Quand nous pensons aux licences en ligne de Nintendo, nos esprits se tournent directement vers Super Smash Bros., Mario Kart, Pokémon (notamment avec ses free-to-play) et Splatoon. Cette dernière, qui est arrivée en mai 2015 sur Wii U, avait véritablement apporté un vent de fraicheur dans l’univers Nintendo et ouvert le TPS au grand public. Dès lors, la licence s’est enlisée dans son concept, et malgré de bons opus, certains commençaient à ressentir un effet « Call of Duty », avec des épisodes sans grande nouveauté pouvant donner une sensation de mise à jour au prix fort. Nintendo revient avec Splatoon Raiders, une itération qui tente de s’extirper du format original de la licence. Est-ce un pari réussi pour ce spin-off qui débarque le 23 juillet 2026 au prix de cinquante (eShop) et soixante euros ?
Un spin-off de Splatoon qui arrive à point nommé
Splatoon Raiders est un TPS (avec des bouts de RPG et de platformer/puzzle) jouable en solo comme en multijoueur. Nous incarnons le mécano de l’équipe Tridenfer, le trio de Splatoon 3. Après avoir échoué dans un archipel assez étrange, nous décidons de récupérer tous les trésors du lieu ! Nous sommes alors missionnés par Angie, Pasquale et Raimi d’explorer le moindre recoin afin de voler récupérer ces précieux biens.
Le titre reprend les bases de Splatoon : globalement, nous avons une arme entre les mains, avec le gyroscope comme viseur, et nous aurons à projeter de l’encre à la fois sur les ennemis pour les tuer, mais aussi au sol pour créer un chemin sur lequel nous nous déplaçons.
La grande différence est que nous ne sommes plus dans des joutes une équipe contre une autre pour peindre la plus grande surface possible. Nous jouons désormais seuls ou en coopération afin de réussir les nombreux niveaux que proposent Splatoon Raiders, un peu à l’image du Salmon Run.
Il y a plusieurs types de niveaux aux défis variés. Le niveau « classique » nous permet d’avancer linéairement pour aller miner des cristaux. À chaque cristal se déclenche une sorte de combat d’arène où nous devrons éliminer tous les ennemis. Au cristal final, un boss apparaît. Le niveau « cristal » nous amène à miner divers cristaux. En tuant des ennemis, nous récupérons leurs œufs qui nous permettront à terme de miner le plus grand cristal et de terminer le niveau.
Nous aurons aussi des niveaux « défis », dans lesquels nous devrons récupérer des œufs de poisson / tuer des boss dans un temps limité. Finalement, nous aurons aussi des niveaux presque puzzle-platformer dans lesquels nous n’aurons peu voire pas d’ennemis à tuer. Dans ces derniers, nous devrons utiliser l’équipement imposé pour réussir les différents défis proposés (comme détruire des ballons avec comme seule arme un gadget).
L’équipement, parlons-en, parce que Splatoon Raiders se différencie aussi sur ce point de la licence principale. Pour se battre, nous aurons déjà une arme. Au menu, nous retrouvons des armes « classiques » de Splatoon comme le liquidateur, le rouleau, le seau et bien d’autres. Chaque arme a ses avantages et ses défauts : l’éclablaster est très pratique pour les dégâts de zone là où le liquidateur permet une mobilité à toute épreuve.
Ces armes ont des niveaux et parfois même des talents. Nous pouvons améliorer une arme jusqu’à cinq niveaux, ce qui veut dire que même si nous adorons une arme, il faudra lui dire adieu pour pouvoir avancer dans l’aventure, tout en sachant que nous récupérons les armes aléatoirement en avançant dans le jeu.
C’est agréable, addictif, bien pensé
Mais dans Splatoon Raiders, l’arme ne fait pas tout : nous avons aussi des reliques et des gadgets à équiper sur des réservoirs spécialisés qui changent radicalement la façon de jouer. Il y a trois réservoirs : le rapide, le puissant et le tactique. Chaque réservoir a ses propres reliques et ses propres gadgets.
Un gadget, c’est un objet à utiliser aux effets souvent dévastateurs. Dans le réservoir rapide, nous pouvons équiper/crafter des gadgets basés sur le mouvement. La « botte kaboum » nous permet de sauter sur les adversaires (ou fuir) tout en explosant tout sur son point d’arrivée. Le « claboussrang » est une hélice qui, comme un boomerang, revient vers nous en frappant les ennemis.
Le réservoir tactique est basé sur des objets à placer intelligemment, comme la « marmitourelle » qui tire automatiquement sur les ennemis ou le tisse-toile (des sortes de fils à déployer) qui touche en continu tous les adversaires dans sa zone.
Finalement, le réservoir puissant, comme son nom l’indique, nous donne un peu le rôle de tank. Avec la « splashette » ou la « toupie furie », nous déblayons le passage sans trop réfléchir au reste.
