Skul: The Hero Slayer (Nintendo Switch) – Le test

Skul: The Hero Slayer arrive sur Nintendo Switch pour tenter de se frayer une place sur le podium des meilleurs rogue-lite, aux côtés de cadors de la discipline comme Hades, Sword of the Necromancer ou encore Rogue Heroes: Ruins of Tasos. Tous trois ont su placer la barre très haut par leur gameplay respectif, mais surtout en parvenant à combiner un système de jeu, répétitif par définition, avec une narration prenante, justifiant en partie notre volonté d’en voir la fin. Les développeurs coréens de SouthPaw Games recèlent néanmoins de sérieux atouts, bien cachés au fond de leurs manches, qu’ils n’ont pas hésité à dégainer afin de livrer une première expérience ultra-complète. Détaillons ensemble ce qui fait de Skul: The Hero Slayer un excellent rogue-lite.

La salsa du Roi démon

C’est la guerre, soldat ! Les maléfiques armées humaines tentent d’envahir notre bon royaume démoniaque, le bien nommé Harmonia. Les laisserons-nous faire, au prétexte que nous ne sommes qu’un tout petit squelette seulement équipé d’un unique fémur, appartenant à l’un des autres troufions de base de notre cohorte ? Bien sûr que non ! C’est donc armé de tout notre courage que nous volons à la rescousse de notre souverain bien-aimé et par la même occasion, de toutes les créatures qui peuplent notre si belle contrée !

Voilà pour le scénario qui ne casse clairement pas de briques, pas plus qu’il ne suscite d’attachement particulier à notre héros. Car même s’il est secondé dans sa quête par des personnages hauts en couleur, à l’instar de la sorcière – bien-aimée – qui nous permet de monter nos compétences ou encore de ce loup-chasseur pourvoyeur de crânes, l’absence de nom à leur donner ainsi que le système même du jeu nous empêchent de nous lier à Skul. Pas de quoi refroidir les amateurs du genre et de sa difficulté si caractéristique, en revanche ceux qui souhaiteraient l’étrenner par l’intermédiaire du titre de SouthPaw Games risquent de décrocher, tant la narration se situe largement en-deçà des monuments précédemment cités.

C’est d’ailleurs bien dommage, l’introduction en pixel art animé, doublée en coréen et sous-titrée en français, laissant présager du meilleur. Nos morts successives désamorçant toutefois rapidement la tension distillée dès les premières minutes, nous nous penchons d’avantage par la suite sur la progression de notre avatar et de ses spécificités, que sur le devenir du royaume d’Harmonia. Au point qu’après une foultitude de morts et de runs où le loot nous fut d’une grande aide, saupoudrés d’un soupçon de chance contre l’un des boss, le dénouement de l’histoire nous a finalement apporté plus de joie par l’exploit que constitue en soi le fait de l’avoir bouclée, plutôt que de savoir Harmonia sauvée. C’est loin d’être le cas avec Hades ou Sword of the Necromancer, qui captivent le joueur.

Dead Cells, je t’aimerai toujours

Alors, qu’est-ce qui fonde la qualité de Skul: The Hero Slayer ? Essentiellement ses mécaniques de jeu, au premier rang desquelles son système d’action-platformer à la Dead Cells parfaitement rôdé. Nous parvenons très facilement à attaquer, double-sauter, dasher et déclencher différentes capacités spéciales dans des décors en deux dimensions. La portée de nos assauts varie en fonction du loot, la vitesse aussi, inversement proportionnelle aux dégâts occasionnés à nos ennemis.

Au sein de chacun des niveaux où nous livrons bataille, il s’avère indispensable d’appréhender au mieux le pattern des ennemis présents pour éviter de perdre des points de vie, bien difficiles à récupérer ensuite. Aussi abusons-nous de la fuite, ou du moins de l’esquive via le dash, face aux nombreuses situations délicates dont il faut nous extirper, et l’impression d’illisibilité qui prédomine lorsqu’un grand nombre de monstres nous barrent la route. Ces derniers se superposant à l’écran, il devient en effet très ardu d’identifier la provenance des attaques. Sous la volée de coups qui s’ensuit, la nécessité de nous éloigner pour étirer le fil de nos adversaires s’impose alors, jusqu’à ce que la situation ne paraisse plus insurmontable.

