Saint Slayer: Spear of Sacrilege est un titre d’action-plateforme et d’arcade étant un Castelvania-like qui débarque sur l’eShop de la Nintendo Switch au prix de 10,99€. Le jeu est intégralement développé et édité par Lillymo Games. Ce projet marque une nouvelle étape pour le studio, qui transpose ici son savoir-faire sur les plateformers avec Super Perils of Baking au monde sombre et gothique de Castlevania de la Nintendo Entertainment System.
Lillymo Games a été fondé au Canada par Barry Johnson en 2017, un passionné qui s’est donné pour mission de faire revivre l’âge d’or du jeu vidéo rétro en ajoutant une expérience moderne. La philosophie du studio repose sur des mécaniques de jeu immédiates et une esthétique pixel-art soignée, où le plaisir de jeu instantané et le défi technique sont les clés de la réussite. Le studio est également l’auteur de titres remarqués comme Habroxia ou Twin Breaker: A Sacred Symbols Adventure.
C’est l’histoire d’un empire et d’un nécromancien
L’aventure se déroule en 1698, au cœur du Saint-Empire romain germanique. Alors que l’Europe panse ses plaies après la guerre de la Grande Alliance, une menace surgit de l’intérieur même de l’Église. Vous incarnez Rudiger, un vétéran ayant troqué son épée pour une charrue afin de vivre la vie de fermier tranquillement. Son repos est brutalement interrompu par le Père Pacer, un prêtre corrompu qui déclenche un soulèvement démoniaque et profane la paix fraîchement négociée.
Doté d’une arme de fortune, Rudiger doit traquer ce prêtre à travers l’Empire pour découvrir les méfaits qu’il provoque pour des raisons mystérieuses. Le périple est marqué par les atrocités de Pacer, et chaque choix que vous ferez pèsera sur la fin du jeu. Le jeu propose quatre fins différentes : restez observateur et attentif aux dialogues pour les découvrir. Les interactions avec les rescapés enrichissent l’atmosphère, dévoilant l’horreur d’un monde où tout le monde sombre dans la folie bien que ça reste majoritairement des détails, et pas des informations importantes.
La lance, seul rempart face au chaos.
Rudiger commence son périple avec une arme rudimentaire, mais il obtient très vite la légendaire Lance de Longinus. Cette arme évolutive vous accompagnera jusqu’au bout : vous débloquerez progressivement des capacités améliorant tant votre puissance que votre mobilité. Votre arsenal de coups repose sur des actions fondamentales : sauter, frapper (en l’air, debout ou accroupi), faire un rebond sur l’ennemi à l’aide de la lance et projeter votre lance. Cependant, Rudiger est volontairement lent et ses mouvements de base restent limités, ce qui oblige le joueur à bien anticiper chaque déplacement et chaque attaque.
Le gameplay de Saint Slayer se veut aussi limitant que stratégique. Si le corps-à-corps est la base, le jet de lance est votre atout majeur qu’il faudra veiller à bien utiliser. Votre réserve d’orbes (faisant office de mana) ne permet initialement que trois lancers. Il vous faudra donc gérer celle-ci avec parcimonie, tout en cherchant à l’améliorer via des objets trouvés ou achetés en boutique.
Cette profondeur s’accompagne de bonus temporaires (explosions, tirs multidirectionnels), mais attention : ramasser une nouvelle amélioration écrase la précédente. En plein combat, éviter un bonus indésirable tout en se défendant devient un véritable exercice de haute voltige. Heureusement, vos précieux points de vie peuvent être boostées au fil de l’aventure pour faire face à l’adversité croissante.