En plus du réservoir, nous débloquons des reliques à équiper qui sont comme des talents : certaines sont communes à tous les réservoirs, comme celle qui nous permet de consommer moins d’encre, mais les plus intéressantes sont spécifiques au réservoir que nous utilisons. Par exemple, l’une des reliques du réservoir tactique réduit le temps de récupération des gadgets.
Ce n’est pas tout : les gadgets ont des emplacements de composants. Les composants, ce sont comme des reliques, mais à placer dans le gadget afin de modifier son utilisation. La marmitourelle peut tirer plus fort mais elle peut aussi exploser à la fin de son utilisation voire même relâcher une zone toxique autour d’elle.
Les composants permettent de vraiment personnaliser nos gadgets. Même avec le même réservoir et les mêmes gadgets, nous aurons des différences entre les joueurs. Peut-être que pour un réservoir rapide, certains préféreront un style très mobile, avec des temps de récupération de gadgets très courts et des déplacements plus lointains, alors que d’autres préféreront un style toujours mobile mais puissant, avec des déplacements plus rares mais plus violents.
Dans cette symphonie d’équipements, nous pouvons choisir entre trois ultimes ; après avoir accumulé assez d’œufs de poisson, nous pouvons faire appel à l’une des membres des Tridenfer pour réaliser une attaque surpuissante. Angie, par exemple, lance des anguilles qui tombent du ciel sur les adversaires.
Un jeu difficile qui nous met sous tension sans être trop difficile
Enchaîner les niveaux nous avance dans l’histoire mais nous offre aussi de précieuses ressources. Ces dernières vont nous permettre de créer des composants, d’améliorer notre hub (pour crafter de nouvelles choses), mais aussi d’améliorer nos réservoirs. Avec des points d’aptitude, récupérables dans les niveaux puzzle-platformer (mais aussi en montant de niveau), nous pourrons encore plus nous spécialiser : allons-nous augmenter nos PVs, les dégâts de nos armes, de nos gadgets, ou bien allons-nous augmenter la limite de composants ? Chaque choix nous amène encore plus à personnaliser notre style, même si cela reste limité.
Niveau bestiaire, le titre offre de nombreuses créatures sorties de l’univers de Splatoon qui ne surprennent pas les habitués mais qui restent malgré tout intéressantes à affronter. En fonction de notre style de jeu, certains sont plus compliqués que d’autres.
Splatoon Raiders est un titre sympathique, classique dans sa formule, parfois répétitif, mais surtout agréable manette en main. Le jeu n’invente rien de nouveau, l’expérience est très linéaire, mais nous nous sommes amusés à tuer tous les Salmonoïdes qui ont croisé notre route.
Les niveaux sont peu originaux, les difficultés pas si difficiles (en niveau de difficulté normale), mais le titre réussit à nous faire passer un bon moment sans prise de tête et c’est le plus important.
Nous aimons la personnalisation complète du personnage et le soin apporté à chaque réservoir. Le jeu réussit à créer un ensemble où même sans grosse difficulté, la moindre distraction peut rapidement nous être fatale.
Les gadgets sont amusants et procurent vraiment de beaux moments épiques. Quel plaisir de placer une tourelle dans le dos d’un Salmonoïde qui se protège de face ou de charger contre un adversaire volant !
Notons aussi que les niveaux puzzle-platformer qui nous entraînent aux gadgets constituent des à-côtés amusants, des défis souvent bien pensés qui permettent à la fois de nous entraîner et de créer le répit nécessaire avant de repartir à l’assaut des ennemis.
Splatoon Raiders a un côté addictif avec son système pour récupérer aléatoirement les armes et les composants (en tuant des ennemis). Nous enchaînons les niveaux avec une certaine envie, à la fois pour récupérer la nouvelle arme parfaite mais aussi pour tester le nouveau composant ou le nouveau petit détail que nous venons d’installer sur son build. En réalité, une fois la partie lancée, il est dur de couper le jeu.
Avec des amis, le jeu peut devenir une parfaite expérience pour créer une escouade qui grandit ensemble, chacun avec son arme, son réservoir et ses gadgets. Le jeu est à la fois assez difficile mais toujours accessible pour permettre une expérience amusante. Nous perdons, nous voyons nos erreurs, et nous recommençons.
Si le jeu possède de belles qualités, il reste très classique dans sa formule, assez dirigiste dans sa progression, et l’absence de grain de folie peut être décevante pour certains joueurs. Nous faisons un niveau, nous gagnons de l’expérience et des armes, et nous recommençons sans grande surprise jusqu’au générique de fin.
Une belle expérience qui reste linéaire et répétitive
Même si l’équipement présent dans le jeu est qualitatif, nous avons eu une sensation de manque : nous aurions espéré plus de gadgets, plus de composants, et finalement plus de builds. Peut-être est-ce juste notre habitude des roguelikes qui biaise notre avis, toujours est-il que nous avons une sensation en demi-teinte à ce niveau-là. Malgré tout, nous le répétons, le contenu disponible est qualitatif et bien pensé, et nous préférons un contenu plus maigre mais travaillé que trop de choses bâclées.
