Voir débarquer aujourd’hui Blood: Refreshed Supply sur Nintendo Switch 2, avec une résolution 4K, un framerate déverrouillé et un multijoueur entièrement repensé, c’est le genre d’invitation qu’on ne refuse pas. Mais avant de plonger tête la première dans des litres d’hémoglobine numérique, posons le cadre.
L’orfèvre du rétro
Le remaster est signé Nightdive Studios, maison que l’on ne présente plus aux fossoyeurs de vieilles gloires. Spécialistes de la résurrection de classiques du FPS, ces passionnés ont déjà redonné vie à System Shock, Doom 64 ou encore Turok. Pour Blood, ils ont cette fois mis la main sur le code source original, promettant une expérience plus fidèle que l’ancien portage Fresh Supply de 2019, mystérieusement retiré de la vente au profit de cette nouvelle édition – un geste commercial un peu douteux qui a passablement agacé les fans, d’autant que le prix a grimpé au passage. L’ambition est pourtant louable : corrections de bugs, contrôles fluidifiés, intelligence artificielle retouchée, effets météo inédits, et intégration des extensions Plasma Pak et Cryptic Passage. Bref, un package qui s’annonçait définitif.
Le but du jeu n’a pas bougé d’un iota : incarner Caleb, un cow-boy d’outre-tombe aux yeux rouges, trahi par le dieu démon Tchernobog qu’il servait autrefois. Sa copine a été kidnappée, lui-même a été buté, mais comme tout anti-héros qui se respecte, il se relève de sa tombe, empoigne sa fourche et part en quête de vengeance. L’histoire est un prétexte cousu de fil blanc, narrée par bribes dans des cinématiques remasterisées et des fichiers texte d’époque – c’était les années 90, on n’avait pas besoin de plus pour justifier un carnage. L’essentiel est ailleurs : Blood est un défouloir cathartique qui tire sa substance des pires séries B d’horreur, de L’Armée des morts à Stephen King, le tout saupoudré d’un second degré permanent.
L’art de la survie sadique
On évolue dans ce pur produit du Build Engine, moteur qui a donné naissance à Duke Nukem 3D et Shadow Warrior. Ce qui frappe d’entrée, c’est la brutalité du gameplay. Blood ne fait pas de quartier : les cultistes armés abusent du hitscan, vous vidant la moitié de votre barre de vie en une seule décharge de fusil à pompe. Oubliez le run’n’gun à la Doom : ici, on passe son temps à se planquer derrière les coins de mur, à s’accroupir pour réduire la précision ennemie, et à sauvegarder comme un forcené. On ne compte plus les fois où une sauvegarde rapide chargée un peu trop vite a crashé le jeu – un bug récurrent sur cette version Switch, particulièrement vicieux quand on enchaîne les quickloads. Heureusement, la progression n’est jamais perdue, mais l’agacement est bien réel.
Ceci dit, quelle claque que cet arsenal ! La simple fourche du début laisse vite place au pistolet à fusées éclairantes, arme de départ sadique qui fiche une flèche incendiaire dans le buffet d’un ennemi, le laisse courir quelques secondes en hurlant « IT BURNS ! » avant de s’effondrer en tas d’os calciné. On croise ensuite le fusil à canon scié, la Tommy Gun (avec son mode tir secondaire en spray aussi inefficace que jouissif), des bâtons de dynamite à la pelle, un combo aérosol-briquet transformé en lance-flammes improvisé, et même une poupée vaudou qui permet d’assassiner à distance en plantant des épingles. Sans oublier le power-up « Guns Akimbo » qui offre un double maniement temporaire, et les explosions qui envoient valser les sprites dans tous les sens avec une générosité rare. Le level design n’est pas en reste : du manoir gothique au train lancé à pleine vitesse en passant par un carnaval dément où l’on shoote dans des têtes coupées pour gagner de l’invincibilité, chaque niveau déborde de personnalité et de secrets. Mention spéciale au « Dark Carnival », morceau de bravoure interactif qui résume à lui seul le charme grotesque de l’ensemble.
Un cortège de bugs dans les oreilles
Côté son, c’est la douche froide. Les voix cultes de Caleb et les cris des ennemis font partie intégrante de l’ADN de Blood, mais de nombreux déclenchements de lignes de dialogue sont absents, notamment chez les civils, réduits au silence. Pire, la musique se coupe presque systématiquement après le chargement d’une sauvegarde, laissant la place à un silence pesant seulement troublé par les « CRUDUX CRUO » des cultistes. Heureusement, on peut choisir entre les pistes MIDI et CD, et quand l’ambiance fonctionne, elle claque toujours autant. Mais ces couacs sonores plombent franchement l’immersion.
Visuellement, Refreshed Supply affiche du 4K avec un framerate déverrouillé sur la nouvelle machine de Nintendo. Les performances sont solides – 60fps constants, aucun ralentissement même au milieu des gerbes de sang – mais le rendu reste celui d’un jeu de 1997 avec des sprites d’époque. Les nouveaux effets météo apportent un peu de cachet, les skyboxes déformées seront bientôt corrigées selon le studio, et les cinématiques refaites sont techniquement propres… mais personnellement, on préférera toujours l’animation dégueulasse d’origine, tellement plus savoureuse dans sa médiocrité. C’est un parti pris de puriste, on assume.
Des litres d’hémoglobine à revendre
La durée de vie est gargantuesque pour un FPS rétro. La campagne originale compte quatre épisodes, auxquels s’ajoutent les extensions officielles, l’épisode fan-made Marrow (avec la promesse du mod Death Wish en mise à jour future), sans oublier un musée regorgeant de niveaux bêta, d’artworks et de contenus coupés. On peut facilement dépasser la vingtaine d’heures rien qu’en solo.
Le multijoueur a été entièrement repensé : jusqu’à huit joueurs en ligne ou en écran splitté local, avec un mode coopératif, le classique Bloodbath en PvP, et un mode Capture du drapeau en 4 contre 4. S’il sera difficile de trouver des adversaires en ligne, la possibilité de jouer en local sur l’écran de la Switch 2 ou en dock TV est une véritable bouffée d’air frais.
Conclusion
Blood: Refreshed Supply sur Switch 2, c’est un monument de fun crasseux et de génie ludique, mais qui débarque avec des valises pleines de bugs franchement pénibles. Les crashs intempestifs lors des chargements, les soucis audio et l’impression d’une finition bâclée refroidissent l’enthousiasme. Nightdive promet des correctifs, et si le studio tient parole, on tiendra là la version définitive de ce classique pour consoles. En attendant, c’est un achat qu’on recommande les yeux fermés aux fans de la première heure, mais avec une sérieuse mise en garde pour les néophytes : Caleb vit encore une fois, mais il risque de vous arracher quelques sauvegardes au passage.
LES PLUS
- Un gameplay à la fois brutal et tactique
- Un arsenal jouissif et inventif
- Un level design mémorable
- Multijoueur entièrement repensé
- Contenu pléthorique
- Performances solides
- Choix audio CD/MIDI
- Durée de vie très généreuse
LES MOINS
- Problèmes audio multiples
- Intelligence artificielle en dents de scie
- Menus à la navigation archaïque
- Cinématiques remasterisées sans éclat