Le level design est pensé pour s’adapter à chaque nouvelle compétence, vous tenant constamment en haleine. Bien que certains passages soient ardus en raison du nombre d’ennemis, la maîtrise de leurs patterns et la découverte de bonus cachés s’avèrent essentielles. Il faudra mémoriser ces derniers et les utiliser sans réserve pour triompher de l’adversité. Chaque niveau possède sa propre identité : vous devrez tantôt utiliser votre lance comme rame pour diriger une barque, tantôt naviguer dans des labyrinthes complexes aux salles truffées de pièges exigeant d’être réactif. La difficulté est au rendez-vous, avec des dégâts assez conséquents, surtout que votre barre de vie s’évapore assez vite. Plus vous progressez, plus les ennemis évoluent : un simple chien de début de partie se transformera, dans les derniers stages, en un redoutable loup-garou capable de cabrioles aériennes et doté d’une endurance accrue. Il y un recul conséquent à chaque coup encaissé capable de vous précipiter dans le vide ou l’eau, entraînant la perte immédiate d’une vie. Si les premiers niveaux se montrent généreux, les ressources se raréfient par la suite. Il faudra alors littéralement « sonder les murs » avec votre lance pour débusquer soins et vies cachées.
Heureusement, la collecte de trésors verts offre un filet de sécurité. En plus de permettre une réanimation immédiate (si vous perdez tout vos 1up), cette monnaie s’utilise dans des magasins. Au-delà des objets classiques (soins, mana), ces échoppes vendent de précieux indices sur les reliques cachées de chaque stage. En plus des trésors verts, vous pourrez accumuler une monnaie plus traditionnelle. Celle-ci s’échange auprès d’un marchand pour le moins suspect, que vous croiserez à des moments clés de l’aventure. Bien qu’il soit un peu particulier, il propose des objets uniques et particulièrement pratiques.
Les affrontements contre les boss ponctuent l’aventure avec une intensité variable. Si certains présentent des patterns assez prévisibles et faciles à anticiper, d’autres constituent de véritables défis. Ces duels auront des mécaniques uniques qui mettront à l’épreuve l’intégralité de votre arsenal et les connaissances acquises : il faudra jongler entre attaques de précision, esquives millimétrées et utilisation stratégique de votre lance pour triompher des sept gardiens du Père Pacer.
C’est réellement un vieux Castlevania modernisé : le contrôle du personnage est moins laborieux tout en restant fidèle à ses inspirations (sauts, montée d’escaliers, recul suite à un coup) tout en donnant des capacités plus modernes au fil de l’aventure. Le level design s’avère parfois « injuste », et certains tableaux ne pardonnent absolument rien. C’est ce mélange de confort moderne et de frustration « old-school » qui forge l’identité du titre de Lillymo Games. Les nostalgiques comme les nouveaux joueurs pourront apprécier une aventure pensée pour être moins étouffante que le premier Castlevania.
La musique de NES jusqu’au bout
La bande-son, composée avec une attention particulière pour l’efficacité mélodique, vous fait alterner entre thèmes épiques et pistes atmosphériques. Le jeu utilise des sonorités FM Synthesis qui vous rappelleront les grandes heures de la NES et de la Master System. Chaque zone possède son identité propre, avec des thèmes dynamiques teintés d’une mélancolie évoquant les premiers Castlevania, tout en conservant la signature unique de Lillymo Games.
Vous ressentirez l’aspect « Arcade » dès vos premières actions : chaque coup porté est souligné par un bruitage sec et satisfaisant. Vous « sentirez » littéralement l’impact de votre arme, vous confirmant instantanément si votre attaque a fait mouche.
Les ennemis ne sont pas en reste : entre les cris digitalisés en 8-bit et les explosions de pixels, vous ressentirez une violence brute, accentuée par les détails macabres des entrailles qui tombent au sol. Que vous soyez en mode portable ou sur votre téléviseur, vous profiterez d’un mixage impeccable. Le son reste d’une clarté exemplaire et ne sature jamais, même lorsque l’écran est saturé d’adversaires, évitant ainsi les désagréments techniques des consoles d’époque.
Un mélange à la fois logique et illogique
Le jeu joue sur une esthétique hybride : alors que Rudiger, le Père Pacer et les PNJ arborent un design typiquement NES, les décors mêlent des éléments 8-bits et 16-bits (SNES). Une bonne partie des boss s’affranchit de ces limitations, tout comme les portraits des personnages, qui se révèlent bien plus détaillés. Ce mariage de couleurs simples et de palettes plus complexes crée un contraste moderne très réussi ; une différence notable qui renforce l’aspect visuel de cet hommage sans jamais dénaturer l’ensemble.