La difficulté peut laisser un côté terne : nous avons parfois dû aller dans des niveaux à la courbe de danger bien trop élevée juste pour trouver un peu de frisson, car si certains passages sont bien pensés en termes de danger, d’autres sont assez ternes et manquent de créativité.
L’histoire est… ennuyeuse. Les cinématiques sont belles et bien réalisées, cependant le récit est souvent lourd, avec des dialogues parfois drôles, mais très souvent peu intéressants. Nous finissons par enchaîner le texte en lisant en diagonale tant les nœuds dramatiques ne nous captivent pas.
Le jeu est multijoueur, mais une expérience coopérative avec des inconnus n’est jamais la meilleure des idées. Rien que lors de nos sessions preview, un joueur pouvait plomber la partie même en faisant de son mieux, alors avec des inconnus, nous craignons les comportements toxiques déjà présents sur la licence principale. Espérons qu’une modération active nous sauve des possibles fauteurs de trouble.
Nous avons aussi eu l’impression que certains équipements étaient moins calibrés pour le mode solo, avec des avantages moins « évidents » : par exemple, l’intérêt de créer des passages avec le rouleau ou le pinceau n’est pas si incroyable. Certes, la vitesse du pinceau peut nous sauver de certaines situations, mais les avantages de certaines armes dans la licence principale ne sont pas si utiles en solo sur le spin-off.
La durée de vie est correcte sans plus. L’aventure se termine en ligne droite en dix heures, neuf si vous foncez en ligne droite, quinze si vous flânez. Splatoon Raiders offre un contenu post-game répétitif mais conséquent, surtout pour ceux qui recherchent du coopératif et du défi avec ses amis.
À vous de voir ce que vous cherchez : si vous voulez une expérience en solo sans prise de tête, juste pour suivre l’histoire des Tridenfer et de Mécano, alors cinquante (ou soixante) euros est assez cher. En revanche, si vous cherchez un titre à la difficulté modérée, pour travailler seul ou avec vos amis pour créer le build parfait, alors vous frappez à la bonne porte.
Les graphismes sont à la fois beaux et ternes : les cinématiques, rares, sont sublimes et justifient « presque » le passage à la Nintendo Switch 2. Malgré tout, et malgré les différents biomes, les décors sont assez ternes. Il n’y a pas ce côté poétique des jeux principaux où les encres se mélangent, et nous ressentons un manque visuellement. Notons tout de même que ce côté terne nous empêche de tergiverser et nous aide pour nous concentrer sur les Salmonoïdes.
La bande-son est comme les graphismes, avec des musiques aussi intéressantes que d’autres insupportables. Peut-être que certains aiment les musiques dissonantes mais nous avons trouvé certaines pistes pas très agréables à écouter. Pour compenser, a contrario, nous retrouvons à certains endroits des pistes très « splatoonesques », avec une énergie contagieuse et un groove qui nous donnent envie de danser immédiatement. L’impression est alors mitigée, avec des musiques aussi réussies que d’autres qui sont (très certainement) moins notre tasse de thé.
Notons que des tenues cosmétiques sont disponibles avec les amiibo. Nous avons été déçus que les développeurs ne « récompensent » pas les premiers joueurs, avec une seule tenue disponible pour tous les amiibo Splatoon première génération.
Conclusion
Splatoon Raiders est un spin-off réussi. Avec son gameplay addictif et complet, sa difficulté relevée mais pas trop non plus, sa personnalisation poussée offrant des possibilités de build intéressantes ainsi que ses belles mais rares cinématiques, le titre s’impose comme une parenthèse salutaire, parfaite pour ceux qui cherchent une expérience sympathique et sans prise de tête à faire seul ou en coopération. L’expérience reste cependant classique, avec une histoire et des dialogues pas très intéressants ainsi qu’une progression linéaire et dirigiste qui pourraient aussi décevoir ceux qui cherchaient “plus” de ce nouveau titre, notamment en termes de contenu. Malgré tout, le titre reste un ajout intéressant au catalogue de la Nintendo Switch 2.
LES PLUS
- Un gameplay addictif
- Un plaisir de constituer son build parfait
- De nombreuses possibilités avec les gadgets et les composants
- Des passages jouissifs avec nos gadgets
- Les niveaux platformer-puzzle complètent parfaitement l’expérience
- Une difficulté à la fois relevée sans jamais être trop compliquée
- Meilleur avec des amis en coopération
- Des cinématiques rares mais très belles
- Quelques musiques bien senties
- Belle durée de vie (post-game compris)
LES MOINS
- Le gameplay est très classique, sans surprise
- La progression est dirigiste et linéaire
- L’histoire et les dialogues sont peu intéressants
- Certains pourraient trouver le jeu pas assez fourni ni assez difficile
- Certaines musiques ne sont pas très agréables à l’oreille
- Des niveaux parfois ternes visuellement
- Quid des joueurs toxiques pour le mode en ligne ?