La fin d’un niveau se solde par un combat de boss de milieu de monde, qui vient sanctionner notre avancée. Rogue-lite oblige, ces héros qu’il nous faut occire ne sont jamais les mêmes, malheureusement trop inégaux pour notre plaisir. Si les plus lourdement armés se révèlent extrêmement faciles à vaincre, en raison de patterns évidents, ceux qui multiplient les attaques rapides exigeront au mieux de bénéficier, chanceux, d’un loot avantageux, au pire de s’y être frotté suffisamment de fois pour être défaits.  Relativement nombreuses, les premières rencontres tournent souvent en leur faveur, le sans-faute requérant que l’on s’en donne les moyens – donc de multiples morts.

Car recouvrer la santé dans Skul: The Hero Slayer n’est pas chose aisée. Certes profitons-nous, en amont de chacun des boss, d’un intermède utile à l’achat de loot ainsi qu’à la restauration de sa vie, mais ces investissements valent leur pesant d’or. À glaner sur les corps inanimés et dans les coffres, ces précieux deniers trop peu nombreux pour que nous les dépensions de manière inconsidérée, nous imposent de soupeser prudemment d’éventuelles acquisitions : les gaspiller dans l’achat de santé, augurera généralement d’une fin de run compliquée.

Mais nos morts ne sont jamais vaines. À force d’essais infructueux, nous libérons des compagnons qui facilitent nos prochaines runs, nous conférant parfois d’importants avantages. Une autre ressource du jeu fait de plus son apparition : les cristaux noirs grâce auxquels la sorcière procède à l’amélioration des capacités de notre personnage, modulables selon notre bon vouloir. Pivilégierez-vous l’attaque magique, au corps-à-corps ou l’obtention de bonus ? À chacun d’adapter les statistiques à sa façon de jouer.

Kirby chez Muramasa

Skul: The Hero Slayer ne brille guère par sa narration ? Peu importe, disposant dans ses bagages d’un gameplay aux ramifications impressionnantes : de la gargouille, capable de se soustraire aux attaques au sol en volant sur une courte distance, en passant par l’épéiste, le lanceur de couteaux, le fakir, le combattant de glace, le loup-garou et j’en passe, Skul peut absorber les pouvoirs des créatures dont il revêt le crâne. Une compétence qui ne va pas sans rappeler notre boule rose favorite ! Chaque crâne, doté de capacités propres qu’il nous faudra découvrir puis maîtriser, transforme aussi bien physiquement que dans ses habiletés, notre malingre squelette. Avec pour écueil majeur, que l’aléatoire finisse par l’emporter sur tout autre facteur – ce qui vaut quel que soit le rogue-lite – : c’est cependant compter sans l’ingéniosité des développeurs de SouthPaw Games.

Tomber sur un crâne n’implique pas forcément d’en prendre possession. Nous pouvons en effet le garder en réserve, voire le transformer en os. À quoi bon, ne manqueront pas de s’enquérir les plus assidus des lecteurs ? Tout bonnement parce qu’un sympathique individu, une fois vaincu le boss de milieu de monde, propose contre ces os d’upgrader l’un des crânes en notre possession. Ainsi nous surprenons-nous après quelques runs d’échauffement, à espérer dénicher en cours de route, notre crâne favori ou plus encore celui que nous abhorrons par-dessus tout, et le recycler dans la foulée.

Mais si d’aventure, nous tombions sur deux costumes que nous apprécions ? Aucun souci, changer de crâne en plein combat déclenchant une attaque dévastatrice, dont l’effet dépend du pouvoir que nous nous apprêtons à endosser. À la manière d’un Murasama the Demon Blade qui encourageait ce swap d’épée dans le feu de l’action, permuter d’arme au moment opportun permet de s’extraire de situations désespérées, entre autres atouts laissés à notre appréciation.

Chaque crâne possède notamment une à deux capacités secondaires, de la tête « téléporteuse » du squelette de base au grappin de la goule, qui nous permettent d’encore mieux définir notre type de combattant préféré, à condition d’y consacrer du temps. Et ce n’est pas tout, nos déambulations nous amenant à collecter des artefacts qui, sitôt équipés (jusqu’à 9 simultanément), boostent individuellement deux de nos statistiques – surcroît de PV, renforcement de l’attaque physique ou magique. Là encore, le hasard n’est pas le seul à régir notre progression : les boosts, cumulables, y prennent toute leur part, à l’image du lancer de couteau lors du dash, un premier effet peu reluisant qui se mue au fil du temps en une invocation de demi-dieu, beaucoup plus classieuse avouons-le.

