« Une fois n’est pas coutume » est clairement une expression qui n’a pas sa place ici. Alors que l’univers cinématographique Marvel semble chercher un second souffle, Limited Run Games, propulsé par le récent Marvel Cosmic Invasion, a choisi de regarder dans le rétroviseur. Avec MARVEL MaXimum Collection, l’éditeur nous propose une plongée dans le catalogue des années 90, une époque où les super-héros n’étaient pas encore des blockbusters, mais les cobayes d’une industrie vidéoludique en pleine expérimentation. Utilisant le moteur Carbon Engine, cette compilation regroupe six titres phares déclinés en treize versions (Arcade, 8-bit, 16-bit et portables). Mais cette collection est-elle un hommage indispensable ou une simple curiosité pour collectionneurs fortunés ?
A Link to the Past
L’intérêt historique de cette collection dépasse le simple cadre du jeu. Elle nous ramène à une période de chaos créatif où Marvel osait confier ses droits d’exploitation à divers studios comme Konami, Data East ou Software Creations. À l’époque, les éditeurs avaient même une marge de manœuvre pour proposer leur propre vision des héros, pour chaque titre.
MARVEL MaXimum Collection est une compilation faite pour titiller la nostalgie, regroupant six titres emblématiques de l’univers Marvel parus durant les années 1990, axés sur les genres du beat’em up et de la plateforme.
La force de ce coffret réside dans sa diversité technique, puisqu’il propose les versions originales de l’arcade ainsi que de nombreuses itérations sur les consoles de l’époque, totalisant, en tout, treize variantes.
On y retrouve des classiques comme X-Men: The Arcade Game et Captain America and The Avengers, ainsi que les célèbres duos Maximum Carnage et Separation Anxiety mettant en scène Spider-Man et Venom sur Super Nintendo et Mega Drive. La collection inclut également des titres plus singuliers comme Spider-Man/X-Men: Arcade’s Revenge, décliné jusque sur consoles portables (Game Boy et Game Gear), et le redoutable Silver Surfer issu de la NES (8 bits), offrant ainsi un panorama complet de l’évolution de ces licences sur les différentes machines de l’ère 8 et 16 bits.
Le récit global, et le thème de la collection, est celui de la lutte éternelle entre le bien et le mal. Du très classique donc, mais avec des nuances d’époque. On y retrouve l’arc iconique de Maximum Carnage, où Spider-Man et Venom s’allient contre une menace commune, ou encore la quête cosmique du Silver Surfer sur NES.
La collection agit comme une véritable capsule temporelle, nous rappelant que les scénarios de l’époque tenaient souvent sur une page de manuel, une cinématique de borne d’arcade de trente secondes, voire même sur un timbre-poste. C’est un témoignage précieux d’une époque où l’on pouvait incarner Dazzler ou Hawkeye sans que cela ne nécessite une série dédiée de dix épisodes et un abonnement à une plateforme de streaming. A cette époque-là, le comics dictait de grands arcs, mais surtout un design et un mouvement artistique, que nous aurons le plaisir de redécouvrir ici.
Le Génie, la frustration et le compromis…
Cette MARVEL MaXimum Collection montre une grande hétérogénéité, mais il est impératif de séparer les titres arcade des versions consoles.
Commençons par le meilleur, le joyau de la couronne, et indéniablement le titre à réellement mettre en avant dans cette collection : X-Men: The Arcade Game (1992). Ce beat ’em up, proposé dans ses versions américaine, européenne et japonaise, reste un pur modèle d’efficacité. Le gameplay est fluide, les pouvoirs mutants (comme l’explosion optique de Cyclope ou le tourbillon de Tornade) sont simples mais satisfaisants, et l’action est frénétique. La version Switch brille particulièrement ici grâce au multijoueur en ligne jusqu’à six joueurs, soutenu par un rollback netcode exemplaire qui garantit une expérience sans lag, même en mode portable. C’est d’ailleurs le seul titre de cette compilation à bénéficier du mode en ligne. Le design des personnages est respectueux du comics de l’époque et notamment de la période dessinée par Chris Claremont, un régal !
