Skatesterre arrive sur Nintendo Switch 2 avec une promesse : retrouver la formule qui a fait les grandes heures de Tony Hawk. Développé par le studio au nom malicieux Goon Squad et édité par Headup, le titre s’appuie sur l’image de la skateuse et surfeuse néerlandaise Sterre Meijer. Malheureusement, derrière l’affiche se cache une copie terriblement scolaire, techniquement fragile et surtout dénuée de la moindre personnalité.
Un clone de Tony Hawk sans âme ni finition
Goon Squad ne s’en cache pas : Skatesterre est un pur clone de Tony Hawk’s Pro Skater. Les amateurs du genre retrouveront instantanément leurs repères, des commandes au déroulé des objectifs en passant par l’incontournable limite de deux minutes par session. Mais là où les grands anciens parvenaient à créer une identité propre, ce nouveau venu se contente de singer une recette sans jamais la transcender.
Le studio a pourtant eu une idée a priori séduisante : mettre en avant Sterre Meijer, athlète influente, très présente sur les réseaux sociaux, à la fois skateuse, surfeuse et figure de mode. Son univers est coloré, moderne, éloigné de l’imagerie grunge des années 2000. Or, le jeu n’en fait strictement rien. Aucune narration, aucune mise en scène, aucun texte de présentation. Meijer se retrouve simplement plaquée dans un moule visuel et sonore qui ne correspond pas à sa culture ni à sa singularité. On débloque bien quelques tenues, dont certaines s’inspirent de ses apparitions publiques, mais le tout se résume à des menus austères, sans saveur ni explication. C’est un immense gâchis : on aurait aimé un jeu qui embrasse l’ère des influenceurs et du skate moderne, on obtient un ersatz de Tony Hawk avec une skateuse en couverture.
Une carrière sans histoire et sans âme
Le mode Carrière constitue l’essentiel de l’expérience. On y découvre des niveaux qu’il faut débloquer en remplissant des objectifs classiques : atteindre des scores, ramasser des objets disséminés dans le décor, exécuter des figures précises à des endroits précis. Rien de bien original, et c’est assumé. Le problème, c’est que Skatesterre ne propose aucune trame narrative, aucun fil rouge, aucun contexte. On lance une session, on remplit les objectifs, on passe au niveau suivant. C’est tout.
Il n’y a pas non plus de jauge de spécial, donc pas de figures spéciales délirantes, pas de bonus de statistiques à ramasser, pas de progression de personnage. Sterre arrive avec ses capacités au maximum dès la première minute, ce qui a le mérite d’éviter toute frustration de grind, mais prive le jeu d’une dimension de progression pourtant essentielle dans ce genre d’expérience. Les seules récompenses tangibles sont des planches, des motifs et des vêtements à débloquer, mais la personnalisation reste anecdotique, avec une poignée de déclinaisons de couleurs et des modèles peu inspirés.
Un gameplay qui ne tient pas la route
Passons au cœur du sujet : la maniabilité. Dans un jeu de skate arcade, tout repose sur la précision des contrôles et la fiabilité de la physique. Sur ce point, Skatesterre se casse la figure, et pas de la manière spectaculaire qu’on aimerait voir en jeu. Les contrôles sont présentés comme « serrés » sur la fiche du titre, mais dans les faits, on constate des latences, des fenêtres de timing irrégulières et des animations qui ne correspondent pas toujours aux actions réalisées.
Le revert, cette manœuvre qui permet de repartir en manual après un saut pour enchaîner les combos, se révèle particulièrement capricieux. Même en connaissant par cœur la technique issue des jeux Tony Hawk, on rate régulièrement l’enchaînement, la faute à un équilibre qui part en vrille dès la première frame. Les ollies, eux, manquent de dosage : on se retrouve souvent projeté bien au-delà de l’objectif visé. Pire, certains atterrissages déclenchent des collisions fantômes avec le décor, ou pire encore, des passages à travers le sol qui expédient le personnage dans le vide numérique. Et quand on chute, Sterre ne se relève pas simplement : elle se volatilise dans un effet visuel étrange, comme si le jeu cherchait à masquer un bug par un choix artistique incompréhensible.
Autre bizarrerie : si l’on s’arrête complètement, il est impossible de repartir sans maintenir le bouton d’ollie (de saut). Une décision de conception absurde qui casse le rythme et ajoute une frustration inutile. Dans un Tony Hawk, si l’on rate une figure, on sait que c’est de notre faute. Ici, on a trop souvent l’impression de lutter contre des commandes qui n’obéissent pas.
Technique en retrait
Visuellement, Skatesterre accuse le coup. Les décors sont ternes, les textures fades et les animations rigides. Le titre ne tire aucun parti de la puissance de la Switch 2 : aucun exploit technique notable, aucun effet de particule spectaculaire, aucun éclairage soigné. On reste dans un rendu très générique, qui évoque davantage un jeu indépendant daté qu’une production pensée pour la dernière console de Nintendo.
La bande-son, en revanche, sauve un peu les meubles. Les morceaux, plutôt grunge et rock, collent à l’ambiance skate des années 2000. C’est l’un des rares aspects du jeu qui fonctionnent à peu près, même si l’ensemble manque cruellement de variété et de thèmes mémorables.
Le contenu n’est pas très étendu. On boucle les niveaux disponibles en quelques heures à condition de supporter les contrôles. L’absence de modes annexes, de défis supplémentaires ou de rejouabilité réelle n’incite pas à s’y attarder. Les déblocages cosmétiques ne suffisent pas à donner envie de relancer une session après avoir goûté à la maniabilité hasardeuse du titre.
Conclusion
Skatesterre n’est pas un mauvais jeu parce qu’il copie Tony Hawk’s Pro Skater. Il est mauvais parce qu’il le copie sans en maîtriser les fondamentaux. La physique est imprécise, les commandes peu fiables, les bugs nombreux et l’ensemble manque cruellement de personnalité. Sterre Meijer méritait mieux qu’un simple habillage sans âme. Sur Nintendo Switch 2, le constat est d’autant plus amer que le jeu n’exploite ni la puissance de la machine ni les spécificités de la console. On ressort de cette expérience avec une seule envie : relancer un bon vieux Tony Hawk’s Pro Skater pour se rappeler ce qu’est un vrai jeu de skate arcade.
LES PLUS
- Une bande-son rock plutôt agréable
- Le concept de mettre en avant Sterre Meijer, une figure actuelle du skate et du surf
- La nostalgie immédiate pour les fans de Tony Hawk
LES MOINS
- Uniquement en anglais
- Contrôles imprécis et frustrants
- Physique approximative, collisions et bugs fréquents
- Réalisation visuelle terne et datée
- Contenu limité, sans progression ni rejouabilité
- Une copie qui ne rend pas hommage à l’original, mais le dénature











