Révélé lors d’un Nintendo Direct, Denshattack! avait suscité autant de curiosité que de scepticisme. Avec une identité visuelle clairement héritée de Jet Set Radio, un gameplay furieusement vif, et avec un faux air de Tony Hawk’s Pro Skater mais à bord d’un train, ce mélange ressemble plus à une plaisanterie de fin de soirée, bien arrosée, entre développeurs, qu’à un vrai concept de jeu, et pourtant… Développé par le studio espagnol Undercoders, ce projet improbable va-t-il s’imposer comme l’une des surprises les plus réjouissantes et électrisantes de l’année 2026 ?
Une dystopie colorée sur de bons rails
L’aventure de Denshattack! nous plonge au cœur de l’archipel du Japon en version post-apocalyptique, profondément transformée par une catastrophe climatique majeure. Pour survivre, la population s’est retranchée sous de gigantesques dômes protecteurs conçus et régis par Miraidō, une méga-corporation technologique omnipotente qui a mis en place un monopole absolu sur les transports grâce à son réseau de trains à grande vitesse.
En dehors de ces dômes, la vie est rude mais libre, et c’est là que s’est développée une contre-culture légèrement en marge mais tout à fait fascinante. Sur les vestiges du réseau ferré classique, des gangs s’affrontent pour le contrôle des territoires et pour la gloire à travers le « Denshattack », un sport extrême clandestin consistant à réaliser des acrobaties défiant la gravité à l’aide de wagons de train.
Au milieu de ce capharnaüm, nous incarnons Emi, une jeune conductrice au caractère bien trempé, dont le quotidien consiste à livrer des ramens à bord de son train. Sa trajectoire bascule lorsqu’elle fait la rencontre de Fernando, un photographe passionné qui gère un fanzine dédié à la scène underground. En un clin d’œil, Emi raccroche son tablier de serveuse pour se lancer à la conquête du pays et devenir la meilleure pilote de la discipline.
Bien que le point de départ de l’intrigue soit particulièrement abrupt — Emi maîtrisant instantanément des techniques complexes face à des professionnels qui y ont dédié leur vie —, le récit compense ses faiblesses d’écriture par une galerie de personnages secondaires extrêmement attachants.
Le titre n’est pas tellement là pour raconter une fable complexe mais il reprend plutôt les codes classiques des shōnen. Emi va affronter des rivaux pour ensuite s’en faire des alliés : des passionnés de mode aux fans de baseball, en passant par des gangs aux allures de Yakuzas des années 80, la galerie de personnages est diversifiée et tout à fait réussie.
Face à eux, la corporation Miraidō et ses forces de sécurité privées font office d’antagonistes parfaits. Sans être d’une profondeur philosophique mémorable, ce scénario se suit comme un excellent dessin animé du samedi matin, léger, drôle et résolument punk-rock.
Crazy Train! Une nervosité folle
Le cœur de Denshattack! repose sur une formule hybride à la croisée des genres. Si les développeurs se sont ouvertement inspirés du gameplay et des objectifs de Tony Hawk’s Pro Skater, la structure des niveaux évoque bien davantage un Sonic the Hedgehog en trois dimensions comme Sonic Generations ou Adventures.
Le train fonce automatiquement vers l’avant, et c’est à vous de négocier les trajectoires en sautant, en changeant de voie, en klaxonnant et en effectuant des dérapages parfaits dans les courbes, ou en faisant des wallrides et en grindant sur des structures métalliques.
La grande force du gameplay réside dans son système de figures, astucieusement cartographié sur le stick analogique droit. En l’air, une simple combinaison directionnelle déclenche des figures basiques, mais la complexité grimpe en flèche à mesure que l’on tente de réaliser des acrobaties avancées, qui requièrent des manipulations similaires à celles d’un jeu de baston type Street Fighter. Pour vous accompagner dans cet apprentissage, un guide complet et très bien fait, nommé le Tricktionary, répertorie chaque combinaison.