Captain America and The Avengers (1991) suit une logique similaire. Il brille surtout par sa superbe version Arcade avec ses bornes US et EU. À côté, le portage Mega Drive fait pâle figure tant il est techniquement inférieur, tandis que la version NES s’éloigne totalement du genre initial pour devenir un petit jeu d’action générique mais néanmoins sympathique, avec une alternance réussie entre Captain America et Hawkeye. La version SNES est curieusement absente, et nous avons globalement le sentiment que ces portages consoles ne sont là que pour servir de faire-valoir à la version arcade d’origine, et ça marche ! Puisqu’après avoir goûté à l’expérience borne d’arcade, retourner sur les versions consoles devient une corvée que l’on ne s’inflige que par pure conscience professionnelle. Une ombre au tableau commence à se dessiner : l’absence incompréhensible du mode 4 joueurs en local pour ce titre, et un périple un peu léthargique, plombé par des sprites de héros minuscules et des animations qui accusaient déjà un sérieux retard sur la concurrence de l’époque.
Le meilleur est derrière nous avec les itérations arcade. Maintenant, attaquons-nous aux versions consoles de plusieurs titres reposant sur notre araignée préférée. Spider-Man and the X-Men: Arcade’s Revenge (1993), se montre beaucoup plus rugueux. Décliné sur quatre supports (Super Nintendo, Mega Drive, Game Boy et Game Gear), le titre conserve une structure identique partout. La maniabilité y est atroce, les hitboxes approximatives et le design des niveaux punitif. Entre des animations rudimentaires et un intérêt ludique quasi nul, incarner l’Homme-Araignée ou les célèbres mutants (Wolverine, Gambit, etc.) devient une corvée. C’est l’exemple type du jeu à licence des années 90, bâclé et conçu uniquement pour capitaliser sur une franchise populaire.
La collection nous propose ensuite de redécouvrir le duo Spider-Man/Venom : Maximum Carnage (1994) et sa suite, Venom/Spider-Man : Separation Anxiety (1995). En comparant les moutures Super Nintendo et Mega Drive, le constat technique est sans appel : la console de Nintendo l’emportait alors d’une courte tête sur le plan visuel. Toutefois, ces deux beat’em up accusent aujourd’hui un sérieux poids des années, surtout lorsqu’on les confronte à la liberté de mouvement offerte par les aventures 3D ultérieures de Spider-Man, de l’époque PS1 jusqu’aux chefs-d’œuvre d’Insomniac Games. Si l’expérience en coopération reste acceptable, elle ne soutient pas la comparaison avec les ténors du genre comme Streets of Rage 2, sorti pourtant quelques années plus tôt. Ne crachons tout de même pas dans la soupe, Maximum Carnage reste un souvenir d’enfance pour les trentenaires et quarantenaires, qu’il sera plaisant de revisiter par nostalgie. Cependant, nous sentons que cette collection s’essouffle d’elle-même dans ce qu’elle vient proposer au public.
Puis vient le pire… Véritable épouvantail de l’ère 8-bits, Silver Surfer (1990) sur NES est connu pour être l’un des jeux les plus frustrants du catalogue nord-américain. Ce pauvre Norrin Radd (véritable nom du Surfeur d’Argent pour ceux qui se demandent) troque sa puissance colossale pour devenir une cible ultra-vulnérable dans un shoot’em up aussi ingrat visuellement que frustrant. Sa difficulté totalement déraisonnable en fait le candidat idéal pour une crise de nerfs conduisant à l’extermination de votre manette.
Heureusement, Limited Run Games a eu la bonne idée de proposer des options de confort non négligeables pour quiconque souhaite garder ses manettes en état, ou sa santé mentale. Fini le cauchemar de la difficulté de certains titres de cette MARVEL MaXimum Collection, votre expérience est radicalement transformée grâce à la fonction Rewind, vous permettant de rembobiner une séquence que vous auriez ratée. Et les Save States pour sauvegarder à n’importe quel moment votre progression de jeu, notamment avant des passages compliqués. Vous aurez également la possibilité de choisir une option de vies infinies, mais avec les deux précédentes options, cela reste accessoire.
