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Schrodinger’s Call (Nintendo Switch) – Le test

fire_akuma par fire_akuma
8 juin 2026
dans Tests Nintendo Switch
Temps de lecture: 9 mins
3
Schrodinger’s Call
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Schrödinger’s Call, développé par le jeune studio japonais Acrobatic Chirimenjako et édité par Shueisha Games, est un visual novel, qui signe la première œuvre d’une équipe visiblement habitée et nous plonge dans un univers aussi déroutant que poignant. On y incarne Mary, une adolescente qui se réveille dans une petite pièce obscure sans le moindre souvenir de son passé. À ses côtés, un chat noir doué de parole, Hamlet, l’informe avec un détachement tout félin que la Lune est entrée en collision avec la Terre, anéantissant l’humanité tout entière. Le monde est figé dans un instant infinitésimal — 21 nanosecondes avant l’impact — et Mary, en tant que dernière Confidente, doit aider des esprits égarés à se libérer de leurs regrets avant que tout ne disparaisse définitivement. La proposition est aussi fascinante qu’inquiétante, et l’on saisit immédiatement la référence au célèbre chat de Schrödinger, superposition quantique de vie et de mort qui irrigue toute l’œuvre.

Un récit choral entre deuil, mémoire et rédemption

Schrodinger’s Call

Le cœur du jeu repose sur un postulat simple en apparence : répondre au téléphone. Un antique combiné trône sur une table, et c’est par son intermédiaire que Mary entre en contact avec les esprits. Chaque chapitre est consacré à un personnage différent, pris dans un maelström de souvenirs fragmentés et de traumatismes non résolus. Lucy, par exemple, est une femme hantée par l’abandon de son fils ; d’autres protagonistes viendront tour à tour confier leurs fêlures. L’objectif n’est pas de juger, mais d’écouter, de comprendre, puis de reconstituer le puzzle des événements qui ont conduit ces êtres à leur situation actuelle. Le récit fonctionne comme une enquête émotionnelle où chaque révélation apporte son lot de douleur, mais aussi de catharsis.

L’écriture, d’une sensibilité rare, n’évite aucun sujet inconfortable : le deuil, la culpabilité, la solitude, l’abandon, la violence intrafamiliale sont abordés avec une justesse qui évite le pathos facile. Si l’on accepte de se laisser porter par cette narration très littéraire, on se surprend à éprouver une empathie sincère pour ces inconnus dont on ne perçoit que la voix. Le jeu prend son temps, installe ses ambiances, distille ses indices, et c’est dans cette lenteur assumée que réside une grande partie de sa force.

Un gameplay épuré au service de l’immersion

Sur le plan mécanique, Schrödinger’s Call s’inscrit dans la tradition du visual novel linéaire, mais il introduit quelques interactions bien senties qui renforcent l’implication du joueur. Le principal outil de Mary est un carnet de notes qui se remplit automatiquement au fil des appels : on y trouve des croquis des personnages, des numéros de téléphone et des mots-clés surlignés. À plusieurs reprises, il faudra ouvrir ce carnet et présenter un mot-clé à l’interlocuteur pour faire avancer la discussion, un peu à la manière d’un Ace Attorney mais dans une démarche plus introspective qu’accusatoire.

Des choix de dialogue jalonnent les conversations. Attention toutefois : il ne s’agit pas ici de bifurcations narratives menant à des fins multiples. L’histoire est unique et les embranchements sont des illusions douces qui influencent surtout la tonalité des échanges et la perception que l’on a de Mary. Choisir une réponse maladroite ne bloque pas la progression, mais provoque chez l’esprit une réaction de détresse ou de colère qui serre le cœur, avant que le jeu ne nous offre une chance de nous rattraper. L’absence de sauvegarde manuelle en cours de chapitre renforce ce sentiment d’irréversibilité : on ne peut pas tricher, on ne peut que cheminer avec sincérité.

Une direction artistique en clair-obscur

Schrodinger’s Call

Graphiquement, Schrödinger’s Call est une merveille d’élégance gothique. Le noir et blanc domine, évoquant les gravures anciennes et les livres d’images mélancoliques. Les personnages sont tous représentés sous des traits anthropomorphes — animaux à forme humaine —, ce qui accentue l’impression de conte intemporel. Les traits crayonnés, les hachures et les ombres profondes confèrent à chaque plan une texture singulière, presque palpable. Lors des climax émotionnels, des éclats de couleur viennent déchirer le monochrome ambiant : une chevelure qui flamboie, une larme qui scintille, un ciel qui s’embrase. Ces ruptures chromatiques, aussi soudaines que spectaculaires, sont autant de coups de poing esthétiques qui restent gravés dans la mémoire. Sur l’écran de la Switch, et particulièrement en mode portable sur un modèle OLED, le rendu est saisissant de profondeur.

La musique mérite une mention toute particulière. Composée de nappes synthétiques éthérées, de cordes tantôt apaisantes tantôt grinçantes, et de silences lourds de sens, elle épouse chaque inflexion du texte avec une précision déconcertante. Certains thèmes reviennent comme des leitmotivs, ancrant dans l’oreille du joueur une nostalgie diffuse. On note également la présence d’un doublage japonais partiel : les personnages s’expriment par bribes, par murmures ou par onomatopées, jamais en phrases complètes. Cette astuce, loin d’être frustrante, préserve la part d’imaginaire propre au support visuel tout en donnant une présence sonore aux protagonistes. Le simple bruit du combiné que l’on décroche, amplifié par un bon casque, suffit à nous projeter dans l’atmosphère confinée du huis clos.