La physique de Denshattack!, totalement permissive et très arcade, autorise des enchaînements jouissifs. En accumulant les figures de manière variée, on remplit une jauge d’énergie qui permet de faire apparaître des rails arc-en-ciel suspendus dans la stratosphère, ouvrant la voie à des sections secrètes vertigineuses où les multiplicateurs de score s’affolent.
Toutefois, ne vous y trompez pas, même si le titre est orienté purement arcade, il demande néanmoins des réflexes prononcés. Entre les débris qui tombent du ciel, les tornades qui modifient la structure du niveau à la dernière seconde, les obstacles à éviter, les objets à collecter et les attaques des rivaux, le jeu s’apparente parfois à un jeu de rythme ultra-rapide.
Le revers de cette vitesse fulgurante est une certaine rigidité dans la structure, puisque le jeu reste sur des rails. Bien qu’il soit possible de s’écarter ponctuellement des voies ou de choisir des embranchements, l’expérience manque parfois d’un soupçon de liberté et d’expérimentation pour vous laisser vous exprimer pleinement.
Nous avons constaté quelques très légers problèmes de collisions par moments, par exemple, un wallride qui ne se passe pas comme prévu et vous fait vous retrouver de l’autre côté du mur sur lequel vous vous appuyez, vous conduisant immanquablement dans le vide, puisque vous ne pouvez plus récupérer de rails ensuite.
Rien de significatif sur la globalité de l’expérience, de plus, l’erreur est bien tolérée grâce à des points de passage généreux qui ne coupent pas l’élan de la course, appliquant simplement une pénalité de temps.
Pour venir à bout du mode histoire en ligne droite, il faut compter entre 10 et 12 heures de jeu. Cependant, réduire Denshattack! à son premier run serait une grave erreur. Comme pour un Tony Hawk’s Pro Skater, le titre est taillé pour la rejouabilité et vous allez rapidement doubler cette durée de vie à coup sûr. Denshattack! vous propose de parcourir le Japon au travers de 9 zones découpées en 65 niveaux en tout.
Chaque niveau regorge de défis à accomplir, plus ou moins compliqués. Allant de la réalisation d’un trick précis, à la destruction d’un objet dans le décor ou à l’élimination d’un nombre précis d’adversaires, le plus difficile en réalité sera de réaliser votre parcours sans jamais vous cracher, ou d’accomplir les objectifs de temps et score. Aussi, chaque niveau contient des objets cachés. Ces collectibles permettent d’enrichir un album d’autocollants extrêmement détaillé faisant office d’encyclopédie sur l’univers du jeu, ses personnages et ses machines, c’est très appréciable et vient titiller la fibre de la collectionnite.
Aussi, les collectibles récoltés permettent d’acquérir de nouveaux modèles de trains. Ces derniers ne sont pas uniquement des skins cosmétiques ; ils possèdent de véritables modifications de statistiques (vitesse de trick accrue, remplissage de jauge accéléré, etc.), incitant à adapter sa monture en fonction des objectifs visés.
On regrettera seulement que la personnalisation des modèles de trains reste assez superficielle, peinture et graffitis, et que le titre ne propose pas de mode « conduite libre » pour s’entraîner sereinement dans les niveaux, sans la pression du chronomètre.
Enfin, mention spéciale aux combats de boss qui ponctuent chaque fin de zone. Monumentaux et profondément influencés par les codes de l’animation japonaise, ils proposent des affrontements mémorables — comme lutter contre un train-serpent des sables géant, affronter un robot géant aux allures de Gundam ou faire face à un château fortifié mouvant équipé de canons — qui exploitent habilement l’intégralité des mécaniques apprises.
Quand le Shinkansen vous met une claque !