Le constat est identique pour le bestiaire : si le mélange NES/SNES persiste, le design de certains ennemis devient franchement dérangeant, surtout dans les derniers niveaux. Le jeu propose des passages théoriquement très « graphiques » et sanglants, mais l’aspect rudimentaire des graphismes agit comme une forme de censure naturelle. Au-delà de l’esthétique, ce mélange 8-bit et 16-bit sert avant tout la lisibilité : les décors détaillés contrastent avec la simplicité des sprites de Rudiger et des ennemis, permettant de les identifier instantanément dans l’action. L’ambiance médiévale-gothique s’appuie sur une palette de rouges, verts et violets, évoquant la violence et la pestilence. Au milieu de cette corruption, votre lance, plus claire et éclatante, agit comme une métaphore visuelle : une lueur de lumière destinée à percer les ténèbres.
Un titre très court qui vous encourage à y rejouer
Le jeu adopte un format court, prolongeant l’hommage à l’ère NES : comptez environ une heure pour boucler l’aventure principale. Les vingt et un niveaux sont structurés par cycles de trois : deux stages d’exploration et d’action suivis d’un combat de boss. À l’image d’un Castlevania: Dawn of Sorrow, plusieurs fins sont possibles. L’une d’elles dépend d’un événement spécifique, tandis que les autres se débloquent selon vos actions menées en amont du combat final. Malgré cette brièveté apparente, la difficulté omniprésente et la quête du 100% (collecte des quatorze reliques sacrées, complétion du bestiaire, faire les quatre fin possibles et sauvetage des compagnons) offrent un défi conséquent aux complétistes. Le jeu parie sur sa rejouabilité : sa courte durée le rend accessible et envisageable pour tout joueur souhaitant aller plus loin et approfondir l’expérience. Il y a le système des mots de passe qui facilietera votre progression, si vous ne trouvez plus un mot de passe n’hésitez pas à utiliser les flèches qui retiennent les précédents mots de passe utilisés.
C’est une expérience à double tranchant : soit vous accrochez à l’univers et vous y rejouerez jusqu’à obtenir le 100 %, soit vous le terminerez en deux ou trois heures, ce qui pourrait s’avérer un peu frustrant vu que c’est très court. Tout dépend de votre profil de joueur et de votre envie de percer tous les secrets.
Conclusion
Saint Slayer: Spear of Sacrilege réussit le pari risqué de moderniser un monument sans en trahir l’âme. En conservant une part de la rigidité d’autrefois tout en y insufflant une dose de modernité, le titre maintient une difficulté corsée mais toujours adaptée à votre progression.L'aventure est suffisamment variée pour briser la monotonie lorsque le jeu vous demande d'accomplir plusieurs fois les mêmes mondes ; l'expérience reste gratifiante pour quiconque acceptera de s'y plonger pleinement. Que vous soyez un vétéran de la NES ou un nouveau venu curieux, vous profiterez d'une épopée courte et intense pour un prix tout à fait correct. À vous désormais de voir si ce défi saura vous satisfaire !
LES PLUS
- Entre modernité et rétro, un bon équilibre
- Une histoire assez intrigante
- La rejouabilité fonctionne, vous pouvez le faire plusieurs fois pour obtenir toutes les fins
- Une musique qui vous plonge dans l'ambiance, un bel hommage à la NES
- La maniabiilté, les bonus, les améliorations sont superbement utilisés par le level design
- Les graphismes mettent en avant la lisibilité du jeu et son plutôt corrects
- Plus vous avancez, plus le jeu est prenant surtout avec les améliorations
LES MOINS
- Si vous n'adhérez pas à la rejouabilité, vous l'aurez fini en 1h à 3h max
- Le recul lorsque vous encaissez un coup est brutal, vous projetant dans le vide une fois sur deux.
- Au début du jeu, vos mouvements sont trop rigides heureusement que ça ne dure pas












