Kazuma Kaneko. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais il s’agit de nul autre que le designer des personnages et monstres des jeux Shin Megami Tensei et Persona, dont le style inimitable a su marquer des générations de joueurs, et ce jusqu’à aujourd’hui. Alors quand un jeu porte carrément son nom et met en scène des démons dans un RPG au tour par tour à l’image de ses illustres modèles, l’attente est forte. Trop forte, même. Parce qu’il y a un piège qui s’appelle l’IA générative…
Du mobile au salon
Avant toute chose, il est important de rappeler que Tsukuyomi est en réalité le portage d’un jeu à l’origine sorti sur mobile, Tsukuyomi: The Divine Hunter, et cela se ressent dans la conception globale du jeu. Il s’agit d’un dungeon crawler avec deckbuilding (comme par exemple Slay The Spire) ici repackagé dans une version exemptée de toute microtransaction, et vendue 24,99€ sur l’eShop. Il s’agit d’explorer THE HASHIRA, une immense tour envahie par des forces démoniaques, les Jinma, et les éradiquer en tant que membre d’une unité d’élite, les Tsukuyomi, des chasseurs divins capables d’invoquer et contrôler des démons. La structure de la tour est fragmentée par groupes de trois niveaux représentant les étages, avec à l’issue de chaque niveau un boss à vaincre, et l’on jouera alternativement l’un des quatre personnages du jeu. L’exploration est hélas limitée au strict minimum, notre personnage avançant automatiquement dans des couloirs qui se ressemblent tous et offrant peu d’embranchements. La présence d’une minicarte permet néanmoins d’anticiper les rencontres, généralement des combats ou des événements aléatoires qui se répètent très vite mais offrent des bonus selon l’issue au choix du joueur. Les bonus en question sont indiqués à l’avance, généralement l’amélioration d’une carte ou le gain de Mana Plates, monnaie permettant d’améliorer ses cartes à la fin de chaque étage. Ceux-ci étant plutôt indispensables pour progresser, les détours seront fréquents et la récompense nous intéressera bien plus que les saynètes. L’intrigue du jeu progresse peu à peu à la fin de chaque groupe de trois étages, mais elle se contente du classique groupe sectaire qui ressuscite un démon pour détruire le monde, qu’on a déjà vu des centaines de fois…
Un deckbuilder franchement limité
Le cœur du jeu se trouve dans les combats, qui se déroulent au tour par tour et mettent en avant un système de deck de cartes. Les règles sont simples et accessibles : il faut vaincre les adversaires tout en faisant attention à ce que les points de vie de notre Tsukuyomi ne tombent pas à zéro, avec un système binaire attaque-défense et des effets propres à chaque ennemi pour dynamiser le tout. Malheureusement, chaque personnage est limité à son deck dédié d’environ 60 cartes chacun dont une partie reste commune entre eux, ce qui limite énormément les possibilités de stratégie et de construction. Et pour ne rien arranger, jeu mobile oblige, la progression générale est artificiellement ralentie par sa structure roguelite, un système d’expérience qui fait avancer une sorte de battle pass composé de 100 niveaux, et offrant des récompenses indispensables pour vaincre les boss, entre buffs permanents et objets de soin.
KazumIA Kaneko
Le jeu a toujours pour lui l’avantage d’être illustré par Kazuma Kaneko, et si certaines créatures sont particulièrement réussies, beaucoup d’autres oscillent entre le moyen et l’inintéressant, comme si le jeu était composé des idées abandonnées de ses précédents projets. Et puis il y a la question de l’IA : la moitié des cartes du jeu sont tirées régulièrement selon les actions du joueur, et si ces cartes étaient effectivement générées par IA au moment du tirage sur la version mobile, elles sont ici tirées parmi une sélection prédéfinie mais qui ont malgré tout été générées par IA, et cela se ressent tout de suite. Les illustrations comportent des incohérences et on n’échappe pas aux mains à 6 doigts… C’est franchement décevant pour un jeu vendu 25€, qui propose en plus un DLC de cinq cartes de ce type pour 8€…
Conclusion
Alors que retenir de Kazuma Kaneko's Tsukuyomi ? Une structure de jeu pensée pour le mobile, adaptée pour des sessions courtes et artificiellement ralentie par les mécaniques anciennement free to play qui n'ont pas lieu d'être sur une version console vendue à 25€, un deckbuilder tristement limité par le peu de cartes proposées, une intrigue pas très intéressante et des illustrations générées par IA avec les défauts de l'IA. La progression est dictée par le jeu et pas par la maîtrise de ses systèmes, et même si l'expérience reste globalement cohérente, elle n'apporte rien au genre et fait figure de production opportuniste et sans saveur. Il existe de bien meilleures propositions à ce prix, au hasard Slay The Spire.
LES PLUS
- Kazuma Kaneko nous offre quelques bons designs de créatures...
- Le système de combat simple et profond sur le papier
LES MOINS
- ...mais la plupart ne sont pas au niveau
- Les illustrations IA font tache
- La structure pensée pour le jeu mobile n'a pas été retravaillée pour une expérience salon
- Trop peu de cartes au total donc pas beaucoup de possibilités
- Trop cher au final