Visuellement, Denshattack! est un véritable régal pour les yeux. Profitant des capacités techniques de la Nintendo Switch 2, le jeu affiche un rendu en cel-shading somptueux, d’une netteté impeccable et particulièrement coloré. À la manière d’un Jet Set Radio ou d’un Bomb Rush Cyberfunk, le titre vous en met plein les rétines !
La direction artistique embrasse pleinement l’esthétique rétro-futuriste japonaise avec une profusion de détails, des dômes technologiques froids aux paysages extérieurs luxuriants et sauvages. Il est grisant de parcourir chacun des niveaux du jeu, et d’explorer le Japon en même temps. Tous les endroits emblématiques sont là, des campagnes verdoyantes jusqu’au château d’Osaka en passant par des vallées parsemées de Toriis, l’ambiance est follement réussie.
Les animations des trains, qui se tordent et effectuent des figures improbables, sont d’une fluidité exemplaire. Le jeu maintient un taux d’images par seconde d’une stabilité absolue, une prouesse indispensable pour garantir la lisibilité de l’action malgré la vitesse de défilement démente.
Cette réussite visuelle est sublimée par une bande-son qui fera date. Les développeurs ont réuni un collectif de compositeurs de renom, incluant Tee Lopes, Alice Peralta et Shoji Meguro, pour ne citer qu’eux (Sonic Mania, Splatoon 2 et Persona 5).
Le résultat est une compilation énergique de morceaux naviguant entre le funk, le rock, l’électro et le jazz. Les cinématiques clés bénéficient en outre d’un doublage de très bonne facture (en anglais et en japonais), même si l’on regrettera que les phases de dialogues textuels intermédiaires soient quant à elles muettes.
En termes d’accessibilité, il est à noter que le jeu propose de réattribuer les touches à votre convenance, ce que nous n’avons bien entendu pas manqué de faire dans un premier temps. Mais force est de constater que la configuration des touches de base est quasi parfaite ! Nous sommes donc revenu à une configuration classique, excepté pour la touche de saut.
Denshattack! est disponible depuis le 15 juillet 2026 sur l’eShop au prix de 19,99 euros, en français.
Conclusion
N’y allons pas par quatre chemins, Denshattack! est une pure réussite. Nous ne pensions pas prendre un aussi grand plaisir et trouver les trains aussi cool ! En parvenant à équilibrer son concept totalement absurde par une rigueur d'exécution technique exemplaire, le studio Undercoders livre un titre d'une efficacité redoutable. Addictif, superbement réalisé sur Switch 2 et gratifié d'une bande-son fantastique, il compense ses légères lacunes et sa linéarité par une générosité de chaque instant. Un titre hautement recommandé à tous les amoureux d'arcade, de skate, du Japon, de la pop culture manga et de sensations fortes. Un jeu qui vous fait bouillir l’adrénaline dès les premières minutes de jeu !
LES PLUS
- Un concept loufoque assumé avec brio
- Une créativité de tous les instants tout au long de l’aventure
- Le système de figures dynamique et gratifiant
- Une vraie marge de progression
- Une réalisation technique impeccable et fluide sur Nintendo Switch 2
- Une bande-son d'anthologie signée par des compositeurs de prestige
- Des combats de boss dantesques et très originaux
- Une difficulté bien calibrée
- Accessible et facile à prendre en main
- Exigeant et gratifiant pour les joueurs les plus chevronnés
- Des défis à la pelle
- Parcourir l’intégralité du Japon à 300 km/h
- Le rapport qualité-prix est indiscutable
- Personnalisation des touches
- Le doublage anglais et japonais
- Une lettre d’amour au Japon et la culture nippone
LES MOINS
- Une structure de niveaux sur rails forcément trop rigide
- Une personnalisation esthétique un peu trop superficielle
- Le fil narratif prétexte très très léger
- L'introduction abrupte d'Emi dans la discipline au début de l'intrigue
- L'absence d'un mode de conduite libre pour s'entraîner sans limite de temps