Étudions l’anatomie de ce squelette

Évoquons pour conclure ce test la technique, la fluidité du titre de SouthPaw Games se devant d’être irréprochable, eu égard à la variété de coups possibles. De ce point de vue, nous ne sommes jamais déçus. Attaques et mouvements s’enchaînent sans qu’aucun ralentissement ne vienne jamais ternir l’expérience, peu importe la taille ou le nombre d’ennemis à l’écran. Skul : The Hero Slayer se paie même le luxe d’afficher des éléments destructibles, avec pour inconvénient cependant d’entraver nos attaques longue portée. Il faut donc en tenir compte.

D’un point de vue strictement graphique, soulignons le travail des développeurs de SouthPaw Games. Chaque ennemi profite d’un éventail dédié d’animations d’attaque et de déplacement. De même, aucun des costumes de notre avatar, parfaitement identifiables, ne se comporte de la même manière. Nous nous réjouissons régulièrement à l’idée de découvrir les capacités spécifiques d’un nouveau crâne, toutes animées différemment, ou l’annexion d’un nouvel artefact. Dans la même veine, les environnements en pixel art parmi les cinq mondes que nous traversons  fourmillent de détails, depuis la forêt jusqu’aux coursives du château.

Précédée d’un temps de chargement plutôt long pour accéder au menu, la bande-son illumine notre périple, ne nous quitte plus et accompagne avec justesse nos pérégrinations. Fidèle aux codes du rogue-lite, Skul: The Hero Slayer n’est pas jeu facile. Entre le temps nécessaire à l’apprentissage de nos compétences et des patterns ennemis, couplé à la rareté des points de récupération de vie, délivrer le Roi démon vous demandera beaucoup d’abnégation. À moins de se rabattre sur le mode « friendly », destiné aux plus fragiles d’entre nous, qui limite les dégâts encaissés : une bonne idée pour découvrir, dans une douceur relative, ce qui nous attend.

Conclusion
Pour leur première production, les développeurs du studio coréen SouthPaw Games frappent un grand coup et font une entrée fracassante dans le monde du rogue-lite. Sans être irréprochable, Skul : The Hero Slayer propose des mécaniques ultra-convaincantes qui fonctionnent de concert sans jamais laisser transparaître la moindre faille. S'il manque d'une narration accrocheuse pour détrôner un titre comme Hades, il atteint néanmoins des sommets de jouabilité, en sus d'un contenu pléthorique, de graphismes en pixel art détaillés, d'une animation ne souffrant aucun défaut et d'une bande-son efficace. Il plaira aux fans du genre comme aux néophytes curieux d'aborder les codes si particuliers de ce style de jeu, dont ils auraient tort de se priver au petit prix de 17 €.
Points positifs
  • Des graphismes en pixel art très détaillés et colorés
  • Une bande-son toujours dans le ton, nonobstant les circonstances
  • Un gameplay ultra-complet qui permet de combler les lacunes inhérentes aux rogue-lite
  • Les changements de crâne à la volée, en combat, pour s’adapter à toutes les situations
  • Les animations des ennemis sont irréprochables
  • La diversité des builds possibles semble infinie
  • La variété des crânes disponibles paraît inépuisable
  • Les artefacts rajoutent une couche supplémentaire à nos choix de personnalisation
  • La prise en main est immédiate
Points négatifs
  • Les premières runs dépendent fortement du facteur chance, bref, c’est un rogue-lite
  • Il n’y pas de système de statistiques qui simplifie nos choix
  • La narration est décevante
  • Un peu trop confus lors des grosses vagues d’ennemis
8.1
Génial
Graphismes - 9
Bande-son - 8
Gameplay - 9
Narration - 6
Prise en main - 9
Prix/Durée de vie - 8
Difficulté - 8
Ecrit par
après 35 ans de jeux vidéos et un plaisir de jouer de plus en plus émoussé, l'arrivée de Zelda BOTW et l'émergence de la scène indé fut une révélation, le plaisir est encore plus fort qu'avant

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