Quelques réserves mineures

Il serait malhonnête de ne pas insister sur un point qui constitue un frein majeur pour le public francophone : Schrödinger’s Call n’est disponible qu’en anglais et en japonais, que ce soit pour les textes ou les rares voix. Il n’existe à l’heure actuelle aucune localisation française, ce qui risque de ruiner l’accessibilité pour une partie non négligeable des joueurs. Or, le jeu repose précisément sur une prose très riche, des dialogues introspectifs, des jeux de mots et des subtilités émotionnelles qui exigent une compréhension fine de la langue. Si l’anglais est loin d’être abscons — la syntaxe demeure plutôt accessible pour un niveau intermédiaire solide —, il n’en reste pas moins que la densité du texte et la charge affective de certaines scènes pourront échapper à qui ne maîtrise pas suffisamment la langue de Shakespeare. C’est un constat d’autant plus frustrant que le reste de l’expérience frôle l’excellence et que l’on rêverait de la partager sans cette barrière. On croise les doigts pour qu’une mise à jour ou une version localisée vienne un jour y remédier.

Par ailleurs, on pourra reprocher au titre une certaine répétitivité dans sa structure : chaque chapitre suit un canevas similaire qui peut, à la longue, créer un sentiment de prévisibilité. Le recours fréquent à des flashbacks — parfois plusieurs fois pour un même événement — a également tendance à diluer l’impact de certaines révélations. On aurait aimé que le jeu fasse davantage confiance à l’intelligence du joueur pour assembler les pièces du puzzle sans lui remettre sans cesse sous les yeux ce qu’il a déjà compris. Enfin, l’absence totale de fins alternatives pourra décevoir les amateurs de visual novels à embranchements, mais elle est pleinement assumée par les développeurs, qui ont privilégié la cohérence thématique à la multiplication des possibles.

Conclusion

7 /10

Avec sa direction artistique envoûtante, sa bande-son magistrale et son écriture d'une humanité déchirante, il s'impose comme l'une des plus belles surprises de cette année sur Nintendo Switch. On en ressort le cœur lourd mais apaisé, avec le sentiment d'avoir partagé quelque chose d'intime avec des inconnus dont on se souviendra longtemps. Si vous êtes prêts à décrocher le téléphone et à écouter, vraiment écouter, et que la langue ne constitue pas une barrière insurmontable, alors n'hésitez pas une seconde : cette conversation mérite d'être vécue.

LES PLUS

  • Direction artistique gothique en noir et blanc absolument sublime
  • Bande-son envoûtante, parfaitement synchronisée avec les émotions du récit
  • Écriture profonde et sensible, qui traite de thèmes lourds avec une sincérité rare
  • Ambiance mélancolique et immersive, portée par un huis clos oppressant
  • Adaptation Switch impeccable, notamment en mode tactile
  • Durée de vie confortable pour un visual novel

LES MOINS

  • Aucune localisation française, le jeu étant intégralement en anglais et en japonais
  • Structure des chapitres qui devient répétitive
  • Recours excessif aux flashbacks, parfois redondants
  • Progression linéaire sans fins alternatives
  • Quelques choix de dialogue dont la logique peut paraître discutable.

Détail de la note

  • Graphismes 0
  • Bande-son 0
  • Histoire 0
  • Durée de vie 0
  • Accessibilité 0

Comments 3

  1. Rhido says:
    18 heures ago

    « Durée de vie confortable pour un visual novel » à vrai dire une quinzaine d’heures c’est assez faible pour un VN. Et je lis souvent cette formule dans les tests.

    Une grosse partie d’entre eux s’étalent sur 30 à 80 heures. 15-20h comme Schrodinger Call c’est dans la moyenne basse du genre.

    Répondre
    • fire_akuma says:
      18 heures ago

      Après, il faut savoir ne pas en faire plus. La durée de vie est un équilibre, rallonger pour rallonger, ça ne sert à rien.

      Répondre
    • LarryL says:
      18 heures ago

      Coucou, pour faire énormément de VN, non, la « grosse partie » d’entre eux ne s’étalent pas sur 30 à 80 heures. Certains VNs (otome) peuvent s’étirer sur cette durée de vie de 50 heures, mais de nombreux VNs ont une durée de vie qui oscille entre 4 à 8 heures, comme Inhuman Resources, End of Lines, Mediterranea Inferno, Vampire Masquerade (les trois), Varney Lake…

      Ce n’est peut-être pas votre style de VN mais il ne faut pas faire comme s’ils n’existaient pas ! 15 heures, ça fait une durée de vie honorable si on regroupe les VNs à la longue durée de vie et ceux qui sont au contraire plus courts.

      Belle journée à vous !

      Répondre

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7
Schrodinger’s Call
Date de sortie : 27/05/2026

Note finale

7
  • Graphismes 0
  • Bande-son 0
  • Histoire 0
  • Durée de vie 0
  • Accessibilité 0

LES PLUS

  • Direction artistique gothique en noir et blanc absolument sublime
  • Bande-son envoûtante, parfaitement synchronisée avec les émotions du récit
  • Écriture profonde et sensible, qui traite de thèmes lourds avec une sincérité rare
  • Ambiance mélancolique et immersive, portée par un huis clos oppressant
  • Adaptation Switch impeccable, notamment en mode tactile
  • Durée de vie confortable pour un visual novel

LES MOINS

  • Aucune localisation française, le jeu étant intégralement en anglais et en japonais
  • Structure des chapitres qui devient répétitive
  • Recours excessif aux flashbacks, parfois redondants
  • Progression linéaire sans fins alternatives
  • Quelques choix de dialogue dont la logique peut paraître discutable.

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