Une collection à son MaXimum ?
Limited Run Games a inclus les options habituelles avec des filtres CRT, Scanlines et bordures illustrées, c’est toujours un plaisir. Le rendu « Pixels Nets » est impeccable, mais l’absence de véritables habillages dédiés à l’univers Marvel (on se contente souvent de bordures banales) laisse un goût d’inachevé.
La collection propose un mode Archives avec des scans de boîtes, de manuels (en anglais) et des publicités d’époque. Si feuilleter ces documents est plaisant, on pourra regretter l’absence de contenus plus profonds comme des interviews de développeurs ou des making-of vidéo, par exemple. Par contre, un jukebox permet l’écoute des musiques de chaque titre, et ça c’est un petit plus vraiment appréciable, notamment pour les amateurs de chiptune et les nostalgiques pur jus !
Avec l’utilisation des options de confort, la durée de vie sera forcément raccourcie, et vous pourrez ainsi boucler cette collection en 3 heures, en ligne droite. Bien sûr si vous n’optez pas pour les options de vies infinies, le rewind ou les save states, alors cela sera bien plus long. L’intérêt réside dans la rejouabilité en coopération ou dans le défi du scoring pour les puristes. Pour quasiment 25 €, cette MARVEL MaXimum Collection présente une addition assez salée pour un contenu inégal et qui s’épuise assez vite. L’investissement ne vaut clairement pas le coup si votre seul objectif est de poser vos mains sur le très bon X-Men: The Arcade Game, uniquement. Il faut éprouver un réel intérêt pour plusieurs des titres proposés pour que le passage en caisse soit un bon deal.
MARVEL MaXimum Collection est disponible depuis le 27 mars 2026 sur l’eShop au prix de 24,99 euros, en anglais.
Conclusion
MARVEL MaXimum Collection est moins un jeu qu'une pièce de musée interactive. Elle s'adresse aux nostalgiques qui veulent retrouver les sensations des salles d'arcade des années 90 ou aux curieux souhaitant explorer l'histoire des super-héros avant la standardisation du MCU, et le grand spectacle façon AAA. Si vous cherchez des jeux "incroyables" selon les standards de 2026, passez votre chemin. L’ensemble n’est pas très égal puisque certains des jeux présents sont bien plus intéressants que d’autres, et la difficulté d’un titre ou deux est à s’arracher les cheveux. Heureusement Limited Run Games propose des options de confort non négligeables pour apprécier différemment l’expérience. Merci également à eux pour les quelques ajouts, un peu chiches côté galerie/illustrations, mais la présence d’un jukebox relève la note. Si vous voulez revivre la fureur de Magnéto à six joueurs, incarner le Silver Surfer ou balancer des toiles d’araignée en cognant sur tout ce qui se pointe à l’écran, c'est une pièce qui a peut-être sa place dans votre bibliothèque Switch, idéalement lors d'une promotion.
LES PLUS
- X-Men: The Arcade Game, Un plaisir intact, surtout à six joueurs en ligne
- Le rewind et les save states sauvent les jeux injouables
- Une véritable anthologie de l'ère 8/16 bits
- Une émulation de qualité, fluide, sans anicroche
- Les designs de l'époque, le respect des comics
- Le moteur Carbon Engine fait un travail solide et fidèle
- Le lecteur de musique
- Les options de filtres CRT…
LES MOINS
- Qualité inégale, beaucoup de jeux sont assez médiocres
- Beaucoup de doublons, les versions Game Boy / Game Gear n'ont qu'un intérêt très limité
- Manque de reportages ou de documents de conception approfondis
- Prix un peu élevé pour une expérience aussi courte, sans une fibre nostalgique développée
- … mais les bordures illustrées sont un peu fainéantes





