, nous accomplissons des objectifs qui vont nous permettre de débloquer des améliorations permanentes ainsi que de nouvelles reliques. Nous débloquons à chaque victoire une difficulté supplémentaire avec des malus comme des cartes maudites impossibles à retirer de notre deck.
Black Jacket est une pépite du roguelite, avec un gameplay aux petits oignons et une ambiance étrangement attirante qui aurait pu prétendre au panthéon des roguelites avec un contenu plus fourni.
Contrairement à Balatro qui peut être frustrant dans son aléatoire, Black Jacket repose en grande partie sur notre talent et notre stratégie. Chaque famille de cartes est intelligemment bien pensée et permet de créer des combos dévastateurs pour annihiler les coups bas de nos adversaires.
Le concept est aussi addictif que bien exécuté, et même après les premières victoires, nous continuons d’augmenter la difficulté afin de voir la fin du jeu, et ce malgré la répétitivité et le manque de contenu.
Mais un contenu pas assez étoffé et des parties qui se ressemblent
Mi’Pu’Mi Games a réussi à transformer un concept aussi simple que le blackjack en jeu profond, bien construit et agréable manette en main. Même si l’histoire est assez « chiche », elle est prenante grâce à son point de vue cryptique et mystérieux ainsi que sa lente progression qui nous oblige à répéter les combats contre les boss pour en savoir un peu plus.
En plus d’être une très belle surprise, Black Jacket avait vraiment le potentiel de devenir un indispensable, cependant, de nombreux défauts (pas rédhibitoires) transforment cette potentielle pépite en jeu agréable à essayer en promotion.
Le contenu est faible et les parties finissent assez rapidement par se ressembler. Ce manque de contenu impacte chaque strate du jeu, de son gameplay à son récit. Si le gameplay est intelligemment bien pensé, nous finissons rapidement par trouver les combos qui nous plaisent et qui nous permettent de gagner sans chercher à varier nos parties. Nous devinons aussi rapidement le dénouement de l’histoire, et la surprise finale n’en est pas vraiment une.
Comme les boss sont volontairement les mêmes, que les cartes restent finalement assez limitées (huit familles de cartes aux effets bien identifiables), les parties finissent par devenir assez ternes. Il est toujours agréable de gagner car la victoire repose sur notre talent, mais cette victoire devient de plus en plus terne.
La fin du jeu, qui nous amène à affronter X fois chaque boss pour débloquer le boss final, atténue aussi le plaisir. L’histoire se révèle être assez peu fournie dans ce qu’elle propose et nous restons sur notre faim, comme si l’expérience n’était qu’un apéritif onctueux mais peu nourrissant.
La durée de vie est assez faible, hormis pour ceux qui voudront atteindre la difficulté maximale. Nous avons atteint le boss final en sept heures, mais il est sûr que certains seront plus rapides que nous tant nos débuts ont été un peu… délicats et que l’aléatoire des boss rencontrés nous a donné du fil à retordre. Pour quinze euros, nous ne sommes pas sûrs que ce soit intéressant : en revanche, avec une promotion, il ne faut surtout pas hésiter tant le contenu est qualitatif.
Les graphismes sont intrigants et Black Jacket se démarque par son atmosphère et sa bande-son qui rappellent à bien des égards l’OVNI Inscryption (sans l’épouvante). Nous sommes bercés par ce côté cryptique et mystérieux qui réussit à attiser notre curiosité dès le premier regard.
Le jeu est par ailleurs intégralement doublé en anglais, et hormis la voix du narrateur principal qui devient un peu agaçante en surjouant, nous ne boudons pas notre plaisir avec ce doublage qui ajoute une profondeur à l’expérience.
Nous vous ajoutons une vidéo de trente minutes réalisée lors de notre découverte du jeu. Sans commentaire, elle permettra, nous l’espérons, de vous donner un aperçu de l’expérience. Notons aussi que le jeu sur Nintendo Switch ne propose pas de tactile même si ce n’est pas dérangeant du tout.
Conclusion
Black Jacket est une pépite du roguelite deck-building. Avec son gameplay soigné qui repose bien plus sur la stratégie que le hasard, les développeurs de Mi’Pu’Mi Games réussissent une expérience agréable manette en main, le tout dans un superbe écrin qui nous subjugue dès les premières minutes passées sur le jeu. Malheureusement, le contenu est léger, les parties se ressemblent rapidement, et le jeu devient beaucoup trop simple une fois le gameplay assimilé. Nous recommandons le jeu mais seulement après une promotion.
LES PLUS
- Un gameplay aux petits oignons
- Un jeu stratégique où nos choix comptent
- Un concept simple mais intelligemment bien pensé
- Une direction artistique qui fascine dès le premier regard
- Une histoire qui se dévoile lentement
- Un doublage pour renforcer l’immersion
LES MOINS
- Un manque de contenu où les parties se ressemblent
- Une fois le gameplay assimilé, tout devient trop simple
- Une sensation d’apéritif onctueux qui manque de constance
- Le narrateur principal surjoue parfois







